Tout d'abord, pour commencer : arrêtons-nous cinq minutes sur le titre de ce billet que toi, cher lectrice-teur, tu es en train de lire. "Courmayeur et Lancebranlette". Énigmatique de prime abord, il peut faire penser au nom d'une nouvelle série télé dans la droite lignée des "Starsky et Hutch", "Arnold et Willy", "Hélène et les garçons", "Chapeau melon et bottes de cuir", "Maguy et..." Ah non, elle était toute seule, elle.
Oui, cher lectrice-teur, tu peux penser à ce moment précis que Jénorme va te proposer le scénario d'une toute nouvelle saga à venir avec moult rebondissements et dialogues tous plus indispensables les uns que les autres...
Mais ce n'est absolument pas le cas. Non, si cela avait été le cas, je n'aurais sûrement pas choisi un tel titre pour cette série. J'aurais préféré la titrer
"Courmayeur, Lancebranlette et beauté".
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

 

Après être monté à 3842 m d'altitude pour redescendre dans un tunnel de plus de 11km qui devait le faire déboucher sur une vallée italienne qui portait le même nom qu'un jambon lyophilisé isérois, Jénorme arrivait dans une ville d'eau minérale.

Tout d'abord, remarquons le travail marketing de cette publicité. 
Un verre avec une bouche et des yeux maquillés qui parle en se pesant.
Simple, efficace, rapide, pas plus, pas moins !
Bon. Très bien. L'autre particularité de l'eau minérale Courmayeur jaillissant à 1224 mètres (source Youlaz) est qu'elle se vend uniquement en France et en Vallée d'Aoste (pas dans le reste d'Italie).
Ceci étant dit, nous pouvons continuer.


Écoute, de toi à moi, dans toute ma vie de grand-reporter-photographe-de-l'extrême, je me suis rarement trouver dans une telle situation. Et pourtant, j'en ai fait des photos de merde ! Oooooh oui ! J'en ai traversé des bleds à la con ! J'en ai vu des trucs inintéressants ! Je m'en suis posé des questions à base de "Mais pourquoi suis-je donc or ni car ici ?"
Des exemples ? Fastoche !

Bruges, uen scène 2 Colmar, le matin devant le Pub
Bruges (Belgique)                                       Colmar (France)

Gallipienzo, balcon (Espagne) Pépère 10
  Gallipienzo (Espagne)                           Les gorges du Verdon (France)

Météo Pépère sous la porte
Mont Ventoux (France)                              Larchant (France)

   La Joconde et Cra chez Léon  Pépères 13
Pontoise (France)                            Je sais plus (Quelque part)

Pochette de disque de Pascal Budapest, karaoké (Hongrie)
Paris (France)                                                   Budapest (Hongrie)

 

Mais là, ici, à Courmayeur, ville d'eau sulfatée, putain !
Je sais pas. Manque d'inspiration, manque de recul, mauvaise sortie de tunnel, choc thermique, malaise de l'altitude,... En plus, j'avais des sortes de bêlements de chèvres venues de nulle part  qui hantaient mon crâne un peu comme ça...

Et pas moyen de trouver un petit truc sympa, une chose originale, un machin qui emblématise un fait historique intéressant.
Mes nièces, ma soeur et moi-même progressons dans les rues et pas moyen de trouver une photo à faire dans cette station de ski de renommée universelle... internationale... mondiale.... européenne... nationale.... régionale !
En même temps, nous sommes en été et il n'y a pas un gramme de neige dans les rues. Avec ce coup, tous les repères sont faussés.
Je vais quand même tenter un truc. Visitons Courmayeur avec ces quelques photos prises à la volée...

 

COURMAYEUR

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Située au pied du massif du Mont-Blanc, aux sources de la Doire Baltée, dans le haut Valdigne, Courmayeur est la commune la plus haute de l'Italie et de l'Europe occidentale, culminant à une altitude de 1224m. Elle est dominée par le Mont Chétif, sur le sommet duquel se trouve une statue de la Sainte-Vierge, bénie personnellement par le pape Jean-Paul II. Les questions se posent alors : Pourquoi ? Comment ? Que s'est-il passé entre cette Vierge et Jean-Paul II pour qu'il la bénisse ? Mystère ! Aucune information révélée sur cet étrange évènement dont nous ignorons même la date. Peut être même, finalement, que cette bénédiction n'a jamais eu lieu.

FLASH INFO EXPRESS

Des habitants de la commune de Cogolin (Var), profondément émus par l'installation d'une statue de la Vierge Marie sur leur commune, chemin de la Radasse, ont réclamé et obtenu du maire le déplacement de la Sainte en une adresse plus digne.
L'édile a reconnu avoir manqué de tact à l'époque, n'ayant pas prêté attention au nom de la rue lorsqu'il a décidé d'offrir à ses administrés cette statue en bronze qu'il avait dénichée dans une remise. VAR MATIN


A ses touts débuts d'existence, la renommée internationale de Courmayeur a été liée au tourisme thermal au XVIIème siècle, avec ses quatre sources d'eaux sulfureuses, alcalines, ferrugineuses, gazeuses, chaudes et froides : Pré-Saint-Didier, la Saxe (minérale), la Marguerite et La Victoire.  Au milieu du XIXème siècle, les rois d'Italie y séjournaient régulièrement.

0233Et puis, Courmayeur devint connu au niveau international avec la naissance de l'alpinisme. La première ascension du Mont Blanc par Paccard, Balmat et Saussure en 1786 contribua à l'essor de cette pratique. Courmayeur ne tarda pas à s'imposer comme la capitale de l'alpinisme italien, avec la fondation en 1850 de la Société des guides de Courmayeur-Mont-Blanc, la première d'Italie. Les guides courmayeurins sont les plus célèbres du Val d'Aoste.

 

À partir du XXème siècle, suite à la construction des implantations de ski, Courmayeur est devenue l'une des plus importantes stations de ski valdôtaines, avec Breuil-Cervinia, et de l'arc alpin en général.

0232La ville est organisée autour de l‘ancienne église Santi Pantaleone e Valentino, mais c'est sans aucun doute la Via Roma la partie la plus animée. Étroite et tortueuse, on y trouve toutes sortes de commerces, du petit bar à l'équipementier sportif en passant par les magasins de luxe.

Niveau festif et culturel, notons deux évènements majeurs : la Foire de la Pâquerette et le Courmayeur Noir In Festival, festival du cinéma noir de renommée internationale, se déroulant au mois de décembre.

J'adore les différentes affiches de ce festival... 

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Nous errons donc dans les dédales de la ville peu animée à cette heure de la saison. Un regard sur les boutiques, une oreille sur les mots prononcés par les passants et commerçants. Nous recherchons quelques particularités touristiques, comme des objets souvenirs originaux, mais il n'y a pas foule.
Quelques statues de-ci, de-là, rythment notre promenade, entre hommages au poète italien Giosué Carducci et aux sauveteurs de haute montagne...

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Bon allez, ça va bien les conneries ! C'est bien gentil tout ça, mais il faut le dire : on s'emmerde un peu à Courmayeur et nous comprenons mieux alors pourquoi la ville est renommée pour être le Temple de l'alpinisme car, oui, peut être, on doit être mieux dans les alpages. Nous buvons un verre en terrasse d'un bar et puis nous reprenons la route afin de regagner la France.

Trois possibilités s'offrent alors à nous :
1) Reprendre le tunnel du Mont Blanc, mais non.
2) Passer par le col du Grand-Saint-Bernard (2469m) qui nous amène en Suisse et que j'avais déjà emprunté lors d'un périple pour la Croatie...

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Col du Grand-Saint-Bernard tel quel

... et que Napoléon avait emprunté en mai 1800 ; scène représentée par le peintre David.

Prmier consul par DavidOn y voit là le Premier consul
monté sur un cheval fougueux,
alors qu'en réalité il montait un mulet,
bête jugée plus sûre pour les sentiers
de haute-montagne.

 

 

Toutefois, un problème de taille se pose si nous empruntons ce chemin : nous nous éloignons complètement de notre objectif de retour, c'est à dire le massif des Bauges.

3) Passer par le col du Petit-Saint Bernard nous permettant de rejoindre la Tarentaise, Bourg-Saint-Maurice, le Beaufortin et et et et le massif des Bauges.

 

Nous choisissons cette dernière possibilité. Depuis Jules César, la route du Petit-Saint-Bernard est un axe stratégique entre la France et l'Italie. Des légions romains aux marchands et pèlerins du Moyen-âge, jusqu'aux armées des rois et des républiques, bon nombre d'hommes ont arpenté, le plus souvent à pied, cette route pour monter au col. Aujourd'hui, elle est surtout parcourue pour son intérêt touristique, entre le Val d'Aoste et la Tarentaise, sur le circuit du tour du Mont-Blanc.
Nous sortons de Courmayeur sans trop de regret pour prendre une route montante sur la droite, direction La Thuile. Charmant petit village aux multiples chalets fleuris...

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 ...rappelant le Tyroll et ses multiples chalets fleuris...aussi. Et nous attaquons la montée du Col du Petit-Saint-Bernard en traversant de magnifiques paysages montagneux, composés de vastes champs aux herbes grasses et aux fleurs multicolores, parcourus par de petits lacs d'altitude dominés par les cimes.

 

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 Et nous arrivons au sommet ! 2188 m !

Une pause s'impose.

 

COL DU PETIT SAINT BERNARD

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Col du Petit-Saint-Bernard, vue de dos

UN PEU D'HISTOIRE
Depuis 1860 (date de l’annexion de la Savoie à la France), il marque la frontière administrative entre la France et l’Italie.Mais le col du Petit Saint Bernard, c'est aussi une vieille, très vieille histoire.
L'importance du col débute dès le Néolithique. Les traces d'un vaste cercle de pierres, ou cromlec'h, sont encore visibles aujourd'hui, malgré les dégâts irréparables commis par les services de la voirie lors de la réalisation de la route carrossable. Sa datation demeure problématique mais pourrait remonter à l'âge du fer.
Il a été ensuite pendant des millénaires une voie transalpine stratégique empruntée par les pèlerins, les contrebandiers, les émigrants et les belligérants.
D'après certaines sources, le col du Petit-Saint-Bernard aurait pu être utilisé en 218 av. J-C par l'armée d'Hannibal, escortée d’une trentaine d’éléphants, pour traverser les Alpes vers la plaine du Pô.
Prenant la suite des pistes préhistoriques et antiques, la voie romaine, route impériale, Alpis Graia  fut achevée sous le règne d'Auguste, en l'an 2 ou 3 de notre ère. Son état définitif lui sera donné par l'empereur Claude, quelques années plus tard.  Elle reliait 2 capitales d'empire : Rome et Lyon, capitale des Gaules. Elle était utilisée, entre autre, par la poste impériale à des fins administratives et stratégiques. Elle sera utilisée jusqu'en 1866, date à laquelle elle sera remplacée par la route carrossable actuelle.
Autre particularité d col, la présence de l'hospice Saint-Bernard. Il hébergeait les voyageurs qui préféraient s'y arrêter plutôt que d'affronter de terribles tourmentes de neige. Mais pendant la Seconde Guerre mondiale, l'hospice servira d'avantage à héberger les nombreux militaires en garnison au col, passage stratégique.

Lorsque le 10 juin 1940, l'Italie déclare la guerre à la France, déjà vaincue, l'accaparement du col du Petit-Saint-Bernard est un des buts de Mussolini. La population de la zone frontalière est évacuée. Retranchés dans la Redoute Ruinée — une forteresse perchée à 2 400 mètres d'altitude sur les flancs de la Traversette — quarante soldats du BAF défendent le passage du col contre des milliers de soldats italiens. Les 20 et 22 juin, une action du lieutenant Tom Morel contraint les troupes italiennes à se replier. Ce verrou tient bon et plus de six cents soldats italiens trouvent la mort en tentant vainement de prendre le fort. Après avoir reçu l'ordre d'évacuation suite à l'armistice signé le 25 juin, les soldats français, qui comptent seulement neuf morts, évacuent le fort le 2 juillet 1940 avec armes et bagages, devant les troupes fascistes qui leur rendent les honneurs.

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Col du Petit-Saint-Bernard, vue de face                                                 Col du Petit-Saint-Bernard, vue de profil


QUE FAIRE
Le col du Petit-Saint-Bernard est reconnu pour son enneigement exceptionnel, mais aussi pour son aérologie auprès des pratiquants de snowkite. En effet, grâce à l'échange quasi permanent de masses d'air entre les vallées de la Tarentaise et d'Aoste, le col est devenu depuis 10 ans un site de référence pour les skieurs et snowboardeurs pratiquant le snowkite (glisse tractée par un cerf-volant). Une école et une association sont sur place pour renseigner les débutants et confirmés afin d'assurer une pratique sécuritaire et la pérennisation de l'activité sur le site.

Tu peux également t'adonner aux joies de l'héliski. Non, non, il ne s'agit pas de faire du ski en étant tiré par un hélicoptère, mais plutôt d'être déposé en hélicoptère directement au sommet des meilleurs sites de glisse hors-piste.

 

QUE VOIR
De 1860 à 1909, l'hospice du Petit-Saint-Bernard, alors en territoire italien, a été dirigé par l'abbé Pierre Chanoux. Ce dernier, passionné de botanique, réalisa en face de l'hospice un petit jardin alpin, baptisé Chanousia en l'honneur de son fondateur.
Géré successivement par des savants italiens de renom comme les professeurs Vaccari et De Marchi, il abritait plus de 4 000 espèces de plantes alpines. Totalement dévasté lors des combats de la guerre 39-45 il fut ensuite abandonné.
En 1978, la Société de la flore valdôtaine, sous la direction d'Ephyse Noussan, lui redonne vie. Il est actuellement en territoire français, et cogéré par le département de la Savoie.
Formant une encoche entre les pointes du Lancebranlette (2 936 m) dans le massif du Mont-Blanc au nord, et du mont Valaisan (ou Valezan) (2 891 m), dans les Alpes Grées au sud, le col est également apprécié pour ses départs de randonnée : le Lac Sans Fond, le Mont Pourri, le tour du belvédère, col de la Traversette,...

Et si tu n'aimes pas la montagne, l'air pur, l'héliski, la randonnée ou le jokari d'altitude, il ne te reste plus qu'à suivre les panneaux directionnels...

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...pour te poser dans le bar de Lancebranlette !

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Oui, tu peux te poser la question : mais pourquoi donner un tel nom à un bar ?
La réponse est simple : parce qu'il a une vue imprenable sur les pointes de Lancebranlette.
Oui, tu peux alors te poser une autre question : mais pourquoi donner un tel nom à des pointes ?
A cela, je préférerais plutôt t'orienter vers une autre interrogation que tu ne t'es peut être pas encore posé depuis que nous parlons des cols du Grand et du Petit-Saint-Bernard. Et cette question est : mais pourquoi un tel nom ?
La réponse est historique : l'ordre du Grand saint Bernard possédait des chiens qui portent son nom et les a aussi utilisés au col du Petit Saint Bernard. Ces molosses, probablement importés d'Asie par les romains, étaient surtout utilisés pour faire la trace (ils pèsent 100 kg) dans la neige devant les sauveteurs.  L'image de ces chiens
avec un petit tonneau de boisson au cou, est désormais indissociable  de celles des sauveteurs qui ont garanti le passage hivernal du col pendant des siècles.

C'est en reprenant la route pour plonger sur la France que nous allons voir quelques spécimens de cette race quelque peu disparue.
Après avoir affronté plusieurs virages en lacets très serrés sur une distance de 25 km, nous faisant passer d'une altitude de 2188m à 925m, la rencontre se fait dans un petit village nommé Séez.
Un bien étrange nom, de prime abord. Pour un peu, on penserait presque à Damien Saez, chanteur, né d'ailleurs à quelques kilomètres d'ici, à Saint-Jean-de-Maurienne. Mais Séez tient son nom au fait que la commune se situe à proximité de la borne "six" de la voie romaine.
Dans le même temps, vu que cela fait très longtemps que nous n'avons pas parlé d'église dans ce blog, intéressons-nous à l'église du village : l'Eglise Saint-Pierre. Elle représente très bien l'art baroque, cet art nouveau issu de la Renaissance qui exprime la réforme catholique en Savoie au XVIIème siècle. Elle est inscrite dans le circuit des "Chemins du Baroque". Ainsi, l'église de Séez renferme elle aussi un véritable trésor, composé de pièces d'orfèvreries sacrées (XVIIème et XVIIIème siècles), pour la plupart classés monuments historiques. On peut également y découvrir un magnifique retable, oeuvre de Fodéré, artiste de Bessans.
C'est pour cela que Séez se trouve également sur cet itinéraire touristique savoyard, appelé...

 

CHEMIN DU BAROQUE

Contamine, église Séez, église, retable Véroce, église Angelot baroque
Photos : Savoie-Mont Blanc

Ne vous fiez pas aux façades relativement sobres de toutes ces petites chapelles et églises nichées dans les montagnes. A l'intérieur se cachent souvent de véritables trésors: angelots joufflus, décorations à la feuille d'or, colonnes torses, jeux de lumière... L'esprit de l'art baroque, avant de s'exprimer pleinement aux XVIIe et XVIIIe siècles, s'inscrivit dans le courant de la Contre-Réforme, prônant un style nouveau, chaleureux et coloré. Il s'agissait alors de contrer les idées de Martin Luther et de Jean Calvin, partisans d'une doctrine simplifiée et militant pour un culte dépouillé de tout apparat, sans décor ni images divines.
En Tarentaise, comme en Maurienne d'ailleurs et, dans une moindre mesure, en Beaufortain, la Contre-Réforme a généré un art religieux où la profusion domine, un baroque qui flamboie de ses ors jusque dans la plus modeste des chapelles. S'ils sont souvent sans grand intérêt architectural, ces sanctuaires accueillent néanmoins des retables où éclate tout le savoir-faire des créateurs formés dans de petits ateliers locaux au cours des XVIIème et XVIIIème siècles.

 

Mais ne voilà-t-il pas que tout à coup, ce n'est absolument pas de ça que je voulais parler !
Non, nous parlions de col du Petit-Saint-Bernard DONC de Saint-Bernard DONC de chien Saint-Bernard...que tu ne verras sûrement pas dans un de ces tout nouveaux concours à la con que les Américains aiment organiser. Regardez plutôt :

Non ! Impossible de retrouver le Saint-Bernard ici car ce qui le caractérise, tout d'abord, dans un premier temps, c'est son gabarit. Le poids moyen de la race est entre 64 et 120 kg ou plus et la hauteur approximative au garrot est de 70 à 90 cm. Alors, imagine un peu dans quel état tu retrouverais ta jambe, hein, hein, hein, hein, hein,... encore un : hein.
Alors, profitons de cet instant béni pendant lequel nous nous trouvons à Séez pour parler du chien du Saint-Bernard.

LE SAINT BERNARD

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Ah non, merde, ça, c'est p'tite mimine qui est toujours en train de dormir sur les housses de chaise à la maison de Héry-sur-Albi.
Mesdames, messieurs...

saint bernard

Dans l'imaginaire populaire, on affuble ce pauvre siensien d'un tonnelet de Rhum accroché au cou qui serait destiné à revigorer les victimes du froid. Cette pratique a été utilisée surtout à la fin du XIXème siècle dans la recherche de personnes perdues dans les montagnes ou victimes d'une avalanche. A n'en pas douter, si le Saint-Bernard se trouvait sur la cote Atlantique sud, il aurait très certainement une réserve de mojito dans son tonnelet pour venir au secours des surgeurs en perdition. Mais nous nous égarons !
Le chien du Saint-Bernard est doux, comédien et très têtu. Sa particularité, c'est de prendre sa place à la maison, et pour certain de rentrer en conflit. Oh oui, le Saint-Bernard a un sacré p'tit caractèèèèèèère, hein !
Maaaaaaaiiiisssss, n'oublions pas la devise de ce siensien incroyablement proche de l'homme : "Noblesse, dévouement et sacrifice". Sache qu'il peut détecter une présence jusqu'à six mètres sous la neige grâce à sa truffe humide. Contrairement à la plupart des chiens, il possède un sens de l'orientation extrêmement développé, pourrait prévoir des avalanches et des tempêtes de neige, et serait à même de percevoir si une personne est vivante ou morte sous la neige.

 

Voilà ! Et si nous parlons à Séez de cette race de chien, c'est parce qu'ici se trouve un musée du Saint-Bernard.

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Le vrai officiel incontournable se trouve en fait à Martigny, en Suisse, de l'autre côté du col du Grand Saint-Bernard.
Alors, là, comme ça, on se dit : "Mais c'est sympa de parler de cette race de chien un peu oubliée. C'est bien de la mettre en valeur par des musées, des scultupes, des panneaux explicatifs, des peluches, des bols, des paravents, des cendriers, des pipes à eau pour fumer du teuch, tout ça. Oui, c'est vachement sympa. Bravo Séez."
Et puis, tu traverses la route qui sépare le musée d'un parking situé en plein soleil, et tu tombes sur cette scène...

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Et là, tu ne comprends pas comment on peut laisser cs chiens dans une cage sur le bitume brulant d'un parking en plein soleil.
DONC on se casse !

Nous continuons de redescendre le col en prenant la direction de Bourg-Saint-Maurice, ville natale de Michaël Youn. Nous passons très vite cette agglomération repliée sur elle-même dans sa vallée pour aller affronter la route du Cormet de Roselend.
C'est une route très étroite sui s'en va serpenter au fin fond de la vallée des Chapieux, constituée par la rencontre de deux autres vallées confluentes : la vallée du Torrent des Glaciers et du Versoyen.
La route que nous empruntons fait hurler mes nièces à l'arrière de la voiture. Après avoir pris d'étroits lacets, la route, en paliers, traverse en remblai un "plan" marécageux dans un vallon désolé. Le temps s'est brusquement couvert. Ciel gris. Température subitement très fraiche. Dehors, c'est un peu le no man's Land.

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Vallée et Aiguille des Glaciers (3816m)

Cette vallée étroite fait légèrement flipper mes nièces. J'ai beau leur dire que c'est le chemin le plus court pour regagner le gite, cela ne les rassure pas plus. J'ai beau ajouter que nous allons dans quelques kilomètres croiser l'un des plus beaux lacs de montagne des Alpes, elles s'en foutent.
Que peut-on faire dans ces cas ? Se lancer dans une fabuleuse lecture des devinettes Carembar ? Chanter l'intégral des chansons de Patrick Sébastien ou de Rihanna ou Beyoncé ou Shakira ou Inna ou je-ne-sais-quelle autre grosse merde à la mode du moment ? Leur promettre d'aller manger au MacDo dès que nous arriverons dans une ville... si toutefois on se sort de cette aventure périlleuse au milieu des montagnes ?

Jouer à un des ces jeux de voiture qui ne prennent pas de place, comme...
               Gas who

Leur lire une belle histoire ?        
Décime moi un mouton

Les mettre en configuration d'une future attaque atomique ?
    Plonk et replonk, atomique

Lire les petites annonces du journal local acheté à Séez ?
Demande d'emploi      

Faire une ville en oeufs sur la plage arrière de la voiture ?
       Ville en oeufs

Pendant cette intensive recheche, nous traversons le cormet de Roselend, c'est à dire une longue dépression géologique située à plus de 1900 mètres d'altitude. Un paysage d'une simplicité austère, semés de rocs solitaires et de quelques abris de bergers, des champs dénudés que seuls les troupeaux de vaches parcourent... C'est très beau et en même temps très désolant. Les aiguilles du Grand Fond nous dominent du haut de leur 2889 m.

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Photo : Olive White

Un peu plus loin, apparait alors le lac de Roselend.

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Altitude : 1557m. Superficie de 320 hectares. Dans les eaux bleues du lac se mirent la silouhette du Roc du Vent... Mais, aujourd'hui, en l'occurrence, c'est un peu couvert et on ne voit rien se mirer.
Le lac tire son nom du village qui fut englouti lors de la mise en eau du barrage, en 1960. En mémoire, la chapelle a été reconstruite sur le bord de la route.
Peut être est-ce du à cette météo grisâtre, mais ce paysage a des airs d'Irlande. Une tranquilité et une harmonie de couleurs aux nuances de bleu, vert et de gris se dégage : bleu profond ou turquoise du lac, vert tendre des alpages. Quelques troupeaux pâtrent sur les berges. Tout est calme, reposant, apaisant, reculé.

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Oui, bon, alors, d'accord. Les photos sont un peu moches quand même. Pour profiter pleinemen de ce paysage, il aurait fallu varier les angles et partir sur les sentiers faisant le tour du lac. Il aurait fallu aussi qu'il fasse beau, mas que veux-tu, c'est ainsi.
Nous poursuivons la route pour regagner Albertville et le massif des Bauges après cette journée ecclectique qui nous a fait découvrir les magnifiques panoramas de l'Aiguille du Midi, le tunnel du Mont-Blanc (ben oui !), l'Italie et son Val d'Aoste, le col du Petit-Saint-Bernard et ses chiens, le lac de Roselend aux airs d'Irlande...

 

DANS NOTRE PROCHAIN EPISODE

Nous verrons autre chose.