Ayant quitté Marseille pour franchir le col de la Gineste afin de rejoindre Cassis sans s'y arrêter pour randonner dans les magnifiques calanques blanches, Maître Arnaud, Nicouane et Jénorme vagabondaient sur la vertigineuse Route des Crêtes permettant de relier de façon originale la baie de Cassis à la ville de La Ciotat pour laquelle, étrangement, Jénorme préférait parler de cinéma plutôt que des chantiers navals. Reste à savoir pourquoi.
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...


La Route de Crête... Non, la route des Crêtes disparaît soudainement comme elle était apparue.
Après avoir suivi ses falaises, ses panoramas et ses paysages méditerranéens, nous entrons dans l'agglomération ciotaise... ciotoise... ciotins... Comment on dit ? Ciotadens ! Ah, les habitants de La Ciotat sont les Ciotadens et les Citodennes.
DONC : après avoir suivi ses falaises, ses panoramas et ses paysages méditerranéens, nous entrons dans l'agglomération ciotadenne composée, dans un premier temps, de bas immeubles, de lotissements et de maisons pavillonnaires. La mer est là, en toile de fond, discrète, surmontée de quelques grues métalliques nous rappelant la présence des chantiers navals.

Plutôt que de prendre la direction du centre-ville, son port et son église, nous prenons une petite route sur la droite. Direction Figuerolles par l'avenue François Billoux. Et là, question : qui était François Billoux ?

F"Né en 1903 à Saint-Romain-la-Motte et mort à Menton en 1978, François Billoux était un homme politique français. Secrétaire général de la jeunesse communiste en 1924, il entre au comité central en 1926, puis devient membre titulaire du Bureau politique dès 1936 avant d'être élu député des Bouches-du-Rhône à la Chambre des députés en 1936. Il est arrêté, le 8 octobre 1939, déchu de son mandat, le 21 janvier 1940, et condamné le 3 avril 1940 par le 3ème tribunal militaire de Paris à 5 ans de prison, 4 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille pour être resté fidèle à la ligne du Parti communiste et ne pas avoir dénoncé le pacte germano-soviétique. Transféré et emprisonné en mars 1941 à la centrale de Maison-Carrée à Alger où il retrouve 27 autres parlementaires communistes, il est libéré après le débarquement allié en Afrique du Nord en 1943. Il est membre de la première Assemblée consultative provisoire siégeant à Alger (1943-1944)."  WIKIPEDIA

 

Si je cite le nom de cette avenue ainsi qu'un extrait du parcours politique de cet homme, c'est pour remarquer que nosu sommes dans une ville ouvrière... ou du moins qui était ouvrière car il est très rare de donner des noms de rues à des rois ou monarques dans ce genre de ville. Nous sommes d'accord, c'est un premier indice, c'est intéressant, continuons notre route pour arriver maintenant dans l'impasse Karl Marx... Non, je déconne. Nous prenons à gauche au bout de l'avenue François Billoux pour rejoindre l'avenue Marc Sangnier, homme politique français, militant social et pacifique, et pionnier des auberges de jeunesse en France. Et puis, c'est l'avenue des calanques. Nous croyons être arrivés, mais non. Ce n'est pas si simple. Il faut éviter les sens interdit, tourner en rond dans un lotissement où toutes les maisons se ressemblent, contourner un parc qui n'en est pas un, puis, enfin, trouver une place. Voilà, c'est fait.

A ce moment précis, nous ne sommes pas loin de la calanque de Figuerolles qui, parait-il, est un petit paradis méditerranéen à part. Pourtant, en regardant autour de nous, nous ne voyons que des maisons, des rues, des clôtures, des barrières. BREF : un lotissement des plus banal, comme nous pourrions en croiser partout en France. Un labyrinthe pavillonnaire. Loin des tumultes de la ville et de son activité portuaire, loin des touristes aussi. Et puis, et puis...
Une fois la voiture garée sur un parking quelconque, nous suivons les panneaux routiers qui indiquent la direction de la calanque. La route se transforme en chemin, puis en sentier ; puis en escaliers étroits et raides. 87 marches. Pas 88, pas 86 ! 87 marches ! Et puis...

CALANQUE DE FIGUEROLLES
La Ciotat, calanque de Figuerolles (13)

Dominée par la silhouette étrange du Rocher du Capucin, voici la calanque de Figuerolles. Son nom vient du provençal et signifie "jardin de figuiers" ; ces arbres qui entourent le lieu en embaumant l'espace.
Nous atteignons la petite plage de galets après être passés devant le bar-hôtel-restaurant "Chez Tania". L'endroit a été déclaré humouristiquement "République Indépendante de Figuerolles" pour souligner le décor unique de bout du monde, et ce depuis 1956. Cinq articles attestent cette spécificité.
"Art 1 : Un passeport pour ses concitoyens
  Art 2 : Une frontière, le parking et un "no man’s land" de 87 marches qui mène à notre République.
  Art 3 : Une heure de décalage avec la France.
  Art 4 : La conduite à gauche.
  Art 5 : Une monnaie locale du 1er Août au 1 Septembre, indexée sur le CAC40, 1 euro = 100 gr de figues fraîches, propres et sans les fourmis (s'il vous plaît)."

Nous profitons du calme de l'endroit. Petite baignade dans l'eau froide. Les jeunes du coin escaladent les rochers environnants, sautent depuis la petite île du Lion qui fait face à la plage de gros galets. D'autres jeunes se réfugient dans des sortes de niches entourant la calanque. Cette roche environnante, c'est le poudingue, constitué d'anciens galets reliés par un ciment gréseux.

La calanque de Figuerolles est dominée
par cette silhouette unique du rocher du Capucin.
La Ciotat, calanque de Figuerolles 1 (13)
        La Ciotat, calanque de Figuerolles, bec d'aigle 1 (13)
On dirait plus la tête d'un aigle que d'un capucin
qui n'est pas seulement, rappelons le,
le nom du raton laveur de Candy,
mais aussi un ordre religieux.


À cette époque de l'année, la petite plage n'est pas bondée. Parait-il qu'en période estivale, il ne reste pas beaucoup de place pour poser sa serviette ou pour se poser sur un bout de rocher.
Après avoir regardé la mer une bonne dizaine de minutes depuis la plage de galets qui fait mal au cul, nous nous rendons sur la terrasse du bar qui surplombe la calanque. Un petit canari bien jaune couvre l'espace de ses chants mélodieux pendant que le propriétaire des lieux nous sert une bière corse.

La Ciotat, calanque de Figuerolles, pause

Quelques minutes de calme, un peu de musique dub en fond, quelques chants de canari, un léger bruit de fond d'aller-et-venue de faibles vagues méditerranéennes. Je trouve que c'est un bel endroit pour écouter quelques morceaux de Rodriguez, comme, par exemple...

 

Nous regagnons la voiture et prendre la direction du centre-ville de La Ciotat.
Nous longeons la mer, le port-vieux et les chantiers navals, puis le port de plaisance dominé par Notre-Dame-du-Port.

 

LA CIOTAT
La Ciotat, le port, 1999 (13)

On a souvent l'habitude de parler du passé de La Ciotat et de ses chantiers navals aujourd'hui fermés. De prime abord, deux univers se cotoient ici : les HLM et les résidences d'été. Mais ce n'est pas tout. En allant du général au particulier, remarquons quelques autres atouts de la ville côtière et son histoire. Nous avons parlé de la calanque de Figuerolles. Nous aurions pu parler de la petite randonnée à faire en direction de la petite chapelle Notre-Dame-de-la-Garde.
Ici, en longeant la côte, nous pouvons voir au loin la silhouette de la mystérieuse Île Verte sur laquelle on peut se rendre en bateau avec les navettes de l'île Verte (12 euros aller-retour).

L'ÎLE VERTE
Anciennement Île du Torrent, elle demeure verte malgré les occupations militaires, les travaux de fortification, les incendies et les guerres.
"Durant la seconde guerre mondiale, les allemands transforment l'île en un véritable camp retranché, rasant le Fort Géry jusqu'à deux mètres du sol et le couronnant d'une chape de béton d'un mètre d'épaisseur. Les bombardements américains du 12 août 1944 anéantissent les fortifications, ne laissant que des blockhaus en ruines et de nombreux cratères."  NAVETTE DE L'ÎLE VERTE

Une douzaine d'hectares dressés à quelques centaines de mètres du continent, elle est devenue un petit paradis discret aux dimensions d'un petit bois avec ses 430 mètres de long et ses 260 mètres de large. Ici, la liberté est totale : pas de clôture, aucun danger, si ce n'est quelques à-pics vertigineux et des restes de souterrain. Labyrinthe de verdure et d'arbres peu élevés, inclinés par le vent. Quelques pins d'Alep, cèdres et cyprès recouvrant les lentisques, les cinéraires, les aspholèdes,... Un petit sommet de 49 mètres d'altitude domine le lieu pour offrir une vue générale sur l'île, la baie de La Ciotat et le Bec de l'Aigle. Un sentier de deux kilomètres permet de faire le tour de l'île en s'aventurant au hasard des minuscules criques et petites plages, modèles réduits de calanques.

Revenons sur le continent pour apprendre que c'est ici, à La Ciotat, qu'un certain Jules Hughes dit "Lenoir" inventa en 1907 un certain jeu de boules où l'on "joue les pieds tanqués (joints) au centre d'un rond". Eeeeh oui, c'est ici que naquit la pétanque.

LA PETANQUE
pétanque"Ne pouvant plus jouer à son jeu préféré à cause de ses rhumatismes, Jules Lenoir s’est mis un jour, à tracer un rond, envoyer le but à 5-6 m, et, les « pieds tanqués », à jouer ses boules pour se rapprocher du cochonnet. Ceci se passait sur le terrain de boules d’un café « La boule étoilée » (terrain baptisé ainsi en clin d'œil aux boules cloutées de l'époque) dont les propriétaires s'appelaient Ernest et Joseph Pitiot. Les deux frères comprirent vite l'intérêt de ce sport, notamment Ernest qui s'appliqua à en finaliser les règles.
Il faudra néanmoins attendre le premier concours officiel à La Ciotat en 1910 pour que le mot soit officialisé. Le terme vient des mots de l'occitan provençal pè « pied » et tanca « pieu », donnant en français régional l'expression « jouer à pétanque » ou encore « pés tanqués », c’est-à-dire avec les pieds ancrés sur le sol, par opposition au jeu provençal où le joueur peut prendre de l'élan." WIKIPEDIA



Rien à voir, mais on peut tout de même en parler : la même année, le peintre Georges Braque réside dans la ville et l'immortalise sur plusieurs toiles

Braque la Ciotat            Braque, calanque de Figuerolles
le port de La Ciotat et la calanque de Figuerolles

Et puis La Ciotat, comme je le disais plus haut, pour moi, c'est une ville profondément attaché au cinéma.
Oublions les Stars War, effets numériques, 4D, IMAX, tout ça ! Revenons aux sources, aux origines, aux premiers effets ! Revenons au temps des Frères Lumière !

 

LE CINÉMA
Après le terrain de pétanque, rendons-nous à la gare de La Ciotat.

La Ciotat, la gare, 1999 (13)   la ciotat plaque

La Ciotat, la gare, 1999


C'est ici qu'en 1895, les frères Lumière ont posé leur caméra pour filmer l'arrivée d'un train en gare de La Ciotat.

ACTION !


Petites explications autour de ce film mythique.

En 1895, les frères Lumières doivent batailler dur pour imposer le nom du cinématographe comme l'unique référence du Septième Art.
Tout d'abord parce que leur père trouve ce nom ridicule, et tente d'en faire adopter un autre, celui de Domitor. Ensuite, parce qu'aussitôt le Cinématographe inventé, il se voit concurrencer par toutes sortes d'imitations dont les noms ont de quoi laisser rêveur : l'Animatographe, le Caméragraphe, l'Ediolascope, le Fregoligraph, le Mutoscope, le Kinoptikon, ou mieux encore, le Phototachygraphe.

Mais qui étaient les frères Lumière ?
Lorsque je faisais mon service militaire à Besançon, je me souviens m'être promené dans les rues pour tomber, par hasard, face à la place Victor Hugo. A cet endroit, des plaques commémoratives disposées sur les façades de certaines maisons indiquent que Victor Hugo est né ici, au n°140, en , sur les plaques des maisons où étaient nés, tour à tour, Victor Hugo en 1802, Charles Nodier en 1780 et les frères Lumières en 1962-1864. Le peintre Gustave Courbet habita un temps dans la maison natale de Charles Nodier, au XIXème siècle. Autant d'artistes, de gens notables et influents sur le monde sont nés dans la même rue. Curieux. Mais revenons à La Ciotat et aux frères Lumière.

frères lumièresLes frères Lumières, Auguste et Louis, sont nés à Besançon en 1962 et 1964. Photographes de métier, ils ont déposé plus de 170 brevets dans le domaine de la photographie. C'est notamment la vente des plaques photographiques qui a fait leur fortune.
Contrairement à tout ce qui peut être dit, les frères Lumière n'ont pas réalisé les premiers films cinématographiques, mais "les premières projections collectives de films photographiques sur grand écran pour un public rassemblé, d'abord non payante, le 22 mars 1895, devant un parterre restreint de savants de la Société d’encouragement pour l’Industrie nationale, au no 44 de la rue de Rennes à Paris, puis à la suite des projections publiques de Woodville Latham à New York le 21 avril 1895 et de Max Skladanowsky à Berlin le 1er novembre 1895, une séance le 28 septembre 1895 à La Ciotat devant un public choisi, et enfin une séance payante ouverte au grand public le 28 décembre 1895 à Paris. Avec L’Arroseur arrosé, Louis Lumière a réalisé le premier film photographique de fiction, ce qui correspond à la notion moderne de cinéma." (WIKIPEDIA)

Le premier film tourné par les frères Lumières fut La sortie de l'usine Lumière à Lyon. Tourné le 19 mars 1895 dans la rue Saint-Victor (aujourd'hui rue du Premier film) à Lyon, il est ensuite projeté le 22 mars 1895 dans les locaux de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale (aujourd'hui 4, place Saint-Germain-des-Près).
cinématographeLa première séance publique de cinématographe du 28 décembre 1895 se compose d'une dizaine de bandes d'environ une minute chacune. Les sujets sont simples (bébé mangeant sa soupe, la démolition d'un mur,...), tournés par les frères Lumière eux-mêmes. Pour la première fois, des personnages photographiés bougent en grandeur réelle sur l'écran. Le train arrivant en gare de La Ciotat n'est pas projeté ce jour là.

Malgré l'énorme succès de L'arroseur arrosé (1895) et de sa mise en scène, les Lumière ne réservent qu'une faible part au cinéma de fiction. Ils s'intéressent d'avantage à la recherche technique et aux débouchés industriels de leur appareil qu'aux problèmes de mise en scène. Ils arrêteront de produire des films à partir de 1903.
En 1935, les frères Lumière se distingueront par leur soutien au régime fasciste italien de Mussolini, puis ils manifesteront leur adhésion au régime collaborationniste du maréchal Pétain dès 1940 en faisant même parti du conseil national mis en place par Vichy.
Ben oui...

121 ans plus tard...
ACTION !

 

Autre intérêt historico-touristico-culturel de La Ciotat : son cinéma, L'Eden qui se trouve face au port de la ville.


L'EDEN CINÉMA DE LA CIOTAT
Inauguré comme théâtre et salle de spectacles le 16 juin 1889, les Ciotadens pouvaient y voir des concerts, des pièces de théâtre, des galas sportifs. Le 14 octobre 1895, le propriétaire des lieux, Raoul Gallaud, invite le père des frères Lumière, Antoine, à venir faire une projection privée des films Lumière, mais la séance tourna court suite à un problème technique. C'est finalement le 21 mars 1899 que 250 personnes assisteront à la première séance payante du cinéma-théâtre L'Eden avec 19 films au programme.
Cet évènement en fait encore aujourd'hui la plus ancienne salle de cinéma du monde encore en activité.

eden        eden 2
Avant  - maintenant

photos : L'EDEN THEATRE

Régulièrement, les films des frères Lumière seront diffusés en alternance avec des spectacles divers. Bernard Blier ou encore Fernandel y feront leurs premiers pas. Mais malgré l'histoire et la programmation, le vent tourne.
"Coup de tonnerre le 3 décembre 1982. L'Eden bascule dans le film d'horreur. Alors que s'achève la projection du film Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, le jeune gérant, Georges Giordana, 25 ans, est tué dans son établissement lors d'une tentative de vol. L'Eden est placé quelque temps sous scellés pour une enquête qui ne donnera rien. Guy Giordana, frère de la victime, tente de relancer l'exploitation commerciale, mais le cœur n'y est plus. L'Eden agonise. L'écran s'éteint après une dernière projection grand public de Il était une fois l'Amérique, et celle, plus confidentielle, de Jeunes filles au pair... Pierre Espitalier, dernier projectionniste de l'Eden range une dernière fois ses bobines." L'EDEN
L'Eden ferme ses portes avant d'être rachetée par la ville en 1992, puis classée aux Monuments historiques en 1996) et rénovée grâce à l’effort des collectivités et la mobilisation des associations. Elle réouvre en 2013 avec le label cinéma d'art et d'essai.

 

Ainsi se termine notre périple provençal.
Nous retournons tranquillement sur Moustiers-Sainte-Marie car il est l'heure de boire l'apéro en écrivant des cartes postales.

Moustiers-Sainte-Marie, apéro-carte (04)