Résumé des épisodes précédents
Après avoir traversé des plages aux noms étranges. Après avoir ingurgité une bonne assiette de patagos dans les nuages. Après avoir affronté les chemins pentus de l'île d'Yeu à vélo sans jamais avoir entr'aperçu la moindre boule de lumière dans le ciel, il semblerait bien qu'un passage sur la tombe du maréchal Pétain soit à présent incontournable...

    De nos jours, mais le 10 mai 2008
Nous quittons les falaises et autres plages de la côte Ouest de l'île pour prendre à nouveau la direction de Port-Joinville. Bizarrement, j'ai en tête une phrase d'un lecteur de Télérama.

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Cette réminiscence doit sûrement son origine à ce mélange de vélo sur lequel je me trouve et cette histoire de boules de lumière.
Oui, je sais, je suis lourd avec ça, mais, en même temps, on en a tellement parlé il y a une semaine que je suis surpris de voir que l'on n 'en touche plus une ligne aujourd'hui. Preuve que l'info, ça va, ça vient et surtout, ça se jette ; un peu comme tout ce que l'on produit de nos jours.

Passé-présent-avenir. Tout se mélange dans mon crâne lorsque nous arrivons aux portes du cimetière de Port-Joinville.
Pour trouver la tombe du maréchal Pétain, Le Guide Vert Michelin a un truc imparable :
"On ne peut pas manquer sa tombe, c'est la seule qui soit tournée vers le continent ; les Islais préférant face à l'océan."

Nous posons les vélos. Nous entrons. Nous cherchons. De gauche à droite. De haut en bas. Fait chier, il est où ce con là ?
Quand soudaintoutacouvoilà !

Effectivement,
toutes les croix sont orientées
dans la même direction.
Port Joinville, cimetière 1

Toutes, sauf une !
Port Joinville, cimetière 2

Eh oui, c'est bien là,
face aux Islais et caché par des thuyas,

que repose Philippe Pétain, maréchal de France.
Port Joinville, tombe Pétain

 

Pour l'occasion, replongeons-nous dans le livre de Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, "Vichy, 1940-1944" , Éditions Perrin 2004.
Quelques morceaux choisis.

 

Henri Philippe Benoni Omer Joseph Pétain
(1856-1951)
affiche

Dans l'été 1940, les Français se donnaient au "Maréchal" dans leur grande majorité, voyant en lui le thaumaturge qui saurait protéger la France vaincue et la sortir de la grave crise d 'identité nationale qu'elle traversait.(...)
La Grande Guerre avait fait du colonel relativement obscur qu'il était encore en 1913 un de ces
"grands chef" que révérait le Français moyen. Il gagna notamment le surnom prestigieux de "vainqueur de Verdun"
et la réputation appréciable d'avoir, en jouant sur la défensive, épargné le sang des Poilus. (...) Mais Philippe Pétain était d'abord et avant tout un homme d 'ordre. Son éducation chez les Jésuites puis chez les Dominicains d'Arcueil, son passage à Saint-Cyr, enfin l'affaire Dreyfus, en avaient fait un homme profondément conservateur.(...)

    LA PEUR
En 1940, à la crainte des "brigands" s'était substituée celle de la soldatesque allemande. L'effet de la propagande aidant, l'approche de l'ennemi héréditaire avait ravivé les images, datant de 1870, du "Teuton" brutalisant les populations, et encore plus celles de la guerre de 1914-18, celles du "boche
" qui aurait massacré des enfants, fusillé des otages, violé les femmes dans les territoires occupés de la région Nord. Ces craintes n'étaient pas tout à fait vaines car les unités SS exécutaient à tour de bras prisonniers britanniques, civils français et soldats sénégalais.(...)
Georges Mandel fait le constat :
"Le Conseil est divisé, il y a ceux qui veulent se battre, il y a ceux qui ne le veulent pas."

Le choix entre armistice ou capitulation polarisera le débat gouvernemental. La capitulation  -d'ordre strictement militaire-  abandonne sans doute la population au bon vouloir du vainqueur, mais elle laisse toute latitude politique aux autorités légales pour continuer la lutte, comme elles le pourront. L'armistice, en revanche, convention politique liant un État à un autre État, offrait une plus grande protection aux ressortissants du pays vaincu ; mais il interdisait toute continuation de la guerre sous quelque forme que ce fût.(...)

 

   QUELQUES DATES
Le 14 juin 1940, Paris est occupé par l'armée allemande. Le gouvernement, le Président de la République et les Assemblées sont alors réfugiés à Bordeaux.
Le 16 juin 1940, Paul Raynaud présente la démission du gouvernement et suggère de confier la présidence du Conseil au maréchal Pétain.
Le 17 juin 1940, Philippe Pétain prononçait à la radio les paroles historiquesqui allaient marquer la mémoire du français moyen : "C'est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat."

Le 20, il conviait les Français à un "redressement intellectuel et moral".
Le 22 juin 1940, l'armistice est signé à Rethondes dans le wagon, exigé par Hitler, qui servit à signer l'armistice du 11 novembre 1918.
Le 25 juin à 0h35, les hostilités cessaient sur tous les fronts français : l'armistice entrait officiellement en vigueur.(...)
"Cette politique est la mienne. C'est moi seul que l'Histoire jugera", affirmait Pétain le 30 octobre 1940.(...)
Le 29 juin, le gouvernement s'installe à Vichy, en zone non occupée par l'armée allemande.
Le 11 juillet, par trois "actes constitutionnels", Pétain s'autoproclame chef de l'État français et s'arroge tous les pouvoirs.

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Le maréchal Pétain et le Premier ministre Laval

 

     COLLABORER POLITIQUEMENT
Ligne de démarcation, prisonnier de guerre, frais financiers ligotent la France et brident l'autorité de Vichy. La ligne de démarcation constitue un garrot que les Allemands serrent à leur gré. Sachant que la zone libre dépend de la zone occupée pour le charbon (76%), l'acier (96%), mais également le blé ou le sucre, le Reich exerce un chantage aux livraisons sur l'Etat français. (...) Le Reich détenant plus d'un million cinq cent mille prisonniers en 1940, Vichy, légitimement, s'efforce de soulager leur détresse pour des motifs humanitaires autant que stratégiques.(...)
Le pillage des finances constitue l'ultime moyen dont le Reich use et abuse. L'Allemagne exige des sommes exorbitantes : 400 millions de francs par jour entre 1940 et le 10 mai 1941. Et si Berlin abaisse ce fardeau à 300 millions le 10 mai 1941, il le porte le 11 novembre 1942 à 500.(...)
En apportant en dot son Empire, en soutenant l'effort de guerre nazi, en plaçant son économie sous la tutelle germanique, la France pourrait prétendre devenir une sorte de brillant second du Reich.
Que pèse le prétendu respect de la souveraineté vichyste quand les Allemands, au mépris de l'armistice, annexent l'Alsace-Lorraine et envahissent la zone libre ? Que valent les gestes de l'occupant quand on mesure l'étendue du pillage, l'ampleur du STO, le drame des prisonniers ? Pour prendre les promesses d'Hitler au sérieux, il fallait être stupidement cynique ou incurablement naïf. Pour le malheur du pays, Vichy cumula ces deux tares.

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Montoire-sur-le-Loir, poignée de main concrétisant
la collaboration entre Hitler et Pétain


Persuadé que l'Allemagne a dès 1940 remporté la victoire et que la Grande-Bretagne déposera rapidement les armes, tablant sur la neutralité prolongée de l 'URSS et des Etats-Unis, Pétain veut construire une relation privilégiée entre le Reich et Vichy.
Instrumentalisant la défaite pour imposer son ordre politique, n'intégrant pas la dimension planétaire du conflit, Pétain lie son destin  -et le sort de l'État-  à la fortune du Reich. Obnubilé par la Révolution nationale qu'il considère comme sa grande oeuvre, le maréchal n'osera jamais rompre avec le Reich, pas plus qu'il ne soutiendra, fut-ce discrètement, l'effort de guerre allié.

 

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Jusqu 'en novembre 1942, Vichy peut donc se flatter d'avoir su épargner aux Français les horreurs de la guerre tout en ayant, grâce à la collaboration, astucieusement misé sur le cheval gagnant. L'opinion publique partage en partie cette satisfaction.

 

    COLLABORER ÉCONOMIQUEMENT
Dans l'ensemble, le patronat honore les commandes allemandes dès qu'elles servent les intérêts de l'entreprise. Au printemps 1941, le régime recommande de passer des marchés avec l'occupant pour éviter la réquisition des entreprises. Ces efforts répondent parfois aux attentes de patrons que les scrupules patriotiques n'étouffent guère.

affiche STO 2Au nom de l'entreprise, ils sont prêts à travailler avec le diable et n'hésitent pas, lors des "déjeuners de la trahison", à festoyer au Ritz avec un occupant qui paie bien. Fidèle à sa pente, l'État français cède plutôt que de résister.

 

 

 

 

Pour sauvegarder leurs entreprises, les patrons entretiennent de fructueux contacts avec l'occupant. Dès 1941, les fabricants de pneumatiques installés dans la région clermontoise négocient de juteuses commandes avec le Reich. Les intellectuels suivent parfois le même chemin.
Au total, non seulement une très grande partie de l 'activité économique française s'est effectuée au bénéfice de l'Allemagne, mais la France a été, parmi les pays occupés, le premier fournisseur de matières premières, de produits manufacturés, de produits alimentaires, sans parler des contributions financières.(...)

Le 16 février 1943, une loi votée par le gouvernement de Vichy instaure le Service du Travail Obligatoire pour les hommes âgés de 21 à 23 ans. Les classes 1940, 1941 et 1942 sont envoyées en Allemagne pendant deux ans pour fournir de la main d'œuvre au IIIème Reich.

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Environ 700.000 hommes seront appelés à accomplir le STO. L'état français est le seul parmi les états européens à forcer ses ressortissants à collaborer, et à fournir un pourcentage de main d'œuvre aussi important. Des sanctions sont prévues pour les réfractaires. 10% d'entre eux préféreront rejoindre les maquis plutôt que de partir pour l'Allemagne.

 

 

                     

     COLLABORER IDÉOLOGIQUEMENT
La Solution finale
postule en France le concours de la police nationale. Sans être l'auteur de l 'extermination, l'État français en a été le complice.(...) La traque des Juifs constitue un lieu privilégié de la collaboration franco-allemande. Sans le concours de la police et de la gendarmerie françaises  -qui assument seules la quasi-totalité des arrestations, voire la garde des camps-  le Reich n'aurait pu conduire comme il l'a fait sa politique antisémite.(...)

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Aux actes meurtriers et criminels des nazis (exemple : Ascq, le 2 avril 1944), Vichy n'osait ou ne pouvait répliquer, étalant son impuissance -et ses complicités- au grand jour. En offrant les services de sa police aux Allemands, l'État français participait directement à ce bain de sang. La Milice se distinguait ainsi dans la répression du maquis des Glières.
En 1944, l'Allemagne attend surtout que Vichy neutralise la population en cas de débarquement. Elle espère, grâce au charisme de Philippe Pétain, s'épargner la répression d'une insurrection nationale qui compliquerait le mouvement de ses troupes. (...) Le 28 avril 1944, le vainqueur de Verdun fustige sur les ondes "
cette prétendue libération", "le plus trompeur des mirages auxquels vous puissiez être tentés de céder"
. Et dans ce message préenregistré, soigneusement mis en réserve par les Allemands, il appelle les Français à s'abstraire de la lutte qui se déroulera sur leur sol.
En acceptant cette tâche peu glorieuse, le maréchal dévoilait l'ampleur de ses ambitions. Appeler les Français à temporiser  -alors que l'heure de la libération sonnait-  démontrait une bien courte vue, conforme, il est vrai, à sa myopie politique.

 

    SUBIR
"Par ces temps de restrictions, certaines personnes affamées ne craignent pas de capturer des chats pour en faire un bon civet. Ces personnes ne connaissant pas le danger qui les menace. En effet, les chats ayant comme but utilitaire de tuer et de manger les rats porteurs de bacilles, les plus dangereux peuvent être, de ce fait, particulièrement nocifs."
Publiés par les journaux le 31 octobre 1940, cet avis illustre les ruses auxquelles recourent les Français pour s'assurer un ravitaillement décent.
Pour compenser les pénuries, la population redécouvre les joies saines de l 'économie. La récupération s'impose désormais.
Les mégots, jusqu'alors ramassés par les clochards, sont traqués dans les cendriers et les nouvelles cigarettes ainsi produites sont revendues 40 ou 50 francs le paquet. Fanes de carottes et feuilles de rhubarbe sont servies en légumes, topinambours et rutabagas trônent sur les tables familiales. Faute de bas, les élégantes se peignent les jambes. Les familles célèbrent les vertus de l'autoproduction. Poules et lapins s'élèvent en appartement.(...)
Nombre de familles vivent dans une misère profonde. "
Mes 40 francs passent totalement en nourriture. Il m'est impossible de faire face aux autres dépenses ni à mes dettes", écrit une femme à son époux emprisonné.

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Face à une armée dont la brutalité est connue, la population préfère afficher sa soumission que de risquer, par bravade, d'indisposer un vainqueur arrogant.
Les impératifs de la survie incitent parfois les individus à devenir complices des autorités allemandes. Outre le chômage qui sévit jusqu 'en 1941, les avantages matériels que proposent les entreprises du Reich poussent quelque 200 000 Français à se porter volontaires pour travailler Outre-Rhin. Au printemps 1942, 275 000 Français construisent aérodromes et fortifications, et contribuent à ériger le Mur de l'Atlantique. Le 4 septembre 1942, une loi autorisait l'État français à réquisitionner les hommes (de 18 à 50 ans) comme les femmes célibataires et sans enfants (de 21 à 35 ans) pour
"effectuer tous les travaux que le gouvernement jugera utiles dans l'intéret supérieur de la nation".
Que les vaincus, par leur travail aident les occupants à conforter leur domination ne manque cependant pas d'ironie.
      

 

Le 10 juin 1944, vers 14 heures, la 2ème SS-Panzerdivision Das Reich, placée sous le commandement du général Heinz Lammerding, encerclaient le bourg d'Oradour-sur-Glane, situé à une  vingtaine de kilomètres de Limoges. Après avoir rassemblé la population du village et des hameaux sur le champ de foire, les Waffen-SS séparèrent les hommes des femmes et des enfants, qui furent enfermés dans l'église. Les hommes poussés dans des granges et des garages furent mitraillés tandis que, dans l'église, femmes et enfants étaient achevés, à l'exception d'une survivante. Au soir de cet épouvantable samedi, 642 personnes avaient péri, dont 240 femmes et 202 enfants.

Oradour-sur-Glane 1              Oradour-sur-Glane, église 1

Vichy, comme à son habitude, n'eut aucun geste, mêm symbolique pour protester : Xavier Vallat expliqua même sur les ondes de Radio-Vichy que le massacre, sans doute répréhensible, était la conséquence des actions des mauvais Français qui n'avaient pas obéi au maréchal, en novembre 1942, provoquant l'occupation de la zone sud.

 

     L'OPINION PUBLIQUE
Le 26 avril 1944, le maréchal Pétain, au cours d'un voyage imprévu, assure la population parisienne, éprouvée par les bombardements, de sa sollicitude. Après une messe à Notre-Dame, il adresse à la foule, rassemblée sur le parvis de l'Hôtel de Ville, une brève allocution avant d'être ovationné par des étudiants du Quartier Latin, massés le long du boulevard Saint-Germain.
Quatre mois plus tard, le général de Gaulle, descendant les Champs-Elysées, provoque un enthousiasme comparable. Étonnante symétrie que témoins et historiens ont d'emblée tenté de décrypter.

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Aux yeux des sceptiques, ce parallélisme illustre la passivité des masses, promptes à s'enflammer pour n'importe quel sauveur suprême. Les optimistes se sont réjouis de voir les Français, foncièrement patriotes, acclamer tour à tour et sans esprit de revanche deux hautes figures nationales. 

Malgré cette conjoncture maussade, le maréchal a conservé quatre années durant une réelle popularité. A une population traumatisée par une inexplicable défaite, il offre de robustes repères, sentencieusement énoncés dans ses discours et messages. Son glorieux passé le classe en patriote sourcilleux, garant de l'intéret et de l'identité nationale. Le maréchal endosse donc les habits du thaumaturge, s'intégrant dans une immémoriale lignée de sauveurs  -un thème développé à l'envie par la propagande. Les images d'Epinal diffusent l'image d'un homme providentiel, assurant, de Verdun à l'an 40, le salut de la Nation.
                                                                    
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Mais quand les faits correspondent à la représentation d'un Pétain protecteur et patriote, sa popularité se redresse. Frappée par les bombardements, craignant un débarquement (prélude à de nouvelles destructions), l'opinion publique, en 1944, se tourne de nouveau vers l'homme qu'elle considère comme son protecteur naturel.
En encourageant les Français à s'abstenir dans les combats de la Libération, Pétain, en outre, flatte les penchants attentistes des masses. Craignant de s'engager, la population trouve dans le patriotisme qu'elle prête au maréchal la justification de sa politique d'abstention.
Les Français auront ainsi constamment distingué Philippe Pétain de son régime. Commode dissociation qui permettait d'allier aux douceurs du non-engagement la certitude d 'agir dans un sens patriotique.

Pourquoi entraver l'action d'un héros qui, mieux que quiconque et par définition, savait où se trouvait l'intéret du pays ? (...)

 

     PÉTAIN DANS L'HISTOIRE
Pour la cause du maréchal fut créée dès novembre 1951 une association posthume, l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (l 'ADMP). Ces nostalgiques inconditionnels de Vichy ont milité pour la révision du procès (8 fois rejetée) et la translation des cendres du maréchal à l'ossuaire de Douaumont (mais ils désavouèrent l'action du commando dirigé par Hubert Massol qui enleva le cercueil de Pétain en 1973).
A croire les sondages, la personne même de Philippe Pétain bénéficia presque toujours  -sauf en 1945 dans les mois qui suivirent le retour des déportés-  d'une image relativement positive. En novembre 1994 encore, selon une enquête de la SOFRES, nombre de Français continuaient de lui accorder des circonstances atténuantes : 22% des sondés lui reprochaient bien d'avoir "trahi la France", mais 24% accordaient qu'il "s'était trompé de bonne foi" et 30% estimaient même qu'il "avait chercher à sauvegarder les intérets de la France", alors que 24% se déclaraient sans opinion.
                                                                   
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Si les nostalgiques ou les défenseurs de l'État français ne font plus recette, cela ne signifie pas pour autant que l'opinion reste insensible à tous les enjeux symboliques qui tournent autour de Vichy. Les trois premiers présidents de la Vème République avaient fait déposer une gerbe sur la tombe de Pétain à une seule reprise et dans l'indifférence. En revanche, François Mitterrand qui, à partir du 11 novembre 1987, avait agi de même, fut contraint d'y renoncer en 1993. Les enjeux de mémoire s'étaient à nouveau déplacés.
JEAN-PIERRE AZEMA
OLIVIER WIEVIORKA

Vichy, 1940-1944
Editions Perrin

 

 

Le procès du maréchal Pétain s'achève le 15 août 1945. La cour déclare Pétain coupable, notamment, d'intelligence avec l'ennemi et de haute trahison. Elle le condamne à mort, à la dégradation nationale, à la confiscation de ses biens, assortissant toutefois ces condamnations du voeu de non-exécution de la sentence de mort, en raison de son grand âge.

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Le 16 novembre 1945, le maréchal Pétain, ex-chef de l'État français de 1940 à 1944, est incarcéré à la Citadelle (fort de la Pierre-Levée). Condamné à mort pour collaboration avec les Allemands, sa peine avait été commuée, vu son grand âge (90 ans), en une détention à vie. En 1951, une double congestion pulmonaire le frappe. Le 29 juin, on le transporte dans la maison Lucos, près de l 'église, où il s'éteint le 23 juillet.

 

Un dernier regard sur la tombe m'intrigue.
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Comme si toutes ces croix regardaient de haut cet homme tombé bien bas
après avoir été considéré comme un héros et un sauveur.

Et en même temps... Quand on relit les propos de Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka sur le suivisme de l'opinion publique... Que penser de tout cela ? Quelles leçons en tirer ?
Constater que les foules sont influençables et rationalistes. Remarquer que les gens s'adaptent aux situations les plus affligeantes sans broncher.
Quelles leçons pour aujourd'hui et pour l'avenir ? De tels actes sont-ils encore possibles ? Une telle déroute peut-elle se reproduire ? La France est-elle un pays qui privilégie le silence à la prise de position radicale lorsque son économie et ses sociétés sont mises en péril ?
Sans être démagogique en faisant de faciles comparatifs, que penser de la situation actuelle en rapport avec celle de la collaboration vichyste ? Y'a-t-il un rapport ? Comment expliquer que les industries françaises partent à l'étranger ? Pourquoi, malgré les nombreux départs en retraite des enfants du baby-boom, n'y a-t-il pas plus d'emplois ? Où vont les bénéfices faits par les grands patrons lorsqu'ils délocalisent leurs sociétés ou qu'ils déplacent la production dans des pays étrangers? Et Sarkozy dans tout cela ? Pourquoi tant d'images ? Et l'Europe, quelle place dans le monde ?

Mouaip...

Pour des raisons de temps, nous ne  nous rendrons pas au musée de l'Historial (derrière l'hôtel des Voyageurs), relatant les dernières années du maréchal Pétain sur l'île. On se boit une petite bière sur le port ; puis nous reprenons le bateau pour le continent, laissant l'Ile d'Yeu derrière nous.

"Environ un sur dix de ses 5000 habitants permanents vit de la pêche ou d'une de ses industries annexes.
Le tourisme est également une ressource importante, mais, à la fin de l'été, lorsque les vents d'automne commencent à souffler, l'île se replie sur elle-même. Les volets des maisons se referment, la bourrasque agite les bosquets d'yeuses qui dominent Port-Joinville, et les seules créatures vivantes que l'on aperçoit encore sur les côtes sont les oiseaux migrateurs, qui s'y arrêtent un moment avant de repartir vers le sud." 
Balades en France, Editions Solar

 

 

 

 

PS : Et n 'oublies pas que dimanche prochain, c 'est la fête des mères ; fête mise au calendrier par le régime de Vichy en 1941.