"Un étrange voyage hypnotisant et déconcertant, dans lequel Jarmush invite à voir les choses et non à les penser. La poésie crépusculaire des personnages et des situations hantent longtemps..."
Tels sont les mots que j 'avais lus quelque part au sujet de "The limits of control". Cela faisait un redoutable enchainement avec le précédent billet laissé au préalable sur ce blog.
Mais il me fallait à présent découvrir où le film était projeté dans la région Aquitaine.

J 'ouvre le journal local pour regarder les programmes proposés dans les divers cinémas régionaux, se logeant à...

        Tarnos
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Anglet      
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     Bayonne
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Biarritz      
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      Hossegor
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Capbreton    
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    Soustons
Soustons

   

Et puis soudain, là,
au milieu des écrits noirs et blancs,
une publicité de bien belle facture...
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Ecoute : on va pas se plaindre !

Cela change des sempiternelles pubs pour les parfums de fin d 'année.

Tiens, regarde donc celle-ci, consacrée à une nouvelle jeunesse complètement désinvolte.
 

Pub : Chancelant, le parfum des hommes troubles

Hein ? Hein ?
Ok, ça manque de musique électro-ambianto-lounge, agrémentée de couleurs, mais tout y est sinon !
L 'homme (le mâle même, hein !), le mystère (ici symbolisé par un cintre), l 'errance vague (des pas aléatoires dans un lieu fermé), le temps qui passe (pendule), la modernité (le téléphone portable), la recherche (regard vers l 'avenir), l 'odorat invisible (oui, oui), le toucher inaboutit (représenté ici par l 'ampoule en personne, tu vois, électricté, énergie, consommation machin tout ça quoi) et je ne sais quelle connerie à la con encore avec les filtres à café, l 'escalier, le verre de pif, voilà hein bon !

C 'est pas compliqué de faire une pub pour un parfum, merde ! Il suffit juste de trouver un objet qui n 'a rien à voir et de lui donner une importance illogique ; comme un hareng rouge.

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Au début, j 'avais pensé à un édredon bleu, mais vu qu 'il était au lavage, finalement, j 'ai opté pour le cintre. Parce que le cintre, vois-tu, c 'est étrange. Si, si. déplacé de son contexte, il en deviendrait presque énigmatique, angoissant, effrayant. Et plein d 'autres mots comme ça.

 

Bon allez, les programmes cinoche...

Tempête de boulettes géantes dans ta tête... Ouais OK d 'accord... RTT avec
l 'incontournable Kad Mehrad qui est peut être chez toi en ce moment sans que tu le saches tellement il est partout... Arthur et la dernière daube du gros Besson (salut Evelyn Dead)... Ouais ouais ouais... 2012 qui est la suite de 2010 qui est elle-même la suite de 2001 qui lui-même était la suite de 1900... qui est la revanche de 881, tourné avant 300, mais inspiré par 36 quai des orfèvres...
Aaah, le dernier film de Jim Jarmush, "The Limits of the control". Eh bien, il va falloir aller au Sélect, à Saint-Jean-de-Luz pour 21 heures.

OK, Banco, c 'est parti !

Saint-Jean-de-Luz. On connait de nom. Cela fait penser à... à... Prrrrr... Voyons voir...

SAINT-JEAN-DE-LUZ
 

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"Oooooh, combien de marins,
combien de capitaines ont quitté Saint-Jean-de-Luz
pour des courses lointaines...
Après avoir fait fortune sur les mers, la ville maria le Roi Soleil, puis fut happée par le tourbillon mondain né à Biarritz dans les années 1850.
Les villas balnéaires poussèrent aux côtés des maisons basques
aux bois peints et des palais du XVIIème siècle."
   
Le Guide vert Michelin

Architecture variée qui a vu passer moult personnalités. Citons comme ça pour déconner André Pavlovsky (à qui l 'on doit quelques villas biarrotes ainsi que les deux phares étranges de l 'entrée du port de Ciboure classés monuments historiques), Fédor Chaliapine (chanteur d 'opéra russe qui incarna Don Quichotte dans le film de Pabst), René Lacoste (champion de tennis et de T-Shirt), Jacques Pavlovsky (photographe qui couvra le départ de de Gaulle en 1968 avant de
s 'exiler au Sahara, à Saïgon, en mer de Chine pour revenir couvrir divers évènements contemporains), Michèle Alliot-Marie (politicienne de Droite dure qui parle en retenant son souffle), Bixente Lizarazu (footballeur-surfeur), Patxi (découvert lors par l 'émission Star Academy), Jean-Michel Larqué (si, si, je l 'ai vu l 'autre jour) et... et...

LOUIS XIV
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...venu se marier dans l 'église Saint-Jean-Baptiste...
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...à l 'infante d 'Espagne Marie-Thérèse.
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... après avoir fait un détour par Brouage.

Souvenons-nous : nous en avons parlé dans un précédent billet : ICI avec cette histoire d 'amour avortée entre Marie Mancini et le roi.
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Et ce mariage alors ? Comment était habillée la mariée ? Quel temps ils ont eu parce que c 'est quand même plus agréable quand il fait beau ? Et combien se sortes de fromages y 'avait-il au buffet ?
Notons qu 'il fut décidé le 7 novembre 1659 par le Traité des Pyrénées, négocié par le Cardinal Mazarin. Ce traité  met fin à une interminable guerre entre la France et l 'Espagne. Les 124 points qui y sont stipulés prévoient notamment des concessions territoriales et l 'union du Roi de France, Louis XIV, à l 'Infante Marie-Thérèse d 'Autriche, fille anée du roi d 'Espagne, Philippe IV.
C 'est ainsi qu 'accompagné de sa suite, le roi arrive à Saint-Jean-de-Luz le 8 mai 1660.
Le 9 juin au matin, logé à la maison Lohobiague, il rejoint la maison de l 'Infante. Entre les Suisses qui font la haie, le cortège s 'ébranle en direction de l 'église. Derrière deux compagnies de gentilshommes, le cardinal Mazarin, en costume somptueux, ouvre la marche suivi de Louis XIV, en habit noir orné de dentelles. Sacré Louis tiens ! Pas le dernier : ça te construit des châteaux de Versailles sur des marécages, ça te fait des guignoleries de danse pour séduire le peuple affamé, ça veut prendre tous les pouvoirs, ça révoque l 'Edit de Nantes et finalement, ça meurt d 'une gangrène !
Bref, revenons au mariage.
A quelques pas derrière, Marie-Thérèse, en robe tissée d 'argent et manteau de velours violet, la couronne d 'or sur la tête, précède Monsieur, frère du Roi, et l 'imposante Anne d 'Autriche. Toute la cour vient derrière... Non, ce n 'est pas la tanshumance pyrénéenne, c 'est l 'histoire qui est là, en marche. Le service, célébré par Mgr d 'Olce, évêque de Bayonne, dure jusqu 'à 3 heures ; ce qui, il faut bien le dire, est très long, surtout quand on n 'a pas petit-déjeuner au préalable.

Finalement, la cérémonie prend fin
et la porte par laquelle sort le couple royal est murée de suite.
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Après ce passage mémorable, bien entendu, Saint-Jean-de-Luz a utilisé le filon pour ses commerces :
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                                                   Ou encore
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Oui, je sais : rien à voir avec Louis XIV, mais une pharmacie qui s 'appelle Vaslin (prononce Vaseline), c 'est original.

Puisque nous en sommes à parler commerce, n 'oublions pas de mentionner la présence en ces rues saintjeanluzoises du meilleur glacier de France :

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Un exemple de glace maison :
la Donibane, mélange de glace, d'orange, de pamplemousse et de citron,
ou encore une glace au lait de brebis et au cerises noires.

Ouais, basque quoi quand même, hein.
Non, mais c 'est normal aussi. Attends, les gars ici, ils ont les brebis, ils ont les cerises noires, ils ont le piment, ils ont l 'axoa.
Eh hein, ils vont pas te faire un egalce à la bétise de Cambrai ou un sorbet à l 'andouille de Vire.
Oh ! Eh ! Hein ! Bon ! Chacun sa place !

Restons dans la couleur et l 'artisanat local avec, n 'est-il pas, cette boutique d 'espadrilles rudement bien achalandée :
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Non loin de ce mélange de couleurs, j 'ai croisé cette image derrière une vitrine :
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Je ne sais plus à quelle sorte de commerce elle appartient, mais cela m 'a fait repenser à cette dernière photo que mon père m 'a envoyée sur nos expéditions cyclotouristiques dans les vignobles sancerrois alors que je n 'avais que 9 ans :
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Il y avait aussi cette étrange affiche donnant rendez-vous à tous les fans de cannes électriques et de randonnées pédestres sur la vitrine d 'un marchand de café spécialisé :
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Quittons les commerces pour la plage.

C 'est l 'hiver...
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Et puis l 'hôtel de la plage, situé sur la promenade de la baie...
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...qui, automatiquement, me fait penser de suite au film de Michel Lang.
C 'est un des films auquel j 'aime repenser parfois, sans forcément avoir envie de le revoir, car il possède le charme de la simplicité.
La douceur des vacances d 'été, l 'impétuosité de la jeunesse et de l 'adolescence, les premiers flirts loin de chez soi à se demander si on allait s 'écrire et se revoir, le marivaudage, cette vie simple et pourtant tortueuse, douloureuse derrière les apparentes fulgurances du quotidien. On se cherche, on se trouve, on se perd, on se retrouve, on se quitte, on revient, on repart et puis et puis et puis... On attend, on oublie et, un jour, une musique revient nous hanter.
Et là, oui, je dis : Bravo Mort !
Car oui, bien sûr, Hôtel de la plage, c 'est Daniel Ceccaldi et son air pervers. Oui, c 'est Guy Marchand et son associabilité innée. Oui, c 'est Anne Parillaud avant qu 'elle ne s 'entiche du gros Besson (Salut à toi Evelyn Dead). Mais c 'est aussi, et surtout, et quand même, ce beat, ce tube, ces notes et ces mots mêlés d 'anglais et de français chantés par un musicien anglo-américain reposant au cimetière de Bordeaux-Caudéran et que j 'ai toujours cru allemand.
Oui, gloire à toi, ô Mort Shuman et à ton "Eté de porcelaine".

Allez, chantons !!!

Bon eh dites don' les enfants, c 'est bien beau la nostalgie, mais il fait nuit et il est grand temps de rejoindre le cinéma pour retrouver une musique plus actuelle ; celle de Boris, compositeur de la bande son du film de Jarmush...