Après moult détours de la Creuse à Pouilly-sur-Loire en passant par le selfie point de Nevers, Jénorme atteint enfin la frontière séparant le Bazois du Parc Naturel régional du Morvan. Ici, pas de douanier, pas de contrôle, pas de mur ni de grillage. C'est à peine si l'on distingue quelques changements dans le paysage. Et pourtant.
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

 

Ohlalalala, quelle introduction !
Nous entrons de plein pied dans un suspense haletant alors que ce n'est absolument pas le but puisque la frontière entre le Bazois et le Morvan n'est pas visible à l'oeil nu. Elle existe pourtant dans ces coutumes, son patois local et son relief. Si le Bazois est plutôt "plat", le Morvan, lui, se veut plus collineux... mot qui n'existe absolument pas dans le dictionnaire mais qui veut dire, d'après le vocabulaire jénormesque, "composé de collines".
Est-il nécessaire de séparer ces deux "mondes" pour dire que l'un, le Bazois, est plus axés sur les activités fluviales grâce au canal du Nivernais alors que l'autre, le Morvan, est plus boisé et montagnard. De riches terres composées de grands champs favorables aux cultures et aux grandes exploitations du Bazois aux pentes faiblement escarpées du Morvan parfois retenues par de grandes étendues d'eau que l'on surnomme ici comme ailleurs lac.
Quand j'étais jeune, je me souviens qu'il y avait toujours un  affrontement entre Bazois et Morvan. Je le ressentais surtout lors du matche de football-derby qui avait lieu deux fois par an entre Château-Chinon et Chatillon-en-Bazois. C'était un peu le PSG-OM de la Nièvre. Les spectateurs s'en donnaient à coeur joie pour insulter arbitre et joueurs adverses, tel un défouloir. Mais il n'était pas rare non plus que les spectateurs locaux insultent leurs propres joueurs à grands coups de patois morvandiau.
Citons des mots tels que "vieille baderne" ("vieux con"), "y bagotte !" (dans le sens de bouger dans tous les sens et inutilement), "A font qu'bourdouler !!!!" ("Ils n'arrêtent pas de se rouler par terre"), "A chougne comme un chtiot !" ("Pleurer comme un enfant"), "espèce de couessot !!!" ("sale cochon"), "Mais quel goubiot c'gourdiflot !" ("Quel maladroit cet idiot !"), "Arrête de grouer et joue don amso !" ("Arrête de te cacher dans le coins et joue un peu !"),...
Je ne connais pas le patois du Bazois, juste une expression qui est "avoir une bouaque", c'est à dire un gros ventre.

BON : frontière ou pas, nous sommes là pour nous promener, découvrir, regarder, observer, errer et consommer du carburant dans cette belle nature qui nous entoure. Aaaah oui, on en parle de l'augmentation du prix des carburants !
Il y a beaucoup de nouvelles lois ou augmentations en rapport avec la voiture en ce moment : augmentation du prix des carburants, changement des noms des carburants, baisse de la limitation de vitesse sur les départementales de 90 à 80 km/h, amende de 135 euros + 6 points en moins sur le permis si on ne laisse pas passer un piéton traversant sur un passage réservé, privatisation des voitures-radar,...
Beaucoup d'enquêtes et de coups de gueule s'ajoutent à cela. Certains disent qu'ils ne peuvent plus aller travailler car l'essence est trop chère ; d'autres remarquent que le prix des carburants par rapport aux salaires n'a pas augmenté entre 2002 et 2018 (smic horaire 2002 : 6,83 € / smic horaire 2018 : 9,76 €). Ou encore que l'Etat s'engrosse sur notre dos en augmentant ces taxes (carburants, cigarettes, baisse des pensions de retraite...).
Ajoutons à cela ceux qui défendent l'écologie en rappelant qu'il serait de bon ton de passer aux voitures électriques et nous voici dans un chaos total où tout semble vain. Ben oui parce que passer à l'électrique, c'est sympa, ça crache moins d'émissions de CO2 dans l'air, mais il va falloir produire des batteries avec des liquides polluants dedans, puis les recycler quand elles ne seront plus effectives. C'est un peu comme les panneaux solaires dont les chercheurs n'ont toujours pas trouvé la solution pour les recycler. Le tout sans parler de ces multiples objets multimédias du quotidien (smartphone, ordinateur,...) dont nous ne parvenons plus à nous passer et qui peinent à être recyclés également.

BON : quoiqu'on fasse, ça va pas ! On va tous crever !!!!! Alors du coup, eh ben moi, je suis dans le Morvan.
Et puisque nous parlions de taxes, argents, euros, tout ça, eh bien, pour entamer ce tour du Morvan, je me trouve à Montreuillon. Ah, ah, ah : ça t'la coupe, hein ?! Tu t'attendais pas à ça ?! Eh ouais, Montreuillon ! Paf, comme ça ! Faut pas m'faire chier moi ! Quand on me parle de taxes, tout ça, je vais à Montreuillon !
Et là tu me dis : "OK, on est bien content pour toi, mais c'est quoi, c'est qui, c'est où Montreuillon ?"
Eh bien..... ben ouais tiens au fait pourquoi ?

MONTREUILLON
Montreuillon, panneau villes (58)

Eh oui, Montreuillon : village-centre de la zone euro... de janvier 2001 à janvier 2007. Pour schématiser rapidement, en 2001, il y avait 11 pays dans la zone euro. Blancafort, petite ville du Cher, était alors le centre de la zone euro. Blancafort, bien connu pour son musée de la Sorcellerie, qui se trouve, en fait à Concressault à 7 kilomètres. Mais on me signale dans l'oreillette que ce musée est fermé depuis 2016 ; et qu'il vient d'être démonté pour être éparpillé un peu partout. C'était pourtant un des musées les plus visité du Cher, et l'un des rares sur la sorcellerie en France. (cf : Le musée de la sorcellerie démantelé)

Mais revenons à nos moutons... à Montreuillon !
En 2001, la Grèce a rejoint ces 11 pays ; ce qui fait que Montreuillon est devenu le centre de la zone. Mais, en 2007, c'est la Slovénie qui entre à son tour dans la zone euro redéplaçant du même coup le centre de la zone euro de Montreuillon à Mhère, autre commune du Morvan. Le dernier pays entré dans la zone est la Lituanie en 2015. Le centre de la zone se trouve à présent à Villy-en-Auxois, en Côte d'Or, ville natale du globe-trotter cycliste Luc Communod.
Sur la place du village, tout est à l'honneur de l'Euro : le panneau des villes européennes, un historique de la zone euro, une grosse pierre rose avec le sigle de l'Euro dessus,...

Montreuillon, chateau de chassyIl y a aussi un panneau touristique sur lequel j'apprends qu'à 6 kilomètres d'ici se trouve le château de Chassy.
Reconstruit en 1649 à l'emplacement d'une antique maison forte, il a eu plusieurs propriétaires dont le peintre Balthus. Ce dernier a composé ici 70 tableaux, soit plus d'un tiers de sa production.
C'est à ce moment précis que je me suis dit : "Je connais ce nom, mais je ne me souviens plus de sa peinture." bien que j'eusse évoqué son nom sur ce blog le 7 janvier 2013 dans un billet nommé "Un tour dans les Alpes". Force est de constater qu'il était déjà question de tour.

Que dire sur ce peintre français d'origine polonaise si ce n'est qu'il est né un 29 février, qu'il vécut un peu partout, notamment au château de Chassy de 1954 à 1961, et qu'il a toujours voulu rester discret.
"La meilleure façon de commencer est de dire, Balthus est un peintre dont on ne sait rien. Et maintenant, regardons les peintures", disait-il lui-même lorsqu'on lui demandait de dresser son autobiographie.

Creusons un peu plus.
BALTHUS
(1908-2001)
Balthus"Balthasar Klossowski de Rola était un célèbre artiste franco-polonais, controversé et excentrique. Cynique, il était très difficile a situer et impossible à classer et c'était ce qu'il souhaitait. Il rejetait les conventions habituelles du monde de l'art et il voulait que ses œuvres soient admirées hors considération pour sa personne. (...) Balthus était originaire d'une famille de peintres et collectionneurs d'art. Ses parents russo-polonais de nationalité allemande vinrent de Prusse orientale au début du XXème siècle pour s'établir à Paris. Balthus naquit à Paris en 1908. (...)"

 

On ne va pas faire toute sa biographie non plus. Saches que tu as un très bel article sur le peintre si tu te rends à cette adresse : MONTREUILLON.EU.

Penchons-nous sur sa production morvandelle.
"
Une partie du château fut restaurée, juste assez pour pouvoir pérenniser l'ambiance d'antan et Balthus s'y installa avec tous ses accessoires de peinture et Léna Leclercq une amie poète et romancière qui partageât sa vie un moment (illustration 2).
Peu de temps après sa cousines par alliance Frédérique Tison se joint à eux. .Elle a 14 ans et elle est une fille de la femme de son frère Pierre Klossowski.Elle devient sa muse et compagne pendant les sept ans que Balthus passe au château de Chassy.
Elle posa pour ses portraits de filles préadolescentes, fragiles et vulnérables, symboles de l'innocence, à une intimité déconcertante suspendue dans le temps. Balthus voulait immortaliser le moment suprême de la fuite de l'enfance pour "Maintenir à jamais ce que disparaît déjà.
Hormis son modèle le plus important, Frédérique, des jeunes filles des environs de Chassy vinrent également poser pour lui (illustration 4)

Ses paysages, il les peignait principalement à partir des fenêtres du château en passant d'une fenêtre à l'autre, d'un étage à un autre
C'est à partir de là qu'il fit la plupart de ses paysages. Ce fut une période très fructueuse : sur un total de 240 Huiles sur toiles il en peint 70 de Chassy. Il s'inspira des couleurs, de la lumière, les espaces plats et des paysages de la régionL'un des plus célèbre est le fameux "cour de ferme de Chassy" 1960.
Comme le traduisait Robert Kopp, "
ce sont des paysages immobiles, d'un équilibre géométrique parfait, réduits à l'essentiel, ou le temps s'est arrêté, transformant hommes et bêtes en objets. Aucune dramaturgie, un décor fait de volumes, de lumière et d'ombre ... Hors du temps, la grande cour de la ferme, hors du temps, le troupeau de la vallée de l'Yonne, le paysan près de sa vache. Mais hors d'un espace géographique précis également."
balthus        Cour de ferme, Chassy
Balthus, nu devant la cheminée, 1955       Balthus paysage Morvan
Jusqu'à la fin de sa vie, Balthus traita des mêmes thèmes et des mêmes symboles : le chat, le miroir, l'intérieur intemporel et la jeune fille. On voit les concordances avec Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll qui fait descendre Alice dans le miroir et la fait atterrir dans un monde plein de miracles ou elle vit toutes sortes d'aventures. Balthus donna le titre à son tableau "Alice dans le miroir" en 1933 (centre G.Pompidou) en s'en inspirant. Mais on retrouvait toujours dans sa peinture, les intérieurs sombres avec des dessins et des tapisseries magnifiques dans lesquelles on retrouvait sa virtuosité de dessinateur de décors et costumes et qui respirait une intemporalité étrange, un temps figé !
Tel un ermite il sortait à peine, il n'avait pas de téléphone, ni eau ni chauffage et dans les cas extrêmes il téléphonait à l'hôtel-restaurant voisin. La population locale le connaissait comme Comte Klossowski de Rola et peintre mais il était surtout apprécié pour sa gentillesse et tous l'appelaient simplement "Balthus".
De temps à autre il y recevait quelques visiteurs comme son ami suisse peintre et sculpteur Augusto Giacometti et le galeriste Pierre Matisse de New York.
En 1961 le Ministre de la culture et écrivain, André Malraux le nomma Directeur de l'Académie de France à Rome qui siégeait à la Villa Médicis, ce fut la fin de son séjour au château de Chassy. (...)"  MONTREUILLON.EU

 

Voilà !
Reprenons la route.

Et puisque nous parlions d'euro et de centre de la zone euro, je passe maintenant à proximité de Mhère... comme ça se prononce.

Mhère, euroLe village fut lui aussi centre de la zone euro,
du 1er janvier 2007 au 1er janvier 2008.
Et ce point se trouvait au milieu des bois sur les hauteurs.

 

 

 

 

 

 

Aujourd'hui, les randonneurs et autres personnes de passage sont plus attirés par le simple charme de Mhère et sa chapelle du Banquet où nous nous étions rendus en septembre 2015 (cf : La chapelle du Banquet). Elle est toujours là et on peut l'apercevoir depuis la D238.

 

JEU
Sauras-tu retrouver la chapelle du Banquet
dans cette photo.

Mhere, chapelle du Banquet 1 (58)

OUI BRAVO !
Effectivement, elle était bien ici.
Mhere, chapelle du Banquet 1 (58) a

Attends, on va se rapprocher un peu,
on ne la voit pas bien.
Mhere, chapelle du Banquet 2 (58)

Attends, on va se rapprocher un peu,
on ne la voit pas bien.
Mhere, chapelle du Banquet 3 (58)

Attends, on va se rapprocher un peu,
on ne la voit pas bien.
chapelle banquet

Attends, on va se rapprocher un peu, on ne la voit pas bien.
Oh eh, ça suffit maintenant !

Aujourd'hui, pas de randonnée à la chapelle du Banquet de prévu, mais juste un passage au centre de ce petit village perché au charme typiquement morvandiau.

 

MHERE
Mhère

Et ce jour là, il y avait tournage. L'équipe du film "Les vétos" s'était installée dans le seul bistrot du village pour faire quelques plans. Ce film de Julie Manoukian (son premier) relate des querelles entre les anti et les pro-Alexandra (Noémie Schmidt), cette vétérinaire remplaçant Nico (Clovis Cornillac). Le choix du lieu de tournage a été retenu pour son "côté intemporel".

"Sur les hauteurs morvandelles, l'automne impose un vent frais, tandis que les projecteurs chauffent la façade du café de Jon. Les figurants sont en sandales, la scène se passe au mois de juillet. Dans le café du village, réquisitionné pour l'occasion, le maire et l'agriculteur boivent tranquillement un coup, quand le vétérinaire rentre et que le ton monte. Devant la caméra, le maire campé par Antoine Chappey vient de se faire tancer par Clovis Cornillac, le véto en chef. L'ambiance n'est pas formidable au village entre les pro et les anti véto remplaçante.
Ça, c'est pour les besoins du scénario, mais l'ambiance à Mhère est parfaite. Comme le village 'trouvé par hasard'. À l'instar du Morvan. "Notre producteur, en regardant la carte, nous a dit : dans le Morvan, il y a forcément de jolies choses.", et tout le monde est tombé sous le charme de 'cette place intemporelle, d'un petit village de France', raconte Samule Amar, directeur de production qui a veillé à chaque détail. De la place de l'imposante église, sur laquelle stationnent près de dix camions de matériel divers. Il a fallu trouver des fermes, des éleveurs, des maisons dans lesquelles les faire habiter. (...)
Le tournage a été interrompu à cause d'une voiture qui s'est arrêtée sur la route qui passe devant le café de Jon. La circulation n'est pas coupée, le principe étant de ne pas géner la vie des habitants -régulièrement spectateurs de l'animation et profitant de la présence des acteurs pour faire des photos. (...)
Thierry aussi est content. En vacances dans le village de son enfance, il se souvient, mais c'est tellement loin, des quasiment mille habitants que comptait Mhère, quand son grand père agriculteur allait à la foire aux bestiaux, sur la place noire de monde. "Il y avait des commerces, un restaurant et même un hôtel." Si ce temps est révolu, des évènements comme le tournage des Vétos viennent rompre le confortable silence de la campagne."  LE JOURNAL DU CENTRE

Ce tournage a également vu la naissance de Désiré, un petit veau mis à bas par 3381, alias Doudoune ou Louloute devant les caméras avec l'aide de l'actrice Noémie Schmidt dans l’écurie de l’exploitation agricole de Catherine Sébille, à Liez, hameau de Mhère. Elle est conseillée et guidée par Maxime Chassaing, vétérinaire au cabinet vétérinaire de Corbigny, cabinet attitré de l’exploitation.

 

meurtre morvanUn autre tournage, de téléfilm, a eu lieu également dans une autre partie du Morvan.Certains se réjouissaient de cette venue en pensant que cela pourrait attirer des visiteurs. Pourquoi pas, mais cela dépend à quelle fin... parce que, bon, "Meurtres dans le Morvan"... hein... vois-tu... faudrait pas que ça nous ramène une population touristique de serial killer ! Et puis moi, ça m'énerve toutes ces séries à la con sur des meurtres. Comment se fait-il que les gens s'intéressent à cela ? Ils peuvent regarder des émissions ou des films ou des téléfilms un peu plus intelligents, merde ?!

 

Je continue.

De Mhère, je voudrais rejoindre Ouroux-en-Morvan, mais les petites routes morvandelles ne se donnent pas comme ça. Dans cette partie du parc naturel régional, il n'est pas si simple d'aller d'un point à un autre. C'est ainsi que je me retrouve sur ce qui est nommée depuis peu la route des crêtes du lac de Pannecière.

Lac de Pannecière, vue depusi la route des crètes (58)

Je ne suis pas si éloigné que ça de la route que j'aurais du prendre. J'ai du prendre à droite au lieu d'aller à gauche, ou l'inverse. c'est pas grave, mais puisque nous sommes ici, pourquoi ne pas aller faire un petit tour sur les rives de ce très beau lac dont nous avons maintes fois parler sur ce blog (cf : EN DIRECTION DU LAC) Donc je ne reviendrai pas sur son origine, ses multiples propositions touristiques et autres.

Lac de Pannecière, Ardoux, octobre 2018 (58)        Lac de Pannecière, Ardoux, octobre 2018

Lac de Pannecière, les Vouas, octobre 2018 (58)         Lac de Pannecière, les Vouas, octobre 2018

Là encore, comme vers Saxy-Bourdon, on s'inquiéte du faible niveau d'eau dans le lac qui semble, par endroits, être redevenu cours d'eau ; cette rivière que fut l'Yonne avant d'être "gonflée" par un barrage, donnant naissance au lac de Pannecière pour limiter les inondations parisiennes... Si tu ne comprends pas tout ce que je dis, tu peux retrouver l'histoire du barrage du lac de Pannecière sur ce site : Patrimoine du Morvan.

Quittons la vallée de l'Yonne... du lac pour reprendre un peu de hauteur. Des 320 mètres d'altitude où se situe le lac, j'arrive à Ouroux-en-Morvan posé sur sa colline à 569 mètres d'altitude.
Alors, Ouroux-en-Morvan, j'en ai souvent parlé ici sur ce blog, notamment pour le festival Partie(s) de campagne (cf : Les vacances : que faire ? et Tournée des Festivals d'été), mais je n'avais jamais dit qu'au cours de l'année 1944, plus précisément à partir de mai 1944, le village était devenu préfecture de la Nièvre pendant quelques semaines. Cela tenait au fait que cette zone fut libérée avant le reste du département. Cette information me permet d'enchainer avec le but de ma visite aujourd'hui.

Il n'y a pas de festival -il a lieu en juillet et nous sommes en novembre-, mais le village a d'autres atouts... Bon, force est de constater qu'en cette saison, il est un peu compliqué de trouver quelques activités. Les commerces ne sont pas vraiment ouverts, les rues sont quelque peu désertes... Là-bas, un loup hurle à la mort !!!! N'exagérons pas.
La plupart des commerces sont fermés, certes, mais les sentiers de randonnée, eux, sont accessibles toute l'année. Et PAF prends ça dans la tronche, toi l'être humain consommateur de denrées périssables dont parfois tu n'as même pas besoin.
DONC je prends encore un peu d'altitude pour me rendre dans la forêt de Coeuzon, à 584 mètres d'altitude, sept kilomètres après Ouroux-en-Morvan. Pour atteindre ce lieu, il faut emprunter quelques petites routes, puis un chemin sévèrement montant.
Quelques minutes plus tard, j'arrive au coeur de la forêt.

 

COEUZON
CIMETIERE FRANCO-BRITANNIQUE
Coeuzon, cathédrale de verdure, cimetière

J'arrive dans un haut lieu de la résistance morvandelle et française. Pendant l'Occupation (1940-1944), le Morvan abritait une trentaine de maquis. Ses caractéristiques géographiques constituaient un refuge "idéal" pour ce combat.
En empruntant le chemin allant de Coeuzon à ce lieu de recueillement qu'est le cimetière franco-britannique (également appelé "cathédrale de verdure"), j'ai pu lire différents panneaux retraçant l'histoire du plus important maquis morvandiau : le Maquis Bernard.

Coeuzon, cathédrale de verdure, cimetière, panneau          Coeuzon, mémorial maquis (58)

Fondé en 1943, il était composé de 1200 hommes début septembre 1944. A partir de juin 1944, l'Etat Major départemental de la résistance nivernaise et des parachutistes anglais du Special Air Service combattaient à ses côtés.

Coeuzon, panneau maquis (58)Le Maquis Bernard marqua profondément
la vie de toute cette région,
notamment par le soutien
apportée par la population dévouée
à la cause de ces résistants.

 

 

Après la défaite de l'armée française en juin 1940, la Nièvre est occupée par les troupes allemandes. En réponse au discours du maréchal Pétain à cesser le combat le 17 juin 1940, le Général de Gaulle lance un appel depuis Londres dès le lendemain, un appel à la résistance, refusant l'armistice et incitant la population à poursuivre la lutte contre l'occupant. La Nièvre devient alors un important refuge de résistants où se développent de nombreux maquis, 48 au total. Une ligne de démarcation est tracée le 22 juin 1940, séparant la France occupée de la France dite "libre". Elle sera supprimée le 1er mars 1943 après l'invasion de la zone sud par les troupes allemandes. Cette initiative renforce et dynamise les différents maquis. Il n'y a plus d'échappatoires. Il faut résister encore et toujours, lutter, combattre !
En janvier 1944, une trentaine de maquisards est regroupée autour de Louis Aubin, dit Bernard, en pleine Forêt Chenue. À la suite de dénonciations, le maquis est scindé en quatre groupes et dispersé aux alentours : Quarré-les-Tombes, Saulieu, Montsauche et Moux. Quelques mois plus tard, Louis Aubin et Joseph Pelletier rassemblent leurs groupes et installent le maquis Bernard à Coeuzon. La résistance s'organise en Bourgogne. Les hommes fuient le Service du Travail Obligatoire pour s'enfuir dans les maquis morvandiaux. Ce fut le cas, notamment, pour René Chaumien qui s'engagea dans le maquis après l'annonce du STO. Etil ne sera pas pas le seul: "le même jour nous étions neuf à intégrer le maquis", se souvient l'ancien résistant.

"Au maquis, René Chaumien est boulanger. Un rude travail dans le danger permanent: la nuit il faut parcourir le territoire pour aller ramasser dans les nombreux moulins entraînés par les cours d'eau du Haut Morvan la farine qui servira le jour à pétrir et cuire, dans une ferme amie de Savelot, le pain nécessaire pour nourrir 1200 hommes."  GENS DU MORVAN

Les Allemands redoutent cette forêt qu'ils ne maîtrisent pas. Stationnés à Château-Chinon, ils ne risquent que de rares incursions sur le secteur entièrement contrôlé par les hommes du Maquis Bernard qui se déplacent comme des poissons dans l'eau parmi une population toute acquise à leur cause.

Coeuzon, cathédrale de verdure (58)           Coeuzon, cathédrale de verdure, cimetière

Je reste un peu dans la forêt face au cimetière militaire édifié afin d’y recevoir les corps des combattants, victimes des combats de la Libération. Il se trouve au même emplacement depuis le premier mort du maquis Bernard, Jacques Chataigneau, tué lors de l’attaque de La Verrerie (Montsauche) le 24 juin 1944.
27 tombes sont réunies dans ce cimetière : 20 résistants morts au combat et 7 aviateurs anglais abattus par la DCA.
Derrière l'alignement des croix blanches, une rangée d'urnes. L'intensité de la vie et du combat menée ici fut tellement forte que d'autres résistants et soldats anglais ont tenu à ce que leurs cendres soient déposées en ces lieux, comme André Bouquin (décédé en 2004), Arthur "Chippy" Wood (décédé en 2005),...

"Le capitaine Bernard (Louis Aubin) et le capitaine Joseph (Joseph Pelletier) étaient à la tête du maquis Bernard ; qui d’Avril à septembre 1944 compta : 1200 hommes (2 bataillons de FFI, forces Française de l’intérieur) et dès juin 1944 1 bataillon de parachutistes Anglais du SAS (Spécial Air Service), un hôpital de campagne, un terrain de parachutage , un cimetière Franco-Anglais. Il abritait l’état-Major départemental de la résistance FFI du Colonel Roche et le 1er préfet de la Nièvre M. Robert Jacquin , nommé par le Gal de Gaulle. Le parc auto a été bombardé le 9 août 1944 il était composé de 86 véhicules. Les villages voisins de Savelot et de Coeuzon ont été faits « membres d’honneur » du maquis Bernard, en reconnaissance de l’aide apportée par les habitants (de courageux patriotes) qui ont hébergé les blessés, transporté les parachutages avec des bœufs, cuit le pain des résistants. Au fond de la vallée se trouvait le 3e terrain de parachutage nom de code « FINE » équipé d’un émetteur récepteur de guidage d’avions. L’axe était balisé par 3 phares d’auto sur batterie. En juillet et août 1944 il reçut 12 parachutages nocturnes, (hommes, jeep, canons de 57, armes, munitions, essence, médicaments, évacués avec les bœuf des habitants) Dans ce cimetière de juin à septembre 1944 ont été inhumés : 7 aviateurs de la RAF (bombardier abattu par la DCA Allemande) 21 résistants morts au combat contre l’occupant; et venant de différents maquis."  F6MIG

Au départ d'Ouroux, une randonnée (Circuit du Maquis Bernard) effectue une boucle en passant par l'ancienne gare de Coeuzon qui servit de prison sous l'Occupation, une reconstitution de cabane de maquisard, le camp des S.AS, 'l'infirmerie du camp' et enfin l'endroit où eut lieu l'embuscade du 24 juin 1944.

Je n'emprunterais pas le sentier complet aujourd'hui. Je retourne la voiture pour reprendre le chemin qui descend vers le lieu-dit, pusi je rattrape la route qui s'en va vers Montsauches-les-Settons. Et qui dit "Montsauches-les-Settons", dit "lac des Settons". Mais attention : le lac des Settons ne touche absolument pas Montsauches-les-Settons. Non parce qu'on pourrait se dire  -et c'est normal-  : "Ah ben, à Montsauche-les-Settons, il doit y avoir le lac des Settons vu qu'il y a le mot "Settons" dedans !"
Eh ben non !

Le lac se trouve à 5 kilomètres de la petite commune de 540 habitants. Au début du XXème siècle, Montsauche-les-Settons était desservie par le Tacot du Morvan, un chemin de fer à voie étroite qui reliait Corbigny à Saulieu. La fonctionnalité de cette ligne prit fin en 1939. Montsauche-les-Settons fut ensuite en grande partie détruite le 25 juin 1944 par les troupes allemandes qui se retiraient du Morvan. Elle fut reconstruite par la suite, mais durant cet évènement tragique, toute la collection communale des registres paroissiaux détenue en mairie depuis la Révolution française disparut en fumée. La commune est à l'honneur en cette période de fin d'année puisque c'est elle qui fournit le sapin de Noël qui décorera la cour de l'Elysée.
Je me lance en direction du lac afin d'y retrouver mon père, Daniel, pour notre traditionnelle randonnée d'automne. Cette année, nous avons décidé de faire le tour du lac des Settons. Le parcours sera beaucoup moins long et moins difficile que les années précédentes.
En fait, notre objectif primordial est...

 

DANS NOTRE PROCHAIN ÉPISODE

Nous verrons quel est cet objectif bien mystérieux que Daniel et Jénorme se sont fixés en voulant faire le tour du lac des Settons.