LE VOYAGE DE JENORME

29 septembre 2016

Les sentiers de la Glère (65)

Au risque de me répéter, mais force est de constater que l'été est bel et bien fini. Les jours raccourcissent, les températures se sont radoucies, y'a plus Fort Boyard à la télé, on n'arrête pas de nous les casser avec le foot, voilà voilà.
De plus, la fin du mois de septembre se caractérise non seulement par la fête des Jénorme (le 30, bonne fête Jénorme, merci !), mais aussi par la fermeture des refuges de montagnes. Et ça, vois-tu, ce n'est peut être pas qu'une coïncidence.

Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

 

Oui, la fin septembre marque la fermeture des refuges de montagnes et de ce fait, l'envie de profiter une dernière fois des altitudes et des massifs pyrénéens me vient à l'esprit comme la goutte au nez. L'appel de la montagne est trop fort, comme me le rappelait si bruyamment l'autre jour Mama la marmotte...

Alors, on y va !


L'objectif du jour : aller dormir au refuge de la Glère.
Paf ! Comme ça d'un coup !


Mais avant cela, la veille, je suis allé à Dax voir le concert de Condor. Qui c'est ça ? Eh bien, c'est une formation composée de trois musiciens qui sont Marc Sens à la guitare, ManuSound à la basse/machines et Bertrand Cantat aux chants. Oui : Bertrand Cantat, l'ex-chanteur de Noir Désir.
Il s'agit là d'une lecture musicale du dernier ouvrage de Caryl Férey, "Condor", et plus précisément le chapitre titré "L'infini". Pour faire très court, il s'agit de la course folle d'un jeune couple fuyant la mort dans le Chili post-Pinochet.
Ces quatre artistes se sont rencontrés lors d'une résidence au Florida à Agen et ont décidé de mettre en musique le roman.
Autant te dire de suite que je ne suis pas fan des lectures, mais ces rencontres semblaient suffisamment originale et intrigante pour aller voir de quoi il en retournait.

Bertrand Cantat, Condor, Dax, sept 2016Après près d'une heure, la représentation prend fin. Captivant, envoûtant, déconcertant, puissant et plein d'autres mots du même genre viennent en tête. Je n'ai pas tout compris, mais c'est apparemment normal. On lâche par moments pour reprendre le fil un peu plus loin. On dira ce que l'on voudra, mais Bertrand Cantat reste un redoutable interprète, fabuleusement possédé et inspiré, alternant chants, cris et lecture ; le tout soutenu par les partitions des deux musiciens l'accompagnant pour cette expérience.
Comme mes photos sont floues, écoutons la dernière chanson-texte du spectacle, filmée par Gnac17.

 

 

LE LENDEMAIN, SAMEDI
Nous aurions pu aller au marché de Dax, mais la route nous attend !
Nath, Louise, Axel, Grégo et Maître Arnaud sont ici rassemblés pour prendre la direction des Hautes-Pyrénées. Et qui dit Hautes-Pyrénées, dit Lourdes.


JEU
LE SCRABBLE-GROTTE

J'ai 11 lettres en vertical.
Lourdes, miséricorde (65)

Passons Lourdes et ses multiples hôtels  -qui donne à cette commune pyrénéenne des airs de Las Vegas religieux-  et pénétrons un peu plus vers les montagnes.
Argelès-Gazost, Villelongue, Luz-Saint-Sauveur. Nous attaquons le col du Tourmalet en remarquant les stigmates des inondations de juin 2013. Pluies diluviennes et fonte d'un fort manteau neigeux avaient emporté rues, parkings, campings, sept maisons, certains hôtels, ne faisant, par miracle, aucune victime. Barèges fut la commune la plus touchée, littéralement coupée du monde : sans électricité, sans eau, sans réseau téléphonique. Par endroit, la route avait littéralement disparu.

Aujourd'hui, à notre passage, nous remarquons encore le long fossé creusé par la montée soudaine de la rivière Bastan. Mais, bien évidemment, cela n'a plus rien à voir avec cette catastrophe naturelle qu'avait connu Barèges il y a trois ans. Barèges a retrouvé son activité, même en septembre avec ses nombreux magasins, ses restaurants et autres commerces. Aucun habitant n'a quitté le village. Chacun a participé à sa reconstruction.
Une fois Barèges passé, nous montons encore trois kilomètres pour tourner sur la droite, en direction de l'Auberge "Chez Louisette", mieux indiqué que le plateau de Leiz d'où part notre randonnée pour le refuge de la Glère.
Après avoir croisé Louisette, nous empruntons la piste en voiture pour atteindre le Camp Bernard Rollot, point de départ.

Refuge de la Glère, panneau

C'est un lieu assez étrange en cette saison. Il n'y a personne car le camp n'est ouvert que de mi-juillet à mi-août. Le reste du temps, tout est fermé.

Refuge de la Glère, Camp Bernard Rollot, chapelle (65)
Il y a là une chapelle en bois
dominant une sorte de mini village
composé de cabanes en bois également.

 


 

 

 


Refuge de la Glère, Camp Bernard Rollot, chapelle et Soum de la Piquette (65)
Il s'agit en fait d'un camp de vacances,

situé au pied du Soum de la Piquette.
Il fut créé en 1921
par le père bordelais Antoine Dieuzaide
à la suite d'une randonnée
avce une troupe de scouts de Bordeaux,
l'une des premières de France.

 

 

 

Refuge de la Glère, Camp Bernard RollotAprès avoir passé la nuit sur ce lieu, il découvrit le lendemain matin à son réveil le plateau du Lienz "tout auréolé de lumière". A l'époque, il a pour projet de créer un camp pour jeunes. cela semble être l'endroit idéal. Il lui donnera le nom de Bernard Rollot, un jeune membre de l’ACJF (Association Catholique de la Jeunesse Française) mort lors de la Première Guerre Mondiale.

 

 

 

 

Refuge de la Glère, Camp Bernard Rollot, chapelle, clocher (65)C'était un lieu important de rencontres et de discussions sur le christianisme, la foi et l'engagement dans un monde moderne jusqu'à la mort du père Dieuzaide en 1958.
Pour les jeunes, il fut considéré comme une terre de liberté spirituelle.
Notons, par exemple, que des gens comme Paul Vignaux et Eric Pétetin ont fréquenté ce camp durant leur jeunesse.

 

 

 

 

Mais cet endroit fut aussi un lieu de Résistance durant la Seconde Guerre Mondiale.

Refuge de la Glère, Camp Bernard Rollot "Le Père Dieuzayde qui avait très tôt perçu et combattu l'idéologie de l'Action Française de Charles Maurras, a aussi bien vite compris la menace nazie ; pendant la guerre, après l'envahissement de la zone libre, profitant de sa longue connaissance des lieux et du moindre contrôle exercé par les allemands sur Barèges, située à près de trente de kilomètres de la frontière, alors que la frontière et les passages par Gavarnie et Cauterets sont plus étroitement surveillés, il fait du Camp une base de départ pour faire passer vers l'Espagne des juifs, résistants ou aviateurs : en deux journées de marche, le plus souvent de nuit, par le refuge Packe, la Hourquette de Cap de Long, et finalement le port de Barroude. Le camp a reçu à ce titre la croix de guerre. En témoignent la douzaine de noms, de français et anglais, gravés sur un rocher au Camp, qui ont laissé leur vie dans ces actes de résistance."  GMCBR

 

Refuge de la Glère, Camp Bernard Rollot

De nos jours, le GMCBR Camp-Rollot a pour vocation de faire découvrir la montagne pyrénéenne grâce à des montagnards bénévoles. il faut être majeur et avoir une bonne condition physique, comme être capable de marcher cinq heures ou de pouvoir monter 600 mètres de dénivelé.

Et justement, nous, aujourd'hui, pour atteindre le refuge de la Glère, il va nous falloir marcher plus de deux heures avec un dénivelé de... 600 mètres, répartis sur une distance de 4 kilomètres.


ALLEZ, C'EST PARTI !


Nous quittons la chapelle du camp Bernard Rollot et les cabanes de Camou pour longer, dans un premier temps, la rivière de la Glère.

Refuge de la Glère, Camp Bernard Rollot, chapelle et Cabanes de Camou (65)         Refuge de la Glère, randonnée, plateau du Lienz, cabane de Camou (65)Refuge de la Glère, randonnée, la Glère          Refuge de la Glère, panneau

Soyons honnêtes : cette randonnée allant du plateau de Leiz au refuge de la Glère n'est pas très captivante. Nous suivons une large piste, grise et caillouteuse, sans grand intérêt de prime abord. Elle traverse des paysages composés d'éboulis granitiques dénudés, de fils électriques provenant des installations hydroélectriques du lac, ainsi que des blocs de béton éparpillés au milieu de restes de poteau en fer rouillé.
De plus, durant tout le trajet, nous pouvons voir notre objectif, le refuge de la Glère ; ce qui enlève un peu de suspense.

Refuge de la Glère, randonnée, sentier (65) A

Refuge de la Glère, randonnée, sentier         DSCN0143


Alors, nous marchons en tournant la tête à droite, à gauche pour remarquer qui de une pierre originale, qui de une touffe d'herbe. Tout cela en se racontant quelques histoires, ou légendes afin de faire vivre le paysage que nous traversons...

1) LE SOUM DE LA PIQUETTE
Refuge de la Glère, plateau du Lienz et Soum de Piquette (65)
Cette montagne au nom rigolo... mais si le nom est rigolo !...culmine à une altitude de 2302 mètres. C'est une montagne mythique pour les passionnés de minéraux. On y trouve du quartz, de l'asbeste, de l'albite, de l'adulaire, de l'épidote, de l'axinite, etc. Dès 1780, les cristalliers se suspendaient à des cordes pour exploiter les poches à cristaux. Sur sa face Est, on retrouve la Goulotte dérobée, ce qui est un nom rigolo aussi... Mais si !..., petit paradis pour les skieurs de randonnée et les fans d'escalade.

 

 

2) LE FUNICULAIRE DE LA SOLITUDE
Refuge de la Glère, randonnée, funiculaire de la solitude (65)

Encore un nom rigolo... Hein ?... Ouais, non. Peut être n'est-ce pas évident sur cette photo prise depuis la vallée de la Glère, mais la station est abandonnée. Il s'agit de la gare de l'Ayré. Pourtant, il y a quelques dizaines d'années, le funiculaire de la Solitude transportait bon nombre de skieurs et randonneurs. Petit rappel historique.
Barèges fut l'une des premières stations de ski des Pyrénées. En 1924, Barèges posséde sa propre école de ski, créée par Urbain Cazaux. En 1933, la ville se dote d'un tremplin de saut à ski. Aujourd'hui à l'abandon, il était toujours en activité avec une équipe de France et son entraîneur norvégien Klssën qui venait tous les ans. Époque où les dameuses n'existaient pas... On damait à pied. En 1936, elle eut la première remontée mécanique des Hautes-Pyrénées avec le funiculaire du Lienz. Ce dernier fonctionnera jusqu'en 2000. Une association, FunnyToy, tente aujourd'hui de le faire revivre.

Le premier voyage dans cette "boîte à sardine" qui contenait 35 personnes dans des conditions très rudimentaires eut lieu le 25 février 1936.
À cette époque, aucun règlement administratif ou technique n’existe !
Le funiculaire en 1936, photo : Aroeven

 


Cette année-là, le funiculaire partait du centre de Barèges et effectuait un arrêt intermédiaire à la hauteur du plateau du Lienz. En 1947, il fut prolongé pour atteindre une altitude de 2005 mètres sur le flanc nord du pic d'Ayré (2416 m).
En 1945, à la libération, de grands travaux sont réalisés pour amener l'électricité du lac de Cap-de-Long à la vallée de la Glère. De plus, les industries hydro-électriques étant nationalisés, Urbain Cazaux, maire de Barèges, y voit une bonne opportunité pour prolonger la ligne du funiculaire de l'Ayré à la Glère. Et c'est ainsi qu'ne 1949, on inaugure le "plus puissant funiculaire d'Europe" en service continu (le jour avec les voyageurs, la nuit avec les matériaux d'EDF pour le chantier de la Glère) jusqu'en 1952 ; le tout financé par EDF.

FiniculaireEn 1980, le téléphérique allant de l'Ayré à la Glère est déclassé, ne répondant plus aux normes de sécurité. Il est démonté dans les années 1990. En 2000, c'est le funiculaire lui-même qui est également arrêté pour raisons de vieillissement des ouvrages et de sécurité, malgré l'entretien et la modernisation des cabines et des équipements.
Le funiculaire en 1986, photo : FunyToy

 

Seul vestige du téléphérique, la station de départ sur la rive droite du Bastan, en haut de Barèges, et cette gare d'arrivée que nous voyons depuis la vallée de la Glère et qui est accessible à pied depuis le camp Bernard-Rollot. La municipalité n'ayant plus les moyens financiers de réaliser les travaux de mise aux nouvelles normes de sécurité, son exploitation a été suspendu. Un projet d'une nouvelle remontée mécanique est à l'étude depuis 2015 pour une mise en service à l'horizon 2017/1018, celle-ci partirait du centre du village jusqu'au plateau du Lienz.

 

3) UNE ANCIENNE CABANE DE BERGER ÉCROULÉE
Refuge de la Glère, vallée de la Glère, ancienne cabane de berger

 

4) UNE RAMPE DE SKATE EN PLEINE MONTAGNE
Refuge de la Glère, vallée de la Glère, rampe de skate, filtre (65)
Quelle bonne idée pour amener les jeunes à découvrir la montagne !

Bon, bien sûr, non, ce n'est pas une rampe de skate, mais l'un des vestiges visibles de l'ancien raccordement du téléphérique allant de la station La Solitude au lac de la Glère.

 

 

 

5) LA GLÈRE TRANSFORMÉE EN TORRENT
Refuge de la Glère, vallée de la Glère, la Glère (65)     

6) UN ARBRE AVEC DES TRUCS ROUGES
QUI NE SE MANGENT PAS

Refuge de la Glère, vallée de la Glère, arbres rouges (65)Le Taxus Baccata, encore appelé If commun. C'est étrange comme noms. Dans certains pays, comme l'Algérie, ces arbres sont considérés comme sacrés.
Toutes les parties de l'arbre, sauf l'arille rouge entourant la graine, sont très toxiques car elles contiennent des alcaloides (taxine).

 

7) LA RAMPE DE SKATE,
VUE DE PLUS PRÈS
Refuge de la Glère, vallée de la Glère, rampe de skate

8) UN ENCLOS VIDE POUR TONDRE LES BREBIS
Refuge de la Glère, vallée de la Glère, enclos (65)


Et là, déjà, nous avons un panorama !

 

 

Un panorama sur la vallée de la Glère
et sur le plateau de Lienz.
Refuge de la Glère, randonnée, vallée de la Glère 2 (65)

Et ça, vois-tu, cela veut dire que nous en sommes plus très loin de notre objectif : le refuge de la Glère.

 

DANS NOTRE PROCHAIN ÉPISODE

Atteindront-ils le refuge de la Glère ? Et que vont-ils y trouver ? Vous le saurez en attendant que j'ai fini de trier les 15 000 photos que j'ai faites des somptueux paysages que nous avons croisés une fois notre but atteint.