Lors de notre précédent billet consacré à Marseille et ses environs, nous nous étions rendus dans les calanques de Marseille avant de reprendre la route pour passer à hauteur du col de la Gineste, séparant la cité phocéenne de la petite ville de Cassis. Alors que nous gravissions en voiture les 326 mètres d'altitude du col de la Gineste, une question nous vint alors à l'esprit : "Pourquoi Cassis s'appelait-elle Cassis, et pas banane ou fraise-des-bois ?"
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...


Oui, c'est cela, tout à fait ! Bien joué, bien résumé, bravo ! Et j'en profite pour me remettre le Grand Prix 2017 de l'intro la plus claire. Concise, précise, allant à l'essentiel... Bon, eh oh : on va pas y passer le réveillon, non plus ! Surtout que nous ne sommes qu'en mars.


REVENONS DONC À CE PÉRIPLE EFFECTUÉ EN JUIN DERNIER

Souvenons-nous !
Nous étions logés à Moustiers-Sainte-Marie, dans les Alpes-de-Haute-Provence (ADHP pour ceux qui aiment les initiales). De là, nous nous sommes rendus sur le lac de Sainte-Croix, puis dans les gorges du Verdon, puis au-dessus des gorges du Verdon, puis à Marseille, puis au MuCEM, puis dans les calanques marseillaises, puis voilà, ça y est, nous y sommes : le Col de la Gineste.
Alors, je n'ai pas grand chose à te dire sur ce col. Attention ce n'est pas un col de grande montagne, comme on en trouve dans les Alpes et qui pourrait être emprunté par le Tour de France en juillet.
Toutefois, saches pour ta gouverne (elle m'énerve cette expression du XVIIIème siècle là !) que son sommet est situé à 5,40 km de Marseille et à 8 km de Cassis avec un dénivelé de 240 mètres. La route du Col, la D559, offre une très belle vue sur Marseille, la mer et les îles du Frioul
Le col de la Gineste se manifeste également par le départ de plusieurs sentiers permettant de rejoindre les calanques, dont l'incroyable calanque d'En-Vau.  Sans trop nous en rendre compte, nous arrivons au sommet.

Aaah, cette altitude, ces montagnes,
ça m'donne envie d'écouter de la musique tyrolienne,
tiens !


J'ai rien compris à ce clip,
continuons !


Nous passons le sommet pour redescendre à présent sur la petite ville de Cassis. Nous la voyons là-bas, dans le creux formé par les calanques à l'Est et le Cap Canaille à l'Ouest. Enclavée tel un amphithéâtre de bord de mer.

 

CASSIS
Cassis, le port

Alors, ce que tu peux voir sur la photo ci-haut, c'est le port de Cassis. La photo a été prise en 2005 avec un appareil photo argentique, puis scannée avec une photocopieuse dont j'ai oublié la marque ; ce qui explique la maigre qualité de la vue. Mais le plus important, ce n'est peut être pas tant la qualité du cliché que ce qu'il montre. N'est-ce pas ? Mais oui, bien sûr ! Et que voyons-nous là ?
Eh bien un port, oui d'accord, mais aussi des bateaux. Plein de bateaux, comme rassemblés là, en masse. Au loin, en fond de champ, nous pouvons distinguer des façades colorées. Ce sont les façades des maisons du port. Logique.

Faisons à présent un comparatif avec la vision
qu'avait le peintre Charles Camoin du port de Cassis en 1905,
soit 100 ans plus tôt.
camoin, port de cassis         Cassis, le port
Aaaaah oui :
pas pareil !

En même temps,
si l'on compare l'église d'Auvers-sur-Oise en vrai
et l'église d'Auvers-sur-Oise vue par Van Gogh,
il y a aussi une différence évidente.

Auvers-sur-Oise, église, van gogh
         Auvers-sur-Oise, église

Alors, bien sûr, à ce moment précis, la question de la subjectivité se pose. Est-ce que Camoin ou Van Gogh ont peint ce qu'ils voyaient ou ont-ils peint ce qu'ils ressentaient face à de tels paysages ? Est-ce que la peinture à elle seulle peut faire jaillir l'émotion du peintre ? Hein ? C'est une bonne question. Et nous pouvons même aller plus loin en... Ah pardon, on n'a pas le temps !

DONC : ça, c'est le Cassis d'aujourd'hui !
"Qui a vu Paris, s'il n'a pas vu Cassis, n'a rien vu", disait Frédéric Mistral. Et tous les guides touristiques reprennent cette étrange en phrase à l'unisson.
Mais, bon, eh : faut pas non plus exagérer. Attends, je ne suis pas pro-parisien, mais si tu vas à Paris sans être allé à Cassis, normalement, si tu te démerdes bien, tu dois avoir vu des trucs quand même.
Dans les années 1920, Virginia Woolf séjournera plusieurs fois ici et considérait le port méditerranéen comme un "petit paradis". Parait-il qu'elle fut inspirée par le phare de Cassis pour écrire son roman "La promenade au phare", publié en 1927, et dont l'action se situe sur l'île de Skye en Écosse. À la même époque, elle allait faire ses courses sur le petit port où se trouveraient épiceries, boucheries et poissonneries. Aujourd'hui, ces dernières sont remplacées par moult restaurants et cafés, te servant de la boule de glace pseudo-artisanale à 3 euros dans une cohue estivale sentant la sueur et la friture.
Quand aux vendeurs de poissons à la criée, "Ils étaient une quarantaine avant-guerre, explique Robert Ode. Ils ne sont plus que quatre ou cinq." (Sources : La croix)

On dit aussi : "Cassis, c'est beau, c'est un petit port de pêche coloré. Cassis, ce sont des plages de sable fin blanc avec vue sur une eau limpide. Cassis, c'est de la couleur avec ses quais bordés de maisons aux tons ocrés. Cassis, c'est la pierre blanche qui servit à la construction des grands ports de Méditerranée tels qu'Alexandrie, Alger, Le Pirée, Marseille, Port-Saïd, ou encore le socle de la statue de la Liberté à New York. Cassis, c'set son vin blanc sec et parfumé. Cassis, ce sont justement des parfums, la Provence, machin, gnagnagna !"

Du coup, nous ne nous sommes même pas arrêtés. Et pourtant, Cassis a d'autres intérêts que son port. Nous aurions pu aller, par exemple, exploré les calanques de Cassis en nous lançant dans une petite marche de trois heures dans ce massif blanc calcaire inscrites au patrimoine naturel de l'Unesco, classées parmi les zones naturelles d'intéret écologique, floristique et faunistique (le ZNIEFF pour ceux qui aiment toujours les initiales) depuis 1975.
C'est ce que j'avais fait en 2005. On m'avait parlé de ces calanques et j'avais décidé d'aller y faire un petit tour vite fait en revenant du festival de Cannes et avant de rejoindre Marseille.
Si je dis cela, c'est parce que les photos  -toujours prises en 2005-  ne sont toujours pas terribles et, en plus, prises très rapidement puisque j'avais fait cette petite randonnée en courant pour éviter d'arriver en retard à Gardanne où j'étais attendu pour faire un barbecue, mais bon, ça, tu t'en fous et tu as bien raison.


LES CALANQUES DE CASSIS
Cassis, calanque de Port Pin

900 espèces végétales sur les 4000 recensées en France. Une vingtaine d'espèces animales qui y vivent sont en classées en voie des disparition. Citons le faucon pèlerin, le hibou grand duc, l'aigle de Bonelli ou le molosse de Cestoni (la plus grande chauve-souris d'Europe).
"Mille fois décrites, mille fois filmées, les calanques de Cassis n'offrent leur beauté grandiose qu'à ceux qui font l'effort de les atteindre à pied ou de s'y aventurer à bateau. L'association du bleu profond de la mer, de l'ébluissante blancheur de la pierre calcaire et de l'aveuglante lumière méditerranéenne, mêlée à l'infini palette de couleurs qui les parent au fil des heures, en font un site unique en France.
Déposés là par l'océan Thétysien, ancêtre de la Méditerranée à l'époque préhistorique, les calcaires crétacés ont fait surgir, entre Marseille et Cassis, de nombreuses "calas calenquos" (criques escarpées en provençal). Formées par des torrents dévalant vers la mer à l'époque glaciaire, ces baies étroites et profondes constituent l'aboutissement du massif calcaire de Marseilleveyre et de celui du Puget qui culmine à 565 mètres.
À l'époque glaciaire, la mer se situait 40 mètres plus bas que de nos jours. En remontant, il y a environ 15 000 ans, elle a submergé les parties basses des vallées littorales creusées dans la roche, faisant surgir les calanques. La mer atteint son niveau actuel il y a 6000 ans environ." ÉDITIONS ATLAS

Eh oui, pour résumer, mais pas trop : il y a 20 000 ans, le climat sur la côte marseillaise était celui de la Norvège et dans l'eau à 5° s'ébattaient les phoques. Voilà !

Autour de Cassis, les calanques de Port-Miou, de Port-Pin et d'En-Vau ne sont accessibles que par la mer ou par des sentiers pédestres escarpés. C'est ainsi que je me retrouve sur le GR98, qui traverse tout le massif, de Marseille à Cassis soit 20 kilomètres de longueur sur une largeur moyenne de trois kilomètres, soient 6000 hectares.
En regardant la carte de Google map, les trois calanques ressemblent à des tentacules pénétrant le continent ou, vu sous un autre angle, des pinces de crabes sortant de la côte.

calanques de cassis carte


Je commence avec la calanque la plus proche de Cassis.

CALANQUE DE PORT-MIOU
Cassis, calanque de Port Miou (13)

La calanque de Port-Miou est le refuge des plaisanciers car elle abrite un port. Elle est la plus longue des trois calanques de Cassis. Elle a également été quelque peu défigurée par des carrières de pierres. Cette pierre blanche qui servit à la construction du tunnel de Rove, de certains quais du Canal de Suez, de plusieurs portes du Campo Santo de Gênes et de la statue de Calendal.
"La Calanque de Port Miou (meilleur port en provençal) est un abri naturel pour les navires. Il sont 500 environ au mouillage durant l’année. (...) Le site est magnifique, comme un fjord provençal  comprenant plusieurs sources d’eau douce plongeant dans une eau turquoise, le tout entouré d’une magnifique pinède. (...) Petite curiosité : le trou du « souffleur ». C’est une curiosité géologique, une faille dans la roche prenant naissance dans l’eau et se terminant au sommet du rochet par un très petit trou. Les vagues compriment l’air dans ce conduit naturel qui s’échappe par le sommet en émettant d’étranges sons."  MARSEILLE TOURISME

Le sentier longe l'avancée maritime qui ressemble à une longue langue s'enfonçant dans les terres et la pierre.

Cassis, calanque de Port Miou           Cassis, calanque de Port Miou

"La richesse de la flore et de la faune, qui ont pourtant souffert des incendies, reste unique. Ainsi, en quelques centaines de mètres, depuis la mer vers les collines intérieures, on rencontre tout d'abord les formations végétales halophiles (exposées au sel marin), composées du perce-pierre à fleurs jaunes et de la petite saladelle à fleurs bleues. Puis vient la garrigue, qui s'est développée après les incendies. Dans les vallons, on trouve encore les derniers vestiges des anciennes forêts et, un peu plus loin, les restes de boisements de pin d'Alep." ÉDITIONS ATLAS

En continuant sur le sentier de randonnée, j'atteins très vite la seconde grande calanque de Cassis après une demi-heure de marche tranquille.

CALANQUE DE PORT-PIN
Cassis, calanque de Port Pin (13)            Cassis, calanque de Port Pin

Plus large que la calanque d'En-Vau mais moins profonde, la calanque de Port-Pin doit son nom à ses pinèdes encadrant sa plage de sable.

Cassis, calanque de Port Pin         Cassis, calanque de Port Pin

 

Continuons à évoluer dans ces somptueux paysages pour atteindre, une heure plus tard, la troisième calanque ; peut être la plus impressionnante.

CALANQUE D'EN-VAU
Cassis, calanque d'En Vau (13)

"Le moindre abri, la plus petite crique bien protégées ont été habités dès les temps les plus reculés. Cependant, contrairement à certaines de ses voisines, la calanque d'En-Vau semble n'avoir jamais été occupée parce que trop encaissée et trop difficile d'accès. Elle a donc gardé son caractère sauvage.
De nos jours, la calanque d'En-Vau est devenue, avec près de 200 voies, un paradis pour les grimpeurs."  ÉDITIONS ATLAS

Cassis, calanque d'En Vau                Cassis, calanque d'En Vau

Cassis, calanque d'En Vau

"Le premier à avoir fréquenté le site fut l'alpiniste marseillais Gaston Rébuffat, qui appréciait tout particulièrement cet univers vertical surplombant les flots bleus. Les hautes falaises abruptes du plateau d'En-Vau  -où trouvent refuge de nombreux rapaces-  sont hérissés d'aiguilles rocheuses, comme le célèbre Doigt de Dieu. Des petits sentiers sinueux permettent de descendre à flanc de paroi, entre les éperons et les arêtes, jusqu'au fond du vallon où se blottit une crique rocheuse." ÉDITIONS ATLAS

Avec ses hautes falaises dénudées, terminées par une petite plage de galets, et ses eaux émeraudes, assombries parfois d'une prairie de posidonies, la calanque d'En-Vaux est la plus spectaculaire des environs de Cassis.

Cassis, calanque d'En Vau

 

Mais malheureusement, comme tu as déjà pu le voir, je n'ai pris aucune photo de cette petite plage. Par contre, nous pouvons dès maintenant la retrouver dans un extrait du film Fantomas (1964) d'André Hunebelle, avec Louis de Funès et Jean Marais.

J'aurais pu continuer de marcher jusquà la calanque de Sormiou, soit 7h30 de marche... Maaaaaiiisss non !

 

REVENONS AU MOIS DE JUIN...

Nous quittons Cassis sans y être entrés. Là-bas, au loin, on le voit, il nous attend avec son impressionnante falaise orangée-ocre, tel un vaisseau de pierre dominant les eaux bleues de la Méditerranée. Le Cap Canaille.

Cassis, vue sur Cap Canaille (13)

Et là, à ce moment précis du récit, tu me dis : "Tu es bien gentil avec tes calanques, tes photos pourries et autres, mais tu ne nous as absolument pas parlé de l'origine du nom Cassis qui était pourtant la base narrative de ce billet !!!!"
Et je te répondrai : "Ah ouais, ben tiens, merde, j'ai oublié !"

Rattrapons de suite cet oubli.

Eh bien, il faut savoir qu'à l'époque romaine, Cassis s'appelait Carcisis portus. Voilà. Mais remarquons plutôt que Cassis est formé par les deux mots Kar et Sit, désignant l'un comme l'autre la pierre. La prononciation locale a ensuite fait le reste pour en arriver à Cassis dont on se gardera bien de prononcer la dernière lettre afin de ne pas passer pour un parisien.
Voilà, c'est fait, on est content, continuons.

Nous quittons Cassis sans y être entrés en ayant pris soin d'expliquer pourquoi Cassis s'appelait Cassis, et non banane ou fraise des bois.
Après avoir gravi le col de la Gineste, nous attaquons à présent une des autres belles attractions naturelles de la région : la route des Crêtes.

 

LA ROUTE DES CRÊTES
Cassis, Cap Canaille, vue sur Cassis 4 (13)

La Route des Crêtes, c'est 15 kilomètres de route sinueuse entre Cassis et La Ciotat. La Route des Crêtes, ce sont des panoramas uniques au monde. La Route des Crêtes, c'est un point culminant à 396 mètres d'altitude. La Route des Crêtes, c'est également le Cap Canaille. Mais attention : la Route des Crêtes peut être fermée par grand vent !
Nous attaquons de suite dans le vif du sujet. À peine sortis de Cassis, nous gravissons une pente à 22% pour atteindre le Pas de la Colle. Premier gros lacet. Droite-gauche. Petite ligne droite étroite à travers la garrigue. Et puis... et puis, quelques mètres plus loin, c'est le premier panorama qui s'offre à nous. Nous posons la voiture sur un parking en terre ocre. Nous sommes sur le Cap Canaille.

Cassis, Cap Canaille (13)
Cap Canaille de profil

Cassis, Cap Canaille, vue sur Cassis 3 (13)
                                         Vue sur Cassis depuis le belvédère

Cassis, Cap Canaille, vue sur les calanques 3 (13)
Vue sur les Pointes de la Cacau et de Castel Vieil                    

"Sur une dizaine de kilomètres de long, le Cap Canaille déchire la côte entre Cassis et La Ciotat, de sa masse énorme. Littoral d'une rare et sauvage beauté, où la nature a mêlé, dans une harmonie baroque, montagne et mer, donnant naissance à un surpuissant balcon de grès ocre-rouge." FERNANDO FERREIRA

Il ne faut pas être sujet au vertige, ni être attiré par le vide. La vue est impressionnante et la chute abyssale. Les falaises verticales qui marquent la terminaison abrupte du massif de Soubeyran sont caractéristiques de cette Provence calcaire vieille de plus de 100 millions d'années... 101 précisément... Ces falaises font apparaître une structure géologique plus complexe qu'on ne se l'imagine, si toutefois, nous nous imaginions quelque chose. En effet, il ne s'agit pas d'un simple massif calcaire. La façade que peuvent atteindre des grimpeurs avertis, présente une alternance de couches de poudingue, formé de galets roulés dans un ciment gréseux, de grès et de calcaires. Ces formations composent un paysage coloré, différent de la blancheur des calanques de calcaire blanc que nous n'avons pas parcouru à Cassis.

"Le Cap Canaille est composé sur plus de 400 mètres d'épaisseur de différentes couches de roches et de conglomérats. Aux environs de Cassis, sa base est formée de roches marneuses. Plus meubles que les calcaires, elles dessinent un relief en talus. Au-dessus, des bancs de calcaires turoniens (crétacé supérieur, -80 millions d'années) alternent avec des couches de grès et de poudingue, une roche sédimentaire dans lesquelles sont enchâssés de gros galets. Souvent ferrugineuses, ces formations confèrent au massif sa couleur mordorée." ÉDITIONS ATLAS

Plus hautes falaises maritimes de France (juste avant celles du Nez de Jobourg, Cap de la Hague) et secondes plus hautes falaises maritimes d'Europe (après celles de Cabo Girao à Madère), elles proposent une vue vers le large, mais aussi à l'ouest vers l'échancrure de la baie de Cassis, le massif de Marseilleveyre et les îles.

Cassis, Cap Canaille, vue sur les calanques 1 (13)           Cassis, Cap Canaille, vue sur les calanques et mer 1 (13)

Cassis, route des crêtes, vue plongeante (13)

Nous pouvons distinguer au loin l'entrée des calanques de Port-Pin, Port-Miou et d'En-Vau.

Cassis, route des crêtes, vue sur les calanques (13)

Deux fois par an, en février et en octobre, le coucher de soleil laisse apparaître le Mont Canigou, pourtant 260 km plus loin. En continuant un peu plus loin, nous aurions également pu apprécier le panorama sur La Ciotat depuis le sémaphore.

Cassis, Cap Canaille, voilier sur mer (13)

Mais bien sûr, une fois de plus, la question qui nous taraude le plus... Ah tiens, tarauder, on ne l'emploie pas si souvent que ça ce verbe... La question qui nous préoccupe le plus à ce moment précis est "Mais pourquoi le Cap Canaille s'appelle-t-il ainsi ?"
Canaille... Étymologiquement parlant, canaille vient de l'occitan canalha (ensemble de chiens), remplaçant ainsi chiennaille.
Mais cela ne semble pas avoir de rapport puisque point de chien nous n'avons vu sur cette magnifique montagne.
Canaille... La véritable définition du Petit Larousse est "Vieux, ramassis de gens méprisables ou considérés comme tels. Personne malhonnête, sans moralité."
Mais cela ne semble pas être le refuge de brigands et autres. Non, je ne vois que des touristes et des passants. De plus, à première vue, le Cap Canaille ne semble pas malhonnête et sans moralité. En même temps, ce n'est que de la roche.

Canaille...
On pense de suite au duo Gainsbourg-Mitchell
avec leur chanson "Vieille canaille".

Mais il n'est fait mention nulle part de la présence de ces artistes dans les parages.

 

les-petites-canaillesCanaille... On pense de suite à cette série américaine, "Les petites canailles" (Our Gang dans les années 1920, The little Rascals à partir de 1950). Nous y suivions les aventures d’une bande de chérubins gaffeurs, farceurs et indisciplinés : la belle Darla, le petit Porky, Buck le noir, Alfafa le plus grand et charismatique, leur "chef" le gros Spanky et leur chien Pete qui se chamaillent sans cesse avec leurs voisins, d´autres enfants aussi teigneux qu’eux.
Mais il n'y a aucune statue sur le Cap Canaille qui rendrait hommage aux acteurs de cette série.

 

 

Canaille... On pense de suite au "petit canaillou" que prononçait l'acteur Darry Cowl dans le film Le triporteur (1957) de Jacques Pinoteau. J'aime bien l'histoire du Triporteur. Il s'agit de suivre les pérégrination d'un homme un peu crédule qui se rend à Nice en triporteur (d'où le titre, hein) pour assister à la finale de la Coupe de football à laquelle participe l'équipe de son village.
Toutefois, Darry Cowl ne prononcera qu'une fois l'expression "Petit canaillou" dans le film (et dans toute sa carrière). Pourtant, celle-ci lui restera à jamais associé. Que la vie artistique et médiatique est étrange parfois.

Une expression également reprise par Jean-Michel Sancowl...

 

Le rapport entre le Cap Canaille et Darry Cowl n'étant pas avéré pour expliquer l'origine du nom de ce cap qui n'est d'ailleurs même pas un cap, profitons-en tout de même pour parler cinéma. Notons que le Cap Canaille a été le lieu de tournage de plusieurs films, comme "Le deuxième souffle" de Melville (embuscade du fourgon), "Marseille contrat" de Robert Parrish, "Le faux pas" d'Antoine d'Ormesson, "Taxi 2" de Gérard Krawczyk ou encore "Sur un arbre perché" de Serge Korber. Là aussi, l'histoire est intéressante...

SYNOPSIS : "Un industriel, Henri Roubier, revient d'Italie, où il vient de ravir à ses principaux rivaux le marché européen des autoroutes. Il prend à bord de sa voiture un auto-stoppeur et une jeune femme en difficulté, fort ravissante par ailleurs. Les deux passagers contraignent leur pilote à faire un détour par Cassis. La nuit tombe. Roubier, exaspéré par les deux indésirables, manque un virage et son véhicule est précipité dans le vide. Miraculeusement, l'automobile reste perchée sur la cime d'un pin parasol qui a pris racine sur la paroi d'une falaise. Reprenant leurs esprits, les passagers tentent de se dégager. Mais le moindre mouvement peut les faire basculer..."
C'est la seconde collaboration de Serge Korber avec Louis de Funès. Ils avaient travaillé ensemble sur "L'homme orchestre" deux ans auparavant. Mais après ces échecs commerciaux (pour des films avec Louis de Funès), Serge Korber ne tournera plus avec l'acteur. Il réalisera deux autres films très moyens avant de se tourner vers le porno en devenant John Thomas.

Mais ceci n'explique toujours pas pourquoi Cap Canaille se prénomme ainsi.
Pour enfin avoir une réponse, il faut alors se pencher (pas trop non plus) sur l'étymologie latine du mot Canaille et remarquer que celui-ci provient du latin Canalis Mons, autrement dit montagne des eaux, des aqueducs, ou du provençal Cap Naio qui veut dire montagne qui nage, qui avance sur la mer.
Voilà, on a bien avancé là. Et comme nous parlions de cinéma, cela tombe plutôt pas mal puisque nous arrivons à proximité de La Ciotat.

La Ciotat, depuis la route des Crètes, 1999 (13)

Coïncidence, pour moi, La Ciotat, cela m'a toujours fait penser au cinéma. Eh ouais, ben ouais ben ouais, c'est comme ça, que veux-tu.

Mais... il y a beaucoup de mais dans ce billet, mais n'est-ce pas cela aussi le voyage, hein ? Mais si, bien sûr. Le mais exprime le fait que l'on aurait pu directement aller d'un point à un autre, mais que finalement, nous avons fait quelques détours imprévus.
Et cet énième détour imprévu nous amène à sortir de la Route des Crêtes (qui de toute façon se termine à l'entrée de La Ciotat) pour prendre la direction d'un bien étrange et secret endroit : la calanque de Figuerolles.

 

DANS NOTRE PROCHAIN ÉPISODE

Mais qu'est-ce que c'est encore que cette calanque de Figuerolles ? On n'en a pas assez vu des calanques ? Et pourquoi La Ciotat ferait-elle penser au mot cinéma ? Enfin, allons !!!!