On en est où là ? Kaliningrad Tour ? Jénorme à 40 ans ? Aguas Tuertas ? Et le périple Nevers-Krk entamé il y a quatre ans ? Et les quartiers secrets parisiens d'il y a trois ans ?
Bon, allez, nous allons plutôt  reprendre la suite du sentier du Mojito.
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...


Il n'était pas loin de 14h36 lorsque je décide de quitter la larmichette à l'oeil la terrasse du bar Le Kostaldéa.

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Direction : le centre-ville de la ville. Oui, je sais, la formulation n'est pas très belle, mais j'm'en fous.
Guéthary est situé sur une sorte de colline ou de rocher, un peu comme Monaco, vois-tu, sauf que Guéthary n'est pas un paradis fiscal. Géographiquement et randonnément parlant, c'est un fait : quand tu es au bord de l'océan et que tu veux atteindre le centre-ville, il te faut grimper.
J'emprunte un chemin bordé de tamaris qui serpente dans une sorte de petit parc agréable, me conduisant jusqu'à une esplanade. Croix des pêcheurs et vieilles photos agrémentent cette place d'où l'on découvre également une belle vue sur Fontarrabia, le Mont Jaizkibel et Le Kostaldéa.

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14h58, GUÉTHARY : centre-ville
Je continue en direction du centre-ville en franchissant un pont surplombant une ligne de chemin de fer et, là en face, apparaît un autre lieu incontournable de Guéthary : Le Madrid. Car il faut savoir, ou pas... oui, non, ce n'est pas une obligation de savoir ça, mais je vais te le dire quand même : Guéthary est un petit village au charme ravageur qui a su attiré quelques artistes et autres célébrités depuis quelques décennies. Citons, par exemple, Saint John Perse en 1903, Paul Klee, Wasily Kandinsky ; ou encore le sculpteur Georges-Clément Swiecinski (qui a fait don de son œuvre au musée du village) ; ou encore Debussy et Ravel qui ont également séjourné dans la cité ; ou encore plus proche de nous, citons Frédéric Beigbeder, Vincent Cassel, Felipe Cazals, les soeurs Labèque et Jules-Edouard Moustic.
Mais Le Madrid était aussi le rendez-vous des écrivains...

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C'est ici que Jacques Rigaut, Pierre Drieu et Paul Chadourne ont écrit une nuit d'été 1924 un "cadavre exquis", un texte collectif resté inédit jusqu'en 1998, date à laquelle l'éditeur Les Libraires Entre Les Lignes l'a publié sous le titre "Et puis MERDE!" dans sa collection "Happy Few" avec un tirage limité à 152 exemplaires dont certains justifiés par une photo inédite des auteurs. Comme la plupart des auteurs de cette période enclin au surréalisme, Jacques Rigaut était un personnage intrigant et tourmenté...

Jacques Rigaut par Man Ray, 1922"D’abord élève brillant au lycée Montaigne où il obtient un prix de récitation et de français, il devient passable et dissipé au lycée Louis-le-Grand et se fait remarquer par son excentricité. En décembre 1916, il devance l'appel et s'engage dans l'armée. D'abord affecté au service automobile à Paris, il part au front, en Lorraine, au début de l'année 1918. Après l'armistice, il reste sous les drapeaux jusque fin 1919. De retour à Paris, il commence à fréquenter les milieux littéraires et devient l'ami de Drieu La Rochelle qui en fera le héros de La Valise vide, puis du Feu follet et de L'Adieu à Gonzague. Il rencontre le peintre mondain Jacques-Émile Blanche qui l'engage comme secrétaire.
Ses premiers écrits, Propos Amorphes, sont publiés en 1920 alors qu'il entre en contact avec les membres du groupe Dada. Dandy sans argent, vivant chez ses parents, il devient un grand consommateur d’opium, de cocaïne et d'héroïne. En 1922, il rejoint Tristan Tzara et quitte les surréalistes.
En 1924, il rencontre Gladys Barber, une jeune Américaine fortunée qu’il suit à New York. Il rentre à Paris peu après, avant de repartir pour New York début 1925. Il épouse Gladys Barber en janvier 1926, mais elle le quitte rapidement, lassée de sa toxicomanie. Il vit misérablement à New York jusqu’en novembre 1928, date à laquelle il revient à Paris et reprend une vie mondaine dans une maison prêtée par le surréaliste Paul Chadourne. Il commence une série de cures de désintoxications. Le 6 novembre 1929, dans une maison de repos de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) appelée « La Vallée aux loups », Jacques Rigaut se suicide d’une balle tirée en plein cœur." ORAGES D'ACIER (Photo : Man Ray, 1922)


Le propriétaire actuel du Madrid qui a repris l'affaire il y a cinq ans s'intéresse à l'histoire de son hôtel et tente de rassembler quelques archives dont quelques photos de l'époque qu'il a accrochées aux murs du café.
(D'après JACQUES RIGAUT BLOGSPOT)

Kandisnski et Klee à Guéthary
Vassily Kandinski et Paul Klee à la terrasse du Madrid

Paul-Jean Toulet, l’auteur des Contrerimes (une forme poétique qu'il avait créé avant 1916), avait également ses habitudes ici.

"Douce plage où naquit mon âme ;
Et toi, savane en fleurs
Que l'océan trempe de pleurs
Et le soleil de flamme."

On lui doit également quelques phrases bien senties qu'il savait prononcées entre excès d'alcool et d'opium. Citons par exemple : "D'être méchant, c'est se venger d'avance.", "Il y a des pluies de printemps délicieuses, où le ciel a l'air de pleurer de joie.", ou encore "Le temps passe. Ah, si on pouvait le regarder passer. Mais hélas, on passe avec lui."
Et voilà, on divague, on divague et je ne sais plus où je suis, ni où je vais. A ma droite, une superbe et imposante batisse basque qui accueille la population retraitée ; à ma gauche, un fronton-mairie-mémorial...

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Je suis l'Avenue du Général de Gaulle du coup, histoire de tenter de rencontrer l'église du village. En attendant, je passe devant la maison de Paul-Jean Toulet.

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Déjà si on ne connait pas le poète, c'est difficile de savoir qu'il a existé... C'est un peu nul ce que je viens de dire, mais avant de suivre ce sentier du Mojito littoral, je ne connaissais pas cet auteur. Toujours est-il que si les responsables locaux n'avaient pas mis un gros mur-hommage à côté de la grille d'entrée, on ne saurait pas que c'est ici que Paul-Jean Touvet a vécu et est décédé le 6 septembre 1920 d'une hémorragie cérébrale.

Toute allégresse a son défaut
Et se brise elle-même.
Si vous voulez que je vous aime ;
Ne riez pas trop haut.


C'est à voix basse qu'on enchante
Sous la cendre d'hiver
Ce coeur, pareil au feu couvert,
Qui se consume et chante.
                                                                            PAUL-JEAN TOULET

C'est en 1916 que le poète est venu habiter Etcheberria, cette maison du XVIIIe siècle avec balcon en ferronnerie, surmontée d’une lucarne en pierre, qui s’élève toujours au bout d’une allée de platanes doublée d’une haie d’hortensias. Elle ne manque pas de charme mais Toulet la trouvait très sombre et « aussi délabrée par l’âge que l’empereur d’Autriche ». À vrai dire, c’est surtout la santé du poète qui était délabrée. Après quatre années passées au château de la Rafette, entre Libourne et Bordeaux, il venait d’épouser Marie Vergon, fille d’un restaurateur de Guéthary, un amour de jeunesse, semble-t-il, mais qui lui servit surtout de garde-malade. Presque constamment alité, il lit, travaille un peu, griffonne de rapides épîtres dans lesquelles il réclame invariablement des cartes postales illustrées, des catalogues de musée ou les « Gazettes des Beaux-Arts » qui manquent à sa collection, sans s’interdire d’ailleurs de parler littérature ou de pester contre la misérable politique du gouvernement. (D'après Landrucimetière)

 

15h14, GUÉTHARY : au-delà de la Départementale 810
Je continue pour arriver à hauteur de la départementale 810 ; cette route mythique du sud-ouest toujours bouchonnée été et week-end puisque empruntée par les vacanciers et quelques locaux qui n'osent s'aventurer dans les terres profondes de la région afin de rejoindre Bayonne.
Je traverse la Départementale. Y'a pas grand monde sur l'asphalte. Ils doivent tous être à la plage ou au resto. Et justement, puisque que nous en parlons, un panneau m'indique que si je continue par ce chemin qui n'a plus rien à voir ni avec le Littoral, ni avec le Mojito, je risque fort de rencontrer le restaurant Briketenia, tenu par Martin et David Ibarboure. A ne pas confondre avec l'autre restaurant, tenu également par des frères Ibarboure, considéré comme la seconde branche de la famille Ibarboure par Le Guide Michelin, mais qui se trouve un peu plus loin à 100 mètres, c'est à dire à Bidart.
Je passe devant le restaurant Briketenia, une étoile au Guide Michelin.

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Non, c'est pas possible : je ne peux pas passer comme ça sans m'arrêter regarder la carte et les menus.

briketenia      briketenia chefs      Briketenia met

ENTRÉES
- Le Foie gras : Marbré au poivre Voatsyperifery, meringue, pomme cerise et vanille  26€
- L’Œuf : De la ferme Etchelecu, sauce suprême truffée, marmelade de morilles, petit pois et brioche Parisienne 26€
- Les Coquilles Saint Jacques : Carpaccio au jambon Bellota, déclinaison de betteraves, fromage blanc et combava 27€
- Le Homard : Demi-homard Breton grillé, bisque à l’Armagnac ail noir et pommes fondantes en sauce Hollandaise 29€
- Les Langoustines : En cinq états, souvenirs de Hong Kong 29€
- Raviole chinoise dans son consommé.
- Carpaccio pomme verte et oseille
- Rôtis au satay et choux pack choi
- Chips de tapioca, mayonnaise aux algues
- Écrin de citron bergamote   

PLATS
La Mer
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     briketenia entrée      briketenia poisson

- Coquilles Saint Jacques : Dans une sauce au vin Blanc du domaine Brana, gnocchis à l’encre, aillet et cresson 36€
- Bar de Capbreton : Poché dans un beurre infusé au macis, la sauce crémeuse au Noilly Prat, Variation d’artichauts 35€
- Retour de la criée : Suivant la pèche, poisson entier servi au guéridon, légumes et aromates de la famille Bastellica (Pour 2personnes) 74€

La Terre
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- Ris de veau fermier : Laqué au jus Teriyaki, poudre coco curry. jeu de carottes cru et cuite, mousseline au Porto 39€
 - Agneau de lait : Des Pyrénées, rôtis à la sarriette, condiment Harissa Basque, breuil de brebis aux olives Taggiasche et aubergine confite 36€
- Pigeon : De Guiche, cuit sur l’os, tartine de ses béatilles, risotto de graine de moutarde, lard de Colonata et parmesan Reggiano 36€

 GOURMANDISES SUCRÉES
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- Les Profiteroles à l'éclat d'or :  Choux farcis à la glace vanille Bourbon, tube noisette, chocolat chaud coulant « Manjari » 14€
- La mangue soufflée: Dans sa sphère de sucre, caramel fleur de sel, nougatine au sésame et sorbet mangue citronnelle 14€
- Miroir chocolat : Mousse Gianduja sur une Dacquoise amande, glace à la fève de Tonka 14€
- Les fraises Gariguettes: En différentes textures, sur un sablé Breton au basilic, sorbet  fraise acidulé au balsamique 14€
- Le baba au rhum : Baba à la compotée de rhubarbe, ganache au chocolat mentholé, sorbet  fromage blanc verveine 14€

LES FROMAGES
Le chariot de fromages, frais et affinés par Monsieur Minvielle, Fromages et Compagnie 14€                                   
Le café, mignardises et chocolat 4€


Ah ça, c'est pas du Paul-Jean Toulet, hein ! Mais, par contre, comme tu peux le voir, pas de Mojito au programme. DONC pas de Frères Ibarboure. De toute façon, c'est fermé jusqu'en juin.
Je continue pour atteindre l'église, dite église Saint-Nicolas, située sur le point le plus haut de Guéthary ; soit à une altitude de 2542 mètres. Ah oui, on dirait pas, mais ça grimpe d'un coup ! PAF : comme un mur.

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Pas facile à prendre en photo cette église, on manque de recul

Mais cela ne doit pas nous éloigner de notre but qui est de savoir : mais qui est donc ce Saint-Nicolas ? Est-ce le même Saint-Nicolas qui s'est soudainement transformé en père Noël sous l'influence américaine dans les années 1664 ?
Eh bien la réponse est oui. Mais Saint Nicolas avait plus d'un tour à son arc.
Tout d'abord, il était St Nicolas, évêque de Mire, en Asie Mineure, au 4ème siècle, avec une une popularité extraordinaire. Celle-ci donna naissance à diverses légendes dont celle des 3 petits enfants : assassinés et mis au saloir par un aubergiste, St Nicolas les ressuscita.
Ensuite, Saint Nicolas devint également patron des Marins. Parce qu'il les avait délivrés de divers périls, des marins du sud de l’Italie, au 11ème siècle, s’emparèrent de ses reliques, en Asie Mineure, pour les soustraire aux musulmans. Ils les transportèrent chez eux, à Bari, où une basilique fut construite en l’honneur de St Nicolas.
Et enfin, saches que Saint-Nicolas est également le patron des Pèlerins, mais ça, on ne sait pas trop pourquoi.

Je fais le tour, j'entre, je regarde, c'est beau.

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Je ressors par le cimetière où repose... tu ne le croiras jamais mais si bien sûr : Paul-Jean Toulet.
Il faut se frayer un chemin à travers les tombes serrées pour atteindre celle de l'écrivain, laissée quelque peu en friches. Elle domine de loin et de haut l’océan.

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Un médaillon à l’effigie du poète est incrusté sur la large plaque de pierre grise, mais les titres de ses livres, gravés à l’origine, se sont effacés avec le temps. La tombe a été réalisée par Georges Clément de Swiencinsky, sculpteur d’origine polonaise qui vivait, lui aussi, à Guéthary où il se lia d’amitié avec Toulet. C’est ce dernier qui l’incita à abandonner la médecine pour se consacrer à la sculpture. (D'après Landrucimetières)

- " Enfin, puisque c'est Sa demeure,
Le bon Dieu, où est-Y ? "
- " Chut, me dit-elle : Il est sorti,
On ne sait à quelle heure. "

" Et de nous tous le plus calé
Je dis : Satan lui-même,
Ne sait en ce désordre extrême
Où diable Il est allé. "
                                                                PAUL-JEAN TOULET



C'est à ce moment précis que je décide de faire demi-tour. Je rebrousse donc chemin pour tenter de rejoindre le Sentier du Mojito littoral.
Je repasse devant le restaurant Briketenia. Je retraverse la Départementale 810. Ah tiens, je n'avais pas vu ce mémorial aux victimes de la Seconde Guerre mondiale et sur lequel s'était rendu le Général de Gaulle ; d'où le nom de cette avenue.

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Je redescends l'avenue du Général de Gaulle e repassant devant la maison de... de... Mais oui, bien sûr !

Évocatoires
Aux contours effacés ?

Les vieilles chambres
Veuves de pas
Qui sentent tout bas
L'iris et l'ambre ;

La pâleur des portraits,
Les reliques usées
Que des morts ont baisées,
Chère, je voudrais

Qu'elles vous soient chères,
Et vous parlent un peu
D'un coeur poussiéreux
Et plein de mystère.
                                                                          PAUL-JEAN TOULET

Je repasse devant Le Madrid. Je refranchis le pont enjambant la voie ferrée reliant Biarritz à Hendaye par la côte. Au loin, la gare.

Guéthary, gare et océan (64)

A droite, il y a une impasse. Je décide de m'y aventurer. Au bout de celle-ci se trouve le petit sémaphore.

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DSCN2772Utilisé comme d'observation des baleines dans la baie de Guéthary, le sémaphore, tour de l'ancienne Atalaye du XVIIIe siècle, est aujourd'hui inscrit aux Monuments Historiques.
Jadis, les pêcheurs chassaient la baleine devant la ville. On guettait leur passage du haut de ce petit phare-sémaphore qui domine la plage de Parlementia.

 

 

 

Puis l'esplanade et me voici sur un chemin. Mais ce n'est plus le Sentier du Littoral ni du Mojito, c'est le...

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Mais putain, c'est un bordel ces sentiers ! Y'en a partout qui partent de nulle part, qui se rejoignent on-ne-sait-pas-comment !
Bon, ne nous énervons pas. Remarquons juste au passage qu'au fond de cette photo ci-haut, nous pouvons constater qu'il y a une terrasse. Et qui dit "Terrasse", dit "Bar". Et qui dit "bar", dit "poisson". Mais non, bordel, on s'en fout ! On n'est pas sur le Sentier du Bar, on est sur le Sentier des Baleines ! Faut suivre, hein !
Et qui dit "bar", dit "Mojito" ! Oui, voilà !
Mais vu que je suis un peu pris par le temps puisque je ne sais absolument pas quelle heure il est, je décide de ne pas m'arrêter à "L'Hétéroclito". Oui, c'est le nom du bar en question. Qu'est-ce qu'il y a ? Y'a un problème avec le nom ?
Saches que c'est l'un des endroits branchés de Guéthary, dominant magnifiquement l'océan ainsi qu'un ancien hôtel-dancing-restaurant composé de deux parties reliées par une passerelle et fréquenté autrefois par la bonne société, reconverti aujourd'hui en appartements. Qunat à son nom, il trouve son origine dans le fait que le lieu brasse une population hétéroclite...
En tout cas, pour reprendre la formule plus haut, qui dit "Baleine", dit "pêche". Et qui dit "pêche", dit "fruit". NON ! Qui dit "Pêche", dit 'Port", bordel, ça suit pas du tout là !!!!

 

15h38, GUÉTHARY : le port
Mais oui ! C'est donc vers le port que je me dirige en ne sachant plus vraiment si c'est le sentier du Littoral ou celui des baleines que je suis. Il faut le savoir : Guéthary, en basque se dit Getaria, venant du latin "cetaria" qui n'a rien à voir avec le mot Cétacé, et qui signifie "endroit de salaison". C'est ainsi que nous savons à présent que dès l'Antiquité, les Romains ont effectivement construit une usine de traitement de poissons au-dessus du port.
Je passe par une petite porte en arc de béton blanc pour atteindre un sorte de grande place en pente sur laquelle sont disposées quelques petits bateaux.

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Deux remarques s'imposent.
1) A mon avis, ceux-là ne pêchent pas la baleine ; c'est plutôt la baleine qui les pêche tintintin !
2) Les toilettes sont super bien indiquées.
Et une fois que ça c'est dit, intéressons-nous plutôt à l'activité du lieu.

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blason guéthary"Dès le moyen âge, les ports de la côte basque sont réputés pour la chasse à la baleine. Le blason de la commune de Guéthary qui représente un guetteur sur un promontoire ainsi qu’une chaloupe de chasseurs en train d’harponner une baleine, rappelle fièrement cette tradition séculaire.
La capture d’une baleine est une aubaine économique considérable : la chair est une nourriture précieuse, la graisse sert à fabriquer de l’huile d’éclairage et du savon, le squelette est utilisé pour les clôtures, les charpentes et les sièges de maison, les fanons enfin deviennent des « baleines » de parapluie ou de corset. La langue, tendre et délicieuse, est réservée aux personnalités.
A partir du 14e siècle, la raréfaction des cétacés dans le golfe de Gascogne entraîne les équipages basques, spécialistes reconnus, jusqu’au Canada et Terre Neuve, qui développent en même temps la pêche à la morue. Mais les longues et rudes campagnes ont raison des chasseurs de baleine et des pêcheurs de morue. A la fin du 18e siècle, les marins basques développent ainsi la pêche côtière. Thons, sardines, langoustes sont en effet très abondants. Le port connaît son apogée dans les années 1920 où chaque pêcheur capture quotidiennement 15 à 20 langoustes dans son casier !
Aujourd’hui, le port abrite une vingtaine de barques colorées et solidement amarrées aux 29 anneaux de la cale. Ces canots sont utilisés surtout pour la pêche de loisir : chipirons, langoustes, merlus..."  GUETHARY TOURISME

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Couleurs du port

Bien entendu, l'inclinaison du port provient de l'ancienne activité du port pour faciliter le fait d'hisser les baleines sur la terre ferme. Cela parait surréaliste aujourd'hui de penser que sept siècles en arrière, on capturait ce grand cétacé ici.

LA PÊCHE À LA BALEINE
À GUÉTHARY AU XIVème SIÈCLE

Chasse à la baleine
Dessin : Geocaching

"Il est incontestable que, durant une dizaine de siècles, les Basques ont gardé le monopole de la chasse à la baleine. Dans les temps les plus anciens, les cétacés étaient si abondants sur nos côtes que, pratiquement, chaque paroisse possédait son four où l'on faisait fondre la graisse des baleines échouées sur le rivage. (...)
La baleine qui fréquentait le golfe de Gascogne est connue sous le nom de " baleine des Basques" ou " Balaena Biscayencis ". Sa tête est courte, sa couleur noire, pour une taille d'environ vingt mètres. Elle avait la particularité de flotter quand elle était morte. Elle passait l'hiver sur nos côtes, les femelles venant jusqu'à s'échouer pour mettre bas. L'été cette baleine remontait sur les côtes islandaises ou norvégiennes. Une autre espèce a gardé le nom de ses persécuteurs: il s'agit de la baleine sarde ou " Sardako balea ", en basque, que l'on peut traduire par" baleine de troupeau". Cette espèce se déplaçait en bancs avec femelles et baleinaux qui fermaient la marche.
A la saison du passage, les pêcheurs avaient continuellement des hommes de guet, jour et nuit, dans des tours que l'on appelait" atalaye ". Il en existe encore une à Guéthary et l'on peut penser que la tour de Bordagain a pu servir, entre autre, à signaler le passage des troupeaux. Les barques étaient toujours prêtes à partir sur le champ avec leurs harpons, lignes, lances, avirons, vivres, etc... déjà à bord. Dès que les guetteurs voyaient une baleine souffler, ils appelaient les pêcheurs par leurs cris et en allumant un feu dégageant beaucoup de fumée. Les bateaux sortaient alors pour piquer droit sur l'endroit signalé. Le harponneur, qui était souvent le plus robuste, se tenait debout à l'avant et donnait ses ordres à celui qui gouvernait et aux rameurs. La barque s'étant suffisamment rapproché, le harponneur lançait son harpon avec force pour qu'il pénètre profondément dans les chairs de l'animal. Une longue ligne était attachée à l'extrémité de l'arme, des bouées servaient de flotteurs. Dès que le harpon était lancé, les pêcheurs filaient la ligne en s'écartant vivement de la baleine qui plongeait pour essayer de se débarrasser de ce fer qui la blessait. Quand, à bout de souffle, elle revenait à la surface, les pêcheurs la relançaient à nouveau en lui plongeant une longue lance sous les nageoires. Ces opérations se répétaient autant de fois qu'il le fallait pour venir à bout de la baleine et jusqu'au moment où, agonisante, elle faisait rejaillir le sang par son évent. Alors, les pêcheurs la prenaient en remorque pour l'amener à terre où elle était dépecée. Les morceaux étaient fondus dans des fours et l'huile recueillie dans des tonneaux de bois. Cette pêche côtière connut son apogée aux Xème et Xème siècles.
Plusieurs documents de l'époque ont trait à des accords fixant la dîme qui était une forme de don librement consenti et accepté par les deux parties, plutôt qu'un impôt fixé par le représentant de l'Etat ou de l'Eglise. Cette dîme était payée tantôt au Chapitre de la Cathédrale de Bayonne, tantôt au Vicomte du Labourd (1160-1199). Elle était en général de 1/20è de la valeur de la prise. La langue, morceau de choix, était réservée soit à l'Evêque soit à une personnalité de passage. Cette redevance fut souvent remis en cause et donna lieu à de nombreux procès. Il semble qu'on cessa de la payer après 1498. (...)"
PAYS BASQUE, villes et villages

Aujourd'hui, plus de baleine. Espèce disparue des côtes basques. Ce qui me rappelle en mémoire une brève de comptoir de passage :
"Les espèces qui disparaissent... Elles disparaissent où ?"

 

Je laisse le petit port en pente...

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...pour rejoindre la jetée des Alcyons.

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Cela m'intrigue ces rochers tranchants qui sortent de l'eau. Mais bon, c'est ainsi.
Je passe devant les deux restaurants où nous venions avec Nanie manger quelques côtes de boeuf lors de sympathiques soirées d'été face au soleil couchant...
Oui, pour beaucoup de gens, être face à l'océan leur donne envie de mange du poisson, nous, on préfère bouffer de la bonne grosse viande en regardant le soleil se coucher et donner à l'océan des couleurs insoupçonnables.
Malheureusement, les côtes de boeuf seuls face à la mer, c'est terminé. Les deux restaurants ont été pulvérisés par les fortes marées de janvier et février. Plus de côtes de boeuf, plus de Mojitos non plus. 

NB : Je suis repassé sur la jetée des Alcyons depuis et les restaurants ont ré ouverts. La distributeur de vaseline pour farter les planches de surf a lui aussi été réinstallé.

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J'atteins le bout de la jetée d'où l'on a une très belle vue sur cette petite crique qui forme la plage Harotzen Costa

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C'est également ici, sur la gauche, que je retrouve le Sentier du Littoral qui s'en va se perdre à l'arrière des locaux détruits pour s'aventurer au milieu de petits arbres bien verts dont j'ignore le nom. Les contrastes de couleurs apparaissent, entre feuillage printanier et bleu océanique.

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Je quitte Guéthary, ses plages, ses bars, ses vagues, ses surfeurs, ses people et son Paul-Jean Toulet...

Douce plage où naquit mon âme ;
Et toi, savane en fleurs
Que l'Océan trempe de pleurs
Et le soleil de flamme ;

Douce aux ramiers, douce aux amants,
Toi de qui la ramure
Nous charmait d'ombre, et de murmure,
Et de roucoulements ;

Où j'écoute frémir encore
Un aveu tendre et fier -
Tandis qu'au loin riait la mer
Sur le corail sonore.

...pour m'en aller retrouver l'océan, seul, abandonné, immense, sauvage, indomptable, libre, sauvage, etc. Mais non !
Il est bizarre ce Sentier du Littoral. Cette étrangeté provient-elle du fait que je n'ai pas bu de Mojito depuis une heure ? Le voilà qu'il monte sur les hauteurs de Guéthary pour suivre la voie ferrée avant de redescendre quelques mètres plus loin par le Sentier des Baleines pour me ramener sur la plage que je venais juste de quitter au bout de la jetée des Alcyons. Qu'est-ce que c'est que cette connerie ? Il pouvait pas aller dans le sable sur la plage de Harotzen Costa direct plutôt que de faire faire un détour à la con là ?!

BON BREF !

 

DANS NOTRE PROCHAIN EPISODE

Il était parti pour deux heures de marche et finalement, Jénorme commence à se demander si, un jour, il verra la fin de ce Sentier du Littoral.