Dans l'épisode précédent à l'épisode précédent, nous avions vu comment se rendre de Sallanches, ville haute savoyarde, à Corsier-sur-Vevey, commune suisse située sur les bords du lac Leman. Tout ceci était bien gentil, mais cela ne nous expliquait pas la raison de ce voyage de plus de 120 kilomètres. C'est alors que Jénorme eut l'idée complètement géniale de composer un second épisode  -soit l'épisode précédent de cet épisode que tu es en train de lire-  afin d'expliquer pourquoi lui et sa nièce Flavie s'étaient rendus à Corsier-sur-Vevey. C'est alors que la lectrice/le lecteur s'est rendu compte que Corsier-sur-Vevey n'était pas seulement la ville où se trouvait une fourchette géante plantée dans le lac Leman, mais aussi le lieu où le réalisateur-acteur-scénariste-musicien-producteur Charlie Chaplin avait vécu les 25 dernières années de sa vie.
L'idée n'était pas seulement de se rendre sur la tombe de l'artiste, mais aussi d'aller visiter un musée récemment ouvert et qui lui était consacré. Le nom de ce musée : Chaplin's world.
Installé dans le Manoir de Ban, ancienne résidence de la famille Chaplin, Chaplin's World se décline en trosi lieux : le manoir, le parc et le studio.
Après avoir visité le manoir et le parc, Flavie et Jénorme se dirigeaient à présent vers le studio.
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

 

Ehla, qu'elle est est longue cette intro !? Bon, allez, la suite.
Le Studio, c'est une sorte de bloc de béton informel jouxtant l'entrée du musée. On ne le remarque pas de suite lorsque l'on pénètre dans le parc. Pourtant, mine de rien, il propose une surface de 1350 m2.
Nous entrons dans le bâtiment par une porte vitrée, rappelant les entrées de cinéma. D'ailleurs, une fois la porte passée, nous entrons dans une salle ciné.
Je suis très intrigué. Avant de venir ici, j'avais consulté des sites internet évoquant le musée. Des photos montraient des statues de cire, des décors, des objets, des reconstitution... Et là, je ne vois rien. Seulement une salle de cinéma avec un écran, des fauteuils et des rideaux. Je ne pense pas avoir loupé quelque chose dans le manoir. Nous l'avons parcouru en long, en large et en travers... Bon...
La lumière de la salle baisse. Le projecteur vidéo s'allume pour diffuser des images sur l'écran qui me fait face. Il s'agit d'un montage d'images retraçant la vie et l'oeuvre de Chaplin.

Fin du petit film de dix minutes.... et puis... Magie ! L'écran s'ouvre pour laisser place à un décor réel. Superbe idée ! Géniale ! La personne chargée de la visite nous invite à entrer dans l'écran et à parcourir "le studio".

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, salle ciné (Suisse)


La visite commence par une rue reconstituée, tout droit sortie d'un décor d'East Street, dans le quartier de Walworth, à Londres, là où Charlie Chaplin est le 16 avril 1889. C'est également l'une des ambiances les plus emblématiques de ses films.

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, rue

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, rue       Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, rue

"Chaplin a connu une enfance difficile, dont il conserve des souvenirs douloureux, qu'il évoquera dans ses films. Son père, chanteur alcoolique de music-hall, a abandonné sa famille avant de mourir alcoolique quand Charlie n'avait que 12 ans. Chaplin adorait sa mère, Hannah, qui lui a appris à observer les gens. Il prenait d'ailleurs plaisir à les imiter pour la faire rire. Après l'internement d'Hannah dans un asile d'aliénés, Charlie et son grand frère, Sydney, ont été baladés d'un établissement scolaire à l'autre, et vécu dans différents hospices de pauvres. Pour survivre, ils ont du chanter dans les rues et accepter les petits boulots qui se présentaient."  CHAPLIN'S WORLD

Dans ce décor, nous retrouvons également les statues de cire du policier et du kid.

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, rue, statue du kid

Ah ! Parlons du Kid un peu là !
La genèse du film "The kid", sorti en salle le 6 février 1921, semble trouver sa source dans la vie sentimentale tourmentée de Charlie Chaplin à la même époque. Remettons-nous dans le contexte.

LE KID
le kid
     le kid     le kid

SYNOPSIS DU KID :
"La mère d'un jeune enfant, ne pouvant le faire vivre, décide de l'abandonner dans la voiture d'une famille fortunée. C'est alors que deux voyous décident de voler cette même voiture. Quelques rues plus loin, les voleurs entendent pleurer le bambin. Ils l'abandonnent dans une ruelle où passe un peu plus tard Charlot, un vitrier miséreux. Gêné par sa découverte, il tente d'abord de s'en défaire, avant de s'attacher à lui. Il l'éduque de son mieux, malgré les conditions difficiles. Cinq années passent ainsi dans la débrouillardise, mais surtout l'amour et la tendresse. Malheureusement, les services sociaux s'en mêlent…
De son côté, devenue riche, la mère de l’enfant cherche à retrouver son fils."  WIKIPEDIA

LA CONCEPTION DU PROJET
Le 23 octobre 1918, le réalisateur épouse Midred Harris, une jeune actrice de 17 ans. En fait, elle lui avait révélé qu'elle était enceinte et Chaplin accepta de l'épouser discrètement à Los Angeles pour éviter la controverse. La grossesse se révéla fausse. C'est une période difficile pour Chaplin. Il n'est pas heureux et ne trouve pas l'inspiration. Il réalise Une idylle aux champs (Sunnyside, juin 1919), mais n'en n'est pas du tout satisfait.
"Plusieurs mois s’étaient écoulés et je n’avais réalisé qu’une petite comédie de trois bobines, Sunnyside, en ayant l’impression de m’arracher une dent. Sans aucun doute, le mariage avait des conséquences sur mes facultés créatives. Après Sunnyside, je ne savais plus quoi faire pour trouver une idée." CHARLIE CHAPLIN, Histoire de ma vie

Le 7 juillet 1919, Midred Harris tombe réellement enceinte et accouche d'un garçon, Norman Spencer Chaplin, qui, malformé, décède trois jours plus tard. Étrangement, c'est dix jours après l'enterrement de son propre fils que Charlie Chaplin fait passer des auditions à des enfants pour un nouveau projet. Le film devrait s'appeler L'orphelin (The Waif) et le synopsis s'appuierait sur l'idée que Charlot deviendrait un père de substitution pour un enfant abandonné.
L'inspiration revient. Comme il y a quelques années, il se retrouve à nouveau absorbé et excité par ce nouveau projet.
C'est en se rendant dans un cabaret que Charlie Chaplin découvre Jackie Coogan, un jeune garçon de quatre ans, plein de malice, fils d'un danseur prodige que Chaplin était venu voir ce soir là.
Pourvu d'un certain don d'imitateur qui lui permettait de reproduire parfaitement les gestes et expressions que lui demandait Chaplin, il fut très vite engagé pour le projet. Commencé en août 1919, le tournage dura presque neuf mois... comme un accouchement. Miticuleux et perfectionniste, il faisait faire-refaire les prises pour atteindre "sa" perfection ; ce qui amena à un total de rushs équivalent à cinquante fois la durée du film dans son montage définitif.

Le 4 avril 1920, Mildred Harris Chaplin entame une procédure pour divorcer de Charlie Chaplin en prétextant la cruauté mentale de ce dernier. Chaplin continue le tournage du Kid, mais il est terrifié par le fait que les avocats de son ex-femme n'essayent de faire saisir le film, Chaplin et ses plus fidèles associés quittent la Californie pour monter les rushes dans le plus grand secret dans un hôtel de Salt Lake City, puis dans un studio anonyme à New York. Il achève le montage du Kid le 30 juillet 1920. Le 13 novembre 1920, le divorce est accordé à Mildred Harris, mais cela n'empêche pas Chaplin de terminer la post-production du film.

D'une durée de 68 minutes  -ce qui en fait le plus long film réalisé par le cinéaste à ce moment là-  , il reçoit très vite un accueil triomphal lors de sa présentation en avant-première à New York, le 21 janvier 1921, puis à sa sortie en salles dès le 6 février. Il est distribué dans plus de 50 pays dans les années qui suivront. C'est également le premier film de l'hsitoire du cinéma à associer drame et comédie.

Le kid est l'histoire d'une double détresse et d'un appel à la vie. Quand Chaplin tourne le film, les États-Unis traversent une première crise économique qui n'est que les prémisses de celle plus grave de 1929. Quelques semaines après la sortie du film, le parti communiste se forme, Sacco et Venzetti sont condamnés à mort. Dans ce climat social troublé, le film apporte un cri d'espoir déchirant.

Le film en entier en cliquant ici :
THE KID
le kid photo

ET JACKIE COOGAN DANS TOUT ÇA ?
"Il poursuit brièvement une carrière d’enfant acteur mais, comme les fins esprits de Hollywood le soulignent, "il est frappé de sénilité précoce à l’âge de 13 ans." Très vite, il se retrouve sans le sou : sa mère et son beau-père ont mal géré ses économies de jeunesse, et le peu d’argent qui lui reste est englouti dans des batailles juridiques. La seule issue positive de toute cette affaire est que les ennuis hautement médiatisés de Jackie conduisent à l’adoption d’une loi garantissant une protection financière aux enfants artistes; encore aujourd’hui, cette loi est connue sous le nom de “loi Coogan”. La carrière de Jackie connaîtra un second souffle inattendu quand cet ex plus bel enfant du monde deviendra cette fois le plus affreux des vieillards, l’oncle Fester de la série télévisée La Famille Addams." CHARLIE CHAPLIN.COM

 

Nous quittons les décors d'East street pour entrer sur une piste de cirque. Ici, nous retrouvons les statues de cire de Frederico Fellini, de Roberto Benigni et de Arturo Brachetti pendant que plusieurs extraits des films de Charlot défilent sur les murs. Un peu plus loin, un couloir dans lequel nous croisons Laurel et Hardy faisant des travaux avant de rejoindre un large couloir où sont disposés à la suite des écrans vidéo verticaux tel un alignement de dominos. Les sept écrans détaillent différentes figures de la pantomime chaplinienne. Chorégraphies, gestuelles et danses se succèdent...

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, moonwalk (Suisse)

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, moonwalk

C'est au bout de cet alignement d'écrans que nous tombons nez à nez avec une statue de Michael Jackson. Un panneau explicatif nous révèle que le Roi de la Pop était un grand fan de Charlot et que quelques-unes de ses mythiques danses seraient inspirées des pantomimes de Chaplin.
"Si je pouvais travailler avec n’importe qui ce serait Charlie Chaplin, que j’aime tellement." Michael Jackson, 2002
Même s'il n'a jamais rencontré son idole, il s'est rendu sur différents lieux que l'artiste a fréquenté. En février 1979 lors d'une tournée, il demande à son photographe de l'emmener sur les lieux où vécut Chaplin. Pour l'occasion, il entre dans une boutique afin d'acheter les mêmes vêtements que Charlot afin de se grimer en son idole pour se faire prendre en photo dans les rues d'East Street.
En juin 1995 sort son album "History" dans lequel se trouve le titre Smile, inspiré de la musique des "Temps modernes" qu'il considère comme sa chanson préférée. Enregistré en une seule prise, ce morceau est illustré par une pochette sur laquelle Jackson prend la même pose que Chaplin sur l'affiche du Kid.
C'est en juin 1988 lors de la Tournée Bad Tour que Michael Jackson se rend au manoir de Ban pour rencontrer Oona, la veuve de Charlie Chaplin.

jackson, corsier sur vevey"Nous avons discuté et nous sommes allés dans le bureau de Charlie Chaplin. Nous avons regardé les récompenses et les Oscars de Charlie et nous avons pris des photos avec les awards dans nos mains. (Michael a alors posé avec deux des oscars de Chaplin). Tout cela dans une atmosphère détendue. J’ai demandé à Oona si je pouvais descendre aux archives avec Michael. Nous y sommes allés et on a regardé les bobines originales des films de Chaplin, des livres et des affiches. J’ai rarement vu quelqu'un qui d’aussi surexcité que Jackson. (….) Il connaissait chaque livre et chaque film. Il disait: "Regardez ces livres ... la plupart des livres ont été écrits sur lui. Au cours de sa vie, il était sept fois plus connu que Jésus-Christ". Il savait simplement tout." ROLF KNIE, photo : Jacksongold
En janvier 1997, Michael Jackson reviendra au manoir pour y dîner, puis se rendra sur les tombes de Charlie et Oona Chaplin.

 

Mais cette installation est surtout là pour nous rappeler comment Charlie Chaplin utilisait son corps pour l'image. Étonnant homme élastique, souple et inventif, pour créer des malentendus burlesques et des émotions. Le rythme ! Tout ceci soutenu par un costume et des accessoires. Pantalon trop large, chaussures trop grandes, canne souple. Un corps en déséquilibre, jouant avec les éléments et les protagonistes.

 

Nous quittons la pièce pour rejoindre un grand escalier. Nous quittons la surface de la terre pour pénétrer dans les entrailles du Studio.

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, plateau tournage, escalier (Suisse)

   Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, plateau tournage (Suisse)

En bas de l'escalier, un nouveau décor s'ouvre devant nous, composé de plusieurs éléments rappelant deux grands films de Chaplin. Dans cette grande pièce, plusieurs sons se confondent : des grincements, de la musique, des chants.
D'un côté, la cabane de "La ruée vers l'or" ("The gold rush", 1925), monté sur un mécanisme qui lui permet d'osciller dès que des visiteurs s'aventurent à l'intérieur. Un long grincement se fait alors entendre.

LA RUEE VERS L'OR
THE GOLD RUSH
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SYNOPSIS DE LA RUEE VERS L'OR
"Le film raconte l'histoire des chercheurs d'or dans le Klondike, au nord-ouest du Canada en 1896. La file des chercheurs d'or s'étire au creux des montagnes enneigées. Charlot, prospecteur solitaire, trouve refuge dans une cabane isolée, où il est bientôt rejoint par Big Jim. La faim les tenaille : qui sera mangé ? Un ours à la chair fraîche vient mettre fin à l'horrible dilemme. À la ville, Charlot est séduit par Georgia, la fille du saloon. Elle feint de répondre à ses avances et accepte une invitation à dîner. Mais elle lui fait faux bond, et le pauvre petit homme se retrouve seul, faisant danser ses petits pains. Big Jim, qui a perdu la mémoire au cours d'une bagarre, a besoin de Charlot pour retrouver l'emplacement exact de la montagne d'or qu'il avait auparavant découverte. Après quelques péripéties, les deux compagnons retrouvent enfin la mine. Devenu milliardaire, Charlot, à l'occasion d'un reportage, joue les paumés sur le paquebot du retour. Georgia, prise de remords, et le prenant pour un passager clandestin, se précipite vers lui et trouve la fortune." CLAIR OBSCUR

DÉVELOPPEMENT DU PROJET
col de Chilkoot
Un dimanche d'octobre 1923, Charlie Chaplin se rend chez ses amis Douglas Fairbanks et Mary Pickford. Grand amateur d'images stéréoscopiques, Douglas Fairbanks en montre quelques-unes à Chaplin qui reste intrigué par l'une d'entre elles. La photo-relief en question est celle de centaines de chercheurs d'or gravissant les pentes enneigées du col de Chilkoot, en Sierra Nevada. Au dos de la photo, un commentaire décrit les souffrances endurées par ces hommes lors de leur quête. (Photo : E.A.Hegg)

Mais c'est -semble-t-il- un tragique fait divers qui donna définitivement l'envie au réalisateur-scénariste de se lancer dans le projet de "La ruée vers l'or". Lors de la lecture du récit d'une expédition menée par des émigrants sous la coupelle d'un certain Georges Donner en 1843. Le convoi humain composé de 29 hommes, 18 femmes et 43 enfants s'était retrouvé bloqué dans les neiges de la Sierra Nevada à hauteur du lac Tahoe. Ils n'avaient pu survivre qu'en mangeant leurs chiens, la peau de leurs vaches, puis leurs propres mocassins avant de consommer la chair de leurs compagnons décédés.

Chaplin commence le tournage en studio le 8 février 1924, mais il avait décidé de reconstitué la scène inaugurale du film dont le décor naturel de la Sierra Nevada près de l'endroit même où les immigrants de Georges Donner avaient connu leur tragique aventure. Pour les besoins de la scène, on creusa un entier de 700 mètres de longueur à une altitude de 3300 mètres sur une formation naturelle connue sous le nom de Sugar Bowl. Le 10 avril 1924, 600 figurants  -pour la plupart des vagabonds recrutés à Sacramento la ville la plus proche- , gravir devant les caméras la fameuse passe enneigée auxquels s'ajoutèrent les membres de l'équipe qui n'étaient pas occupés à autre chose, ainsi que l'actrice principale du film Lita Grey. Comme d'habitude, Chaplin tourne et retourne maintes fois la scène malgré le froid et l'altitude.
Les tempêtes répétées et le froid ne permirent pas de continuer le tournage en Sierra Nevada. Toute l'équipe du film retourne donc dans les studios de Los Angeles le 2 mai 1924. Pendant les deux mois qui suivirent, Chaplin retravailla sur le script et l'atelier des décors fit preuve d'une imagination débordante pour recréer l'Alaska en studio durant l'été caniculaire californien. 200 tonnes de plâtre et 100 barils de farine ont été utilisés pour recréer la glace et la neige sans parler du nombre de kilomètres de planches, de fil barbelé, les centaines pioches, de pelles, les clous, les boulons,...
C'est également pendant le tournage que Lita Grey tomba enceinte de Chaplin qui l'épousa et dut la remplacer par une autre actrice Georgia Hale.
Le tournage du film se termine le 15 mai 1925 après quinze mois de travail. Chaplin passe neuf semaines en salle de montage pour présenter le film en avant-première le 26 juin 1925 au Grau man's Egyptien Theatre, à Los Angeles.

ANECDOTE
Pour anecdote  -parce qu'on aime bien les anecdotes, si, si, si !!!-  ,
Pour finaliser la scène où Big Jim et lui mangent une chaussure, Chaplin a tourné 63 prises ! À chaque fois les acteurs devaient avaler la semelle fabriquée en réglisse, entraînant de terribles problèmes de transit intestinal. Voilà.

 

Face à l'installation "La ruée vers l'or", nous découvrons les éléments mécaniques rappelant le film "Les temps modernes" ("Modern times", 1936), notamment le célèbre engrenage dans lequel Charlot se retrouve engouffrer suite à une surdose de travail.

LES TEMPS MODERNES
MODERN TIMES
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Il s'agit du dernier film muet de Charlie Chaplin, ainsi que du dernier film où il se présente sous les traits du personnage de Charlot.

SYNOPSIS DES TEMPS MODERNES
"Charlot est ouvrier et travaille à la chaîne dans une usine, où il resserre inlassablement les deux mêmes boulons sur les pièces détachées d’un produit non-identifié qui défilent devant lui sans interruption. Comme une guêpe lui fait perdre le rythme, c’est toute la chaîne qui se détraque. On le désigne comme cobaye pour tester une machine à faire manger les ouvriers automatiquement afin qu’ils n’aient plus besoin d’interrompre leur travail, même pour déjeuner.

Devenu fou, Charlot est atteint d’une sorte de danse de Saint-Guy et se met à asperger d’huile ses compagnons de travail, ainsi qu’à resserrer avec sa clé anglaise tout ce qui lui tombe sous la main, y compris les boutons sur le corsage d’une dame. On finit par l’hospitaliser. À sa sortie de l’hôpital, il ramasse par hasard un drapeau rouge tombé d’un camion. Aussitôt, des manifestants le prennent pour un meneur et lui emboîtent le pas.
Jeté en prison, il devient un détenu modèle et déjoue bien malgré lui une tentative d’évasion, ce qui lui vaut d’être gracié plus tôt que prévu. En dépit de ses protestations, il est donc libéré. Il vient en aide à une jeune fille (“la gamine”) dont le père a été tué au cours d’une manifestation syndicale. Échappant à la police, le couple rêve d’une vie paisible..."   CHAPLIN.COM


DÉVELOPPEMENT DU PROJET

Dès 1929, le monde connaît "la Grande Dépression", autrement dit "la grande crise économique des années 1930", suite au krach boursier du 24 octobre 1929 aux États-Unis. Après la puissante expansion des années 1920, c'est la plus importante dépression économique du XXème siècle. Elle est accompagnée d'une importante déflation et d'une explosion du chômage qui pousse les autorités à une profonde réforme des marchés financiers.
En 1932, de retour aux États-Unis après un tour du monde de seize mois, Charlie Chaplin est vivement préoccupé par les problèmes sociaux et économiques de son époque. L'augmentation du chômage coïncide avec le développement de la mécanisation industrielle ; ce qui l'amène à déclarer à un journaliste : "Le chômage, voilà la question essentielle. Les machines devraient faire le bien de l'humanité, au lieu de lui apporter tragédie et chômage".
Le cinéma est parlant depuis 1927 avec "Le chanteur de jazz" (The jazz singer) d'Alan Crosland. Chaplin envisage à son tour d'abandonner le muet pour le parlant, mais après plusieurs essais inconcluants, il n'utilisera que des effets sonores et musicaux, sauf pour le passage où Charlot chante dans une langue improbable. Ce sera la première fois que les spectateurs entendront la voix de Charlot... dans son ultime apparition.
Le tournage du film fut long, débutant le 11 octobre 1934, et finissant le 30 août 1935. Chaplin compose la musique du film lui-même, tout comme il l'avait déjà fait pour "Les lumières de la ville" en 1931.

ANECDOTES
La plupart du film a été tourné à "vitesse silencieuse" soit 18 images par seconde, ce qui, quand il est projeté à la « vitesse sonore » de 24 images par seconde, rend l'action encore plus frénétique. Des copies du film corrigent maintenant ce point.
La référence aux drogues lors de la séquence de la prison est très osée pour l'époque, étant donné que le code Hays, établi en 1930, interdisait toute forme de représentation et d'utilisation de drogues illégales dans les films. Charlie Chaplin avait pourtant déjà fait allusion à ces substances chimiques dans son court-métrage Charlot Policeman (1917).
Le réalisateur avait également imaginé une autre fin, plus triste et plus sentimentale pour Les Temps modernes. Pendant que Charlot était hospitalisé à la suite d'une dépression nerveuse, la gamine devenait nonne. Cette fin est tournée, mais Chaplin décide de trouver une conclusion plus positive.
A la sortie du film, la presse était plutôt partagé. Certains désapprouvaient cette tentative socio-politique, perçue par certain comme de la propagande communiste. "Les temps modernes" est même interdit de projection dans l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie à cause des prétendues origines juives et tendances supposées communistes de son créateur.
On peut dire que c'est à partir des "Temps modernes" que l'hostilité américaine envers le réalisateur s'est fait sentir.

 

Dasn ce décor multiple, nous rencontrons également la statue de cire de Paulette Goddard, l'actrice principale des "Temps modernes".

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En mai 1936, elle devient également la femme de Charlie Chaplin lors d'une croisière en Extrême-Orient pendant laquelle ils se marient secrètement à Canton. Elle a 26 ans, il en a 47.Un mariage secret qui ne fut pas sans conséquence pour la jeune actrice.
En 1938, le producteur David O. Selznick recherche sa Scarlett pour Autant en Emporte le Vent. Toutes les actrices veulent remporter le rôle. Paulette Goddard fait partie des actrices pressenties. Elle passe un bout d’essai, puis tourne deux scènes sous la direction de George Cukor. Selznick est séduit et l’envoie à La Nouvelle-Orléans pour travailler son accent du Sud. Le producteur s’est presque décidé à la choisir pour le rôle de Scarlett quand la rumeur se répand que Paulette Goddard et Charlie Chaplin ne sont pas mariés, et sans preuves irréfutables de leur acte de mariage, le rôle tant convoité lui échappe.
Malgré cette déconvenue, Paulette Goddard est à nouveau dirigé par son mari dans "Le dictateur" en 1939 pour le rôle d'Hannah (le même prénom que la mère de Chaplin), une jeune fille juive dont son personnage tombe amoureux. Mais le couple divorce en 1942 malgré un mariage heureux.
Quelques années, Cukor fera appel à elle pour interpréter le rôle de Miriam dans Femmes et deviendra l'une des plus grandes stars de la Paramount pendant dix ans.
Paulette Goddard meurt d'une crise cardiaque en 1990, mais c'est grâce à elle qu'a pu être fondée en 1995 le Remarque Institute, un centre de recherche sur l'histoire contemporaine de l'Europe et les rapports Europe-Amérique. Pour cela, elle avait préalablement fait un don de 20 millions de dollars aux personnes responsables.

Nous continuons à errer dans le musée. D'univers en univers. De surprise en surprise. C'est agréable. D'ailleurs, ça m'ennuie de dévoiler quelques-uns des secrets du musée, mais je ne dirai pas tout, je ne montrerai pas tout. Il faut s'y rendre. Certains trouveront le musée trop artificiel ("un décor de carton-pâte, pas toujours de très bon goût, où se mêlent la vie et l'œuvre du génial Charlot sans vraiment de cohérence." Le figaro), d'autres s'y réjouissent et replongent dans l'oeuvre immense de ce réalisateur-acteur-musicien-scénariste qu'était Charlie Chaplin. Un artiste qui a traversé un siècle marqué par des progrès considérable sdans divers domaines et qui en a témoigné à sa façon, avec ses idées, ses méthodes, son talent. C'est pas terrible ce que je viens d'écrire... Si j'y pense, je me relierai demain et je changerai quelques mots pour tourner une formule un peu moins naïve.

BREF : nous poursuivons notre visite, notre voyage, notre aventure... et nous arrivons dans une salle de montage.

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, salle de montage, pellicule (Suisse)

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, salle de montage, pellicule

Plusieurs installations sonores nous permettent de jouer avec les images du réalisateur pour nous amuser à les sonoriser. Un petit cours de montage est également donné pour expliquer la rigueur de Chaplin. Des morceaux de pellicules pendent ici et là sur les étagères.

 

Nous quittons la salle de montage pour nus rendre dans une pièce située sur la gauche. Dans celle-ci, une statue de cire de Charlie Chaplin trône devant un fauteuil de coiffeur. Il s'agit de la reconstitution d'une scène du Dictateur (The great Dictator), film réalisé en 1940.

LE DICTATEUR
THE GREAT DICTATOR
Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, le barbier


SYNOPSIS DU DICTATEUR
"En 1918, un humble soldat de Tomania devient amnésique après avoir sauvé la vie de Schultz, un aviateur. Enfermé dans un hôpital psychiatrique, il s'enfuit et regagne sa boutique de barbier, dans le ghetto juif. Il ignore tout des événements politiques et s'en prend à des gardes de Hynkel, le dictateur au pouvoir. Hannah, une voisine, le tire d'affaire. Devenu un personnage puissant, Schultz le protège de l'antisémitisme. Pendant ce temps, Hynkel, qui a besoin d'argent, menace les banquiers juifs de les persécuter et décide d'envahir l'Austerlich en s'alliant au dictateur de la Bactérie. Les deux despotes se rencontrent. Le barbier est finalement arrêté avec Schultz, mais il parvient à s'échapper du camp de concentration au moment où la Tomenia envahit l'Österlich. Finalement, les soldats confondent les deux personnages : Hynkel est arrêté comme fugitif tandis que le barbier pris pour le dictateur est contraint de prendre sa place et d'improviser un discours à la radio...."  TELERAMA

DÉVELOPPEMENT DU PROJET
Charlie Chaplin commence à écrire le scénario du Dictateur au milieu de l'année 1938 après la lecture d’un livre intitulé Les juifs vous observent dans lequel il est décrit comme un écœurant acrobate juif. En fréquentant des artistes, des intellectuels et des juifs à Los Angeles, Charlie Chaplin est au courant de la situation en Allemagne et se montre très concerné par le sort des juifs.Il abandonne donc son projet sur la réalisation d'un film sur Napoléon sur lequel il a travaillé toute l'année 1937.
Le 12 novembre 1938, une première ébauche du scénario, écrit en secret, est déposée au service des copyrights. Des rumeurs autour du sujet du film commencent à circuler dans la presse, entraînant des réactions négatives aussi bien en Allemagne qu’en Italie, relayées par le Département d’État Américain.
L'idée principale est de confondre par la ressemblance physique le personnage du barbier juif avec le personnage du dictateur Adenoïd Hinkel, caricature d'Hitler. De la confusion entre les deux naîtront divers "ressorts comiques". Charlie Chaplin écrit également quelques scènes pour des personnages proches du dictateur, comme Benzino Napoleoni. Pour cela, il étudie les actualités de l'époque qui lui permettent de paridier au mieux le style oratoire d'Hitler.
Le scénario évoque également la brutalité du régime nazi et la violence aveugle menée par les deux dictateurs.

Le tournage du film commence le 9 septembre 1939, soit huit jours après l'invasion de la Pologne par les Nazis et six jours après la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne et de la France à l'Allemagne. En cela, Charlie Chaplin a le mérite de s’être engagé contre Hitler bien avant le gouvernement des Etats-Unis. Il est le cri d'alarme d'un seul homme à une époque où les États-Unis pronait l'attentisme. Le réalisateur modifiera souvent le scénario en fonction des évènements historiques, notamment en incluant l'épisode de La nuit de cristal au cours du tournage.
Le tournage prend fin à l'automne 1940. Reste encore à tourner la scène du discours final. Au cours des six mois qui suivent, Charlie Chaplin travaille sur le texte de son grand discours et sur le montage du film.

Après quelques nouvelles prises dans le ghetto et plusieurs remontages, Le dictateur sort le 15 octobre 1940 aux États-Unis. Les critiques sont réservées. Même si les journalistes apprécient le travail du réalisateur, ils trouvent le film beaucoup trop engagé politiquement. C'est le cas pour le discours final qui dérange.
Mais plus tard, le film connaîtra un grand succès commercial, le plus grand succès commercial de Charlie Chaplin. Le dictateur contribua notamment à mobiliser l'opinion publique nord-américaine en faveur des démocraties européennes à une époque où seul le Royaume-Uni résistait à l'Allemagne nazie ; ce qui l'amena à avoir de mauvaises critiques à sa sortie américaine face à la réticence de l'opinion publique à une entrée en guerre du pays. Hollywood rechignait également à produire des films ouvertement anti-nazis par crainte de perdre le marché allemand.
Le Dictateur sera interdit en Allemagne jusqu'à la fin de la guerre, mais Hitler se le serait fait projeter deux fois en privé. Il ne sera finalement autorisé à être diffusé dans le pays qu'en 1958. Il fut également interdit de diffusion en Espagne jusqu'en 1976 ! En France, il ne fut diffuser qu'à partir d'avril 1945.
Plus tard, dans son autobiographie "Histoire de ma vie", parue en 1964, Charles Chaplin écrit :
"Si j'avais connu les réelles horreurs des camps de concentration allemands, je n'aurais jamais pu réaliser Le dictateur. Je n'aurais pas pu tourner en dérision la folie homicide des nazis."

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, le barbier (Suisse)       Jénorme à Chaplin's world, chez le barbier, Corsier-sur-Vevey

ANECDOTES
La question reste posée : est-ce qu'Hitler a "adopté" la moustache de Charlot pour devenir plus populaire ? Difficile de répondre, constatons seulement que Chaplin et Hitler sont nés à quatre jours de différence.
"Les traits de génie peuvent être aussi des traits d'ingéniosité, des bricolages pied de nez qui se rient des budgets trop serrés.
"Si l'un des grands studios avaient monté Le dictateur, il aurait utilisé 10 000 figurants pour écouter la harangue d'Hynkel", disait Chaplin. Lui, il en disposa 50, extatiques, au premier rang. Puis, derrière, une rangée de nains... À l'arrière plan, de petites silhouettes de bois, aux bras articulés, qui montaient et descendaient en signe d'acclamtion. Restait à représenter le fond de l'assemblée. Pour cela, Chaplin imagina de surimpressionner par la suite à l'image celle d'un plateau de pop-corn ! Une fois chauffées, les petites céréales sauteuses figuraient parfaitement des milliers de têtes humaines se hissant pour voir le dictateur, puis replogeant dans la foule."  Guillemette Olivier

Autre idée intéressante à remarquer dans ce film  -et que l'on peut rapprocher aux "Temps modernes"-  c'est la façon que l'homme a de tomber dans l'engrenage de la machine, symbole fort du XXème siècle. Dans "Les temps modernes", Charlot éprouve les limites de la mise sous contrôle des gestes que le travail à la chaîne impose comme modèle standardisé. Dans "Le dictateur", nous retrouvons un barbier dépassé par les machines de guerre. En somme, qu'elle soit civile, économique ou militaire, la société moderne se caractérise par sa déshumanisation et sa violence.

 

Nous quittons le salon du barbier pour entrer dans une nouvelle rue. De multiples vitrines, boutiques, commerces et services sont alignés dans une lumière toute en retenue. Et puisque nous parlons de lumière, nous rencontrons , assise sur une murette, la statue de cire de Virginia Cherrill, l'actrice du film "Les lumières de la ville" (City lights) en 1931.

LES LUMIÈRES DE LA VILLE
City Lights
Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, Virginia Cherill


SYNOPSIS DES LUMIÈRES DE LA VILLE
"Après une série de coups du sort, Charlie le vagabond rencontre une jeune fleuriste aveugle. La détresse et le charme de la jeune fille l'émeuvent. Il lui donne le peu d'argent qui lui reste en échange d'une fleur. La jeune fille le prend pour un riche promeneur ; il se garde bien de la détromper. Peu après, par le plus grand des hasards, il sauve la vie d'un millionnaire excentrique qui, sous l'effet de l'alcool, lui donne sa voiture ainsi qu'une grosse somme d'argent. Charlie peut enfin épater sa belle. Hélas pour lui, le millionnaire, une fois dégrisé, ne le reconnaît pas. Il ne reste plus à Charlie qu'à trouver un travail, si possible bien payé..." TELERAMA


DÉVELOPPEMENT DU PROJET
Il s'agit du film le plus long et le plus difficile à réaliser pour Chaplin. Deux ans et huit mois ont été nécessaires pour venir à bout du projet, dont près de 190 jours de tournage.
La première idée du film était de parler de la cécité, mais c'est Chaplin qui devait lui-même jouer le rôle d'un clown perdant la vue, mais qui s'efforce de le cacher à sa fille. Puis l'histoire s'est déplacée. Très vite, la cécité se porte sur une jeune femme qui, plus tard, retrouve la vue et découvre la réalité de la situation de l'homme qui l'aida. Charlie Chaplin avait à coeur de réussir cette ultime scène du scène. Avec le recul, dans son autobiographie, il avoue même :
"Je ne joue pas… Je m’excuse presque, je suis extérieur à moi-même et je regarde… C’est une scène belle, très belle, précisément parce qu’elle n’est pas surjouée."
Une autre scène mémorable et qui montre le talent, le génie et la créativité de Chaplin, est sans aucun doute celle de la première rencontre entre Charlot et la jeune femme aveugle. Film muet, le réalisateur réussit à installer un quiproquo en évoquant un son. La jeune femme a entendu une limousine se garer devant elle, elle croit avoir affaire à un millionnaire alors que Charlot n'a fait que traverser la luxueuse voiture pour parvenir devant elle. Il a fallu de mois à Chaplin pour imaginer, écrire et tourner la scène afin que le spectateur puisse en discerner tous les tenants et aboutissants.


ANECDOTE
Toujours pour la scène où Charlot rencontre la jeune aveugle, Charlie Chaplin a tourné 450 fois la même scène afin d'atteindre l’effet escompté.
"Elle faisait quelque chose qui n'était pas juste. Elle disait : "Une fleur, monsieur ?" Et moi, je pensais : personne ne prononce le mot fleur comme ça !" Charlie Chaplin
"C'est donc l'histoire d'un mot qui devient obsession, de jours en jours, de semaines en semaines, de mois en mois, jusqu'à rendre malade un réalisateur, qui avouera bien des années plus tard avoir "atteint un état de névrose dans sa quête de perfection". Aucune autre scène d'aucun autre film ne donna plus de fil à retordre à Chaplin que celle de la rencontre entre le vagabond et la fleuriste aveugle. Virginia Cherrill était débutante. Elle n'éprouvait pas de sympathie particulière pour le metteur en scène. Lui qui avait tant besoin d'être lié affectivement à son actrice principale ne ressentait rien non plus pour elle. Juste, au fil de centaines de prises, un agacement grandissant pour cette jeune première incapable de donner la bonne intention à une réplique... dans un film muet !
Ils avaient commencé à travailler la scène le 29 janvier 1929. Après maintes disputes, renoncements, tournage d'autres scènes en attendant, après que Chaplin ait même pensé un temps remplacer Virginia par Georgia Hale, le miracle, enfin, se produisit. C'était le 22 septembre 1930. Quelques jours auparavant, Charlie s'était enfermé avec elle dans sa loge pendant une bonne heure. La jeune femme en était ressortie les yeux mouillés mais comme apaisée. Que s'étaient-ils dit ? Mystère. Mais tout avait changé."
GUILLEMETTE OLIVIER

Pour la première du film aux États-Unis, Charles Chaplin fut rejoint par Albert Einstein en personne !
Les Lumières de la ville a été un succès mais Chaplin n'était pas certain de pouvoir réaliser un nouveau film sans dialogues. Il reste convaincu que le son ne marchera pas dans ses films. Il a également peur d'être démodé. En raison de ces incertitudes, le comédien choisit au début de l'année 1931 de prendre des vacances. Il s'arrête de tourner pendant 16 mois et visite l'Europe de l'Ouest dont la France et la Suisse, puis décide spontanément de se rendre dans l'Empire du Japon. La-bas, il est le témoin de l'incident du 15 mai 1932 durant lequel des officiers nationalistes tentèrent un coup d'État, assassinant le premier ministre du Japon Tsuyoshi Inukai. Le plan initial incluait notamment de tuer Charlie Chaplin afin de déclencher une guerre avec les États-Unis. Quand le premier ministre fut tué, son fils Takeru Inukai assistait à une compétition de sumo avec Charlie Chaplin, ce qui leur a probablement sauvé la vie. (...)
À son retour, Charlie Chaplin est à nouveau inspiré. Après avoir rencontré plusieurs personnalités influentes dans le monde, il s'intéresse de plus en plus aux questions internationales, économiques et politiques. C'est ainsi qu'il débutera l'écriture, puis le tournage des "Temps modernes".

scène du bout de boisJuste à côté de la statue de cire et de la murette, nous trouvons une reconstitution du lieu de la scène où Charlot "joue" avec une trappe dans un caniveau ; ce qui attire l'attention des badauds qui s'arrêtent pour le regarder sans trop comprendre pourquoi il s'obstine à ce point à faire passer le morceau de bois dans le caniveau. C'est une séquence très drôle et qui a la particularité d'avoir été coupée au montage pour Les Lumières de la ville. Chaplin la trouvait magnifique, mais trouva qu'elle n'avait pas sa place dans le film.

 

 

Juste au-dessus de la grille, éclairé derrière une vitrine, le costume de Charlot est mis en évidence.

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, costume de Charlot

Un petit écrit nous informe de l'idée du costume du vagabond et sa conception par Chaplin.
"Le 6 janvier 1914, Chaplin doit jouer le rôle d'un ivrogne flirtant avec Mabel Normand. On lui demande d'enfiler un costume comique et de se grimer. Dans la loge, il se saisit de l'immense pantalon de Roscoe "Fatty" Arbuckle, du veston serré de Charlie Avery, d'un chapeau melon appartenant au beau-père d'Arbuckle et de chaussures trop grandes pour lui.
"Je voulais que tout ne soit que contradiction",
écrira-t-il. À cette tenue, il ajoute une moustache et une canne. Charlot est né !
"Comme les vêtements m'avaient inspiré le personnage, j'ai décidé sur le champ de ne plus jamais m'en départir.".
Dans son autobiographie, Charlie Chaplin ajoute encore :
"Ce personnage a plusieurs facettes. C'est à la fois un vagabond, un gentleman, un poète, un rêveur, un esseulé, toujours épris de romanesque et d'aventure. Il voudrait vous faire croire qu'il est un savant, un musicien, un duc, un joueur de polo. Mais il ne dédaigne pas de ramasser les mégots ni de chiper son sucre d'orge à un bébé. Et, bien sûr, si l'occasion se présente, il flanquera volontiers un coup de pied dans le derrière d'une dame... mais uniquement s'il est furieux."
Immédiatement après ses débuts cinématographiques, Chaplin est devenu un phénomène culturel. Des produits dérivés associés au personnage de Charlot ont fait leur apparition. On retrouve également la silhouette du personnage dans diverses bandes dessinées, chansons et court-métrages d'animation. Cette popularité se déplaça même à l'étranger faisant de Chaplin la première star internationale de cinéma.
Nous avançons dans la rue en passant devant les différentes boutiques.

Jénorme HinkelUn magasin de chaussures dans lequel nous pouvons également essayé les différents costumes des personnages joués par Charlie Chaplin. Charlot ou encore Hynkel...

 

 

 

 

 

 

 

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, magazinesÀ côté, une petite librairie, marchand de presse.
Plusieurs ouvrages en démonstration avec des photos de Charlot en couverture pendant qu'un écran télé diffuse des images de ces court-métrages.

 

  

 

 

En face de ces devantures de boutiques, nous pouvons entrer, tour à tour, dans un restaurant, une banque, un poste de police, un horloger dont la devanture est surmontée d'une grosse horloge sur laquelle s'est accroché un Harold Lloyd en cire ; réplique célèbre à son film "Monte là-d'sus !" (Safety Last, 1923)

Le restaurant est une reconstitution de celui que nous pouvons voir dans le film "The immigrant" (1917). Des chaises vides et des tables sur lesquelles reposent des couverts et des menus.
Au départ, The immigrant ne devait comporter que la scène du restaurant. C’est en cours de tournage que Chaplin eut l’idée d’expliquer pourquoi le personnage joué par Edna Purviance se retrouvait sans le sou dans un restaurant.

the immigrantDans ce court-métrage  -qui était un des préféré de Chaplin-, nous découvrons une vision bouleversante de ces exilés en quête du rêve américain, regardant émerveillés la statue de la Liberté... avant d'être parqués derrière une corde comme des animaux.

 

 

 

 

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, l'émigrant, Eric Campbell

À l'entrée, nous sommes accueillis par une impressionnante statue de cire représentant l'acteur Eric Campbell.
Gabarit impressionnant, Campbell mesurait 1,96m. Chaplin a eu l'idée d'ajouter à son physique un maquillage particulier, composé de sourcils exagérés, de yeux charbonneux, un crâne rasé et une longue barbe maigrelette. Après avoir particpé à onze films de Chaplin, il est sur le point de devenir une star internationale lui aussi.


Maaaaais l'année 1917 lui sera malheureusement fatale avec une conjonction de malchances et de mauvaise rencontre.
Le 9 juillet 1917, sa femme décède d'une crise cardiaque après qu'il ait mangé ensemble dans un restaurant près de chez eux. Quelques jours plus tard alors qu'elle se rend dans un magasin pour acheter une robe de deuil, sa Fille Una, âgée de 16 ans, est blessée grièvement après s'être faite renversée par une voiture.
Le 16 septembre de la même année, Eric Campbell fait la connaissance de Pearl Gilman, une comédienne de vaudeville ayant la réputation d'être avide d'argent. Cinq jours plus tard, les deux comédiens se marient. Deux mois plus tard, Pearl Gilman demande le divorce en invoquant le comportement alcoolique de Campbell et son usage permanent de jurons et du blasphème.
Le 20 décembre 1917, il participe à une fête de Noël, mais en rentrant à Los Angeles en voiture complètement ivre, il percute une voiture de plein fouet à l'intersection de Wilshire Boulevard et Vermont Avenue. Il roulait à plus de 60 miles. Il est tué sur le coup, mais son corps massif reste plus de cinq heures dans l'épave du véhicule. Eric Campbell n'avait que 38 ans.
On pourrait se dire : "Bon ben, le pauvre, il est décédé, il ne peut plus rien lui arriver."
Eh bien, malheureusement non.
Après l'incinération de sa dépouille, ses cendres sont envoyées au cimetière de Rosedale, dans l'attente du règlement des funérailles. Mais la facture reste impayée et l'urne revient à la Handley Mortuary où elle reste enfermée dans un placard jusqu'à la fin de l'année 1938. Lorsque la morgue ferme, l'urne est renvoyée à Rosedale où elle séjourne dans un autre placard pendant treize ans. En 1952, un employé de bureau prend alors des dispositions pour que les cendres de Campbell soient inhumées. Malheureusement, l'employé bienveillant oublie d'enregistrer l'endroit. Personne ne sait aujourd'hui où se trouvent les cendres de l'acteur.

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, l'émigrant, Edna Purviance (Suisse)Au fond de la salle de restaurant, nous nous approchons de la statue de cire d'Edna Purviance, l'actrice principale de "The Immigrant".
Edna Purviance est née la même année que l'apparition du cinéma, le 21 octobre 1895. En huit ans, elle a joué dans 35 films avec Charlie Chaplin, de "Charlot fait la noce" à "L'opinion publique". Elle met fin à sa carrière d'actrice à 31 ans.

 

 

 

au restaurant

Dans la salle d'à côté, nous nous retrouvons dans un poste de police.

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, charlot policeman (Suisse)

Une scène et un décor tiré du court-métrage "Charlot policeman" (Easy Street, 1917).

Et puis, c'est la prison !
en prison

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, en prison (Suisse)      Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, les temps modernes avec Mira McKinney

Charlot et Mira McKinney qui boivent le thé sur un banc, rappelant une des scènes des "Temps modernes"
Sur leurs droites, une cellule rappelant celle du Kid. Des barreaux en caoutchouc qui se tordent nous permettent d'entrer, puis, en cherchant un peu, de trouver une porte secrète qui nous fait passer dans la salle des coffres pour rejoindre le guichet de la banque où se trouve Woody Allen.

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, à la banque (Suisse)       Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, Woody Allen (Suisse)

Et nous passons du guichet de la banque à la salle des trésors. Qu'est-ce que la salle des trésors ?
Une petite pièce très haute dont les murs ne sont que des coffres. Des dizaines de coffres. Certains sont ouverts pour nous laisser voir ce qu'il y a à l'intérieur. Petite porte blindée ouverte, vitre antichoc, casier éclairé. Les objets qui ont marqué la vie de Charlie Chaplin sont ici préservés. Nous y découvrons, au hasard des regards, les deux Oscar que Charlie Chaplin reçu ; un Oscar d'honneur en 1971 (ce fut le première fois qu'il revint aux États-Unis après en avoir été "expulsé" en 1952), l'autre pour la musique des "Feux de la rampe" en 1973. Ces deux Oscar encadrent le certificat d'anoblissement signé par la Reine Elisabeth II en 1975, disposé solennellement dans le casier. Un peu plus loin, voici le premier contrat holywoodien que l'artiste signa avec la Keystone le 25 septembre 1913. Il touchera alors à cette époque 150 dollars par semaine. Ici, le Lion d'Or qu'il obtena au Festival de Venise en 1972 pour l'ensemble de sa carrière. Une paire de chaussures, une canne et un melon. Une réplique de l'étoile portant son nom sur le fameux Walk of Fame de Los Angeles. Une étoile qui fut supprimée du trottoir en 1958 avant de réapparaître en 1972.

Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, salle des trophées, oscars (Suisse)      Corsier-sur-Vevey, Chaplin's world, le Studio, salle des trophées, premier contrat (Suisse)

Nous quittons la salle des coffres pour entrer dans la dernière pièce du Studio de Chaplin's World. Il s'agit de la reconstitution d'une scène des "Feux de la rampe" ("Limelight", 1952). Buster Keaton au piano, Claire Bloom et Charlie Chaplin en avant face au public.

Les feux de la rampe, chaplin's world 1       Les feux de la rampe, chaplin's world 3
Photos : Captures Youtube

C'est l'une des scènes marquantes du film : par son interprétation, par ce qu'elle traduit et pour la présence de deux monuments du cinéma muet que sont Chaplin et Keaton.
Cela me rappelle une "drôle d'anecdote" sur cet acteur américain surnommé "l'homme qui ne rit jamais" et qui a également marqué le cinéma avec des films comme "Le mécano de la générale", "The cameraman" ou "Sherlock junior".
"Le 1er février 1966, Buster Keaton meurt à 70 ans d'un cancer du poumon à Woodland Hills en Californie. La gravité de son état ne lui a jamais été expliquée et il pensait souffrir d'une simple bronchite. Quelques années auparavant, il avait installé dans son garage un train électrique assez long et, pour arrêter de fumer, sur les bons conseils d'Eleanor, sa femme, il posait sa cigarette dans un des petits wagons et ne prenait qu'une bouffée au passage du train, tous les quatre tours." 
WIKIPEDIA

SYNOPSIS DE LIMELIGHT
"Calvero, ancien clown célèbre qui connaît désormais des temps difficiles, rentre chez lui dans son état d’ébriété habituel.Il dessoûle bien vite en découvrant que sa voisine, la jeune danseuse Terry, vient d’essayer de se suicider au gaz. Comme il la transporte dans son petit meublé pour s’occuper d’elle, il apprend que Terry est convaincue de ne plus jamais pouvoir danser ni même marcher à cause d’une maladie dont elle se croit atteinte. Calvero est déterminé à lui faire reprendre espoir, et en s’efforçant de lui remonter le moral, il se met lui-même à éprouver un regain d’optimisme.Pendant que ses propres tentatives de retour à la scène s’avèrent décourageantes, la carrière de Terry prend son envol et elle devient bientôt danseuse étoile du ballet du théâtre de l’Empire. Calvero se rend compte que l’amour dévoué que lui porte Terry est illusoire et entrave ses véritables sentiments à l’égard d’un jeune compositeur, Neville. Il décide donc de disparaître de sa vie. (...)" CHARLIE CHAPLIN.COM

Pour la première fois, Charlie Chaplin joue la mort, mais pas seulement la mort de son personnage Calvero, la sienne également. Le temps et la cruauté du temps sont les personnages principaux de son film.
On pourrait se poser la question : "Mais pourquoi terminer la visite par ce film et non pas par "La comtesse de Honk-Kong" dernier film réalisé par Chaplin en 1967 ?"
C'est en se rendant en Angleterre en septembre 1952 pour présenter en avant-première "Les feux de la rampe" que Charlie Chaplin apprend que les Etats-Unis ont résilié son visa de retour. Dès lors, il décide de rester en Europe.
Soupçonné à tort de sympathiser avec les communistes, il est victime de la chasse aux sorcières menée par Joseph MacCarthy. À la recherche d’une nouvelle adresse en Europe, la famille Chaplin visite la Suisse. Séduit par le paysage, la tranquillité et la fiscalité, le cinéaste fait l’acquisition du manoir de Ban, alors en vente, pour la somme de 100 000 dollars, le 31 décembre 1952.
"Les feux de la rampe" est son dernier film américain.
"En tournant Limelight, il fait revivre un monde disparu. Ce film est l'évocation d'un rêve, mais il traduit aussi l'une des angoisses récentes de Chaplin : celle de perdre contact avec le public. Après trente ans de succès en abandonnant le rôle de Charlot dans Monsier Verdoux  -son film le plus osé-  , il avait connu son premier échec auprès du public. Les réactions violentes suscitées par Monsieur Verdoux coïncident avec les débuts de la Guerre Froide. Chaplin devient la cible la plus célèbre parmi les gens d'Hollywood de la croisade anti-communiste. Et pourtant, Limelight n'a rien d'un film politique..."  CHARLIE CHAPLIN OFFICIAL

"Charlot, le mythe vivant, celui dont le nom évoque dans le monde entier une silhouette plus connue que celle de Mickey, quitte son pays d'adoption comme un voleur. Qu'a-t-il bien pu se passer en quarante ans, entre ce 17 septembre 1952 et ce 10 octobre 1912 où il arrivait dans le port de New York avec la troupe musicale de Fred Karno, dans les secondes classes d'un bateau bien plus modeste que le superbe paquebot Queen Elysabeth sur lequel il embarque pour ne plus revenir..." JOEL MAGNY

 

Nous quittons cette dernière salle pour emprunter un escalier nous faisant à la surface. Un bref passage dans la boutique, puis nous sortons du musée. fin de la visite qui aura duré un peu plus de 3h00. Plaisante, originale, captivante, instructive, étonnante... Elle donne envie de revoir tous les films de Charlie Chaplin cet artiste qui a traversé un des siècles les plus troublés de notre histoire... peut être. Les guerres mondiales, les crises économiques et politiques, les inventions, les modernisations, les évolutions...

Nous regagnons la voiture.
Avant de retourner à Sallanches, nous ne pouvons quitter Corsier-sur-Vevey sans faire un passage au petit cimetière de la ville. C'est ici que reposent et Oona Chaplin.

Corsier-sur-Vevey, tombes de Oona et Charles Chaplin

Corsier-sur-Vevey, tombe de Charles Chaplin    Corsier-sur-Vevey, tombe de Charles Chaplin (Suisse)

Corsier-sur-Vevey, tombes de Oona et Charles Chaplin (Suisse)

Charlie Chaplin est décédé le 25 décembre 1977, jour de Noël. Il est inhumé deux jours plus tard. La cérémonie est retransmise dans le monde entier, suivie par des millions de téléspectateurs.
Deux mois plus tard, le matin du 2 mars 1978, la tombe est retrouvée ouverte. Le cercueil a disparu. Les hypothèses les plus folles circulent : vengeance de néonazis, action antisémite, admirateurs fanatiques, anticommunistes, nationalistes anglais désireux de voir le corps de Chaplin reposer sur ses terres natales,... ? Non, rien de tout cela. Ce sont en fait deux mécaniciens pauvres et immigrés ; un Polonais, Roman Wardas, et un Bulgare, Gantcho Ganev, qui ont fait le "coup".

Chaplin voléIls ont kidnappé le corps pour demander une rançon de 600 000 francs suisses (soit 2 millions d'euros actuels) à la famille du réalisateur afin d'ouvrir ensuite un garage. Mais l'opération échoue. Malgré les menaces, les photos et les multiples appels, Oona Chaplin ne cède pas. Géraldine Chaplin prend alors le relai de sa mère pour parlementer avec les ravisseurs qui acceptent de diviser la rançon par 4 (?). Les appels téléphoniques se succèdent, ce qui laisse le temps à la police de localiser la ville des malfrats. Il s'agit de Lausanne. Un accord est établi par Wardas qui fixe le jour et l'heure où il appellera pour les modalités de paiement. Le 16 mai 1978, à 9h30, il se rend dans une cabine téléphonique de Lausanne pour passer l'ultime appel. Mais la cabine téléphonique en question faisait parti des 240 que la police avait mis sous surveillance. Wardas est arrêté après avoir raccroché le combiné. Il dénonce son complice. Le cercueil est restitué à la famille qui le ré-enterre six jours plus tard sous une dalle de béton de deux mètres d'épaisseur.
En 2015, le réalisateur français Xavier Beauvois adapte ce fait divers dans un film "La rançon de la gloire" avec Roxhdy Zem et Benoit Peolvoorde dans le rôle des deux malfrats.

 

 

Nous quittons le cimetière, puis nous rejoignons les bords du lac Leman pour rentrer sur Sallanches en passant par Genève.