Alors, ne nous méprenons pas il s'agit bien du Conquet... Enfin, de la ville de Le Conquet... Enfin de... Oh et pis merde !
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

 

Je ne sais pas s'il faut dire : "Nous allons au Conquet" ou "Nous allons à Le Conquet" ou "Nous allons en Conquet". Eh oui, non, mais c'est important, il ne faut pas dire n'importe quoi.
Par exemple, tu vas en Avignon, et non à Avignon sinon ça fait un hiatus "A a" qui n'est pas très beau alors qu'"en a", c'est mieux.
Par contre, on habite ou on va à Angers et non en Angers bien que ce soit en Anjou et non à Anjou.
De même pour plus de compréhension orale, on ne dit "Va-y !", mais 'Vas-y".
Ces jeux sur les mots, ces pseudo règles d'orthographe et de diction avec ces noms qui se rejoignent ou non me font penser au fameux poème du Professeur Rollin, "Vertiges". Petite révision.

 

Bon, du coup, on en était où nous la dernière fois là ? De Carantec à Brigognan-Plages.
Côte des Légendes, Brignogan-Plages, Hôtel de la Mer, Cognac, plage de Pors-Pol. OK !

Aah, la Côte des Légendes. Ça fait rêver non ? À quoi s'attend-on quand nous entendons une telle dénomination ? 
Peut être à entendre des récits incroyables sur des fées, des licornes, des superhéros. Ou peut être rencontrer de ces créatures légendaires, tels que le Cheval Mallet, la Tarasque, la Ganipote, le Drac, le Warabouc,... Ou encore, je ne sais pas moi, des gens qui auraient gagné des milliards à l'Euromillion et qui auraient donné tout cet argent à un pays africain afin qu'il efface sa dette auprès des Nations Unis? Ou encore une de ces histoires de rencontre amoureuse furtive qui donna ensuite naissance à un nom de lieu au charme troublant d'un épisode dramatique ? On peut penser à la légende de l'Hortus (vers Montpellier), de la Chambre d'Amour (à Anglet), ou encore la Côte des Deux amants non loin du village d'Amfreville-sous-les-Monts. Ainsi, si tu te rends à (et non en) Amfreville-sous-les-Monts, peut être entendras-tu cette légende évoquant la tragique histoire d'Edmond et de sa bien-aimée.

"La Côte des Deux Amants tient son nom d'une légende  dont l'histoire remonte au VIIIème siècle. À l'époque, Edmond, jeune écuyer du baron Rulphe de Pont-Saint-Pierre, tombe éperdument amoureux de la fille de son maître, la belle Caliste.
Au cours d'une partie de chasse, la jeune femme est soudainement attaquée par un sanglier qui surgit d'un taillis de fougères. Edmond accourt alors et sauve Caliste d'une mort certaine. De ce jour, nait entre eux un doux sentiment d'amour. Edmond ose demander la main de sa bien-aimée. Le seigneur y consent à une condition : qu'il gravisse le mont escarpé en portant celle qu'il aime.
Acceptant cette épreuve si dure, il gravit ce mont si rocailleux avec son doux fardeau. Il y parvient, mais arrivé au sommet, il succombe à l'effort. Caliste, voyant son prétendant trépasser, maudit la cruauté de son père et se jette dans le vide par désespoir. Ruphe, alors attendri par le geste que venait d'accomplir Edmond pour obtenir la main de sa belle, fait alors élever au sommet de la côte un prieuré.
Du nom des Deux-Amants, cet édifice, construit là même où les amoureux ont péri, est aujourd'hui toujours visible."

Étonnant, non ? Qu'est-ce que c'est que ces défis à la con de porter la femme que l'on aime jusqu'au sommet d'une montagne ? De nos jours, cela ne se ferait pas ! On l'inviterait au restaurant, on l'emmènerait en voyage, on repasserait ses robes, on... on... tout ça quoi !


ALLEZ : Revenons à la Bretagne
, et à cette Côte des Légendes qu'il ne faut pas confondre avec la Côte des Rumeurs, hein ! On n'est pas dans la salle d'attente d'un médecin à lire des magazines Voici, Gala ou je-sais-pas-quoi. Tiens, en parlant de rumeur, tu savais que si tu tapes ton code de carte bancaire à l'envers, cela permet d'appeler la police en cas de vol de celle-ci ? Hein ? Bon, OK, j'arrête.

ALLEZ : Revenons à la Bretagne !
Ici où nous errons dans "le pays Pagan, où l'impétuosité des vents mêle la terre et la mer en une fantastique confusion, sous l'oeil amusé des récifs meurtriers, des pilleurs d'épaves et des monstres pétrifiés." (Bénédicte Morant)
C'est peut être là l'origine du nom de Côte des Légendes ; ces récits qui se nourrissent du passage d'hommes au vécu instable et mystérieux.
Longtemps, l'ensemble du Pays Pagan a eu la réputation, probablement exagérée, de n'être habité que par des naufrageurs. Un auteur non précisé écrit par exemple en 1901 :
"Pendant plusieurs siècles et jusqu'à ce que Louis XIV réprimât leurs sinistres exploits, Lannilis, Kerlouan, Guissény, Kertugal [Pontusval], Plounéour et bien d'autres lieux ne furent que des repaires de naufrageurs. Tous les hommes y étaient associés pour conspirer la perte d'autres hommes. (...) Les habitants étaient plus à craindre que les écueils parmi lesquels, le couteau au poing, ils guettaient les épaves et les naufragés."

Nous quittons l'Hôtel de la Mer, un bien bel endroit reclus et tranquille. La route que nous suivons en longeant la côte n'a pas vraiment de nom, mais elle nous invite à traverser Kerlouan,une commune assez répandue des terres à la côte. Les nombreux rochers qui parsèment le finage de Kerlouan étaient d'anciens îlots rocheux en raison de la remontée du niveau de la mer lors de la transgression flandrienne. Selon une légende connue sous le nom Les danseurs maudits, les pierres disséminées dans la lande à Kerlouan étaient des jeunes gens et des jeunes filles changés en roches pour avoir voulu faire danser avec eux un prêtre qui portait les sacrements à un malade.
Sur cette côte se trouve également l'intrigant village de Meneham, haut lieu touristique breton.

MENEHAM
Meneham, le village (29)

Je ne sais pas d'ailleurs si nous pouvons parler de village. Bon, ce n'est pas vraiment habité. Il y a surtout des commerces. Ce n'est pas  non plus un parc d'attractions.
Approchons-nous alors un peu et instruisons-nous.

"Entouré de dunes, tapi entre d'énormes rochers ronds qui dominent la plage au sud-ouest de Beg Pol,, l'ancien hameau de pêcheurs de Ménéham... qui se dit aussi pour respecter la graphie bretonne, Menez Ham) a perdu dans les années 1950 ses tout derniers habitants. Heureusement une association s'emploie aujourd'hui à relever ces superbes chaumières basses, aux murs épais percés d'ouvertures parcimonieuses. Bêtes et hommes, à l'abri des lits clos, y dormaient ensemble autrefois dans l'unique pièce au sol de terre battue..." ÉDITIONS ATLAS

De cet ancien village de pêcheurs, il ne reste plus que deux chaumières habitées, les autres ont été aménagées en maison de site, auberge, artisans d'art et gîte. De 2004 à 2008, le département a décidé de rénover le lieu pour en faire un village-musée permettant aux visiteurs d'entrer librement le village et connaître la vie autrefois des habitants en bord de mer. L'aménagement sommaire des maisons, leur disposition sur le sol sableux et les rafales de vent circulant entre ls murets de pierres sèches surprennent.
Dissimulé entre deux blocs de granit, on remarque surtout le petit corps de garde qui permettait aux douaniers d'assurer la surveillance de ces côtes où sévissaient pirates et contrebandiers.

Meneham, poste de garde (29)

C'est le seul bâtiment du village reconstitué qui est tourné vers la mer. C'est également le premier édifice construit à Meneham, mais nous ignorons sa date de construction ; peut être vers 1756, date à laquelle le Duc d’Aiguillon, alors commandant en chef de la Province de Bretagne, avait ordonné la construction d'un grand nombre de corps de garde sur le littoral breton.
Ce corps de garde a reçu des miliciens, puis des douaniers, et seront hébergés dans la caserne jusqu'en 1860. C'est à la même époque que l'on voit la construction de petites maisons aux toits de chaume avec peu d’ouvertures. Elles étaient louées à des familles de paysans. Petit à petit, vers la fin du XIXème siècle, le village s’agrandit jusqu'en 1977, date à laquelle la chaumière ferme ses portes. Petit à petit, le village s'est alors vidé et les bâtiments sont tombés en ruines jusqu'à ce qu'au début des années 2000 soit décidée la rénovation des lieux.

Meneham, poste de garde, rochers et mer (29)              Meneham, poste de garde

"Les conditions de vie au village restent difficiles. La proximité de la mer, la rudesse du sol et les tempêtes hivernales, ne facilitent pas la vie de ses habitants, une vie rythmée par le travail de la terre : préparation et amendement, plantations, entretiens, récoltes. Cette activité ne permettant pas de subvenir aux besoins, les habitants se tournent tout naturellement vers la pêche côtière et la récolte du goémon. Les produits de la pêche, essentiellement des crustacés, étaient revendus aux mareyeurs. Quant à la récolte du goémon, elle nécessitait plus de travail et de bras. Tous les membres de la famille prenaient part au ramassage des différentes variétés, au séchage, à la mise en tas puis au brûlage afin d’obtenir des pains de soude, ensuite amenés dans une usine de traitement à Plouescat. La vie à Meneham n’était certes pas facile, mais était ponctuée de moments de fêtes, notamment lors des fameuses fêtes Pagan."   WIKIPEDIA

Meneham, Nanie et poste de garde              Meneham, poste de garde et panorama

C'est de l'ancien poste de garde que nous comprenons mieux les propos de Bénédicte Morant sur la Côte des Légendes. La vue est magnifique.

Meneham, côtes Ouest (29)
Nous descendons vers la plage, mélange de sable blanc et de rochers aux formes étranges.

Meneham, bateaux et rochers (29)

Meneham, mer et rochers (29)             Meneham, plage et rochers (29)

Et puis un objet étrange mais conçu par l'homme : le four à goémont.

Meneham, fours à goémonEn fait, ce que nous voyons là est la fruit de la récolte de goémon. Le four, lui, situé juste à côté et que j'ai oublié de prendre en photo, se présente comme une tranchée de forme trapézoïdale, de 7 à 10 mètres de long et de 60 à 80 cm de large. Les parois et le fond sont tapissés de pierres plates assemblées avec de la glaise. Ces pierres sont isolées de la terre par une couche de galets qui laisse passer l'air. Une fois séché, le goémon était reconstitué en meulon près du four. Après le brûlage, chaque compartiment recueillait un bloc de soude d'environ 50 kg qui était vendu aux usines de produits chimiques (la soude, l'iode, les sels de potasse servaient notamment à l'industrie chimique, pharmaceutique et à la verrerie).


C'est sur cet bel objet que nous quittons les lieux pour reprendre la route. Direction Guisseny, puis la route de Penn an Dig, traversée l'étang du Curnic par une sorte de mini isthme avec d'un côté l'eau et de l'autre un épais mur de pierre sèches qui ne nous permet pas de voir le Porz Olier. Sur la carte, cela paraissait attirant et original, mais une fois sur place, on s'en fout un peu.
C'est sûr : ce lieu n'a rien à voir avec l'isthme de Courande sur lequel nous avions roulé avec Maître Arnaud pour nous échapper de la Russie et rejoindre la Lituanie.

isthme bretagne               isthme russie
Cartes : Google maps

Un voyage sur lequel nous reviendrons dans peu de temps. En attendant, tu peux toujours aller lire quelques brides ICI ou encore ICI, voire aussi PAR LÀ !

Après avoir emprunté la route de Penn an Dig -qui comme son nom l'indique finalement est plutôt une digue-, nous rejoignons la D52, puis la D10 pour traverser Plouguerneau. Nous allons marquer une petite pause ici.

PLOUGUERNEAU
Plouguerneau, rond-point (29)

Ville charmante bien connue pour son rond-point Rocco Siffredi.
Non, bon, bien sûr que non ! C'est un rond-point avec un phare dessus ; phare censé sans doute nous rappeler que Plouguerneau bénéficie d'une belle vue sur le phare de l'Île Vierge. Et c'est pour le voir  -même de loin-  que nous sommes venus ici.
Pour se faire, il faut suivre la D71. J'aime bien citer des noms de route. Y'en a qui préfère citer des poètes, des écrivains, des philosophes ou des humoristes. Moi, j'aime bien citer des noms de route.
La D71 nous mène donc sur la côte qui est, rappelons-le : la Côte des Légendes.

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Nous longeons une petite baie avec un beau sable blanc en guise de plage ; ou l'inverse. Et puis, la D71 se termine. Impossible d'aller plus loin. Un embarcadère est là pour nous rappeler qu'il est possible de se rendre sur l'Île Vierge, mais pas aujourd'hui.
Nous nous garons sur le parking du bout-du-monde, situé sur la Pointe de Kastell Ac'h. Ach, schön !
Nous sortons de la voiture pour aller apprécier la vue sur le phare, mais un gros truc en granit s'est mis devant nous.

Plouguerneau, statue Victor Hugo

Non, il ne s'agit pas d'un menhir, ni d'une statue de Rocco Siffredi... Arrétons avec Rocco maintenant !... C'est là une statue représentant Victor Hugo, "L'homme qui marche" réalisée par René Coutelle en 1992.
Alors, bien sûr, tout de suite, la question que nous nous posons : pourquoi Victor Hugo ?
Eh bien, je n'ai pas trouvé de réponse.
On pourrait penser que Plouguerneau fait face à l'île de Guernesey, là où l'écrivain-poète-prosateur-dessinateur a passé plus de quinze ans après avoir été banni de France suite au coup d’état de Napoléon III du 2 décembre 1851.
C'est à Guernesey qu'il a notamment écrit quelques-uns de ses plus grands chefs-d'oeuvre, comme Les Misérables, Les travailleurs de la mer, L'homme qui rit, La Légende des Siècles, Le Théâtre en liberté... Mais non ! Puisque Guernesey se trouve au nord de Saint Malo, voire Saint-Brieuc ; mais pas Plouguerneau.
Disons alors que cette statue contemple la Manche, cette mer dont il sera entouré pendant toutes ces années. De plus, cette oeuvre a été réalisée dans le cadre d’un des trois symposiums de sculpture sur granit organisé à l’initiative de François Breton, artiste sculpteur. L’édition de 1992 rend hommage aux "travailleurs de la mer". "Travailleurs de la Mer", Victor Hugo, voilà !

Profitons-en pour lire le résumé de ce roman qui n'en est pas vraiment un.
"Mess Lethierry est propriétaire de La Durande, un steamer échoué sur un écueil par la machination criminelle de son capitaine, le sieur Clubin. Fou de rage à l'idée que le moteur révolutionnaire de son steamer soit définitivement perdu, Lethierry promet de donner la main de sa nièce Déruchette à celui qui récupérera la machine de l'épave coincée entre les deux rochers de l'écueil Douvres au large de Guernesey. Gilliatt, pêcheur aussi robuste que rêveur, mais surtout épris de Déruchette, accepte le défi. Après maintes péripéties, notamment sa lutte contre les éléments et la pieuvre, Gilliatt réussit sa mission, mais s'aperçoit à son retour que Déruchette s'est éprise en son absence du jeune pasteur Ebenezer, et que celui-ci l'aime en retour. Gilliatt se sacrifie et s'efface pour le bonheur de Déruchette. Après avoir aidé les jeunes gens à se marier en cachette et à embarquer à bord du sloop Cashmere, et alors que commence le flot de la marée montante, Gilliatt va s’asseoir dans un siège naturel creusé dans le roc du rivage, la « Chaise Gild-Holm-'Ur », où il se laisse submerger par la mer tout en regardant s'éloigner le navire qui emporte les nouveaux mariés."  WIKIPEDIA

Mais revenons à Plouguerneau. Si nous nous décalons un peu devant ce gros bloc de granit, nous pouvons enfin apercevoir le légendaire phare de l'Île Vierge.

Plouguerneau, statue Victor Hugo et île Vierge

 

Alors, que se passe-t-il avec ce phare ?

PHARE DE L'ÎLE VIERGE
Île Vierge, phare

Bon, comme tu t'en doutes, l'ïle Vierge, ce n'est pas le petit bout de rocher sombre qui se trouve devant le phare ; même si cette mini île semble plus vierge que l'Île Vierge qui se trouve juste derrière.
La superficie de l'île est de six hectares. Certains hypothèsent qu'elle était un ancien sanctuaire druidique avant que les frères mineurs Cordeliers de l'Observance n'y fondent un couvent au XVème siècle. Mais devant la stérilité de la terre et les conditions de vie difficiles même pour des mystiques, l'ordre se divisa en trois groupes et quitta définitivement l'île Vierge en 1509. Le nom de l'île viendrait d'ailleurs de la chapelle du couvent dédiée à la Vierge Marie.
L'île servira ensuite de point de défense de la côte, puis sera rachetée en 1844 par l'Etat.

Île Vierge, phare et bateaux (29)

Cela n'en a peut être pas l'air, mais le phare de l'île Vierge est le plus haut d'Europe et l'un des plus haut du monde. Il est positionné à 1,5 kilomètre de la côte, délimitant la partie orientale entre la Manche et la mer d'Iroise.

Île Vierge, phare et bateauxUn premier phare fut construit entre 1842 et 1845 pour être allumé le 15 août 1845. Mais celui-ci est très vite jugé obsolète car de portée insuffisante au regard de l’importance du trafic maritime à l’entrée de la Manche.
La construction d'un second phare est alors décidée.

Érigé de 1897 à 1902, le phare de l'île Vierge est effectivement le plus haut phare en pierre de taille du monde avec une hauteur de 82,5 mètres. Il est allumé pour la première fois le 1er mars 1902 et son feu balaie ainsi tout le nord du Finistère à 52 kilomètres à la ronde. 397 marches permettent d'accéder à son sommet en déambulant dans un intérieur tapissé de 12500 carreaux d'opaline bleu azur provenant des usines Saint-Gobain. Ces marches sont uniques et faites sur mesure. Électrifié en 1956, il a été classé monument historique en 2011, quelques mois après la dernière relève des gardiens qui eut lieu le vendredi 29 octobre 2010. Aujourd'hui totalement automatisé, le phare se visite.

Mais pour se faire, il faut prendre une navette qui fait également le tour des abers et nous n'avons pas trop le temps. De toute façon, à cette époque de l'année, l'embarcadère a l'air fermé. L'autre solution aurait été de se rendre sur l'île Vierge à pied, mais cela n'est possible que lors des grandes marées.

DONC nous repartons !

Nous quittons Victor Hugo, le panorama sur l'île Vierge et Saint-Cava pour longer à présent la Côte des Abers.

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Ah, ça marche moins bien. Pour comprendre ce qu'est un aber, regardons la carte.

Sans titre

Tout d'abord, sache que Aber se prononce Abère, et non Abbé ou Abba pour les Allemands puisque Aber en germanique veut dire Mais.
Exemple : Donald Trump ist ein Betrüger, aber er ist Präsident der Vereinigten Staaten ; ce qui veut dire "Donald Trump est con, aber il est Président des États-Unis."
Eh oui, on a le président qu'on mérite aussi. Il me font marrer les Ricains. C'est pas moi qui suis allé voté pour lui il y a un an... Ah pardon, apparemment, Donald TRump vient de m'envoyer un tweet.

Trump tweet

OK, très bien.
Bon, et les Abers dans tout ça ? Est-ce que nous pouvons entrer dans plus de précisions ? Oui, d'accord, on y va.

Un aber, mot d'origine celtique, signifie estuaire, havre, embouchure. Il désigne la partie d'un fleuve dont la vallée a été envoyée par une transgression marine. En d'autres termes, c'est une avancée de la mer dans les terres sous la forme d'une baie étroite, allongée et relativement profonde. On parle également de petites rivières dont les vallées ont été ennoyées par un relèvement récent du niveau de la mer. Dans cette partie de la Bretagne où la Manche rencontre l'Océan Atlantique, la mer a creusé trois profondes rides ayant pour nom l'Aber Wrac'h, l'Aber Benoit et l'Aber Ildut. Ils sont caractéristiques de ces estuaires bretons où la mer remonte loin en amont dans les terres. Ponctués de nombreux anciens moulins et de parcs ostréicoles, ils débouchent sur une mer truffée d'îlots et de rochers barrant l'horizon. Pour comprendre sa présence et sa géologie, un peu historique s'impose.

À l'époque de la remontée des eaux  -12 à 15000 ans avant notre ère-, les mers se sont engouffrés dans les vallées glacières, taillant sur leurs bords des parois rocheuses abruptes et très accidentées. Les abers  -tout comme les calanques en Méditerranée, les rias bretonnes et les fjords du Nord de l'Europe-  sont nés de ce bouleversement topographique. Déterminés par la structure de leur socle gneissique (roche métamorphique constituée de mica, de quartz et de feldspath), les abers illustrent parfaitement cet héritage. Les flancs de leurs lits encaissés sont sculptés par les eaux salées, qui viennent, aux rythmes des marées, lécher les surfaces érodées.
Malgré leur intrusion intempestive, les vagues, habituées à la liberté du grand large, ont tôt fait de s'évader de cette prison de rochers. Elles ne laissent alors derrière elles qu'un maigre filet qui serpente au milieu d'une grande rivière sablonneuse.


La première de ces langues aquatiques que nous longeons est l'Aber Wrac'h.

L'ABER WRAC'H
Aber Wrac'h, panorama (29)

"L'heure préférée des marins est celle qui précède l'obscurité. Quand le ciel pâlit après les longues heures de veille et donne chair aux bruits de la nuit. Ici, à l'Aber Wrac'h, ce moment béni repeint d'un coup tout l'estuaire en or, faisant rougir les visages et chanter les cuivres... Dans cet embrasement, on comprend pourquoi les anciens ont voué l'évanescence ria au petit peuple des fées. Depuis le port très calme où l'on a jeté l'ancre, on devine à présent l'encoche salée qui tranche les bocages. On distingue les oiseaux qui piaillent et gargouillent depuis longtemps en guettant leur pitance dans le bouillonnement de la marée." BALADE EN BRETAGNE

Le plus vaste et le plus long de ce trio. Une douzaine de kilomètres sépare l'embouchure de son estuaire à Diouris, lieu le plus éloigné que l'on puisse remonter à bateau.
En s'engouffrant dans l'Aber Wrac'h en bateau, on découvre des rives boisées d'où émergent des cabanons colorés, de modestes maisons de granite, voire un manoir comme celui de Lesmel (XVème siècle) ou le château de Kerouartz (XVIIème siècle).

"L'Aber Wrac'h devint ensuite le port de relâche des flottes commerçantes hollandaises et britanniques. Aguichés par tant de richesse, quelques habitants du 'havre des fées' auraient alors suivi de mauvais penchants : installés sur les dunes de Sainte Marguerite, aujourd'hui zone naturelle protégée, les naufragés auraient pris l'habitude d'allumer des feux pour amener les bateaux à la côte. Le 'droit de bris', cette loi autorisant l'appropriation des marchandises échouées sur la grève, faisait alors la fortune des redoutés Pagans." BALADES EN BRETAGNE

Aber Wrac'h, panoramaLong d'une douzaine de kilomètres, l'Aber Wrac'h pénètre dans les terres en prenant des allures de fjord. Très apprécié des plaisanciers, c'est aussi un port de pêche et une petite station balnéaire. Douze kilomètres de forêt et de roselières, de chapelles moussues et de légendes. Avant de devenir mince cours d'eau et s'enfuir sillonner les terres vers Ploudaniel, il passe à Lannilis, sous le pont Krac'h, l'un des plus vieux pont d'Europe, cloturant l'Aber Wrac'h depuis l'âge de Fer. Selon la légende, le pont Krac'h, également appelé Pont du Diable, est la conséquence d'un accord entre un meunier fatigué de devoir remonter l'aber pour livrer ses sacs de farine et le diable. Ce dernier proposa au meunier de lui construire un pont de pierre reliant les deux rives, à condition qu'il récupère l'âme du premier usager du pont. Le meunier fit traverser l'édifice par un chat... Des légendes, des croyances qui rappellent l'attachement de la région à certaines dévotions. Les menhirs, les croix et les chapelles sont si nombreuses qu'il est difficile de toutes les visiter. 140 croix et 12 clochers se dispersent sur le seul territoire de Plougerneau tandis que huit chapelles, une cinquantaine de croix et des calvaires parsèment les rives de Landeda et Lannilis.

 

Une fois arrivés à l'embouchure de l'Aber Wrac'h, nous faisons demi-tour, non sans avoir vu de loin les belles plages et dunes de sable fin de Sainte-Marguerite, protégées par le Conservatoire du Littoral.

Kervigorn, plage, bateaux et fleurs (29)

Oui, c'est vrai, je suis d'accord : d'ici, on ne les voit pas très bien, mais cela reste un paysage très tranquille tout de même !

 

Nous rebroussons chemin pour revenir sur Lannilis plutôt que d'aller nous perdre dans les dédales des ruelles et impasses aux noms compliqués de ces quartiers jouxtant les semi-falaises du prochain aber.
Perchée sur une éminence verdoyante entre les deux abers de Wrac'h et Benoit, la commune comptait autrefois jusqu'à 17 chapelles, presque toute disparues aujourd'hui. Parmi les rescapées, la chapelle Saint-Sébastien, rebâties en 1820, et tout près de la fontaine sacrée de Notre-Dame-de-Troberou, datant du XVIème siècle.

Lannilis, chapelle (29)           Lannilis, chapelle, croix (29)

Quelques deux kilomètres et 700 mètres plus loin, nous arrivons au petit village de Tréglonou. Pas grand chose à dire, si ce n'est que le nom nous fait penser à une expression que Louis de Funès aurait pu inventer pour un des ses dialogues dans un film de Gérard Oury. Toutefois, ici, à Tréglonou, nous empruntons un pont qui enjambe l'Aber Benoit, à un endroit où il s'est déjà sévèrement rétréci en largeur. Dans la non-précipitation du moment, j'ai oublié de prendre une photo de cette langue naturelle engouffrée dans les terres bretonnes.

L'ABER BENOIT
aber benoit

L'Aber Benoit est un bras sinueux s'encastrant dans le nord-ouest du Finistère. Enchâssé entre les villes de Lannilis et de Tréglonou, il soumet la nature aux caprices de ses marées. Avec ses parois rocheuses et ses bancs de sable, le site offre une tranquilité fugace et irrésistible.
L'Aber Benoit, c'est huit kilomètres d'eaux qui fluent et refluent dans un lit étroit se faufilant dans les terres jusqu'à Milin-Nevez. À marée haute, les vagues avalent littéralement la pente de la falaise pour transformer l'aber en un véritable fjord scandinave. À marée basse, l'onde se retire, dénudant un fond vaseux livré aux oiseaux limicoles. Ce sont les dunes situées à l'embouchure de l'aber qui sont à l'origine de cette étonnante quantité de sable que l'on ne retrouve pas dans les deux autres abers. Cette spécificité géologique lui donne parfois des airs d'oued nord-africain.
À l'entrée de l'estuaire, rive gauche, Saint-Pabu est un port où pêcheurs, sabliers et goémoniers partagent leurs métiers. On trouve également un comptoir ostréicole proposant la "prat-ar-coum", une huître creuse au goût de noisette. Autre particularité de cet aber, on recense pas moins d'une bonne centaine de moulins à rivière tout au long de son cours.

Voilà. Ben ouais, sans photos, on se rend moins bien compte de l'endroit, mais je te rappelle lectrice/teur que le principe de ce blog est d'illustrer des endroits où je/nous sommes allés avec des photos personnelles, et non des illustrations que j'aurais pu chopé sur d'autres sites internet. Non parce que bon, à ce moment là, je peux dire n'importe quoi ! Alors, eh oh ! Hein !

 

Depuis Tréglonou, nous tentons tant bien que mal de suivre la rive sud de l'Aber Benoit en tentant de rejoindre Saint-Pabu ; autre nom qui nous fait sourire, mais qui ne nous fait penser à aucun acteur ou dialogue de film. Mais qui pouvait bien être ce saint ? Quelle était sa fonction ? Était-il dévoué aux alcooliques ?
En regardant ce qu'en pense Wikipédia, nous trouvons ces explications pas complètement claires :
"De saint Tugdual, Papu Tutwal en ancien breton, papu signifiant 'père' ou 'évêque'. Pabu, venant de papu variante du vieux breton papa ou 'père', est le titre ancien de supérieur monastique. Pabu est le génitif de Papa, d'où vient la confusion avec le mot 'pape' que la légende attribua faussement à Tugdual de Treguier."

C'est en nous continuant de nous poser de multiples questions sur l'origine du nom de ce village que nous nous rendons compte, quelques minutes plus tard, que nous arrivons directement à Lampaul-Ploudelmazeau, petite localité qui se trouve bien plus à l'ouest de Saint-Pabu que, du coup, nous n'avons pas vu. Saint-Pabu, pavu ! Voilà, c'est dit, c'est fait, et hop, c'est pas clair tous leurs bleds aux Bretons là !!! Y'en a partout, merde !!! On croit que c'est simple et non ! Pas du tout !!!

À Lampaul-Ploudalmézeau, nos premiers regards se heurtent aux côtes obscures sur lesquelles il n'est pas rare de trouver quelques épaves.


LAMPAUL-PLOUDALMEZEAU

Lampaul-Ploudalmézeau, port et épave (29)

Lampaul-Ploudalmézeau, port et épave

Mais Lampaul-Ploudalmézeau  -où nous n'avions pas prévu d'échouer-  ce n'est pas que des épaves. C'est également une belle vue sur le phare de l'île Vierge au loin. C'est même à se demander si ce phare n'est pas mouvant et s'il ne nous suit pas...

Lampaul-Ploudalmézeau, vue sur l'Île Vierge (29)

Lampaul-Ploudalmézeau, vue sur l'Île Vierge

Parait-il également que l'église du village, l'église Saint-Paul-Aurélien datant du XVIème siècle, est à voir pour l'originalité de son clocher-porche datant de 1622, (inscrit à l'inventaire des monuments historiques en 1926) et qui est un des plus beaux de Bretagne. Mais bon, je sais pas, on ne l'a pas vu non plus. Bordel, mais que se passe-t-il ? On ne voit rien, on ne trouve rien ! On ne sait pas même pas où est passé l'Aber Benoit ?!!! En fait, ce n'est qu'un peu plus tard en arrivant à Portsall que nous nous sommes rendus compte que nous l'avions déjà dépassé depuis un bon moment.

Donc, nous avons loupé Saint-Pabu, le clocher-porche de l'église de Lampaul-Ploudalmezeau et l'Aber Benoit. OK, c'est bien de savoir où nous en sommes. 
Nous roulons à présent en direction du troisième et dernier aber... peut être...
Parait-il que l'eau que nous voyons à présent en longeant la côte n'est plus celle de la Manche, mais bel et bien celle de l'océan Atlantique.
En suivant le chemin des Dunes, puis la rue du Calvaire, nous arrivons à Portsall, petit port breton, connu malheureusement, pour une des pires catastrophes écologiques du XXème siècle. Dès que nous entrons dans le village, un "détail" de 20 tonnes ne manque pas de nous le rappeler en venant percuter nos regards. Ici, nous ne parlons plus de pilleurs d'épaves comme pour le pays Pagan.

PORTSALL
Portsall, ancre de l'Amoco Cadiz

Une grosse ancre trône de 20 tonnes, bien en vue, sur la digue. Pour mémoire, c'est celle de l'Amoco Cadiz, le tristement célèbre pétrolier venu se déchirer dans la nuit du 16 mars 1978, sur les impitoyables roches de Portsall. Et dire que son nom signifie "Anse hors danger". Rappel des faits avec France 3.

   L'ACCIDENT
"Au matin du 16 mars 1978, le pétrolier libérien Amoco Cadiz, connaît une avarie de barre au large du Finistère. Il transporte vers Rotterdam 227 000 tonnes de pétrole brut du Golfe Persique. Le navire dérive alors vers la côte bretonne dans une forte tempête. Les négociations avec un remorqueur allemand venu à son secours sont difficiles. Une première remorque est passée à 13h30. Elle casse 3 heures plus tard. Malgré les efforts des deux équipages, le navire s’échoue à 22 heures sur des brisants, devant le petit port de Portsall. Plusieurs citernes se déchirent. Très vite les premières nappes touchent la côte.

Portsall, ancre de l'Amoco Cadiz (29)               Portsall, ancre de l'Amoco Cadiz

   LA MARÉE NOIRE
La plus grande marée noire jamais due à un échouement de pétrolier a commencé.
En l’espace de deux semaines, la totalité de la cargaison se déverse en mer. Entraînée par les vents et les courants, elle vient souiller plus de 300 km d’un littoral parmi les plus beaux et les plus naturels d’Europe. La rage au cœur, les riverains se lancent dans une lutte désespérée contre une catastrophe cent fois prédite. Sur leurs écrans de télévision, les français découvrent avec stupéfaction les images apocalyptiques d’une grande marée noire.

   LES MESURES PRISES
C’est la plus grande marée noire par échouement de pétrolier jamais enregistrée dans le monde. Et tout le monde est d'accord : une telle marée noire ne doit plus arriver. Un nouveau plan Polmar (lutte contre les pollutions marines accidentelles) est mis en place. Un rail de navigation est créé au large d'Ouessant, obligeant les navires qui transportent des matières dangereuses à passer à 50 km des côtes. Un puissant remorqueur de haute mer est affecté en permanence à l'assistance des navires qui circulent dans ce rail. A la préfecture maritime de l'Atlantique et au CROSS (Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Secours) de la Pointe du Corsen, des veilleurs et des officiers d'astreinte sont prêts à faire face, 24h sur 24, en cas de besoin.
L'état et les communes sinistrées engagent aux États-Unis un long et difficile procès contre la société Amoco. Au terme de 14 années de procédure, ils finissent par obtenir 1 257 millions de francs d’indemnités, une petite moitié des sommes demandées.
Dans les années qui suivent, leurs travaux conduisent les scientifiques à estimer que la marée noire a tué dans les premiers mois, par engluement ou par effet toxique, autour de 260 000 tonnes d'animaux marins." FRANCE 3

amoco         Portsall, plaque Amoco Cadiz (29)
Photo : Marine nationale

220 000 tonnes d'hydrocarbures déversées ont provoqué cette marée noire ravageant une bonne partie des côtes bretonnes, dont le temps et la mer ont fini par éliminer les dernières traces de cette pâte visqueuse et malodorante.
Qu'est devenue l'épave de l'Amoco Cadiz ? Elle est accessible aux plongeurs de niveau 2. Elle est aujourd'hui disloquée et recouverte de laminaires entre 6 à 32 mètres de fond au large des côtes. La faune et la flore habituelle ont pris possession de l'épave.

Aujourd'hui, Portsall et Kersaint se partagent une belle crique où se ballottent de petites barques multicolores dans une baie peu profonde au fond de laquelle s'est installé un petit port de pêche.

Portsall, le port

 

En suivant la D27, puis la D127, nous arrivons à Landunvez où nous nous sommes rendus directement à la chapelle Saint-Samson.


LANDUNVEZ

Landunvez, chapelle Saint Samson

Alors, pourquoi cette chapelle plutôt qu'une autre sachant qu'il y en a plus de 23 786 dans le coin ? Eh bien, je n'en sais rien. C'est comme ça, on ne va pas chercher à tout expliquer non plus.
Toujours est-il que cette chapelle toute mignonne est atteignable par un petit sentier côtier bien agréable sur lequel il est interdit de marcher à reculons au bord des falaises.

Landunvez, sentier côtier, panneau (29)

Landunvez, sentier côtier, rochers (29)

Une fois arrivés sur place, nous découvrons grâce à un panneau touristique explicatif que cette petite chapelle a plus d'un tour à son arc.

"La pierre de Saint Samson a disparu
Pour être soulagé de ses rhumatismes, il suffisait de se frotter le dos contre la 'pierre de Saint Samson', un menhir haut de deux mètres situé jadis près de la chapelle. Quant à l'eau de la fontaine, elle était réputée pour guérir les maladies des yeux et pour favoriser la marche des jeunes enfants. Saint Samson, originaire du pays de Galles, débarqua près de Cancale vers 548 pour évangéliser le pays. Comme ses compagnons, il construisit de nombreux monastères autour desquels s'installaient des villages. Dès son arrivée en Armorique, il avait guéri une femme de la lèpre et sa fille de la folie. Pour le remercier, le mari lui avait offert une parcelle de terre, sur laquelle il aurait établi son évêché. Il fut, en effet, le premier évêque de Dol, mais son charisme était tel que de nombreuses chapelles lui sont dédiées dans toute la Bretagne."

Bon, ben, Ok, c'est bien.
Un petit tour du propriétaire...

Landunvez, chapelle Saint Samson

Landunvez, chapelle Saint Samson

...et nous repartons.


Cinq kilomètres plus loin en suivant la D27, nous arrivons dans un autre petit port au charme discret. Une douce lumière bleutée s'est déposé sur les paysages. Il s'agit de Porspoder.

PORSPODER
Porspoder, port (29)

Une station balnéaire bien tranquille également. Porspoder est également connue pour être la commune la plus riche en mégalithes de tout le pays d'Irois. Je ne sais pas ce qui se passe, mais nous n'en avons pas vu un !

Porspoder, portPar contre, au large, nous avons remarqué le phare du Four qui se trouve à la pointe de Presqu'île Saint-Laurent, majestueux site naturel, rattachée à la terre ferme que par un mince isthme aux côtés duquel se situent les plages de La Grève Blanche ou plage des dames et La Grève des Bateaux.ou plage des curés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le jour commence à tomber lentement, donnant aux paysages une lumière faiblement bleutée.

Porspoder, port

Nous accélérons le pas pour ne pas arriver trop tard à l'hôtel que nous a trouvé Maître Arnaud au Conquet. Si nous avons choisi de stationner dans ce port à l'activité maritime intense, c'est pour prendre un bateau qui nous emmènera sur l'Île d'Ouessant le lendemain matin.

Nous quittons Porspoder pour suivre encore un peu la côte océanique par la Départementale 27. Nous passons notamment à hauteur de l'Île Melon. Cette dernière est accessible à marée basse... Mais bon, là, c'est marée haute. Décidément, les dieux bretons sont contre nous : ils ne veulent pas que nous découvrions les objets et lieux régionaux.
Il y a deux siècles encore, l'Île Melon l'archipel des Loches, avec l'île désormais engloutie de Lamich'. Autres attraits, elle possède sur ses terres des vestiges mégalithiques, tels que de nombreux menhirs et un dolmen. Mais beaucoup ont été détruits.
"On a compté pas moins de 4 menhirs, 1 tumulus, 2 cairns et 5 dolmens sur ce petit espace. Le plus grand menhir, qui atteignait une hauteur d'environ 7 m, a été dynamité par les Allemands en 1942. L'érosion en a déchaussé un autre, long de 2,40 m. Les dolmens ont été plus ou moins détruits, le tumulus et les deux cairns sont complètement en ruines aujourd'hui." PATRIMOINE IROISE

Qu'est-ce que c'était que cette habitude de poser des menhirs et des tumulus partout ?
"Tous ces monuments mégalithiques concentrés sur un si petit territoire indiquent que cette île exceptionnelle, qui n'était à l'époque qu'une maigre péninsule, revêtait un caractère sacré pour la population néolithique qui les a érigés." PATRIMOINE IROISE

Il faudrait se pencher d'avantage sur l'Histoire, mais, déjà, nous arrivons à hauteur du troisième aber : l'Aber Ildut. C'est le plus petit. Il est célèbre, notamment pour ses carrières de granit : l'Aber Ildut. C'est à hauteur du petit village de Lanildut que nous marquons une pause pour observer l'aber.

 

L'ABER ILDUT
Lanildut, anse (29)

Au Moyen-Âge, l'Aber Ildut était un véritable port international. Au début du siècle dernier, son activité de pêche et de transbordement de pierre était encore importante, notamment avec ce granit rose réputé pour sa beauté et sa dureté. Granit porphyroïde très résistant, il eest également pourvu de gros cristaux de feldspath roses, de quartz gris et de mica noir du plus bel effet décoratif. Le socle de l'obélisque de la Concorde, l'obélisque de Louxor et certains quais de la Tamise en sont recouverts, ainsi que bon nombre de mégalithes de la région.
Faisant face à l'île d'Ouessant, il se déploie sur deux kilomètres. Son embouchure se situe entre le rocher du Crapaud et le hameau de Porscave. Très vite, le petit cours d'eau sinue entre rivages verdoyants bordés de talus escarpés, où seule la rive nord est habitée. Nous passons rapidement par Lanildut, connu pour être le premier port géomonier de France.

"Flots généreusement brassés, faibles variations des températures et fonds rocheux font des côtes du Finistère de riches champs d'algues. Dès le XVIIème siècle, les goémoniers ont appris à en tirer parti. Séché et brûlé, le goémon fournit d'abord la soude nécessaire à la fabrication du verre, jusqu'à ce que l'on eut remplacé par un ersatz chimique. À partir de 1812 et jusque dans les années 1950, on en tira l'iode utilisé en médecine et en photographie.
Aujourd'hui, ce sont les grandes laminaires que les bateaux 'cueillent' à l'aide du skoubidou, un long crochet en hélice, pour en tirer ces agents épaississants aux multiples usages, baptisés alginates. La région, avec 2000 tonnes par an, est le principal producteur d'Europe, et Lanildut le numéro un des ports géomoniers." EDITIONS ATLAS

Le goémont représente aussi une formidable source de nourriture pour les oiseaux marins, limicoles pour la plupart. On y observe ainsi des cormorans, des goélands, des sternes et des mouettes, ainsi que des échassiers, tels des aigrettes, avocettes, hérons, huîtriers pie et avocettes.
Mais l'endroit est aussi très prisé des pêcheurs et des plaisanciers.

En face de l'église, un circuit baptisé le Rumorvan ("chemin des hommes de la mer") débute dans les terres léonardes pour aller jusqu'au front de mer en passant par l'ancien quartier des pêcheurs où se dressent les "maisons de corsaires" des XVIIème et XVIIIème siècles. Sur le front de mer, on découvre la maison des douaniers avec ses fours à goémont et à soude.
Et puis l'Aber Ildut s'enfonce dans la terre, croisant le manoir et le moulin de Bel-Air, puis devant le vieux village de Brélès avant de passer sous le pont Reun et trouver sa source dans le bassin de Saint-Renan. Un petit sentier fait le tour de ce phénomène géologique, permettant également de remarquer les métamorphoses de ses paysages provoqués par chaque marée. 22 kilomètres à parcourir en cinq heures environ.

 

Nous quittons le village de Brélès pour suivre la D28, nous emmenant directement au Conquet en passant par Plouarzel et Ploumoguer.
L'hôtel trouvé par Maître Arnaud est l'Hôtel du Bout du monde. Un nom parfait qui évoque le voyage, l'aventure et la situation géographique où nous nous trouvons à présent. Pratiquement au bout de l'Europe, au bout du monde. Et peut être encore un peu plus demain lorsque nous nous rendrons sur l'île d'Ouessant.
En attendant, après avoir été très bien accueillis et conseillés, nous prenons possession de notre chambre, propre et spacieuse. Puis nous nous rendons au bar de l'hôtel pour prendre l'apéro à base de bière locale.

Le Conquet, apéro (29)

 

DANS NOTRE PROCHAIN ÉPISODE

Toujours plus à l'Ouest, nous prendrons la direction de l'Île d'Ouessant, joyau de la mer d'Iroise, un morceau d'Europe échappé du continent, environné par une mer capricieuse marquant le passage entre le vaste océan Atlantique et l'étroit couloir de la Manche. Ouessant, une île entre écueils, courants et récifs. Ouessant, la sauvage. Ouessant... Bon, j'arrête.