Paris !
Alors ouais, bien sûr : Paris...
Aaah Paris : la France ! Aaah Paris : Tour Eiffel ! Aaah, Paris : le Louvre ! Aaah, Paris : Notre-Dame !
Et aaaah, Paris : Pigalle ! Aaaah, Paris : Champs-Elysées ! Eh oh tiens, Paris : Montmartre !!!

Mais non, là, non ! Parce que Paris, eh ouais hein quand même !

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Il n'y a pas à être circonspect en lisant ces lignes introductives.
Tous... et je dis... j'écris bien TOUS !... quand nous entendons le mot "PARIS", de suite, une série de clichés et d'histoires usités vient subitement s'inscruster dans la partie la plus inconsciente de notre esprit. Il en résulte une sorte d'amas d'images bordélisées, regroupant les lieux communs les plus usités de la capitale française et que l'on peut éventuellement rassembler par la suite dans un genre de diaporama, réalisé avec le soutien des appareils photos numériques.
Appareils photo numériques qui, rappelons-le, nous permettent de faire plein de photos de merde sans pourtant les développer sur papier.

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Alors, pour contrecarrer ces poncifs, pourquoi ne pas tenter une autre visite de la capitale.
Pourquoi ne pas s'aventurer dans les dédales méconnues de la capitale ? Pourquoi ne pas chercher d'autres choses plus mystérieuses ou instructives ? Paris ne se résumerait-elle qu'à une tour et une avenue ?
Oooooh que non !!!
Il y a quelques semaines, lors d'un passage dans le 75, je me suis amusé à errer dans les IIème, IIIème et IVème arrondissements avec quelques conseils émis par Le Guide du Routard.
Voici ce qu'il en résulte...

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L'AUTRE VISITE DE PARIS

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Et puisqu'il faut bien commencer par un endroit, débutons par...

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Le IIème arrondissement
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En musique
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Alors le IIème arrondissement, qu'est-ce que c'est quoi ?
Eh bien, tu as, par exemple...
- la bibliothèque nationale de France Richelieu qui renfermait avant son transfert sur le nouveau site François Mitterrand plusieurs millions de livres et de journaux accumulé depuis plusieurs siècles.
- la Tour Jean Sans peur, l'un des derniers vestiges du Paris Féodal
- la Bourse, qui n'est plus désormais qu'un système de cotations et d'échanges virtuels ; laissant de côté le brouhaha du palais Brongniart et sa fameuse corbeille...

- le quartier du Sentier et ses multiples boutiques textiles qui sentent bon le synthétique.
- la rue Saint-Denis, dont l'axe fut tracé dès le Ier siècle par les Romains avant d'être conquise par les putes et les sex-shops dès...dès...oulalala !
- le Rex et sa plus grande salle de cinéma d'Europe (2650 places), conçu en 1932 par Jacques Haïk, celui-là même qui surnomma Charlie Chaplin, Charlot.

Mais assez de discours ! Partons à présent sur l'idée : trois photos, une légende !
Ouais au départ, je voulais faire "Une photo, une histoire", et puis finalement non !

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Commençons notre itinéraire par...

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LE PASSAGE CHOISEUL
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Construit en 1829 par l'architecte Antoine Tavernier, ce passage a la particularité d'être, avec ses 190 mètres, le plus long de Paris.
Il connut une atmosphère littéraire, notamment par la présence d'Alphonse Lemerre qui édita au n°23 de ce passage les premiers poètes parnassiens, tels que Théophile Gautier et Verlaine.
Au n°32, on découvre sans emballement l'hôtel Baudelaire, où le poète séjourna en 1854. Difficile de trouver l'entrée et aucune allusion à l'auteur des "Fleurs du mal" n'y est faite.
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C'est aux n°64 et 67 que Céline grandit vers 1898. Pas de plaque, ni d'attention particulière. On distingue juste de petites fenêtres sous les toits d'où apparaissent des livres aux titres indistinguables.
C'est cet endroit qu'il décrit dans "Mort à crédit" (1936) sous le pseudo de "Passage des Berezinas".

« Au passage des Bérésinas, dans les étalages, partout, y avait des nombreux changements depuis que j’étais parti… Un projet était à l’étude pour amener l’électricité dans toutes les boutiques du Passage ! On supprimerait alors le gaz qui sifflait dès quatre heures du soir, par ses trois cent vingt becs, et qui puait si fortement dans tout notre air confiné que certaines dames, vers sept heures, arrivaient à s’en trouver mal…Cloches !… Sous cloche qu’on était ! sous cloche qu’il fallait demeurer ! Toujours et quand même ! Un point c’était tout !… »

Aujourd'hui, le passage Choiseul a délaissé cet univers littéraire pour donner prestance aux restos-minutes et magasins d'objets jetables en tout genre auxquels s'ajoutent la boutique du célèbre couturier Kenzo et le théâtre des Bouffes Parisiens, initialement dirigé comme un bazar forain par Jacques Offenbach jusqu'à devenir un lieu incontournable du théâtre parisien.

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Je sors du passage pour prendre la rue Danielle Casanova. J'avance, j'avance. Plein Est ! Jusqu'à rejoindre...

 

LA GALERIE VIVIENNE
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Parterre coloré en mosaïque. Elégantes boutiques parisiennes. Salon de thé, antiquités, art, fleuristes chics, caviste-bar-à-vin, librairie ancienne, prêt-à-porter haut de gamme (Gaultier et Yuki Torii). Lumineux. Calme. Reposant. Mais sacrément guindée ! On pourrait manger par terre en écoutant du Barbara.
Le célèbre policier Vidocq habita au n°13 pour assurer la surveillance de ce passage. Tour à tour voleur, saltimbanque, vrai-faux faussaire, bagnard, marchand, mouchard, chef de la Sureté de Paris et l'un des premiers détectives privés au monde, petit historique de ce personnage atypique.

EUGENE-FRANCOIS VIDOCQ
(1775-1857)

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Fils de boulanger, François Vidocq commet divers larcins au cours de son enfance. Sa forte taille (à 12 ans, il a une taille d'adulte) lui rend la besogne facile. À l'âge de 16 ans, il quitte Arras après avoir volé ses parents et s'engage dans l'armée révolutionnaire. Il se bat alors à Valmy et à Jemappes puis déserte l'armée. Il en est renvoyé en 1793. Il poursuit alors une vie aventureuse de voleur et d'escroc entre Paris et le nord de la France.
Condamné à huit ans de travaux forcés pour "faux en écritures publiques et authentiques", il est incorporé dans la chaine de Brest, un groupe de forçats destiné au bagne du port. il s'en évade déguisé en matelot avant d'être à nouveau arrêté en 1799 pour être envoyé au bagne de Toulon d'où il s'évadera en 1800.
En 1806, il propose ses services d'indicateur à la police de Paris, puis est placé à la tête de la brigade de sûreté en 1811. Excellant dans le domaine du déguisement et dans le physionomisme, il permet l'arrestation de nombreuses personnes qui tenteront par la suite de le déstabiliser jusqu'à ce qu'il donne sa démission de son poste de chef de la brigade.
En 1827, il créé alors une petite usine de papier et invente le papier infalsifiable. Mais, quelques années, plus tard, il est ruiné et monte la première agence de détectives privés du monde, fournissant aux commerçants, moyennant finance, des services de renseignement et de surveillance économique, ainsi que des informations sur les conjoints volages.
Il meurt du choléra à l'âge de 82 ans et personne ne sait aujourd'hui où se trouve son lieu de sépulture.


Au n°5 se trouve l'immeuble où mourut le navigateur et explorateur Antoine de Bougainville (1729-1811).
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Avec la Boudeuse et L’Étoile, il quitte Brest en 1766. Par le détroit de Magellan il gagne les mers du Sud. Son parcours le mène à la Nouvelle-Cythère en avril 1768 (Tahiti), puis aux Samoa, aux Grandes Cyclades (Nouvelles Hébrides), la Nouvelle-Bretagne (îles Bismarck), la Nouvelle-Guinée, l’île Maurice. Après avoir franchi le cap de Bonne Espérance, il remonte vers Saint-Malo, où il accoste après deux ans et demi de voyage.
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Je quitte momentanément les passages parisiens pour retrouver l'air librement pollué et rejoindre le bar du Croissant, rue Montmartre ; soit un peu plus au nord.

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Et là, y'en a déjà qui disent : " - Ouais ben putain, elle a pas duré longtemps la visite parisienne ! Il est déjà à la recherche d'un bar pour se siffler des bières belges le salopards lààààà !!!!"
Et je te répondrai : " - Ah, ah, ah ! Je crois que vous vous méprenez très cher !"

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LE CROISSANT
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Effectivement, Le croissant est un bar, se nichant dans l'angle des rues Montmartre et... du Croissant.
Comme tu peux le voir sur la photo ci-dessus, ce qui frappe d'entrée lorsque l'on veut boire un coup peinard, c'est cette grosse plaque de marbre blanc sur laquelle sont gravés ces mots : "Ici, le 31 juillet 1914 Jean Jaurès fut assassiné".
Avant de m'asseoir, je regarde si les chaises ne sont pas recouvertes de sang ou de quelques bouts de viande socialistes refroidis. Puis je fais un rapide tour de regard aux alentours pour tenter d'apercevoir un quelconque badaud avide de meurtre contemporain et puis...finalement, j'entre pour scruter l'intérieur du lieu, à la recherche d'indices.

Ce qui "frappe" d'emblée, c'est ce mini-muséum sous verre, peuplé de photos et d'articles de journaux de l'époque cernés par deux ardoises annonçant le quotidien "Happy hour, de 16 à 21 heures" ! Putain, la vache ! Je dis "frappant" parce que je n'ai jamais vu un aussi long "Happy Hour" !

Ensuite, on ne peut pas venir dans ce lieu sans se demander pourquoi l'on y affiche une plaque de marbre de trois mètres de haut et quelle importance a eu cet évènement du 31 juillet 1914. Qui était Jean Jaurès ? Pourquoi avait-il été assassiné ? Pourquoi à cette époque ?
Faire ici sa biographie serait un peu trop long. Disons rapidement que c'était un homme politique de gauche, philosophe, historien, enseignant à l'université, député du Tarn, conseiller municipal, maire adjoint de Toulouse, éditorialiste...
Dès 1890, il avait pris conscience de la lutte des classes et avait rejeté les valeurs de sa classe d'origine pour embrasser la cause ouvrière. Après s'être battu pour la libération du capitaine Dreyfus, Jaurès fonde le réformiste "Parti Socialiste Français" ; puis, en 1904 le quotidien "L'Humanité"tout en menant de grandes batailles parlementaires pour la séparation de l'église et de l'Etat, l'enseignement laïc, les libertés syndicales, les droits de l'homme, la nationalisation des grandes entreprises,...
EN 1905, la fusion des deux partis socialistes français donne naissance à la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière) qu'il co-dirigera avec Jules Guesde.
Inspiré par le Marxisme et les idéaux de la Révolution, le socialisme de Jean Jaurès se veut profondément humaniste, libéral, démocratique et non doctrinaire. Son pacifisme, son anti-colonialiste, son anti-militarisme et son amitié pour l'Allemagne lui attireront de vives inimitiés. Farouchement opposé à la guerre avec l'Allemagne, il rappelle aux militants le mot d'ordre de grève générale décidé par l'Internationale ouvrière en cas de déclenchement d'un conflit armé.
Le 31 juillet 1914, au café du Croissant, situé près du siège de L'Humanité, à 21h30 (soit une demi-heure après l'Happy Hour), Jean Jaurès est abattu de trois balles, dont deux perforent son crâne. Il a 54 ans.
Son assassin est un jeune déséquilibré mental, Raoul Villain, militant d'extrême droite influencé par les appels aux meurtres des journaux nationalistes.
Jaurès assassiné, il n'y avait plus personne pour empêcher d'éclater la Première Guerre Mondiale. La France entre en conflit contre l'Allemagne le 1er août à 16 heures.
Après 56 mois de détention préventive, Raoul Villain sera acquitté et Mme Jaurès condamnée à payer les frais du procès, les jurés estimant que Jaurès vivant aurait privé la France de sa victoire.

Je bois une bière belge. J'écoute les discussions alentours. Pas grand chose à signaler. C'est un bar parisien, bien tenu par un couple de jeunes personnes. Il y a quand même ce tableau avec ces affiches.
Un livreur entre avec un casque sur la tête. La tenancière lui demande si ça va. Il ne répond pas. Elle me regarde et me dit : "Voilà où on en est." Et le livreur repart en souriant.

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Je reprend la route du trottoir...

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Au bout de la Rue du Croissant, la rue du Sentier. Une maison, n°8.

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RUE DU SENTIER
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Alors, bien sûr, quand on entend le mot "Sentier", on pense textile, chinois, tissus, grossistes, traffic, La vérité si je mens, etc.
Oui, oui, oui ! Mais savais-tu que Mozart en personne séjourna ici durant une année entière avec sa mère alors qu'il avait 22 ans. Parait-il, même si cela n'est pas mentionné sur cette plaque, qu'elle lui faisait des frites chaque jeudi soir.

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Je cherche maintenant à rejoindre le passage du Caire, en passant devant la statue en bronze d'Olivier Brice : L'Homme au bras levé... mais on ne sait pas pourquoi !

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LA PLACE DU CAIRE
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La place du Caire est intrigante.
Au XIXème siècle, c'était le quartier des imprimeurs et des fabricants de chapeaux de paille.
Aujourd'hui, des gens de toutes nationalités occupent la place et semblent être en attente, leur téléphone à la main, regardant autour d'eux en permanence. En attente de quoi ?
De missions, de petits boulots de déménagement, de livraison. De prime abord, la place du Caire est une sorte de rendez-vous des affaires "souterraines" : chariots, klaxons, diables, tire palettes,... C'est aussi ici que commence le quartier du Sentier, le royaume du prêt-à-porter.
Je tourne un peu sur la place qui est également agitée par quelques travaux. Des poussières de plâtre et de ciment volent, donnant à l'endroit un aspect désertique, peut être finalement proche de ce que peut penser un occidental de la capitale de l'Egypte.
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Tiens, ça me fait penser à ces magnifiques dialogues
d'OSS 117, Le Caire nid d'espions de Michel Hazanavicius

Bref !
Après avoir tourné un peu, je trouve l'entrée du passage, situé sous une façade d'immeuble ornée de têtes de pharaon quelque peu grossières...
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LE PASSAGE DU CAIRE
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Dépaysement ! C'est aussi cela la particularité de Paris. D'un quartier à un autre, tu changes de monde, d'univers, de sons, de parfums, de couleurs et de vie.
Le passage du Caire fait partie intégrante du quartier égyptien de Paris, dont les rues et voies ont été rebaptisées après l'expédition de Bonaparte dans ce pays en 1798.
Le Caire, Aboukir, Alexandrie, le Nil,... Voici la petite Egypte en plein coeur de Paris ! Endroit à part, timide, discret ; mais grouillant d'activités plus ou moins fantômatiques.
C'est ici que se tenait au XVIIIème siècle, la célèbre Cour des Miracles. Celle-ci devait son nom au fait qu'au soir venu "les aveugles voyaient clair... Les estropiés retrouvaient l'usage de leurs jambes. On y trouvait des milliers de faux mendiants, tire-laine, "vendangeurs de coste" (pickpockets de l'époque), soldats déserteurs ou filles de joie.... On y élisait une reine et un roi, surnommés Rolin-Trapu et Catin Bon-Bec. Cette cour, qui fut supprimée à l'époque de la majorité de Louis XIV après intervention des forces armées, ne consistait plus alors qu'en un très grand cul-de sac puant et boueux.

Le passage du Caire est lui aussi atypique. Très éclairé par quelques néons et une longue verrière plafonnée, il arbore un nombre incroyable de boutiques faisant toutes la même chose. Chacune d'elles possède dans sa vitrine de véritables troupeaux de mannequins plastiques nus, de toute taille, censés être vendus à d'autres boutiques de prêt-à-porter. La traversée se fait dans un relatif silence et j'arrive alors dans la rue Saint-Denis.

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Le IIIème arrondissement pointe alors le bout de ses quartiers.

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DANS NOTRE PROCHAIN EPISODE

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Nous verrons ce que le IIIème arrondissement parisien peut bien cacher au fond de ses entrailles.

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