Allez tiens, pour changer un peu, nous allons quitter le sud-ouest avec son océan, ses plages, sa culture, ses traditions et tout ça et tout ça et tout ça... pour nous rendre dans le sud-est. PAF !
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

L'autre jour, c'était il y a un an, le pote Nicouane dit à Maître Arnaud et à moi-même : "Ah, dites don', y'a ma mère qui a un gite dans le petit village de Moustiers-Sainte-Marie, ça vous dirait d'aller y passer une semaine tranquille ?"
Sans trop avoir consulté nos agendas et la distance qui nous séparait de Bayonne à Moustiers, nous répondions tout de go "Banco !".
Et voici que quelques semaines plus tard, nous ,nous donnions rendez-vous à Orthez pour prendre la direction du sud-est et de la Provence.

Départ

T'as vu : avec nos lunettes de soleil, on dirait les Blues Brothers... sauf que l'on est trois, que l'on ne sait pas chanter, que nous ne portons pas de costard, ni de chapeau. Conclusion après analyse de la photo : on ne ressemble absolument pas aux Blues Brothers.

711 kilomètres séparent Orthez de Moustiers-Sainte-Marie en empruntant les autoroutes A64, A61, A9 et A51. Un arrêt est prévu pour acheter du vin du côté de Nîmes, puis un autre pour se fournir en cubis de rosé et de blanc dans une cave à Manosque. Autant te dire que, déjà, avec ces deux arrêts prévus par Maître Arnaud et Nicouane, je me demande bien ce que l'on va manger dans la semaine si nous achetons que du vin.
Dans la voiture, pas de musique ! C'est comme ça. On discute, on bataille, on échange, et puis, parfois, la radio prend le dessus. Tour à tour branchée sur RTL ou Europe 1, il nous semble n'entendre que de la réclame ! Quatre minutes de publicité toutes les cinq minutes ; ce qui nous lobotomise légèrement le cerveau avec ces putains de slogans de merde récités en boucle comme "Oh patron, on est mal" ou "Bordeaux roséééééé" ou "Les ormes de Cambraaaaas" ou "Si vous cassez votre pare-brise, on vous offre les essuis-glaces, profitez-en !" ou encore "Grâce à mon programme minceur, j'ai perdu mon mari et mes enfants qui en avaient plein le cul de bouffer que des légumes". C'est insupportable. Alors, chacun se fait son petit programme musical perso dans sa tête.

Par exemple,
moi, j'ai pensé à ceci :


Comme nous voulons arriver au plus vite, pas le temps de faire des pauses touristiques sur le trajet.
Nous ne visiterons donc pas la cité de l'espace à Toulouse, ni la cité fortifiée de Carcassonne. Quant à se poser à l'ombre des éoliennes de la région minervoises pour faire un p'tit pique-nique, n'y pense même pas !

Sur l'A61

Aller se baquer dans la Mer Méditerrannée à Valras-Plage ou se promener nu sur les plages du Cap d'Agde, ce n'est pas la peine d'y compter. Humer les parfums de poissons frais sur le port de Sète ? Boire un demi en terrasse d'un bar sur la Place de la Comédie à Montpellier ? Visiter les usines Perrier à Vergèze ? Suivre les traces de Van Gogh en Arles ? Rendre visite à la patrouille de France à Salon-de-Provence ? Compter les écailles des poissons de la fontaine des Quatre Dauphins à Aix-en-Provence ? PAS LE TEMPS !!!

D'ailleurs, nous sommes déjà à Manosque.
Aaaaah Manosque ! Dès que j'entends ce mot, je pense à Jean Giono, au "Hussard sur le toit" que Jean-Paul Rappeneau avait adapté pour le cinéma en 1995.

Roman publié en 1951, jugé inadaptable pour le cinéma.
"Le récit se situe durant la monarchie de juillet vers l'année 1832. Toute la Provence est victime d'une épidémie de Choléra. Angelo Pardi, jeune officier italien, est poursuivi par des malfaiteurs à la solde de l'Autriche. Il traverse des villages dévastés par la maladie et la mort, et se dirige vers la vallée de la Durance.  Arrivé à Manosque, Angelo, est accusé d'avoir empoisonné l'eau de la fontaine. Il échappe de justesse à la foule en colère qui souhaite se venger des "empoisonneurs de fontaines". Il se réfugie sur les toits de la ville. Dans l'une de ces maisons, il rencontre une jeune femme, Pauline de Théus.  Malgré son état inquiétant la  jeune femme l'accueille sans crainte. Angelo va aider pendant plusieurs jours une vieille nonne dans un couvent à soigner les victimes du choléra .La ville est évacuée. Dans les collines où se sont réfugiés les habitants de Manosque, Angelo retrouve Giuseppe, son frère de lait. Ancien hussard, il est devenu cordonnier et est à la tête d'une milice d'ouvriers. Puis Angelo reprend la route. Il souhaite retourner en Italie afin de se battre pour l'indépendance de son pays.  Angelo et Pauline se retrouvent peu après et franchissent les barrages de l'armée : Angelo promet à Pauline de la raccompagner chez elle, à Théus, avant de rejoindre l'Italie. Enfermés dans une forteresse , attaqués par des villageois, ils font face aux difficultés. Angelo et Pauline se laissent aller à quelques confidences. C'est ainsi qu'Angelo apprend que Pauline est l'épouse du Marquis de Théus. Les deux jeunes gens rencontrent ensuite un vieux médecin qui partage avec eux ses méditations sur le choléra. Un soir Pauline est atteinte à son tour du choléra. Angelo la soigne toute la nuit et parvient par miracle à la sauver. Ils parviennent tous deux au château de Théus où Angelo reste quelques jours avant de reprendre sa route pour l'Italie."
MATHILDE DELOCEAN

Jean Giono a commencé à écrire "Le hussard sur le toit" après la Seconde Guerre Mondiale alors qu'il est accusé d'avoir collaboré avec les Allemands, principalement pour avoir fait paraître Deux cavaliers de l'orage dans La Gerbe, journal collaborationniste, et un reportage photo dans Signal, sorte de Paris Match national-socialiste et toutefois reconnu pour sa qualité. Emprisonné en septembre 1944, il ne sera libéré qu'en janvier 1945 sans avoir été inculpé. Néanmoins, le Comité national des écrivains, organisme issu de la Résistance, l'inscrit sur sa liste noire, ce qui interdisait de fait toute publication de son œuvre en France. Bien des résistants qui avaient lutté contre le régime de Vichy ne lui avaient pas pardonné cette phrase : "Je préfère être un Allemand vivant qu'un Français mort", considérant cette citation comme une offense à leurs sacrifices...

 

Manosque, à la cave (04)Maaaaais nous ne sommes pas là pour nous souvenir de Jean Giono et réciter toute son oeuvre. Oh que non, nous, nous sommes arrêtés à Manosque pour acheter ce qui sera LE vin officiel de notre séjour à Moustiers-Sainte-Marie.
Ça n'a pris quelques minutes, pour ne pas dire quelques secondes.

 

 

 

Nous sommes repartis ensuite faire quelques courses d'appoint au supermarché du coin.
Dès les premiers pas effectués dans le magasin, il n'y a plus de doute possible : nous sommes bien en Provence.

Jénorme de passage à Manosque (04)          Manosque, objets provençaux (04)

Pas le temps de flemmarder non plus en ces lieux de consommation active. Un peu de boisson, de pâtes, de riz, de gâteaux salés, de jus d'orange, des yaourts ah oui, tiens, pourquoi pas, du vinaigre OK, Allez on s'casse ! On va y arriver à Moustiers-Sainte-Marie oui ou merde ?!
Nous reprenons la route une dernière fois pour passer à hauteur d'un rond-point majestueux.

Manosque, rond-point (04)

Très haut, très oxydable, très en équilibre. Et ces nuages derrière, ça va avec ? Eh bien aujourd'hui, oui.
Il n'est pas loin de 19h06 lorsque nous attaquons la longue côte nous menant sur le Plateau de Valensole. Une fois là-haut, le ciel s'est mystérieusement  dégagé, comme par magie, suivant les éléments naturels météorologiques très changeants par ici.

Plateau de Valensol, into the voiture

Plateau de Valensol, into the voiture
           La savane ? Non, le Plateau de Valensole en fin de journée d'été

Plateau de Valensol, into the voiture
Ombre de voiture roulant le long des champs de blé                 

Du haut de ses 500 mètres d'altitude, le Plateau de Valensole, c'est 800 km2 essentiellement consacré à la culture de la lavande et des céréales. Le grenier de la région, comme le prénomment certains. Un magnifique défilement de couleurs terriennes variées. Du rouge des coquelicots épanouis au bleu de la lavande évanaissante sans oublier les champs de blés, couchant sur notre passage leurs longues tiges vertes surmontés de quelques grains légèrement jaunis. Et les amandiers, et la terre ocre retournées, et cette herbe verte...
Ça y est mes amis : nous entrons de plein pied avec le coeur dans la poésie provençale. Des parfums, des couleurs, du soleil, des rivières et d'autres choses encore.
Oui, la région est belle. Le plateau de Valensole est magnifique. est-ce pour cela alors que nous croisons quelques cars de touristes chinois garés sur le bas côté pour déverser ses dizaines de photographes en herbe se selfiser la tronche au milieu de la lavande et autres fleurs du terroir ?
Oooooooh que non ! Enfin si, mais pas que. Il faut savoir que la Provence, et plus particulièrement, le plateau de Valensole, est un des lieux de visite privilégié des Chinois. C'est en effet ici que fut tournée une des séries les plus regardée en Chine dans les années 2007-2008. Elle a pour titre (délicieux) : "帘幽梦 yī lián yōu mèng" ; ce qui se traduit en français par "Rêves derrière un rideau de cristal". Pour faire court, c’est l’histoire de deux riches familles chinoises, mais surtout de deux sœurs, amoureuse de  l’homme parfait, le prince charmant chinois, qui les sauve. Pas plus pas moins.

Tout de suite,
la bande annonce !

Et c'est ainsi que pour des millions de Chinoises/nois, la Provence est devenue LE lieu romantique incontournable pour se marier.

Voilà ! Allez, nous redescendons le plateau côté Est pour apercevoir au loin le village perché de Moustiers-Sainte-Marie, encastré dans les montagnes environnantes.

Moustiers-Sainte-Marie, panneau (04)

Ah oui, on ne voit pas très bien. Prenons une autre photo avec un peu plus de recul.

Moustiers-Sainte-Marie, panorama genets 6(04)

Moustiers, Moustiers : une semaine d'arrêt ! Qu'allons-nous pouvoir faire, voir, visiter ?
Nous ne savons pas trop. Pour le moment, rendez-vous est donné chez la tante et l'oncle de Nicouane qui nous ont invité à manger chez eux, en bas du village.

Après rapide consultation du menu...
Moustiers-Sainte-Marie, au resto, consultation de la carte (04)

...nous avons droit à d'excellents boudins créoles accompagnés d'un Ti-Punch.
Puis l'aïoli provençale !

Rideau pour aujourd'hui !

 

LE LENDEMAIN,
MOUSTIERS-SAINTE-MARIE

C'est dimanche. Maître Arnaud nous l'avait bien caché, mais il a prévu de faire un marché différent chaque jour, dans la région. Il a fait quelques repérages internet-ien au préalable et ne voilà-t-il pas qu'aujourd'hui, ce matin, il a décidé de prendre la direction de La Palud-sur-Verdon. Je l'accompagne pendant que Nicouane préfère voir si la vaisselle est bien rangée dans le gîte.
La Palud-sur-Verdon... Ça m'inspire pas vraiment le nom "La Palud" ; ça fait penser au diminutif Palu, utilisé pour parler du paludisme. Mais Maître Arnaud a repéré le trajet et est déjà en train de partir. "Tu vas voir, c'est génial, des trucs, des machins, des Mojitos !!!! Allez, faut y aller là, ça va fermer !!!!"
Nous rejoignons la voiture garée en bas du village car toutes les places sont payantes dans le centre-ville. En cette matinée dominicale de juin, le village est bien calme. Il y règne une certaine fraîcheur grâce aux nombreux petits passages serrés entre deux hauts murs.
Moustiers-Sainte-Marie → La Palud-sur-Verdon, c'est 30 minutes en bagnole pour une distance de 20 bornes sur une route sinueuse longeant une partie du canyon du Verdon. Un itinéraire assez court qui nous fait traverser une infime partie du Parc Naturel régional du Verdon avec, notamment, le lac de Sainte-Croix.

LE LAC DE SAINTE-CROIX
Lac de Sainte-Croix, panorama (04)

"Le projet visant à noyer la vallée des Salles par la création d’un lac sur le cours du Verdon remonte à Georges Clemenceau, en 1908. Ce n’est qu’en 1968 qu’est décidée sa mise en oeuvre par Électricité De France. Initialement, le lac devait engloutir les villages des Salles sur Verdon, de Bauduen et rendre Sainte-Croix du Verdon inhabitable. Le lac artificiel est finalement créé en 1973, suite à la construction du barrage de Sainte-Croix. Les villages de Sainte-Croix et Bauduen sont finalement sauvés, et Les Salles reconstruit à l’abri des eaux. Le barrage EDF est mis en service en 1974 et retient plusieurs centaines de millions de mètres cube d'eau.
Le troisième plus grand lac de France s’étend sur une superficie de 2200 hectares (10 kilomètres de long et 2 de large). Le barrage, construit à l’entrée des gorges, près de Baudinard, retient 760 millions de mètres cubes d’eau et produit plus de 150 millions de kWh par an. Il alimente ainsi en électricité les villes situées à proximité. Il constitue également un pôle touristique majeur, et offre un espace privilégié pour la baignade, le bateau (électrique uniquement), le pédalo ou le canoë-kayak mais aussi la voile."  MOUSTIERS.EU


J'ai beau connaître ce lac et l'avoir vu et revu lorsque j'habitais en Provence, c'est toujours un émerveillement. Cette eau bleu-turquoise ou émeraude avec ces quelques nuages qui se reflètent exigent toujours une pause pour observer les contrastes. Un peu plus loin, là-bas au fond, le Verdon continue sa route vers la Durance pour finir par se déverser dans la Méditerranée.

De notre côté, nous attaquons les lacets de la route des crêtes (face nord) des Gorges du Verdon. Après quelques kilomètres, nous marquons un premier arrêt au belvédère de Mayreste.

Pause contemplation
Gorges du Verdon, belvédère de Mayreste 1 (04)
Gorges du Verdon, belvédère de Mayreste (04)
           Gorges du Verdon, belvédère de Mayreste

Allez, ça suffit. Il ne faut pas trop contempler non plus dès le premier jour. De toute façon, nous avons prévu de parcourir la route des crètes des Gorges dans la semaine, soit en voiture, soit à pied.

Après quelques virages, nous arrivons au village de La Palud-sur-Verdon. Un petit village bien sympathique, traversé en son centre par cette route touristique que nous avons empruntée. Motards, camping-car et autres bagnoles de luxe passent devant le petit... très petit marché de la place centrale. Il y a là le stand d'un vendeur de miel et de lavande, celui d'un fabriquant de pain, quelques fruits et légumes (mais pas trop), un jeune berger spécialiste en fromages de chèvre (très bons !) et un gars qui sourit tout le temps en jouant de l'orgue de barbarie. Cela nous donne donc un marché avec quatre stands. Pas de quoi faire un menu gastronomique, mais c'est sympa quand même.
Et puis, pour l'anecdote, c'est ici que se sont arrêtés Nans et Mout au printemps dernier pour leur émission "Nus et culottés".

Nu et culotté, La Palud       Nus et culottés, la palud
Photos : France 5

On rappelle vite fait le principe de l'émission-documentaire-reportage.
Deux gars partent d'un endroit de France complètement à poil car "rien ne sert de courir, il faut partir à poil". Ils devront voyager d'un point à un autre sans argent, avec pour seul bagage un simple baluchon et leur matériel de prise de vue. L'idée est d'aller d'un point à un autre avec un objectif original. Ce dernier peut être d'aller faire du parapente en Corse, trouver une corde dans le Vercors pour faire l'ascension du Mont Aiguille, faire de la montgolfière en Auvergne, s'endormir face à des aurores boréales en Islande,...
Pour l'épisode dans lequel Nans et Mout passent à La Palaud-sur-Verdon, ils ont décidé de se rendre en Autriche pour dormir dans un igloo en partant du Colorado provençal. Ils font un arrêt de quelques jours dans le centre équestre de Laure... (à 21 minutes du début).

Bon, nous, nous sommes habillés, nous n'avons pas d'autres objectifs pour l'instant que de boire un petit pastis bien frais en terrasse d'un bar. Face au marché, je remarque une bien belle affiche...

La Palud-sur-Verdon, Joe le snaky (04)

Le jeu de mots est amusant et le bar-restaurant est un peu excentré de la route principale et passagère. Nous allons nous poser sur la belle terrasse ombragée.
Je ne sais pas trop pourquoi, mais c'est à ce moment précis que j'ai repensé à ce petit reportage de "Tellement intime"...

Peut être en rapport avec "Joe le snacky" qui fait penser à "Joe le taxi" qui fait penser aux tubes musicaux des années 1980 alors que, de nos jours, dans les années 2010, les chanteuses-teurs "à tubes" utilisent ce putain d'autotune. Tiens, un autre...

Bon, eh oh, c'est pas l'tout, mais c'est l'heure de l'apéro.
Nous quittons "Joe le snacky", qui va pas partout, pour reprendre la route de Moustiers-Sainte-Marie. Une fois arrivé, il faut garer la voiture en bas du village puisque toutes les places sont payantes... oui je l'ai déjà dit, mais je le redis quand même car, à chaque fois, nous devons remonter du très bas vers le très haut de Moustiers.

Moustiers-Sainte-Marie, en montant vers le village (04)

Mais une fois arrivés au sommet et au gite, la récompense est là avec cette magnifique assiette apéritive typiquement provençale, composée de tapenades noire et verte, d'anchoïade, caviar d'aubergine et pastis central.

Moustiers-Sainte-Marie, assiette apéritive (04)

 Une fois que ça c'est fait,
une sieste devant la téloche s'impose...

Moustiers-Sainte-Marie, pause

Et la question reste en suspend : quand est-ce qu'on visite Moustiers-Sainte-Marie ?

 

DANS NOTRE PROCHAIN ÉPISODE

Comment découvrir la Provence sous influence apéritive ?
C'est la question à laquelle nous tenterons de répondre dans les épisodes à venir.