C'est les vacances, on y va, on y croit, c'est parti.
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...


À chaque fois que je regagne ma Nièvre natale en quittant mon Pays Basque pas natal, je ne peux m'empêcher de varier les trajets.

Officiellement, pour aller au plus vite, il faudrait que je suive l'itinéraire :
Bayonne → Bordeaux → Périgueux → Brives → Riom → Moulins → Nevers, soit un total de 716 km.
Mais ce trajet ne comporte que de l'autoroute et ce n'est pas très rigolo.

L'autre possibilité est de suivre le trajet :
Bayonne → Bordeaux → Angoulême → Limoges → Chateauroux → Bourges → Nevers, pour une distance de 645 km.
Mais cet itinéraire, je le connais par coeur et ça m'ennuie de passer par ces sempiternelles routes maintes et maintes fois empruntées.

Je vais donc encore varier les plaisirs en empruntant d'autres routes pour rallier Bayonne à Nevers. 
Sur un coup de tête, je décide d'un objectif : aller à Montemboeuf boire un Picon-bière au bar Chez Mamie.
Pourquoi ? Eh bien ça, je te le dirai quand nous y serons.

Pour atteindre cet objectif qui n'est pas la finalité du trajet, je concote donc un itinéraire que voici :
Bayonne → Urt → Dax → Mont-de-Marsan → Roquefort → Captieux → Langon → Sauveterre-de-Guyenne → Sainte-Foy-La-Grande → Montpon-Menestrol → Ribérac → Marthon → Montemboeuf
Puis Limoges → Chateauroux → Bourges → Nevers, soit une distance de 713 km.
Par contre, Google trajet indique qu'il faudra environ 10 heures pour effectuer ce périple.

Sachant qu'il faut à présent rouler à 80km/h sur les routes non munies de séparateur central et que ce trajet se compose essentiellement de routes départementales, combien de litres d'eau vais-je boire ?
Bien sûr, loin de moi l'idée de constater que cette mesure politique est là pour récolter plus d'argent en mettant plus de contraventions. Non, non, non. Cette mesure est là pour sauver des vies. Toutefois, on peut remarquer que depuis que cette nouvelle limitation a été mise en place il y a un mois, le nombre d'amendes pour "excès de vitesse" a été multiplié par deux (cf : L'argus).

Bon, en tout cas, je vais tenter de traverser certaines villages, villes et paysages en ne mettant qu'une photo à chaque fois avec un petit texte rapide... si je parviens, pour une fois, à me taire un peu.


ALLEZ
C'EST PARTI !


Je quitte Bayonne en suivant un camion personnalisé,
nous rappelant quelques leçons de savoir-vivre sur la route.
Bayonne, dans les bouchons, voiture (64)

 


Je suis la D261 en longeant l'Adour
dans laquelle un ciel moutonneux se reflète.
L'Adour, reflets (64)



Je passe la ville d'Urt où sur une façade discrète dans un virage
expose une enseigne peinte d'un magasin aujourd'hui disparu.
Urt, ancien commerce (64)

 


Traversée du pont d'Urt franchissant l'Adour,
séparant les Pyrénées-Atlantiques des Landes.
Urt, pont Eiffel et Adour (64)

 

Suivent routes départementales et ancienne nationale,
traversant quelques villes et villages.
Urt, Biarrotte, Port-de-Lanne, Belus et Cagnotte.
Cagnotte, panneau (40)


La D29 me conduit à l'entrée de la sous-préfecture des Landes, Dax,

non sans être passé au préalable à Saint-Pandelon,
devant une auberge au nom original...
Saint Pandelon, auberge (40)


De nos jours, des périphériques permettent de contourner les villes. Fini le temps où voitures, camions et bus venaient s'entasser devant les feux tricolores urbains. Aujourd'hui, nous contournons les villes, les magasins ferment. Ces grands axes circulaires sont parsemés de rond-point sur lesquels, parfois, on découvre d'étonnantes sculptures ou autres réalisations commémorative d'une ville, d'une personnalité ou d'une spécialité locale.

Ici, l'axe circulaire me fait passer à hauteur de Narrosse,
ville natale d'André Darriguade, ancien coureur cycliste professionnel,
de 1951 à 1966.
Narrosse, rond point Darrigade (40)

Rond point Darrigade et sa statue monumentale en l’honneur du champion cycliste, champion du Monde en 1959. Le monument s’élève à 6,70 mètres du sol. Né le 24 avril 1929 à Narrosse, surnommé "Le Lévrier des Landes", il est considéré comme l'un des plus grands routiers-sprinteurs de tous les temps. Un drame le marquera toute sa vie : au Parc des Princes en 1958, lors du sprint final, il percute le jardinier du Parc, qui meurt quelques jours plus tard.

 

Une fois les multiples ronds-points passés, je me retrouve sur la D824.

Dax, Saint-Vincent-de-Paul...
Au loin, Buglose, village bien mystérieux des Landes

où fut découverte une statue de la Vierge à l'enfant.
Buglose, chapelle des Miracles, fontaine (40)

"La statue de Notre-Dame avait été cachée pendant les guerres de religions pour échapper à la fureur des Huguenots. En 1620, un berger qui habitait les environs remarqua qu'un de ses boeufs avait pris l'habitude de s'écarter du troupeau pour se diriger vers un marais voisin, masqué d'épais fourrés. Voulant en connaître la raison, il grimpa dans un arbre et vit sa bête lécher une forme curieuse dans la vase. C'était la statue de la Vierge à l'Enfant, un bloc de pierre douce, pesant près de 400 kilos. Il fut alors décidé de la transporter à l'église du Pouy, à la demande de Monseigneur du Sault, évêque de Dax. Mais très vite, les boeufs destinés au transport, ne voulurent pas avancer et s'arrêtèrent. Cette attitude fut un signe de la volonté divine: Notre-Dame veut rester à Buglose, et on érigea à cet endroit la chapelle destinée à abriter la statue et qui devint la " chapelle des miracles" autrefois appelée chapelle de la Fontaine."  SAINT-VINCENT-DE-PAUL.FR


Un peu plus loin, toujours sur la voie rapide D824, une épaisse fumée envahie le ciel non loin de Tartas.
Un panneau nous demande de ralentir car la zone peut être sujette au "brouillard".

Ce brouillard n'est pas vraiment naturel. Il est plutôt du aux dégagements de l'usine Tembec,
dont les structures, impressionnantes, permettent de produire de la cellulose de spécialité.
        Tartas, usine (40)

Quelques kilomètres plus tard, arrivée à Mont-de-Marsan. Là aussi, on peut contourner la préfecture des Landes en empruntant la voie circulaire. Nommée la ville aux trois rivières, c'est ici que se rejoignent la Midou et la Douze pour donner vie à la Midouze. Voilà. Hein, bon, c'est dit. Tu fais ce que tu veux de ces informations, mais ne viens pas dire ensuite que l'on ne t'a pas prévenu.

punkSinon, il faut savoir (peut être)
que Mont-de-Marsan fut également

la première ville à organiser, le 21 août 1976,
de midi à trois heures du matin,
le premier festival dit punk de l'histoire.
(Photo : LMA INFO)

 

 




Je quitte la rocade de Mont-de-Marsan pour emprunter de longues routes s'enfonçant dans les pins, mais pas longtemps finalement. C'est la D932. Dit comme ça, on pourrait croire que c'est une route fantastique, un peu comme la Route 66 ou la Nationale 7, mais non. C'est une route normale reliant Mont-de-Marsan à Captieux. Ni plus, ni moins. Elle passe également par Roquefort... rien n'a voir avec le fromage... Bourriot-Bergonce... rien à voir avec le village de Bourron-Marlotte qui se trouve en Seine-et-Marne et où bon nombre d'écrivains (George Sand, Emile Zola, De Musset,...) et peintres (Sisley, Corot, Renoir,...) ont résidé. Je m'y suis rendu il y a quelque temps pour aller voir le lieu de tournage du premier film de Jean Renoir, "La fille de l'eau". J'avais également acheté une carte postale de la ville.

Bourron-Marlotte, maison de Renoir (77)               Bourron marlotte, carte postale

Bon, on ne peut pas dire que vu comme ça, cela donne vraiment envie de peindre une toile ou d'écrire un roman.

MAIS ohlalalala, je divague là !

Revenons sur la D932 qui se termine à Captieux... rien à voir avec le mot composé captieux qui veut dire :
CAPTIEUX : Du latin captiosus. Qui tend à induire en erreur et à surprendre par quelque finesse, en parlant des raisonnements, des discours, etc.

Captieux est une commune de Gironde où durant une émission d'Intervilles en 1966, les arènes en bois s'écroulèrent sans, heureusement, faire de victimes.

La D932 se change en Nationale 524 pour contourner par voies rapides les villes et villages de Cudos, Bazas. Franchissement de la Garonne pour aller de Langon à Saint Macaire. Le paysage change. Les vignes apparaissent soudainement.
Je décide de quitter mon itinéraire original pour faire un tour du côté de la petite commune de Verdelais.

Un ange de pierre m'indique le chemin à suivre, par la petite D19.
Verdelais, l'ange montrant la route (33)

Je suis venu jusqu'ici pour aller voir la tombe du peintre Henri de Toulouse-Lautrec.
Mais le village est complètement barré pour des raisons que j'ignore.

 

Je repars en direction de Saint-André-du-Bois, Saint-Laurent-du-Bois...
au milieu des vignes.

Sauveterre-De-Guyenne, bord de route, insta (33)

Je suis dans le Médoc. Des vignes, des vignes, des vignes ! Partout ! Toutes les collines sont recouvertes de ces rangées de feuilles vertes posées sur ces plants aux racines pouvant atteindre jusqu'à 5 ou 6 mètres de profondeur.
Sauveterre-de-Guyenne, Sainte-Foy-la-Grande, Montpon-Ménestérol, Echourgnac, Ribérac, Verteillac... Ah, les noms des villes et villages se finissent en ac, je ne serai pas surpris que je sois passé de la Gironde à la Dordogne sans m'en rendre compte.

D'ailleurs,
une transition s'opère à hauteur de cet ancien bar-restaurant

de bord de route, la D970.
Sur la route, bar aux grenouilles (24)

Entre Echourgnac et Saint-André-de-Double dont les noms évoquent une poésie d'un autre temps, un bar Café restaurant abandonné expose sa haute silhouette en affichant deux noms : bar aux grenouilles et café Le Saint Rémy, signe de la difficulté à exploiter ce genre d'établissement dans ce petit coin reculé.

J'ai croisé beaucoup de ces bâtiments perdus et délaissés durant les kilomètres déjà parcourus. Ce fut des lieux de vie, de rencontres, de pauses, de découvertes. Aujourd'hui abandonnés, je me demande à chaque fois combien d etemps resteront-ils en l'état avant d'être transformés ou détruits définitivement.


Les vignes ont soudainement disparu
pour laisser place aux champs de tournesols.

Du vert au jaune.
Gout-Rossignol, route et tournesols, insta (24)

Je ne sais plus qui et quand j'ai entendu dire que le tournesol avait la particularité d'orienter sa fleur centrale toujours face au soleil. Il faut dire que son nom a été emprunté à l'italien girasole, "qui tourne avec le soleil".Pourtant, à cette heure ci de la journée, je constate que les fleurs ne font absolument pas face à l'astre solaire. Quelques recherches rapides affirment le contraire :
"Quand le tournesol est jeune, il pousse très vite au cours de la journée. Au fur et à mesure de sa croissance, il se tourne vers le soleil. Le côté à l'ombre poussant plus vite que le côté qui reçoit la lumière, sa tige se courbe en fonction du mouvement du soleil, donnant l'impression que la fleur suit le soleil. Cela est lié à l'auxine contenue dans la région apicale de la plante. Cette hormone, responsable de l'élongation cellulaire chez le végétal, migre vers le côté opposé à celui exposé au soleil. Les cellules sont donc plus grandes du côté ombragé que du côté ensoleillé." WIKIPEDIA

Il existe de nombreux noms ou expressions vernaculaires pour le désigner : grand-soleil, soleil des jardins, soleil commun, graine à perroquet, hélianthe…

Gout-Rossignol, tournesols, insta


Ici, nous sommes à Gout-Rossignol !
Quel charmant et original nom de village. On aurait presque envie d'en connaitre l'origine.

"GOUT-ROSSIGNOL : Les communes de Gout et de Rossignol ont fusionné en 1827 sous le nom de Gout-Rossignol." WIKIPEDIA

Ok. Parfait.
Hein ? Ah, c'est pas fini.
"L'étymologie relie Rossignol à ros qui signifie "rouge" et à la racine gauloise ialon qui signifie "clairière", soit « la clairière rouge » comme le confirme la couleur de la terre. Par déformation le lieu a pris le nom d'un charmant oiseau." WIKIPEDIA

Bon, d'accord. C'est tout ? On continue. Le temps passe et je ne suis pas encore arrivé au premier objectif qui est, rappelons-le : boire un Picon-Bière au bar "Chez Mamie" à Montemboeuf.

Je suis à présent la route sinueuse et hasardeuse qu'est cette Départementale 12. J'aime le chiffre 12. C'est comme ça, y'a des choses qui ne s'expliquent pas.  Par exemple, Johnny Depp,lui, adore jouer avec des poupées Barbie.
Il y a quelques années encore à Tarbes se tenait chaque année la Foire des hobbies qui réunissaient des gens qui avaient des passions et des collections d'objets plus ou moins insolites. On parlait alors de glycophilie, de glacophilie, d'esitériophilie ou encore la tégestophilie.

BREF : la D12 m'amène à traverser le village de La Rochebeaucourt-et-Argentine avant que je n'aille me perdre du côté de Combiers et Rougnac.

Après quelques demi-tours et autres détours imprévus,
je me retrouve à Charras où un STOP me met face à ce bâtiment.
Charras, ancienne épiderie (16)

J'ai peut être une passion pour les anciennes épiceries de petits villages. Je ne sais pas quel est le nom de ce hobbie ? Epicerilophile ?
Bon, en tout cas, je m'aventure à présent sur les petites routes de Charente. C'est tortueux, c'est étroit, je ne comprends pas toujours les directions que je dois suivre. D'ailleurs, je ne sais même plus où je dois aller, ni par où passer pour atteindre mon objectif.
Les petits villages perdus en pleine campagne défilent : Grassac, Marthon, Montbron, La Pouge... Tiens... Qu'est-ce que c'est que ça ?

Alors que je passais tranquillement sur la D16,
mon regard est soudainement interpellé
par un jardin privé situé sur le bord de la route.

La Pouge, bord de route (16)



Pas compris.
J'ai continué. Et quelques kilomètres plus tard, enfin, j'atteins Montemboeuf.

Il ne me faut pas longtemps pour trouver la place de l'église
sur laquelle se trouve le bar
"Chez Mamie".

Montemboeuf, Chez Mamie, insta (16)
Petite cahute à l'entrée discrète située à gauche de l'église
dans un long bâtiment blanc comprenant quelques appartements
où sèchent quelques linges depuis les fenêtres entrouvertes.
Un volet vert entrouvert exhibe un autocollant
Groland
surmontant l'affiche des tarifs des boissons.
D'étranges peintures exotiques un peu passées de couleurs
ornent les différents volets.

"Oui, et alors ?", me diras-tu.
"Eh ben voilà !", te répondrais-je

C'est quoi ce bar, hein ?
Eh bien, pour le savoir, il faut se référer au journal "Sud Ouest".

"Dans un "bled" perdu de Charente, Montemboeuf, vit une irréductible tenancière de bar. Surnom : Mamie. Profession : figure de proue du village et consul de la présipauté du Groland.
Un beau jour de 1971, à Montembœuf, dans « ce bled de morts », elle a ouvert un bar. On ne la surnommait peut-être pas encore « Mamie », ou peut-être bien que si. Qu’importe, à l’époque, elle tenait le zinc avec son mari. Celui-ci disparu, pas question de quitter les murs et son équipe de football devenue fidèle « accoudeurs » de bar. Et c’est ainsi que la place de l’église est devenue le centre du monde grâce à Chez Mamie, ouvert tous les jours « avec une petite pause quand même l’après-midi ». Et le soir ? « Ah ça dépend qui il y a ! »
Du beau monde, il y en a eu justement et il y en aura encore. Des fidèles qui ont craqué pour ce coin de comptoir unique en son genre. Accrochées aux murs, disposées de guingois, de nombreuses photos attestent de la notoriété de la cheftaine. Des témoignages qui rendent compte des anecdotes de Mamie.
L’ancienne saisonnière n’a pas son pareil pour tenir son monde. Elle a même été gravir les marches du Mont-Saint-Michel et côtoyé la mère Poularde. « Maintenant, je vais finir ma carrière ici, avec les jeunes, enfin ils sont devenus grands », raconte celle qui a servi Jean-Louis Murat, Benoît Delépine et sa bande qui ont installé le siège de la présipauté du Groland chez elle et l’ont baptisée Consul. Et elle a reçu, plus récemment, Gérard Depardieu. « Elle a même joué dans "Mammuth", révèle Charly Nebout, fer de lance du festival de L’Imprévu qui s’épanouit autour de Chez Mamie chaque début septembre. « Oh un petit rôle, rougit-elle presque. Je devais juste dire "j’ai mal à ma hanche", et en plus c’était vrai ! »
Avec ce tournage, une nouvelle victime de l’accueil de Mamie, Gérard Depardieu. En témoigne une photo placardée où la petite patronne paraît bien fragile à côté de l’acteur. « Alors je tiens à dire que Gérard n’est pas gros. Non ! On m’avait dit, tu verras il ne passera pas la porte du bar, et bien si ! Il est passé. » Sous le charme Mamie ? « Il est bien. C’est tout. Enfin, j’aimerais bien qu’il vienne dans mon bar plus souvent ! » (...)"  EMMANUELLE CHIRON pour SUD OUEST

Ben oui, ça a l'air sympa. J'aimerais bien rentrer dans ce bar, rencontrer Mamie et réaliser mon objectif de la journée : boire un Picon-bière en regardant la décoration des lieux.
Mais... ben... Non... C'est fermé !

Merde, tous ces kilomètres pour rien ?! Of... finalement, j'ai quand même vu plein de choses, traverser de beaux paysages, appris quelques histoires.

C'est la route.