LE VOYAGE DE JENORME

02 décembre 2016

Les Gorges du Verdon, vues de la voiture, épisode 2 (04)

Dans notre épisode précédent, nous avions vu que Nicouane, Maître Arnaud et Jénorme avaient décidé de découvrir les Gorges du Verdon en restant le plus possible dans leur voiture ; un peu comme Yan-Artus Bertrand observe la terre depuis son hélicoptère en sur-régime.
Après avoir "exploré" le versant sud des gorges, du village d'Aiguines au Pont de l'Artuby, ils parvenaient à la frontière séparant le département du Var de celui des Alpes-de-Haute-Provence.

Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

 

La frontière entre les départements n'est pas si évidente. Ce n'est pas comme une douane. Par exemple, quand tu passes de la Pologne à la Russie lorsque tu veux te rendre à Kaliningrad, tu te rends bien compte que tu passes d'un pays à un autre avec une nouvelle culture, une nouvelle politique et un nouvel accueil.
BREF : Ici, entre le département du Var et celui des Alpes-de-Haute-Provence... putain que c'est long comme nom !... rien de transcendant. Pas un marchand de cartes postales, pas un bureau de change pour adapter ta monnaie au nouveau territoire... De toute façon, cela n'aurait servi à rien car, depuis le passage à l'euro, le Var et les Alpes-de-Haute-Provence (ohlalalala, c'est long !), la monnaie est la même. Je crois même que c'était déjà le cas avant 2002.

DONC : Nous laissons derrière nous le pont de l'Artuby, haut lieu du saut à l'élastique en Europe, pour atteindre un autre lieu fascinant et emblématique des Gorges du Verdon. Et ce lieu est... est... Ah, ah, ah ! Quel peut-il être ? Quel suspense !
Revenons en arrière et souvenons-nous comment s'était terminé le précédent billet.

SOUVENONS-NOUS
DE LA FIN DE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT

DONC après quelques pas de marche, nous atteignons le point de panorama, encore appelé belvédère. Mais pas n'importe quel belvédère puisqu'il s'agit du panorama de...

FIN DU
"SOUVENONS-NOUS
DE LA FIN DE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT"

 

Incroyable chute -et sans élastique !- qui nous laissait tous sur notre fin. Même moi qui écris ces mots en ce moment et qui a vécu l'aventure, je me demande ce qui va arriver. Alors t'as qu'à voir !
Mais que pouvait être ce panorama apparemment incroyable et merveilleux, unique et émouvant qui allaient s'offrir à nous à présent ?

UN INDICE
Même s'il avait parcouru le monde entier en large, en long et en travers (mais pas à l'élastique !), Maître Arnaud était pris d'un grand cri de subjuguation (si, si, ça existe comme adjectif !) lorsqu'il se trouva face à ce belvédère unique. Une vue fantasmagorique ; et ça à seulement quelques mètres du parking où était garée la voiture.

LA PREUVEGorges du Verdon, route des crêtes, Balcon de La Mescla, Arnaud (04)
Face à un tel spectacle, il fut tellement subjugué
qu'il se mit spontanément à genoux, implorant les dieux du Mojito
pour les remercier de lui accorder
une telle grâce naturelle à ses yeux éblouis.

 

 

Voyant qu'il ne se relevait pas, nous lui demandions combien de temps il avait prévu de rester subjuguer, comme ça, à genoux, au pied de la murette. Pas de réponse... Puis... il se releva péniblement, doucement, pas complètement ; puis partit en marche arrière, le dos courbé, en poussant des petits cris sans quitter des yeux la murette, mains posées à terre. Non, il ne rampait pas, mais presque.
Étrange méditation... Une fois éloigné du point de panorama, il nous avoua qu'en fait il était sujet au vertige et ne supportait pas le vide.


BON ALLEZ, C'EST QUOI CE PANORAMA BORDEL ???

Eh bien, après le Pont de l'Artuby, nous voici rendus aux...

 

BALCONS DE LA MESCLA
Gorges du Verdon, route des crêtes, balcons de la Mescla 3 (83)

De ces balcons, le regard plonge de 250 mètres sur la Mescla, "mêlée" des eaux du Verdon et de son affluent l'Artuby.
Dans ce cadre sauvage et grandiose, la rivière se replie autour d'une étroite crête en lame de couteau. Le Verdon y décrit un méandre serré dans lequel vient se jeter son affluent. Une petite plage de galet exposée au soleil apparaît. Comme son grand frère le Verdon, l'Artuby a lui aussi creusé son canyon. Les pertes d'eau dans la roche karstique y sont importantes et alimentent une rivière souterraine qui rejaillit en source vauclusienne à Fontaine-Levêque, source aujourd'hui noyée sous le lac de Sainte-Croix.
Si nous étions descendus dans la gorge, nous aurions vu une plaque commémorative indiquant qu'à cet endroit, l'abbé Pascal disparut tragiquement dans les tourbillons du Verdon alors qu'il essayait de franchir à gué le confluent de la Mescla. Son corps ne fut retrouvé que trois ans plus tard. Les courants sournois, les remous, l'eau froide, les gravières du lit instable rendent toute tentative de baignade ou de traversée très dangereuse.

Gorges du Verdon, route des crêtes, balcons de la Mescla, brèche (83)          Gorges du Verdon, route des crêtes, balcons de la Mescla 2 (83)

Ici, pas de saut à l'élastique,
mais une pratique du selfie à outrance.
Gorges du Verdon, route des crêtes, Balcon de La Mescla (04)

Reprenons en vidéo notre arrivée à ce belvédère en refaisant la très longue marche effectuée depuis la voiture jusqu'au point de vue.

 

Parfait. Continuons.
Nous laissons à présent le Verdon et ses gorges pour nous aventurer sur une sorte de plateau en prenant la direction de Comps-Sur-Artuby... avant de bifurquer sur la gauche, délaissant la D71 pour rejoindre le village de Trigance par la D90.

 

TRIGANCE
Vue de la bagnole
Trigance, vue de la bagnole (83)

C'est en voyant cette photo ci-dessus que l'on comprend mieux pourquoi Yan Artus-Bertrand a choisi l'hélico plutôt que la voiture pour prendre des photos de la terre.
On recommence en sortant de l'habitacle.

TRIGANCE
Vue d'en dehors de la bagnole

Trigance, de profil 1 (83)

Petite commune perchée sur son flanc de colline exposé plein Est, elle fait penser à de ces villages du Luberon, tels que Gordes ou Bonnieux. Un château domine l'ensemble, comme à Lacoste.
Pillé sous la Révolution, le château de Trigance, qui a longtemps servi de carrière de pierre aux habitants du village, n'était qu'une ruine envahie par la végétation jusqu'en 1962 ; année où un couple de commerçants du Luc, M. et Mme Hartman, entreprend de lui redonner vie. Deux ans plus tard, après des travaux colossaux, la vieille demeure est devenue un hôtel-restaurant. Depuis 1970, c'est la famille Thomas qui a repris le flambeau pour faire de cet établissement l'un des plus réputés de la région.
Bon, nous n'y sommes pas allés. Et pour tout dire, nous n'avons même pas traversé le village. Pourtant, il semble accueillant avec ses maisons formant un rempart presque continu, enserrant un lacis de ruelles pentues interrompues par des passages voûtées. Parait-il que sur la place Honoré-Giraud, on découvre des galeries d'arts, un magasin d'antiquités, une unique épicerie et une boulangerie où les pains sont cuits à l'ancienne, dans le four communal.

Nous suivons à présent la rivière du Jabron, puis le Riu, jusqu'à une bifurcation D955-D952 sous laquelle coule à nouveau le Verdon. Nous voici à nouveau dans le département des Alpes-de-Haute-Provence (04). Je comprends rien à cette route et à ces multiples franchissement de frontières départementales. D'ailleurs, je n'avais même pas remarqué que nous étions retournés dans le Var !
BREF : Sur la droite, c'est la direction de Castellane, où l'ancienne "cité sainte", le Mandarom, de Gilbert Bourdin fut dynamitée en 1998 après avoir été classée comme secte en 1995.

SOUVENONS-NOUS BRIÈVEMENT

Bon, il y a d'autres choses à voir à Castellane, mais nous allons privilégier l'Ouest avec la direction de Rougon. Nous sommes alors au niveau du Verdon ; ce qui est étonnant quand nous repensons qu'il y a quelques kilomètres il se trouvait dans ce canyon vertigineux à plus de 400 mètres de hauteur de nous sur la Route de la Corniche Sublime.
Nous passons le Clue de Carajuan, reconnaissable à ses roches calcaires aux couleurs étonnantes et à ses blocs éboulés engendrant une cascade troublant la verte transparence des eaux. Un peu après, un regard sur la Barre de l'Aigle, puis le ravin d'Ouadès.
Nous quittons la route principale, la D952, pour bifurquer à gauche dans une impasse formée par la D23A. Celle-ci nous conduit au plus près d'un impressionnant étroit couloir rocheux.

LE COULOIR DE SAMSON
Gorges du Verdon, couloir de Samson 1 (04)

Le Verdon se faufile pour disparaître derrière ces deux grosses masses de calcaire. Au risque de se répéter, mais c'est pas grave : je me demande encore et toujours comment cette petite rivière a pu se frayer un chemin entre ces immenses falaises.
"Pourquoi le Verdon a-t-il creusé une si grandiose entaille dans ces rochers très durs au lieu de les contourner ?
En fait, quand les plans calcaires se sont soulevés, il coulait déjà là et s'est alors enfoncé en utilisant les cassures de la roche. Il les agrandit, surtout au quaternaire : le climat se réchauffant, son débit a dépassé les 1000m3 par seconde (contre 10 à 50 aujourd'hui !). L'érosion intense a sapé les falaises et creusé de gigantesques grottes."  LE GUIDE VERT MICHELIN

Nous nous approchons.
C'est ici que commence le Sentier Blanc-Martel que nous avions repéré avec Nicouane. Les gens de passage ont plus l'habitude de le nommer Sentier Martel, mais depuis 2005, il a été rebaptisé afin de rappeler qu'Isidore Blanc, maître d'école à Rougon, était également le guide de cette expédition. La Martel randonnée, comme l'aurait dit Claude Miller (sur un scénario de Jacques Audiard... encore !).

Gorges du Verdon, couloir de Samson, sentier Blanc-Martel 1 (04)"Au coeur des gorges du Verdon, le sentier Blanc-Martel s'étire sur 14 km, entre le Chalet de la Maline et le Point Sublime. Il chemine en rive droite, au fond de ces impressionnantes gorges qui ont été formées au cours de la surrection des Alpes. Les falaises du plus grand Canyon d'Europe, parfois profond de 700 mètres, forment un paysage d'exception qui a aiguisé la curiosité des premiers explorateurs.
Missionné par l'Etat pour effectuer l'exploration des gorges en vue d'un projet hydro-électrique, le spéléologue et juriste renommé Edouard-Alfred Martel est le premier à effectuer la traversée intégrale du grand Canyon. Il déclara qu'elles constituaient "une merveille sans seconde en Europe".
Accompagné de l'instituteur de Rougon, Isodore Blanc, et de villageois, le spéléologue s'engage le 11 août 1905 dans le couloir de Samson pour une aventure de quatre jours. Malmenées par le courant, les barques sont rapidement endommagées et les hommes doivent marcher sur les berges, escalader les blocs et les barres rocheuses en portant vivres et embarcations. La sortie située au Galetas, 20 km en aval, arrive comme une délivrance. C'est ici que les explorateurs ont terminé leur expédition le 14 août. Ils ne sont plus que deux, Edouard-Alfred Martel et Armand Janet.

En 1928, le Touring Club de France entreprend l'aménagement d'un chemin de randonnée entre le Point Sublime et le Chalet de la Maline. Après deux années de travaux et la réalisation d'importants ouvrages, tels que les échelles de la Brèche Imbert, le sentier est inauguré en 1930 et baptisé "Sentier Martel" en hommage à l'explorateur dont la renommée a, dans un premier temps, effacé l'autre figure marquante de l'aventure. Heureusement, cette erreur sera réparée quelques années plus tard.
Dans le respect de ce site remarquable, le Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence a réalisé la réhabilitation complète du Sentier Blanc-Martel en 2011 et 2012."  OFFICE DU TOURISME

Il faut savoir qu'en 1905, cette découverte des gorges comme "merveille sans seconde en Europe" ne souleva pratiquement aucun intérêt. Pour les habitants de la région, qui les considéraient comme un lieu maudit, elles étaient dangereuses, pratiquement inaccessibles et -pire que tout- totalement impropres à l'agriculture.
Si il y a eu un regain d'attention et d'hommages à Isidore Blanc, c'est parce qu'il fut non seulement le guide de Martel, mais aussi parce qu'il fut l'initiateur du tourisme local en aménageant les sentiers existants pour les rendre praticables aux randonneurs. Il fonda également la première section des guides du Verdon. Ses reconnaissances sur le terrain lui ont inspiré des poèmes.

Qu'est-ce que c'est tentant cette randonnée ! 14 km de marche au fond de ces gorges incroyables avec un dénivelé de  280 m. sur un parcours aller de 5 h.

Un regard sur la carte.
sentier blanc martel

Puis un regard sur le point de départ de la randonnée.
Gorges du Verdon, couloir de Samson et Verdon 2 (04)

J'avance un peu... Les falaises sont de plus en plus hautes.
Le couloir de plus en plus étroit...
Gorges du Verdon, couloir de Samson 2 (04)

Un escalier taillé dans la roche.
Gorges du Verdon, couloir de Samson, sentier Blanc-Martel 5 (04)

J'avance encore un peu... La voiture s'éloigne...
Ou du moins, je m'éloigne un peu trop de la voiture...

Les falaises sont de plus en plus hautes, de plus en plus menaçantes...
Gorges du Verdon, couloir de Samson, falaises (04)

Soudain, un escaliers métallique...    
Gorges du Verdon, couloir Samson, sentier Blanc-Martel (04)

Il m'amène à prendre un tunnel...
Le tunnel du Baou.
Gorges du Verdon, couloir de Samson, sentier Blanc-Martel 3 (04)

Un petit écriteau à l'entrée rappelle que :
"Le tunnel du Baou, long de 650 mètres, est le témoin d'un ancien aménagement hydro-électrique qui visait à canaliser les eaux du Verdon entre les parties amont et aval des gorges. Le projet prévoyait de réaliser une usine hydroélectrique à la sortie du Grand Canyon et de dévier sur 20 km le Verdon à travers un canal maçonné, passant à flanc de falaise ou à travers la roche, dans des tunnels tels que celui-ci.
Entreprise titanesque, la construction des tunnels commence en 1905. A dos de mulet, sur les sentiers pentus dévalant la rive gauche du torrent, les ouvriers charrient des matériaux très lourds, pierres, ciment et rails de chemins de fer. Quatre années plus tard, les travaux sont abandonnés, en 1909, laissant le projet inabouti.
Depuis l'aménagement du sentier Blanc-Martel, en 1928, par le Touring Club de France, les deux premiers tunnels (le Tunnel du Baou, 650 m, et le tunnel de Trescaïre, 115m) sont empruntés par les randonneurs. vestiges de cette aventure, quelques rails sont encore visibles à l'entrée du troisième tunnel."
Telle une grande bouche, il semble vouloir me happer pour m'amener je-ne-sais-où...

Tant pis, je continue...
Gorges du Verdon, couloir de Samson, sentier Blanc-Martel, tunnel 1 (04)

J'avance, doucement. Le sol est instable et glissant. Humide. Des pierres sortent de terre pour me troubler. Je ne vois rien car je n'ai pas de torche, ni de briquet. Mon téléphone portable n'a plus de batterie. Le suspense est à son comble. Je continue d'avancer dans l'obscurité. Je sais : ce n'est pas bien, c'est imprudent, dangereux, malveillant, mais je ne sais pourquoi : quelque chose me pousse à aller voir ce qui se passe, ce qu'il y a au bout de ce tunnel. J'avance... Péniblement... Je vois la lumière...

Là-bas, au fond...
J'approche...

Et soudain, que ne vois-je
à la sortie du tunnel...

 

Hein ? Hein ? Non, bon, moi cette vidéo, elle me fait marrer donc je voulais la poster ici.  Mais il est vrai que cela n'a rien à voir avec le tunnel du Baou.
On recommence.

Là-bas, au fond...
J'approche...
Et soudain, que ne vois-je
à la sortie du tunnel...

Eh oui : Édouard Baer en train de cogiter sur je-ne-sais-quoi ! Incroyable, non ?
Non, bon, OK, on recommence !

J'avance... Péniblement... Je vois la lumière...
Là-bas, au fond...
J'approche...
Et soudain, que ne vois-je
à la sortie du tunnel...

Gorges du Verdon, couloir de Samson, sentier Blanc-Martel, tunnel 3 (04)

Des monstres ? Des indigènes ? Des cannibales ? Des extra-terrestres ? Je ne comprends pas tout leur langage. Ils crient des mots qui me semblent vulgaires, mais familiers.
Non, bon, en fait, je me suis retourné. Nicouane et Maître Arnaud m'ont suivi et se mettent à gueuler dans le tunnel pour faire des échos à la con. Voilà ! De toute façon, vu que j'étais dans le noir complet, que le sol était glissant et que le tunnel mesure tout de même 650 mètres, je n'ai poursuivi ma progression. Pas de risque inutile... même si l'envie d'aller voir au bout du tunnel était grande.
Nous faisons marche-arrière. Si tu veux faire cette randonnée, tu peux prendre quelques renseignements de parcours sur ce site : SENTIER BLANC-MARTEL.

Nous sortons du tunnel pour rejoindre l'escalier en pierre d'où nous pouvons admirer une magnifique vue sur le Verdon bleu émeraude (si, si, l'émeraude peut être bleu !) déambulant entre roches colorées et verdure des forêts.

 Gorges du Verdon, couloir de Samson

Après quelques dix minutes de marche intensive mais pas trop, nous retrouvons la voiture. On monte dedans.

Nous continuons.
Direction maintenant un des points culminants des Gorges. Un endroit incontournable, le must, the place to be, inévitable, top of the top ! Après quelques kilomètres, nous nous garons sur un parking au nom qui fait attise toutes les curiosités.

LE POINT SUBLIME
Gorges du Verdon, Point Sublime, panneau 1 (04)

Déjà, rien que ça, rien que ce panneau, c'est beau ! Cette couleur jaune qui se détache sur cette roche calcaire blanche, incroyable ! Et puis ce lézard noir qui ondule tel le Verdon dans son Grand Canyon !!!
Nous regardons ce panneau depuis la voiture. Nous nous demandons si cela vaut bien la peine d'aller plus loin quand on voit un tel spectacle. Finalement, Maître Arnaud semble disposé à sortir de la voiture et à faire quelques pas pour rejoindre un hypothétique panorama.
Nous sortons de la voiture. Nous claquons les portes à tour de rôle, puis nous tentons de suivre la direction indiquée par ces panneaux jaunes disposés de ci de là dans la garrigue calcaire, portant le doux nom de plateau des Lauves. Mais il ne faut pas croire que Lauve is all !

Oui, je sais, y'en a marre de ces chansons que l'on connaît par coeur et que l'on entend en boucle sur Nostalgie. Mais t'as qu'à écouter une autre radio aussi !
Moi, ça me rappelle mon enfance puisque j'ai été bercé aux sons de cette chanson interprétée par Roger Glover, ex-bassiste alors du mythique groupe Deep Purple, en 1974, parti tenté une aventure solo. On se souvient tous des ces nombreux titres du groupe anglais, tels que "Smoke on the water", "Child in time", "Hush" et bien plus tard "Perfect Stranger".
Oui, c'est vrai : Deep Purple a fait bien d'autres titres plus connus, mais Roger Glover ne fut bassiste du groupe que de 1969 à 1973... Puis de 1984 à aujourd'hui. D'ailleurs, ils seront à l'édition 2017 du festival Hellfest !
BREF : qu'est-ce qu'on disait ?
Ah oui, Deep Purple. Mais pourquoi ?
Ah oui, Roger Glover. Mais pourquoi ?
Ah oui, love is all. Mais pourquoi ?
Ah oui, parce que nous marchions sur le plateau de Lauves.
Parfait !
Tout ça pour dire qu'à l'époque, j'avais à peine deux ans lorsque ce clip passait le dimanche soir avant Benny Hill et que, pour moi, ce n'était pas Roger Glover, mais "La grenouille".

DONC !

Nous sentons bien que nous sommes sur un endroit rocheux élevé. comment pourrait-il en être autrement avec un tel nom ? Le Point Sublime.
Peut être n'y a-t-il au bout du chemin qu'une couturière posée là sur une chaise et montrant aux touristes de passage ce qu'est un Point de couture Sublime. Mais qu'est-ce que peut être un Point Sublime en couture ? Un point Ultime ? Un point unique ? Un point de bâti ? Un point de chausson ? Un point de tailleur ? Un point de piqûre ? Un point glissé ou un point coulé ? Quel suspense ! Mais... et si on arrêtait de dire des conneries, hein ? Oui, c'est mieux.

Après quelques secondes de marche, nous passons devant une stèle ; peut être une stèle sublime, mais ne nous avançons pas trop...

Gorges du Verdon, Point Sublime, stèle Blanc-Martel (04)

Je ne sais pas si nous pouvons dire si elle est sublime ou non, mais toujours est-il qu'elle rend hommage et honneur à Isidore Blanc, "promoteur du tourisme dans le Verdon, première exploration complète".
Nous continuons. Les chemins se dispersent dans la multitude de petits cailloux blancs jonchant le sol de manière naturelle.
Quelques mètres plus loin, nous constatons que l'horizon se dégage, signe que le panorama sublime n'est plus très loin. Quelques pas encore, et puis... nous nous retrouvons à portée de barrières en fer rouillé. Le Point Sublime, c'est ici, et nulle part ailleurs ! Pas une couturière en vue, pas une pelote de laine à l'horizon ! DONC Le Point Sublime, c'est autre chose que de la couture.
Nicouane et moi-même nous en remettons à Maître Arnaud en le suivant du regard pour voir ce qu'il va faire et comment va-t-il interpréter l'endroit où nous nous trouvons.

Gorges du Verdon, Point Sublime, point de panorama 1 (04)Comme aux Balcons de la Mescla,
il se met à genoux.
Lui qui s'était rendu dans des pays lointains
et rencontré des civilisations inconnues,
il devait sans doute se retrouver
profondément ému, ébloui, époustouflé,
sans force, face à cette vue sublime...

 

 

À moins qu'une fois de plus, cet émoi ne provienne de son supposé vertige...
Nous décidions alors de nous approcher à notre tour de ces grilles rouillées et, force était de constater que, oui, il est vrai : le Point Sublime propose une vue sublime sur les Gorges du Verdon.

Encore un exemple avec cette photo :
Gorges du Verdon, Point Sublime, point de panorama 2 (04)

Voilà. La mission Point Sublime était accompli avec succès. Nous avions fait nos selfies et nous pouvions quitter ce lieu unique la conscience soulagé avec des rêves de nature sauvage plein les yeux... Hein ? Ah oui, c'est vrai : on ne voit pas très bien ce qu'est le Point Sublime sur les quatre photos postées précédemment. Eh bien, écoute : nous sommes entre nous et j'ai envie de te dire que le Point Sublime, ça se mérite. Tu comprends ? Je ne peux pas balancer des photos de ce panorama incroyable comme ça, là, maintenant. Il faut que toi aussi, tu le mérites. C'est trop facile de rester le cul vissé sur son fauteuil à surfer sur Internet en buvant du panaché et en mangeant du mauvais saucisson. C'est beaucoup trop facile. Le Point Sublime, ça se mérite. regarde-nous : nous avons fait quelques 200 mètres à pied, dans les graviers, en tongs, en pleine chaleur, sans ombre et sans eau, loin de la voiture !!!! Tu te rends compte ?? Eh ouais ! On aurait pu crever !!

Bon, allez, trêve de morale.

Voici
LE POINT SUBLIME
Gorges du Verdon, Point Sublime, panorama 4 (04)

Nous sommes à 783 mètres d'altitude. La vue porte sur le Couloir de Samson où nous étions tout à l'heure. Les eaux vertes du Verdon passent inlassablement entre ces deux hautes falaises. Nous comprenons mieux pourquoi les Gorges du Verdon ne furent que "tardivement" explorées, même si l'on y a trouvé des traces rupestres datant de l'âge de cuivre. Notons que les hommes ont plutôt évité ce lieu qui inspirait la peur. De par sa situation et son franchissement malaisée, les gorges constituaient également une barrière linguistique.

Gorges du Verdon, Point Sublime, panorama 1 (04)           Gorges du Verdon, Point Sublime, panorama 2 (04)

D'ici, nous sommes une nouvelle fois face à un paysage grandiose, mais qui ne saurait se résumer à une expression toute faite. Face à nous, ce paysage façonné par la nature a connu une lente transformation. Oui, reparlons du travail de ce cours d'eau qu'est le Verdon en contact avec le sol.

LE TRAVAIL DES EAUX
"Depuis 5 millions d'années, le Verdon se fraye un chemin entre les Préalpes de Castellane, une formation extrêmement plissée, et les sommets des Plans de Provence (en l'occurrence le grand plan de Cujers).
Inlassablement, les eaux, dont la force est augmentée par la forte pente du lit, ont creusé leur chemin : combes entre les anticlinaux (les monts) et cluses dans les synclinaux (les vals).
Cependant, la profondeur des gorges n'est pas uniquement due au travail des eaux : les sols eux-mêmes se sont relevés, tributaires des mouvements géologiques alentours. La largeur des gorges, au fond, oscille de 6 mètres à 100 mètres tandis qu'à leur sommet les falaises de calcaire blanc sont séparées tantôt de 200 m, tantôt de 1500 m."  ÉDITIONS ATLAS

Gorges du Verdon, Point Sublime, panorama, vue Est (04)

On dirait un serpent ce Verdon. Un serpent qui danse.

 

Nous repartons.
Nous aurions pu faire un petit tour par le petit village perché de Rougon, mais non. Juste pour info touristique, saches que ce village au demeurant sympathique est perché à 930 m d'altitude et se prénommait Villa Rovagonis au Moyen Âge. Voilà, c'est cadeau, c'est pour toi.
Bon, on peut ajouter que c'est de Rougon que part une autre belle randonnée vers le Mourre de Chanier, point culminant du pays du Verdon à 1930 mètres d'altitude. Au sommet, après quelques quatre heures de marche pour un dénivelé de 700 mètres, le randonneur découvre un incroyable panorama alpin, du parc du Mercantour aux cimes des Écrins.

Nous continuons sur la D952 en direction de La Palud-sur-Verdon.
Un peu pris par le temps, nous nous ne passerons pas non plus pas la D23. Dommage, il s'agit d'une boucle de 25 km environ, longeant la rive Nord des Gorges et nous aurions eu d'incroyables vues sur les gorges, tout en restant dans la voiture. Ouverte depuis 1973, elle est justement baptisée "Route des crêtes".

 

ET SI NOUS ÉTIONS PASSÉS
PAR LA D23,

ROUTE DES CRÊTES


"Le choc est presque violent : le plateau cesse soudain d'être cette entité rassurante, familière, avec ses fermes et ses bastides disséminées dans les garrigues, ses forêts de buis et de chêne, son caractère pastorale ; pour afficher, sans transition, un débord radical, presqu'effrayant au début. Comme un molosse habitué à faire le gros dos et qui, soudain, montrerait ses dents ! Le vide est là, partout, attirant, obsédant, trompeur. Une gueule béante..."
Je ne sais pas qui est l'auteur de ces mots, mais cela traduit bien ce que j'avais ressenti lorsque j'avais emprunté ce "chemin détourné" des gorges.
Cette route passe ainsi par plusieurs belvédères et panorama, tels que les belvédères de Tescaïre, de la Carelle, de l'Escalès, de la Dent d'Aire, du Tilleul et des Glaciaires. Je m'y étais rendu il y a quelques années, à une époque où les appareils photos numériques n'existaient pas. Voici donc quelques clichés réalisés en argentique.

BELVÉDÈRE DE TRESCAÏRE
Gorges du Verdon, belvédère de l'Escalès, panorama (04)                   Gorges du Verdon, belvédère de l'Escalès, falaise (04)

Son nom signifie "Trois côtés", point de rencontre de trois vallées. Sur la photo de gauche, on retrouve le bout du Couloir du Samson où nous étions tout à l'heure.
Je me souviens avoir été impressionné par l'à-pic des falaises.

D23La route est étroite, à flanc de falaise.
Si tu fais une mauvaise manoeuvre,
c'est le vide !
Il est parfois difficile de passer à deux voitures.
(Photo : Google view)

 

 


J
e suis passé par le belvédère de la Carelle, nommé ainsi pour rappeler que bien avant Patrick Edlinger, au XVIème siècle, des hommes gravissaient ces parois verticales. Ils étaient bergers et coupeurs de buis. Ils se faisaient descendre à bout de corde le long des parois abruptes, pour remonter ensuite le précieux arbuste, qu'ils entassaient sur des monte-charge appelées... carelles. Ce buis était ensuite destiné aux tourneurs de bois, dont nous avons déjà parlé dans le précédent épisode lors de notre passage à Aiguines.

Aujourd'hui, les "carelles" ont disparu,
mais les grimpeurs sont toujours là ;
ainsi que de nouveaux extraterrestres :
les base-jumpeurs.


J'ai continué.
Une succession de petits tunnels, toujours le vide à ma gauche. J'espèrais ne pas croiser de bus. Et puis, très vite, un autre panorama que je ne pouvais ignorer. Quelle vue allais-je avoir cette fois-ci ?

 

BELVÉDÈRE DE L'ESCALÈS
Gorges du Verdon, belvédère de l'Escalès, chèvres (04)

L'"escalès" qui se traduit par "échelle" en provençal, en rapport avec une légende médiévale.
Je n'avais pas fait de photos des gorges car ce qui m'avait le plus impressionné, c'étaient ces chèvres à flanc de falaise entrain de brouter de maigre herbes dépassant des rochers suspendus. Je ne sais pas si elles avaient conscience du risque encouru de tomber dans le vide ou si elles étaient très sûres d'elles. Une verticalité absolue. Et aucune anxiété ne se dégageait de leur allure, de leurs mâchonnements et de leurs regards. Elles me faisaient penser à Polly, cette autre jeune chèvre qui a trouvé le calme en revêtissemnt un costume de poussin géant.

Toujours est-il qu'au-dessus d'elles, un autre animal tournoyait lentement...

Gorges du Verdon, belvédère de l'Escalès, vautour (04)

Un belle série de belvédères, tous plus impressionnants. Je n'ai pas retrouvé d'autres photos argentiques de cette boucle par la D23. Mais, en regardant le Street-view de Google Maps, je suis tombé sur une belle prise de vue depuis le belvédère de la Dent d'Aire.

BELVÉDÈRE DE LA DENT D'AIRE
Belvédère de la dent d'aire, Google maps
Photo : Google street view

Étonnant, non ? Hein ? Non, pas le panorama, mais ces tongs non floutées, seules sur le rebord.

Une petite route sinueuse et dépaysante qui conduit jusqu'au Chalet de la Maline, dominant le Pas d'Issane et la passerelle de l'Estellier ; là où débute (ou se termine) cette belle randonnée sur le Sentier Blanc-Martel.
La végétation est éclectique. Sur le versant calcaire dominant le sentier qui plonge littéralement dans les gorges dès les premiers mètres, la végétation est exposée plein sud. On y trouve un mélange d'essences méditerranéennes et d'espèces plus montagnardes. Les massifs de buis y côtoient les genévriers de Phénicile, touffes de thym, les délicats amélanchiers, les sombres chênes verts, les chênes pubescents, les pins sylvestres et les sumacs à perruque. Étonnant comme nom : "sumac à perruque". D'un côté, cela me fait penser à "Joe le taxi" de Vanessa Paradis lorsqu'elle nous dit qu'elle écoute du "vieux rock au mambo bidon avec Xavier Cugat et Yma Sumac". Mais le "sumac à perruque ne ressemble à rien à la chanteuse péruvienne avec perruque. D'ailleurs, l'autre nom du sumac à perruque est le Cotinus coggygria, encore appelé "Barbe de Jupiter".

 

MAIS NOUS N'AVONS PAS PRIS
LA D23

ROUTE DES CRÊTES

 

Ah non, nous ne sommes pas du tout passés par là ! Nous avons continué sur la D952 en direction directe de La Palud-sur-Verdon où, répétons-le pour ceux qui viennent d'arriver sur ce blog, se trouve le snack...

Joe le Snacky

Coïncidence ! Reparlons de Joe le taxi, veux-tu.
Pour les plus jeunes d'entre vous, remarquons la référence au premier tube de la chanteuse Vanessa Paradis, "Joe le taxi". Elle a alors 14 ans. Une chanson composée et chantée en 1987 qui connaîtra le succès dans le monde entier. Le 45 Tours se vend à 1 300 000 exemplaires en France (disque de platine) et à 3 200 000 exemplaires dans le monde.

joe le taxiCe succès transforme la chanteuse en un phénomène de société que l'on adore ou que l'on déteste. La surexposition du titre et de l'artiste la fait devenir progressivement la bête noire de la musique et des gens célèbres. En janvier 1988, au Midem, elle se fait huer par la salle entière lors de sa prestation en direct. Elle pense arrêter la musique et sa jeune carrière face à un tel accueil, mais, finalement, le succès de "Joe le taxi" et de ses autres chansons la feront continuer et évoluer.
Pour la petite histoire, la chanson parle d'un taxi errant dans un Paris nocturne (la Seine, ses ponts qui brillent) sur les airs de mambo de Xavier Cugat et d'Yma Sumac. Si la légende cite un taxi new-yorkais comme inspiration, dans la réalité, la chanson émane d'une femme, officiant la nuit à Paris, croisée par le compositeur à trois reprises. En effet, Étienne Roda-Gil s'est inspiré de Maria-José, figure de la nuit lesbienne parisienne. D'origine portugaise, elle s'est réfugiée en France après que sa mère ait découvert son homosexualité. Dans les années 1980, Maria-José est embauchée comme chauffeur de taxi de nuit au Privé, un club lesbien mixte situé rue de Ponthieu. L'endroit est fréquenté par divers artistes français. Pour écrire une grande partie des paroles de la chanson, Étienne Roda-Gil s'est inspiré de ses discussions avec Maria-Josée.
"À bord de l'Opel Ascona blanche de Maria-Josée, Étienne Roda-Gil bavarde longuement avec elle. Elle lui raconte son odyssée : internée par ses parents, elle a été soumise à un exorcisme censé la délivrer de ses préférences amoureuses avant d'être mise au couvent qu'elle a fui. Joe, deviendra taxi plus tard pour tenter de retrouver dans Paris une amante qui l'avait planté en partant avec la caisse d'un bar topless qu'elles tenaient."  LE NOUVEL OBS


Encore une histoire de voiture. Nous ne quittons pas la notre. Nous traversons La Palud-sur-Verdon en prenant la direction du lac de Sainte-Croix afin de boucler la boucle "Les Gorges du Verdon, vues de la voiture". Pour terminer le périple, un rapide arrêt à un dernier belvédère.

 

BELVÉDÈRE DU GALETAS
Gorges du Verdon, belvédère de Galetas (04)

De là, nous retrouvons les canoës et autres pédalos navigant sur les 2 km de rivière partant du lac de Sainte-Croix. C'est également ici que se trouvait le pont romain d'Aiguines (dont nous avons parlé dans notre premier épisode), disparu avec la mise en eau du lac de Sainte-Croix.

Moustiers-Sainte-Marie, borne (04)Notre périple "Les gorges du Verdon, vues de la bagnole" se termine
à Moustiers-Sainte-Marie, toujours en suivant la D952.
Intrigante D952 qui s'en ira ensuite traverser le plateau de Valensole, puis Allemagne-en-Provence, puis Gréoux-les-Bains, puis... La vache, mais elle va jusqu'où cette départementale ?... Gréoux-les-Bains, Vinon-sur-Verdon pour -enfin- disparaître à Saint-Paul-les-Durance ; tout comme le Verdon.

 

 

En fait, la D952 relie Castellane à Saint-Paul-lez-Durance. Un sacré parcours de près de 100 km dans de magnifiques paysages variés.

Carte D952
Carte : Google Maps

 

Le soleil jette ses derniers rayons orangés sur les montagnes calcaires, scrutant le village.

Moustiers-Sainte-Marie, fin de journée sur falaise (04)

 

 

DANS NOTRE PROCHAIN ÉPISODE

Nous visiterons les Gorges du Verdon en skate-board.