Et nous continuons notre tour de Bretagne !
Après l'Île de Bréhat, l'Hôtel de la Mer à Brignogan-plages, le phare de l'île Vierge vu de très loin, l'ancre de l'Amoco Cadiz vu de trop près, la Pointe Saint-Mathieu, le phare du Petit Minou, le curé de Camaret, le tas de Pois de Penhir, l'éléphant de Dinan, nous nous dirigeons à présent vers la Pointe du Raz.
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...


Nous quittons la Pointe de Dinan sans être allés marcher sur cette passerelle naturelle appelée "le château" entraperçue telle une ombre chinoise depuis la plage de Kerloc'h.

Camaret-Sur-Mer, vue sur le château (29)

Dame nature nous réserve bien des surprises, hein. Non, mais, oh, eh : regarde ! C'est beau non ? On dirait deux gros rochers qui viennent de se rejoindre pour s'embrasser du bout des lèvres. A droite, on dirait un lion couché et, à gauche, un tamanoir. Un tamanoir qui embrasse un lion, c'est beau. Hein ? OK, j'arrête.

De la Pointe de Dinan, nous repassons par Crozon puisque si nous avions continué plein Ouest après la pointe, nous aurions fini dans la mer d'Iroise et ce n'était pas le but puisqu'il nous reste encore pas mal de lieux à visiter.Et le prochain lieu, prochaine ville est Douarnenez.
Après avoir traversé les petites villes de Telgruc-sur-Mer et de Saint-Nic  -sur lesquelles je n'ai pas grand chose à te dire-, nous apercevons au loin, à l'Est, une étonnante montagne est sortie de terre. C'est Menez Hom.
Oui, je te vois venir, ça y est, ça y va, on se croit drôle : "Bernard Menez Hom" !

menez hom a

Bien sûr ! Loin de moi l'idée de critiquer cet acteur-chanteur-politicien français, né à Mailly-le-Château le 8 août 1944. Il est sympa Bernard Menez. Je l'avais rencontré au Festival L'avis de Château en 2000 pour lui remettre un jambon du Morvan en l'honneur du fait qu'il soit Président du Festival cette année-là...

2338_chateauchinon07         l'avis de Chateau, jambon

Mais assez parlé de moi, parlons de lui !
Moniteur puis directeur de colonies de vacances entre 1960 et 1969, puis instituteur et professeur de mathématiques, de physique et de chimie dans le secondaire de 1966 à 1970, il suit en parallèle des cours de théâtre. Mais c'est finalement le cinéma qui fera sa notoriété, dans un premier temps, avec un premier rôle dans le film de Pascal Thomas "Pleure pas la bouche pleine", en 1973. La même année, il jouera dans "La nuit américaine" de François Truffaut, "La grande bouffe" de Marco Ferreri, "Les quatre charlots mousquetaires" d'André Hunnebelle et "Du côté d'Orouet" de Jacques Rozier. En 1974, il retrouve Pascal Thomas pour être le premier rôle du "chaud lapin".

Maaaaaaiiiss, pour beaucoup, quand on prononce les noms de Bernard Menez, certains pensent de suite à "Jolie poupée", chanson qu'il interpréta en 1983 et qui est encore aujourd'hui le 308ème 45 tours le plus vendu en France.

MUSIQUE !!!!!

"Un coup de coeur, et non pas un coup de pub." Il a accepté d'interpréter cette chanson après que son auteur lui ait fredonnée au téléphone. Il n'imaginait pas qu'en quelques mois il vendrait un million de disques, serait numéro un au top 50, ex æquo avec Axel Bauer et son Cargo de nuit, et devant Thriller de Michael Jackson.
Mais Bernard Menez, ce sont aussi des engagements dont nous ne parlerons pas ici car nous n'avons plus le temps. Tu peux toutefois aller lire une petite biographie rapide de cet acteur-chanteur-réalisateur-politicien ici : Bernard Menez ou le grand malentendu.


REVENONS A MENEZ HOM !

Certains l'appellent le Balcon du Finistère. Eh oui, encore une histoire de balcon, après celui de Cordon en Haute-Savoie, dont nous avons parlé il y a deux semaines (Cordon, balcon du Mont Blanc). Sauf que depuis le sommet de Menez Hom, nous n'avons pas vu sur le Mont Blanc qui se situe à 1108 kilomètres d'ici, très précisément.
Alors, pourquoi aller sur Menez Hom si on ne voit pas le Mont Blanc ? Hein ? C'est une bonne question, ça, non ? Eh bien parce que cette montagne typiquement bretonne est unique. Et pourquoi est-elle unique ? C'est une bonne question. Ouah, décidément, il n'y a que des bonnes questions aujourd'hui.
Alors, tout d'abord, que cela soit bien clair entre nous : nous n'y sommes pas allés avec Mélanie. Et pourquoi n'y sommes-nous pas allés avec Mélanie ? OH EH, ça suffit les questions là !! Mais j'y suis passé, seul, il y a un an, il y a un siècle, ♫ il y a une éternité... ♫ On ira, où tu voudras quand tu voudras ♫... OOOH, c'est le fait de parler de Bernard Menez, cela m'a filé une crise de chansons des années 80 aiguë.
ALLEZ, remettons un peu d'ordre dans ce bordel !
Il y a quelques années, j'ai fait un tour de Bretagne seul pendant lequel je m'étais rendu sur le Menez Hom. J'avais fait un petit détour en fin de journée pour voir ce qu'il se passait sur ces hauteurs.

 

MENEZ HOM
Menez-Hom, panorama et herbes (29)

Au coeur du parc national d'Armorique, du haut de ses 330 mètres, Menez Hom, ancien volcan, propose un panorama prodigieux sur ce que les Bretons appellent le Pen Ar Bed, c'est à dire le Bout du Monde, composé des trois pointes et presqu'îles de Saint-Mathieu, Pen Hir et du Raz. Il joue les charnières entre la presqu'île de Crozon, fille de la mer, et la Bretagne intérieure, celle des montagnes usées du vieux massif armoricain et des forêts de hêtres et de chênes.
Comme l'indique son nom  -un menez breton est un mamelon de grès usé et chauve-  , son sommet est couvert d'une lande rase et sèche sur lequel s'égosillent linottes, engoulevents et mésanges à moustaches.

Menez-Hom, vue sur la baie de Douarnenez et silhouette (29)
Homme passant en ombre chinoise devant le panorama sur la baie de Douarnenez

À certaines heures de la journée, suivant les caprices de la météo, le décor parait surnaturel. Une légende stipule que c'est ici que se trouve le sanctuaire de Lug, dieu solaire des Gaulois.
Autre tombeau présent, celui du Roi Marc'h dont l'originalité est d'avoir des oreilles de cheval et connu pour son rôle dans la malheureuse histoire de son neveu Tristan et de la belle Yseult. Rongé de douleur, le roi Marc'h revint alors sur ses terres de Cornouialles où il se perdit en cruautés et en orgies.Il fit construire la chapelle de Sainte-Marie du Menez Hom. À sa mort,après avoir trop bu d'hydromel, Dieu voulut l'envoyer en enfer. La Vierge intercéda pour que son âme reste dans la tombe jusqu'à ce qu'un tas de pierres posé à côté soit assez haut et que, de son sommet, le roi Marc'h puisse voir sa chapelle. C'est pourquoi chacun, en passant devant ce qu'est devenu le tumulus de Bern Mein, se doit d'y ajouter sa pierre afin qu'un beau jour, l'âme de Marc'h soit délivrée... Ce tumulus se trouve sur le flanc nord-ouest du Ménez Hom à quelques centaines de mètres de la D887.

Menez-Hom, panorama (29)

Menez-Hom, vue sur la baie de Douarnenez

La vue est magnifique avec une perspective à 360°, des hauteurs boisées de l'Argoat à la pointe Saint-Mathieu. On balaye ainsi du regard la baie de Douarnenez, la rivière du Faou, la rade de Brest et le ruban argenté de l'Aulne.

 

REPRENONS NOTRE ROUTE !

Après ne pas être passés par Menez Hom, nous avons continué à longer les côtes océaniques déchirées de la Bretagne. Quoi que non, pas si déchirées que cela lorsque nous avons emprunté le chemin des dunes entre Saint-Nic et Ploéven. Juste une parenthèse, Saint-Nic n'est pas le dieu du hoquet ou autre affiliation sexuelle dont nous ne parlerons pas ici afin d'éviter de sombrer dans la vulgarité et le paillardisme.
La route suit son cours avec nous dessus, nous amenant à traverser les localités de Plonévez-Porzay et Kerlaz. C'est ici que débute le tour de la baie de Douarnenez.
"Et  Locronan ? Vous n'êtes pas passés par Locronan ?", me diras-tu.
"Eh ben non !", te répondrais-je.

QUELQUES MOTS SUR LOCRONAN où nous n'irons pas non plus
Locronan est une petite cité de caractère, autrefois réputée pour ses toiles de chanvre et de lin. Dès le XVème siècle, la fabrication et le commerce de la toile se sont implantés ici pour satisfaire la demande des nombreux navires à équiper. Les tisserands étaient alors aidés par les fermiers alentour. Les belles demeures des XVIIème et XVIIIème siècles en granit ouvragé des marchands, procureurs et notaires semblent figés dans le temps. On se croirait dans un décors de cinéma ; d'ailleurs il faut savoir, ou pas, que le village offre la particularité d'avoir la totalité de ses réseaux électrique et téléphonique enterrés depuis le tournage de Tess par Roman Polanski en 1979. Remarquons que Locronan a servi de lieu de tournage pour 26 films, dont Chouans ! (1988) de Philippe de Broca ou encore Un long dimanche de fiançailles (2004) de Jean-Pierre Jeunet.
Après avoir été abandonné à la fin du XIXème siècle, le village a été restauré et entretenu lors des premières décennies du XXème siècle. Aujourd'hui, il est un haut pôle touristique breton ; un paradoxe quand on sait que celui qui donna le nom au village était un moine irlandais nommé Ronan, venu chercher ici la solitude nécessaire à sa vocation contemplative.


Nous avons poursuivi notre route. Kerlaz, la plage du Ris et puis, et puis et puis... encore un : et puis...


DOUARNENEZ
Douarnenez, le port

"Ce n'est pas une ville de monuments, mais d'atmosphère et de conserveries !", nous rappelle les Éditions Atlas. Il faut dire qu'ici est conditionné le cinquième du tonnage mondial de thon en boite !
C'est donc avec défi que nous allons tenter une fois de plus de trouver dans la ville un restaurant susceptible de nous servir du poisson frais. Pas du poisson surgelé ou réchauffé ! DU POISSON FRAIS !!! Car Douarnenez, c'est aussi trois ports !

"Le premier, situé en contrebas de la falaise des Plomarc'h, est le vieux port pêcheur du Rosmeur. Le plus célèbre avec son môle, sa cale du XVIIIème siècle, son alignement de façades acidulées où domine le rouge foncé de l'abri du Marin (ancien foyer d'accueil pour les pêcheurs à l'escale), son dédale de ruelles et ses cafés animés. À la Criée, on assiste peu avant minuit au retour des mareyeurs : malgré la disparition de la sardine au fil du siècle, la ville, qui compta autrefois jusqu'à mille chaloupes et 34 conserveries, reste la capitale de la conserve de poissons." ÉDITIONS ATLAS

À l'opposé, le port de plaisance de Tréboul est le haut lieu de la voile sportive. Entre ces deux pôles, le Port Rhu, ancien port échouage dont un barrage retient l'eau. Entièrement réaménagé en 1996, il reçoit depuis les grands rassemblements de voiliers traditionnels. On y trouve également l'ancien bateau-phare, de vieux chalutiers et de vieux gréements de passage. Juste en face, dans une ancienne conserverie, le musée du Bateau abrite une des plus importantes collections de bateaux de travail d'Europe. Juste à côté, place de l'Enfer, des ateliers de construction traditionnelle fonctionnent encore en saison.

Douarnenez, le port
Le port de Tréboul, au loin

Après avoir fait quelques mètres en voiture le long des côtes à la recherche d'un endroit attirant pour déjeuner, nous nous arrêtons finalement à hauteur d'un petit troquet-bistrot-resto... je sais pas comment on peut dire... prénommé Les Docks et d'où l'on découvre une vue imprenable à perte de vue sur la baie.

Douarnenez, resto et baie (29)              Douarnenez au resto vue sur la baie (29)

Non, bon, en fait, il y a une petite erreur. Les Docks, c'est la discothèque qui se trouve en dessous et elle est fermée à une heure aussi matinale. En même temps est-il possible de manger dans une discothèque ? Heeeeeeiiiiinnnnn, ahhhh, tu ne t'ai jamais posé la question toi qui aime danser et boire jusqu'à point d'heure de la nuit ! Heeeeiiiinnnn ! C'est vrai qu'il est rare que l'on déboule dans une boite de nuit, de se poser au comptoir et demander un steak-frites.
Bon, en tout cas, à Midi, le restaurant dans lequel nous nous rendons se trouve juste au-dessus de Les Docks et porte le doux nom de "Bigorneau amoureux".

Le nom est intrigant. Un bigorneau, ok, c'est pas le plus bel animal du monde, mais ça sent la mer, le large, les fruits de mer, ok. Amoureux... Bon... Pourquoi pas en même temps. Le bigorneau a lui aussi le droit d'être amoureux et d'être aimé. Il n'y a pas de raison. Après tout, le bigorneau est un être comme nous autres. Lui aussi a le droit de rencontrer l'être aimé. Et d'ailleurs, j'en profite pour demander à l'assistance ici présente : y a-t-il une espèce ou une race qui n'a pas le droit en ce monde de rencontrer l'être cher ? Hein ? Non, mais franchement, entre nous. Loutre, éléphant, lémurien de Madacascar, blobfish, scotoplane Globosa, ? Eux aussi ont ce droit. Il y a des gens très moches qui trouvent l'être cher et qui sont heureux, et tant mieux pour eux. Je ne suis pas du tout jaloux. Et d'ailleurs, il est peut être préférable d'appeler un restaurant "Le bigorneau amoureux" plutôt que "L'alpaga jaloux", surtout quand on est en bord de mer.

MUSIQUE

 

BON EH OH
TU TE CALMES AVEC TES DÉLIRES DE NOMS DE RESTOS
ET TU TE RECENTRES SUR LE SUJET !!!

 

Le Bigorneau amoureux.... Ooooh, Julio Iglesias pourrait en faire une chanson incroyable de cette phare sans verbe...
BREF : le Bigorneau amoureux, c'est une sorte de paillote tout en bois, repeinte avec ce bleu-bleu-ciel typique de la région.

Voici sa photo,
extraite de Google Street view.
le bigorneau amoureux

Entendons-nous bien : Le bigorneau amoureux, c'est la petite cabane en bois bleu. Ce n'est pas l'homme flouté au premier plan.

Nous nous installons à côté d'une baie vitrée donnant sur la baie. Tiens, je n'avais jamais fait le rapprochement entre baie vitrée et baie. Il y a un peu de monde, y compris cette personne floue présente sur la photo ci-dessus et facilement reconnaissable car elle est également floue dans la vraie vie. Apparemment, il est atteint d'une maladie appelée "flouterie aiguë". On n'en parle moins que le délire d'illusion des sosies de Capgras (où l'on croit que toutes les personnes de notre entourage ont été remplacée par des sosies), la lisztomania (personnes qui deviennent hystériques en écoutant un concert du pianiste Franz Liszt) ou encore le syndrome de Fregoli (la personne atteinte s’imagine persécutée par une autre personne qui se déguiserait constamment pour lui pourrir la vie).

On nous apporte l'ardoise qui propose des trucs et des machins.

Douarnenez, au restoComme nous avons envie de nous faire plaisir et que nous sommes convaincus qu'il y aura du poisson frais, vu que le restaurant est à proximité de la criée, nous choisissons le Grand Crom qui se compose de pommes de terre gratinées avec langoustines, crabe, saumon et Saint-Jacques.
Le tout pour la modique somme de 19,50 euros.... Ah ouais, quand même !

 

 

Quelques minutes plus tard,
le plat arrive.
Douarnenez, au resto
STUPÉFACTION !

OK, c'est copieux, ils ne peuvent pas en mettre plus dans l'assiette sinon il faut manger sur les genoux. Mais comme dirait Philippe Etchebest, "Je me méfie toujours des assiettes où il y a trop." Eh oui, il a raison car le poisson qui se débat entre la salade, le pain et les pommes de terre, c'est pas du poisson frais ! Non, non, non ! C'est du surgelé réchauffé ! Faut pas nous la faire !
Tu peux tout de suite t'en rendre compte en comparant les deux photos ci-dessus.
- Sur la première, avant que nous soyons servis, Mélanie a le sourire.
- Sur la seconde, après le service, Mélanie ne sourit plus, le doute s'est installé en elle pour ne plus la quitter.

Putain de bordel de merde, on est là, dans une ville qui compte trois ports, réputée pour la pêche, cernée par l'océan et voilà ! S'ils ne peuvent pas avoir de Saint-Jacques ou de langoustines fraîches, qu'ils proposent autre chose ! Mais frais !!! Attention : ce n'est pas que c'est pas bon, mais il n'y a aucune finesse. Aucun intérêt à bouffer ce truc quand on est en Bretagne ! Merde ! Ne dites pas que c'est hors de prix, vous restaurateurs bretons !!!! Les circuits courts, ça existe ! Les arrangements entre producteurs-pêcheurs et restaurateurs !!! Merde !!! Vous êtes à 2 mètres des étales ! C'est honteux ! La vue sur la baie est magnifique... Autant faire un resto avec une vue sur un congélateur !!!
L'autre jour, nous étions à Orthez -qui n'est quand même pas la ville la plus proche de l'océan-, eh bien nous avons mangé du poisson frais. Bon Ok, nous étions allés l'acheter au marché, on l'a préparé nous-même en faisant des Smørrebrød et un petit ceviche, mais, comme quoi, c'est possible ! Et sans se ruiner !

REGARDE !
Ceviche
          smørogbrødsmørogbrød         smørogbrød

Bon, allez, on se calme, on se détend et tentons de trouver une explication rationnelle. Peut être en revenant sur l'historique de la ville de Douarnenez.

Comme nous le disions, la ville était connu pour être l'un des plus grands pôles de sardinerie de France et d'Europe. Qui dit "sardinerie", dit "mise en boite", dit "pas frais".
La question se pose alors : qui a eu l'idée de se dire "Tiens, si on foutait des sardines bien serrées, ♫ chantent les sardines, ♫ chantent les sardines ♫ entre les huiles et aromates ♫, dans des boites métalliques avec une ouverture pénible !" ?
C'est le moment de retrouver notre page Histoire et histoire(s).

HISTOIRE ET hISTOIRE(S)
Aujourd'hui :
Naissance des sardineries
Petit_Navire_filets_de_sardines_huile_dolive_citron
  sardines-connetable

"Les conserveries, en activité depuis deux siècles, ont profondément marqué la vie économique, politique et sociale de la cité finistérienne.
Peu de villes en France sont aussi étroitement associées à un produit que Douarnenez à la sardine. Tout commence  à la fin du XVIIIème siècle, quand le Nantais Nicolas Appert découvre un procédé incroyablement efficace  de conservation des aliments dans des boites de métal scellées. Appelée "appertisation", son invention va gagner les ports de la côte Atlantique.
"Elle est arrivée à Douarnenez vers 1850. Le port était spécialisé dans la sardine, mais le salage était le seul moyen de conservation. La boite de conserve a tout changé.", raconte Jean-Michel Le Boulanger, maître de conférence à l'Université de Lorient.
En deux décennies, c'est l'explosion. Douarnenez fait sa révolution industrielle.
"Dans la seconde moitié du XIXème siècle, toute la ville s'est mise à faire des boites, des boites et encore des boites. Elle a compté jusqu'à 42 ateliers et 850 navires."
En 1880, Douarnenez produisait 80% des boites de sardines consommées dans le monde. Pendant que les hommes sont en mer, les femmes sertissent et emboutissent. Les conditions de travail sont très dures. Les ouvrières s'émanciepent à toute vitesse. Patronnes à la maison, syndiquées à l'usine ! Dans les années 1920, Douarnenez devient une ville rouge, communiste, la première à élire une femme au conseil municipal, deux décennies avant qu'on ne leur donne le droit de vote. En 1927, une ouvrière du cru est reçue au Kremlin (en coiffe !) avec la délégation française invitée à l'anniversaire de la Révolution d'octobre. Le patronat a peur. Les roitelets de la sardine iront jusqu'à engager un tueur pour se débarrasser du maire PCE qui survivra par miracle à une balle reçue en pleine gorge.
Les bonnes années, la filière tourne rond. L'argent coule à flots. Les marques locales Petit Navire et Le Connetable sont sur toutes les tables de France, dans tous les casse-croûtes. Parfois, hélas, la sardine disparait des côtes pendant une saison, ou deux, ou dix...
"On a compris depuis que les bancs suivaient le plancton et donc le Gulf Stream. À l'époque, personne n'avait d'explication à proposer, les bateaux revenaient à vide et les Douarnenistes crevaient la faim."
Après la Seconde Guerre Mondiale, la filière décline doucement. Les industriels ont délocalisé au Portugal, puis au Maroc, puis en Afrique subsaharienne. Aujourd'hui, les Penn-Sardinn (têtes de sardine) gardent encore de jolis fleurons. Petit Navire, passé sous contrôle américain, est toujours présent à Douarnenez. La ville de 15 000 habitants abrite aussi la plus vieille conserverie du monde, Chancerelle-le-Connétable, créée en 1853.
Sur un marché mondialisé et dominé par les grandes surfaces, la PME familiale joue le haut de gamme. Pas de cuisson à la vapeur chez Le Connétable, toutes les sardines sont frites et conservées dans l'huile."  ERWAN SEZNEC pour MARIANNE

 

Mais Douarnenez, ce n'est pas que des sardines en boite. Non, non, non ! C'est aussi aussi une des plus belles baies de France dans laquelle se cotoient Histoire et légendes. Ici, on raconte que la ville serait l'héritière de la cité du roi Gradlon, la ville d'Ys engloutie, là, au large des côtes...
MÉLANIE : "- De quoi tu parles-tu ?"
JENORME : "- QUOI ??? Tu ne connais pas la légende de la ville d'Ys ? Mais mais... comment est-ce possible ???? Pendant que tu tentes de terminer ton assiette, je m'en vais te la raconter en regardant la baie de Douarnez par cette belle baie vitrée..."

LA VILLE D'YS
Douarnenez, la baie (29)

"Il était une fois au Vème siècle un roi de Cornouaille, Gradlon, qui n'avait qu'une fille, Dahut, fruit de ses épousailles avec Malgwen, reine d'une cité nordique dont il avait assassiné l'époux. La mère était morte en couches et le roi, inconsolable, laissait grandir sa fille en ne lui refusant rien. Aussi lorsque, périssant d'ennui à la cour, elle le supplia de lui construire une ville, il fit bâtir la plus formidable cité qu'il soit : Ys, ceinte de murs, si splendide, rapporte la légende, que lorsque les Francs voulurent donner un nom à la plus belle de leurs ville, ils l'appelèrent Paris, c'est à dire "pareille à Ys". On n'entendit bientôt plus dans la cité que rires et chants. Fêtes, ripailles et nuits de débauche s'y succédant à l'envi. Un soir, la princesse remit les clés de la ville à Satan. Dieu, lassé d'Ys, l'engloutit dans les flots. Gradlon vint alors enlever sa fille à cheval et se rue au galop pour fuir la mer déchaînée. Soudain, une voix tonna : "Gradlon, si tu veux sauver ton peuple, renie ce monstre que tu portes en croupe." Alors, saisie de terreur, Dahut tomba du cheval et les flots la submergèrent. L'endroit où elle tomba porte à depuis le nom de Pouldahut, l'abime de Dahut, devenu en français Pouldavid.
Devenue sirène, Dahut chante parfois dans la brume, sur les eaux de la baie. Il n'est pas rare non plus, disent les pêcheurs, qu'on entende à bord des barques de pêche sonner sous la mer les cloches de la ville. Un jour viendra où la vieille cité bretonne, ayant expié son pêché, réapparaîtra au jour dans son antique splendeur. Selon la prophétie locale, cela doit advenir lorsque Paris  -qui n'est jamais que l'égal d'Ys- sera détruite à son tour par un cataclysme : "Pa vo beuzet Paris Ec'h adsavo Ker Is" ("Quand Paris sera noyé, resurgira la ville d'Ys").


Eh oui. Voilà. Ben ouais.
Mélanie n'a toujours pas terminé son assiette. Elle peine, elle souffre, elle se bat, mais elle persiste, elle s'accroche. Bravo !

MÉLANIE : "- Une autre histoire ! Une autre histoire !!!!
JENORME : "- Une autre histoire ? Ooooh, tu crois que c'est une bonne idée. Bon, OK !"
Je me ressers un verre de blanc.

Je prends une pause décontractée,
style Bronski dans l'album Relax Max d'Edika,
page 28.

edika

Cette fois-ci, quittons les légendes, véridiques ou fausses, améliorée ou erronées, pour écouter la passionnante histoire du Dalc'h Mad. Dalc'h Mad veut dire "Tiens bon !" en breton. C'est aussi la devise de la ville de Douarnenez.

LE DALC'H MAD
dalch-mad
         carte

Le Dalc'h Mad, embarcation sardinière de Douarnenez, quitte le port de Tréboul le 06 avril 1943, se faufilant au nez de l'occupant allemand dans un convoi de bateaux autorisés à se rendre sur les lieux de pêche. A bord, il n'y a qu'un seul pêcheur inscrit maritime, Louis Marec, le jeune patron de 23 ans. Les 18 autres passagers forment un groupe assez disparate, majoritairement bretons. Tous sont enthousiastes et aguerris. Plusieurs d'entre eux, résistants éprouvés, font partie d'un réseau. Après 54 heures de traversée particulièrement houleuse, le Dalc'h Mad arrive dans le port de Newlyn le 9 avril (voir la carte). A son retour, un pavillon est spécialement brodé des noms de tout l'équipage et du message codé de Radio-Londres qui informe les familles de l'arrivée à bon port du bateau.
Après la guerre, ce pavillon est déposé à la chapelle de Sainte-Anne-de Palud, avant de rejoindre, en 1980, le musée Jean-Moulin de Bordeaux. (CF : Mairie de Douarnenez)

Nous terminons notre assiette. En dessert nous aurions pu prendre un bon gras Kouign-amann  -cette pâtisserie typiquement bretonne à base de beurre, pate à pain, de beurre, de sucre et de beurre- puisque c'est ici, à Douarnenez, qu'elle fut inventée par hasard vers 1860 par un boulanger douarneniste, Yves-René Scordia.

MÉLANIE : "- L'histoire du Couine amane ! L'histoire du Couine amane !!!"
Incroyable ce qu'il se passe dans ce restaurant du Bigorneau amoureux ! Quelle folie ! Quel enthousiasme ! Les gens présents se sont arrêtés de manger pour former un cercle autour de notre table. Ils sont là en train de nous regarder, délaissant leurs assiettes, assis en tailleur amène le sol, les yeux émerveillés, la bouche grande ouvert par la stupéfaction ambiante.

JENORME : "- Bon ok pour l'histoire du Couigne-Hammam, mais après on s'en va."

Allez !

HISTOIRE ET NAISSANCE
DU KOUIGN-AMANN

kouign amann

Par un beau jour du 5 juillet 1828 où il ne pleuvait pas, naquit Yves-René Scordia dans le petit village de Ploaré. Par un autre beau jour du 16 juillet 1855 où il se mit à pleuvoir mais un peu plus tard dans l'aprés-midi, Yves-René Scordia se marie à Douarnenez avec Marie Anne Corentine Guéguen. Si Yves-René Scordia demeure en 1855 dans la rue Obscure, cela ne l'empêche pas d'ouvrir une boulangerie avec son épouse en 1856 au carrefour de la Croix, actuelle place Gabriel-Péri. Le couple Scordia a cinq enfants dont Ursule Gabrielle Scordia, née le 10 mars 1861, rue Jean-Bart à Douarnenez.

MÉLANIE : "- TU vas me raconter l'histoire de chaque membre de la famille ou tu vas cracher ton histoire sur le Gouignamaname ?!"
Ok, bon, je voulais broder un peu, mais puisque c'est ainsi, accélérons le récit. Tu ne veux pas connaître l'histoire de ce grand résistant que fut Gabriel-Péri ? Non ? Bon, d'accord, reprenons l'histoire du Queen-Amame.

Le kouign-amann aurait été inventé vers 1860 à une période où la farine faisait défaut alors que le beurre était abondant, d’où l’emploi d’éléments dans des proportions peu habituelles. Attention, c'est parti pour la recette. Tu peux toi aussi la réaliser chez toi, vas-y, n'hésites pas !
Il te faudra quatre cents grammes de farine pour trois cents grammes de beurre, trois cents grammes de sucre.
Tu as vu le résultat ? Eh ben oui, cette somme d'ingrédients donne une pâte non réussie. C'est également ce qui s'est passé pour Yves-René Scordia. Pour éviter de jeter la préparation, le boulanger l'aurait fait cuire et le résultat aurait donné un gâteau consistant et compact, mais succulent. Plusieurs autres histoires expliquent sa création : pâtisserie ratée, manque de farine face à l'afflux de clients.
Yves-René Scordia meurt le 11 octobre 1878. Ursule Gabrielle Scordia se marie le 14 juillet 1879 à Douarnenez avec Hervé Rolland Crozon. La boulangerie continuera avec sa veuve Marie Anne, sa fille Ursule et son gendre Hervé-Rolland Crozon, aidés par plusieurs employés qui, ayant une commande régulière de kouign-amann et souvent ne disposant pas de levure, ont trouvé le moyen de le faire avec du levain rapide ce qui améliora la recette.
Depuis, le Kouign-amann n'a cessé de s'exporter dans le monde entier. La popularité du gâteau gagne le Japon dans les années 1990 et les États-Unis dans les années 2000. Une "Journée nationale du kouign-amann" a été lancée le 20 juin 2015 par une pâtisserie de San Francisco.

VOILA !

Maintenant, pourquoi le kouign-amann s'appelle-t-il ainsi ? C'est vrai quoi, il aurait pu trouver un nom plus simple à écrire et à prononcer.
En fait, c'est simple : comme pour la conception du gâteau, le boulanger voulait appeler celui-ci Douceur de Bretagne, mais il a commis une faute de langage qui lui a fait rajouter le mot kouign devant le mot Amann après avoir oublié de mettre les mots "douceur bretonne" devant. Il a ensuite... Non, mais je raconte n'importe quoi. En fait, en breton, kouign signifie gâteau ou brioche et amann, beurre.

C'est vers 13h54 environ que nous quittons l'antre du Bigorneau amoureux sous les applaudissements d'une foule en délire, toujours plus demandeuse d'histoires et de légendes comme le veut la région. Mais nous avons encore de la route à parcourir pour aller on-ne-sait-où.

ALORS CERTES !

Nous aurions pu nous promener un peu dans la ville à la découverte de ces maisons aux couleurs tempérées aux façades rose bonbon ou bleu tendre. Parcourir la rue Obscure, la venelle des Alçyons ou celle des Hirondelles pour passer devant quelques-uns de ces jardins suspendus aux balcons fleuris, aux cours décorées de filets et ces commerces aux allures vieillottes de boutiques d'autrefois. Nous aurions pu tracer jusqu'à l'hôtel du Ty-Mad ("Bonne maison", en breton) qui fut le lieu de villégiature des peintres de Montparnasse et de Max Jacobs.

Douarnenez, le port de Tréboul (29)           Douarnenez, une maison (29)

Nous aurions également pu nous rendre dans ce musée unique en France.
À terre, une collection de 250 embarcations venues de toute l'Europe. À quai, une dizaine de grands bateaux à flot dont cinq se visitent.. Un musée à ras de l'eau, idéal pour s'immerger dans la vie des équipages d'autrefois grâce à une muséographie alliant le son et l'image.
On passe ainsi de la barre d'un caboteur norvégien -venu du Grand Nord pour livrer des barils d'oeufs de morue-  aux entrailles d'un remorqueur à vapeur où pulsent les machines dans un vacarme infernal. On peut ensuite naviguer sur la Tamise à bord d'une péniche ou d'une barge à voile, ou encore embarquer à bord d'un chalutier-caseyeur pêchant la langouste en Mauritanie.

Douarnenez, Port Rhu (29)

Douarnenez, Port Rhu, épaves (29)

 

Et pourquoi pas non plus attendre le flux de la marée adéquate pour se rendre sur l'île Tristan, située au large de Douarnenez, mais pas tant que ça.
C'est d'elle que proviendrait le nom de la ville. Duar an enez, la terre de l'île en breton. Elle est accessible à marée basse quand l'océan se retire pour laisser une passe de 300 mètres qui la lie à la pointe du Guet. Il est donc impératif de connaître les horaires de marée si on veut aller visiter le jardin exotique de l'île, ses grèves sauvages, ainsi que le fort Napoléon III ou les anciennes sardineries de Gustave Raymond.
Naguère elle était la propriété de la famille du poète Richepin avant d'être rachetée par le Conservatoire du Littoral. Elle hébergea également eu XVIème siècle le passage du baron brigand Guy Eder de Beaumanoir, dit La Fontenelle.
Aujourd'hui, les 450 mètres de longueur pour les 250 mètres de largeur de l'île rassemble à l'intérieur de ses côtes rocheuses un échantillonnage de milieux naturels d'une diversité surprenant, où la lande rase côtoie des espèces originaires des tropiques. On n'y accède que par le biais de visites guidées afin de préserver ces richesses naturelles.

OUI, nous aurions pu visiter tous ces endroits, mais nous avons préféré tracer la route vers l'Ouest. Toujours l'Ouest. Laissant Douarnenez et Menez Hom derrière nous, nous avons suivi la départementale 7 !

 

DANS NOTRE PROCHAIN ÉPISODE

Mais où la Départementale 7 va-t-elle amener Mélanie et Jénorme ?
Tu le sauras prochainement.