Le sentier des poètes de Sauveterre-de-Béarn. Des images se pressent alors dans mon esprit quant à l'évocation de ce lieu. Poète, sentier, Sauveterre, Béarn, de. Qu'allais-je y trouver ? Des poèmes ? Des fleurs ? Un lieu isolé propre à la contemplation en rimes ? Des gens qui vendent des trucs bio ?
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

 

Cette nuit, j'ai fait un rêve.
Nous marchions sur une plage un peu comme celle-ci... ah non, ça, c'est Joe Dassin.
Nous marchions le long d'une route avec quelques amis dans une ville du sud-ouest de prime abord inconnu, comme les villes le sont toutes dans les rêves inoppinés, quand soudain, ne voilà-t-il pas.... Pardon, l'habitude.
Quand soudain une voiture déboule d'on-ne-sait-où pour louper un virage et passer au-dessus d'un pont afin d'aller s'enfoncer dans les eaux devenues glacées de la rivière passant en dessous. Avec les amis présents, nous regardons le triste spectacle de cette voiture s'enfonçant dans la glace immobile, figée. Il s'agissait d'une 205, couleur beige. Cela n'a peut être pas d'importance, mais la marque était là.
"Qu'est-ce qu'on fait ?", lance un d'entre nous.
"On ne va risquer de plonger dans les eaux glacées pour sauver le conducteur, nous risquons également de tous y rester. Six morts pour secourir une personne, c'est beaucoup trop.", répond un autre.
Soudain... Oui, il y a beaucoup de soudaineté dans les rêves... L'eau glacée disparaît pour laisser apparaître l'arrière de la voiture. Nous décidons alors d'intervenir en allant sauver la personne bloquer. Nous arrivons à hauteur du véhicule et nous faisons sortir la personne par le coffre arrière. Nous le ramenons sur la berge. Il nous remercie vivement, puis nous annonce qu'il est djihadiste. Nous restons coi. Du coup, il nous offre une photo dédicacée de lui...
Là-dessus, je me réveille.

Putain ! C'est zarb, non. Je ne sais pas ce qu'en penserait Freud, mais le trouble est là.
Et ce questionnement : pour ou contre sauver un djihadiste de la noyade ? C'est un être humain, non ? Peut être serait-ce le prochain sujet du bac de philosophie...

 

C'est donc avec ce rêve dans la tête que je me suis réveillé par ce beau matin de mai où les fleurs volent au vent, Où les fleurs volent au vent si jolie mignonne,
Où les fleurs volent au vent si mignonnement et gangnagni, et gnagnagna. C'est quoi la suite déjà ?
♫ "Le fils du roi s’en va, s’en va les ramassant (x2), S’en va les ramassant si jolie mignonne, S’en va les ramassant si mignonnement.
Il en ramasse tant qu’il en remplit ses gants (x2), Qu’il en remplit ses gants si jolie mignonne, Qu’il en remplit ses gants si mignonnement. ♫
Il les porte à sa mie pour lui faire un présent (x2), ♫ Il les porte à sa mie si jolie mignonne, Il les porte à sa mie si mignonnement.
Prenez, prenez, dit-il, prenez voici mes gants (x2), Prenez, prenez ces gants, si jolie mignonne, Prenez, prenez ces gants, si mignonnement.♫
♫ Vous ne les mettrez guère que quatre fois par an (x2), Que quatre fois par an si jolie mignonne, Que quatre fois par an si mignonnement.
À Pâques, à la Toussaint, Noël et la Saint-Jean (x2), Noël et la Saint-Jean, si jolie mignonne, Noël et la Saint-Jean si mignonnement." ♫

Ehla, c'est quoi ces conneries ? Mais qu'est-ce qui est passé par la tête de l'auteur de cette comptine pour écrire de telles paroles ? A quoi pensait-il ? A quoi avait-il rêvé ? J'ai cherché partout l'auteur de ces rimes, mais je n'ai rien trouvé.

BREF : c'est avec ce rêve étrange dans la tête que je me suis réveillé par ce beau matin de mai. Inconsciemment, certaines images du lieu me restaient en tête. Ce pont, cette rivière dans laquelle se jetait la 205 beige me faisait penser au pont de Sauveterre-de-Béarn.
Ni une, ni deux, ni trois, ni rien du tout, je décidais d'appeler Maître Arnaud pour lui demander si cela ne lui dirait pas d'aller faire un tour à Sauveterre-de-Béarn, histoire de voir si les fleurs volent au vent si mignonnement... euh qu'est-ce que j'raconte ?!... histoire de voir si, si, si... je sais pas.
J'appelle Maître Arnaud.
JENORME : "- As-tu ?"
"As-tu" veut dire "Comment vas-tu ?", mais on supprime le "Comment" pour aller plus vite sachant que, de toute façon, nous n'écoutons pas la réponse.
MAÎTRE ARNAUD : "- Ça va, tranquille..."
Réponse automatique à laquelle il faut de suite ajouter...
JENORME : "-Eh oui, c'est le sud-ouest ici."
Tu vois : tout ceci fonctionne tel un code. C'est un peu comme le coup de la blanquette dans "OSS 117".

JENORME : "- Dis don', comme ça pour rien, ça te dirait pas d'aller à Sauveterre-de-Béarn pour voir si tout est bien en place là-bas ?"
MAÎTRE ARNAUD : "- Boh... Ça te dirait pas plutôt d'aller à BIP voir si Murray Head a repeint son portail ?"

Alors... Bon... ici, comme tu peux le voir, chère lectrice, cher lecteur, il y a plusieurs codes.
1) Le BIP est là pour masquer le nom du village où habite Murray Head afin qu'il ne soit pas embêté par ses fans.
2) Tu ne sais pas qui est Murray Head ? Ben, eh, enfin ?! Mais t'es né quand ? Murray Head quoi ?! Say It Ain't So, quoi ?! Et puis, bien sûr, le fameux "One night in Bangkok" !!! Chanson sortie en 1984 ! Première dans plusieurs charts mondiaux, dont la Belgique, l'Allemagne, l'Australie, l'Afrique du sud, le Canada... Ben ouais, eh oh !
3) Quand Maître Arnaud cite le nom de Murray Head dans une phrase en réponse à une question, cela veut dire equ'il n'est pas bien emballé par la proposition. C'est alors qu'il faut insister en trouvant une idée originale.

JENORME : "- On pourra aller boire une bière belge au bar panoramique."
MAÎTRE ARNAUD : "- Ok, et puis Nisca pourra aller courir dans cet endroit qu'elle adore et qui s'appelle l'île des poètes."

Eh bien là, pour le coup, je n'ai pas suivi. Y'a t-il un code ou pas ?
1) Bon, Nisca, OK, je sais qui c'est puisqu'il s'agit de la chienne de Maître Arnaud.
NiscaNisca blue Steel

2) Mais l'île des poètes ?... À Sauveterre-de-Béarn... Un village à la frontière du Béarn... Une île... Des poètes... Qu'y-a-t-il sur cette île ? Qui vit sur cette île ? Qui est venu sur cette île ? Est-elle si inspirante pour que des poètes soient venus s'y échouer ? Et qui sont ces poètes ? Sont-ils encore en vie ? Vivent-ils en ermite ? Peut-on leur jeter du pain ou des cacahuètes ?

Tout ceci était bien intrigant. Il n'y avait plus un instant à perdre.
Je mets mon blouson de mai où les fleurs volent au vent, je sors, je rejoins la voiture, je monte dedans, je démarre, je passe la marche arrière... Oui bon, on va passer sur les détails... et après avoir traversé des villes et villages aussi variés que Briscous, Bardos, Bidache... Tiens, c'est bizarre : toutes ces villes commencent par un B. C'est un code ? Y'a un truc que l'on veut me dire ? Came, Escos, Abitain, Athos-Aspis et et et et Sauveterre-de-Béarn. C'est ici que je retrouve Maître Arnaud et Nisca, ou l'inverse.

Pour se rendre sur l'île des Poètes... Alors, bon, déjà, il y a une erreur : cela ne s'appelle pas l'île des Poètes, mais l'île de la Glère.
Aaaaaahhhh ben ouais, mais c'est pas pareil ! Poètes, Glère... Hein, hein... Tu peux chercher longtemps sinon. Imagines : t'arrives à Sauveterre-de-Béarn et tu demandes aux autochtones;
TOI : "- Pardon, je cherche l'île des Poètes ?
AUTOCHTONE : "- Ah, je ne connais pas."
Eh ouais, chaque mot à son importance. Par exemple, pour cette annonce du Bon coin, il n'est pas sûr que tout le monde aurait compris ce que cette personne voulait vendre s'il n'y avait pas une photo jointe au texte...
                                                   les mots

Autre exemple de l'importance des mots et des noms avec cette réflexion...
                                                    les mots

Eh oui, il faut penser à tout cela. Chaque chose à sa place et les vaches seront bien gardées.

DONC : pour se rendre sur l'île de la Glère... Aah, déjà, ça sonne moins bien. Glère, glaire. La poésie s'en est un peu t'allée, comme dirait John Malkolinge.

DONC pour se rendre sur l'île de la Glère, il faut aller dans le bas de Sauveterre-de-Béarn, là où coule le gave d'Oloron ; et plus précisément là où, tout à coup, il se coupe en deux pour former un îlot de terre.

plan sauveterre

Une fois la voiture posée devant l'entrée du camping du gave, tu n'es pas obligé de louer un mobil-homependant une semaine pour te rendre sur l'île tant convoitée. Il y a un petit sentier de traverse qui s'est frayé un passage entre les bord du gave et le camping. Celui-ci te conduit sur un pont métallique enjambant la rivière pour te permettre d'atteindre les rives de l'île de la Glère. Et c'set sur cette île que se trouve le fameux sentier des Poètes... Enfin fameux, on va voir. Toujours est-il que Nisca, elle, une fois lâchée, est déjà partie à toute berzingue respirer l'air poétique de l'endroit.

En ce qui me concerne, quand on me parle "Poésie, poètes, poèmes, tout ça", dans un premier temps, je repense à ce poème que j'avais écrit quand j'étais au CE2. J'étais alors à Nevers, à l'école Georges Guynemer, du nom de ce célèbre aviateur, mort au combat à Poelkapelle (Belgique) le 11 septembre 1917 dans sa vingt-deuxième année. Sa devise était "Faire face". Bon ben, voilà.
J'étais donc au CE2 à Nevers, dans l'école primaire Georges Guynemer. Mon institutrice s'appellait Mme Vaugirard. Elle avait été étonné en début d'année lors du remplissage des demi-feuilles sur lesquelles tu écris tes nom, prénom, date de naissance, sport pratiqué... que je répondes "vétérinaire" à la question "Métier souhaité".
Mme VAUGIRARD : "- Ah, c'est original. D'habitude, c'est pompier ou gendarme."
Et puis les mois ont passé, et en avril, il nous était demandé d'écrire un poème pour la fête de l'école. Chaque élève en écrit un, ou presque. Moi, devant l'éclosion des fleurs de printemps, je décidais d'écrire un poème sur l'automne. Bon... je sais pas pourquoi... Les feuilles mortes qui tombent m'inspiraient plus que les fleurs écloses, peut être... Toujours est-il que ce poème fut retenu pour que je le lise sur scène pour la fête de l'école. Je ne me souviens plus trop de quoi ça parlait ormis des feuilles oranges, des arbres jaunes et du vent qui souffle.

Bon... euh... de quoi on parlait déjà ?
Ah oui, poème, île de la Glère, sentier des poètes.
Dans un second temps, quand on me parle "Poésie, poètes, poèmes, tout ça", plusieurs images me viennent en tête, comme ces changements de temps utilisés parfois par les poètes pour donner de l'éclat à leurs rimes et leurs propos. Je trouve cela un peu ronflant, et si ça ne tenait qu'à moi, je proposerais...

ls mots

Dans un troisième temps, quand on me parle "Poésie, poètes, poèmes, tout ça", une image me vient en tête. Une sorte de truc décalé, pas vraiment beau, pas vraiment cohérent... Un peu comme le rêve que j'ai fait cette nuit et qui, finalement, m'a conduit jusqu'ici aujourd'hui. Tu vois, le genre de truc un peu comme ça...

poète

Et puis... et puis... Dans un quatrième temps, ce premier week-end de mai est aussi le premier week-end sans Jean-Pierre Marielle... Ben oui... Je l'aimais bien Jean-Pierre Marielle... Cette voix grave, cette façon de faire surgir la poésie au détour d'un mot, d'une phrase, d'un dialogue, d'une rencontre. A-t-on envie de "Dénoncer son porc" quand on regarde et que l'on écoute ces mots prononcés par Marielle lors de cet extrait des "Galettes de Pont-Aven" ?

Oui alors, je te vois venir avec tes grand s sabots sur tes grands chevaux. Tu vas me dire :
TOI : "- Oh eh putain, arrêtez de rendre hommage à Jean-Pierre Marielle en ne citant que "Les galettes de Pont-Aven" ?! Il a fait tant d'autres films, différents, exotiques, originaux !"
MOI : "- Oui, tu as raison. Plus de 100 films à son actif, le gars ! Et sans parler de la pub pour le calvados Père Magloire !
Citons... Putain, y'a une belle cinématographie... Ah non, si j'en choisis un, j'en oublie d'autres. Non, vas voir toi même en cliquant ici : Filmographie de Jean-Pierre Marielle."

Et finalement, par ces différents exemples, qu'est-ce que la poésie, hein ? Eh, oh hein, gamin ?! C'est quoi la poésie ? Du beau, du mignon, du bien parlé, du bien pensant, de la sonorité, de l'interprétation, de la devination, de l'invention, de la sonorité, du romantisme, de la dépression, de la couleur sur du noir et blanc ou l'inverse ? Hein ? Ou simplement une appréciation personnelle ? Des mots qui touchent à une période donnée, à un instant T ou un moment I ? La poésie est-elle universelle ? A-t-elle des codes ? Faut-il obligatoirement parler en rimes ou la poésie se manifeste-t-elle aussi au détour d'une phrase, d'un dialogue, d'une image, d'une bière... oui, non, ça, je dis ça parce que j'écris ces mots en direct, mais je commence à avoir soif, donc excuse-moi pour ce petit moment de coupe mais je vais aller me chercher une petite bière...

En attendant, je te propose de partager cette annonce via tes réseaux sociaux, facebook, tweeter, snapchat, instagram, picépicécolégram afin que l'on en finisse avec cette histoire...

doudou

 

Voilà.
Alors, où en étions-nous ?

Rêve, djihadsite, photo dédicacée, Murray Head, Sauveterre-de-Béarn, Nisca, Maître Arnaud, blanquette de veau, île, poésie, Jean-Pierre Marielle, bière, doudou. OK, super, bravo !

Nous voici, Nisca, Maître Arnaud et moi-même à l'entrée du sentier des poètes qui se trouve sur l'île de la Glère à Sauveterre-de-Béarn.
Eh ouais. Ben tiens. Hop.

Alors, bon, bien sûr, à quoi s'attendre ? Quel va être la teneur de ce sentier ? Y'aura-t-il des parfums ? Y'aura-t-il des intervenants ici et là qui viendront tour à tour narguer nos oreilles à coups de rimes de bons aloi ou autres mots bien pensants offrant ondes et méditations à nos esprits alertes en cette nature verdoyante de début de printemps aux saveurs multiples de... OOOH TA GUEULE !!!!!!

Nous passons sur la passerelle enjambant le Gave d'Oloron. Nous sommes à présent sur l'île de la Glère. La météo est la même que sur le continent. Nous avançons. Très vite, un panneau nous rappelle que nous sommes ici.

carte
Putain, les nouvelles vont vite !

Et c'est parti pour la grande aventure !
Mais attention, ici, nous sommes ici, mais nous sommes surtout ici dans le Béarn, et le Béarn n'est pas une région comme les autres.
Au cours de mes quelques périples dans ces contrées, j'ai pu constater quelques originalités pas banales. Oui, le Béarn est surréaliste, le Béarn est joueur, le Béarn est rigolo, le Béarn aime surprendre, étonner.
Des exemples ? Fastoche !

LAAS
laas
          laas
Sa frontière, sa douane, son centre du monde

            OGENNE-CAMPTORT
Ogenne-Camptort
                                      Sa table d'orientation

SALIES-DE-BEARN                   
salies de béarn

Son sanglier ensalé                                        

                              NAVARRENX
navarrenx

                             Son rond-point

SAUVAGNON                         
Béarn

Sa machine à tracer                                               

 

BON, EH, OH !
ON SE LANCE
SUR CE SENTIER
DES POÈTES
OU BIEN ?

Mais oui, bien sûr, on n'est pas venu ici pour semer de la terre comme on dit dans la Nièvre. De la Sauveterre même, devrait-on dire, hein ? Ah, ah, ah ! Bon ok, on y va. Mais je t'aurais prévenu : les Béarnais ne font rien comme les autres : et s'ils se disent "Sentier des poètes sur l'île de la Glère", c'est forcément qu'il va y avoir un truc inadéquate, ou inopportun , ou surréaliste.

Nous commençons la balade en nous postant devant un panneau qui nous explique l'Histoire du Gave, l'Histoire de l'île, sa formation, sa faune, sa flore, ses espoirs, ses déceptions, sa musique préférée, ce qu'elle veut faire plus tard... Mais qu'est-ce que je dis ?
Nous avançons sur un sentier étroit. Le Gave à nos côtés écoule ses eaux rapides. On entend à peine les oiseaux avec ce tohu-bohu aquatique. Les arbres exposent leurs feuilles déjà bien vertes. Quand soudain... Une poubelle ! Une belle poubelle, de belle facture, boisée, bien encerclée, avec une fermeture solide et utile. Et sur cette poubelle... un poème.

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Un poème de Pierre Marbeuf, poète baroque du XVIIème siècle, né à Sahurs. Donc rien à voir avec Sauveterre-de-Béarn. Je veux dire par là qu'il n'est pas né ici, en Béarn. On aurait pu penser que le sentier des poètes aurait été un recueil de poèmes de poètes locaux. Mais non. Enfin, apparemment, avec ce premier extrait, cela ne semble pas être le cas.

Nous continuons d'avancer tranquillement. Nisca fait des allers-retours, comme seuls les chiens savent les faire. On l'appelle, elle arrive. Elle nous regarde, puis s'enfonce dans un fourré avant de ressortir quelques minutes plus tard d'une lointaine distance. C'est un peu surréaliste aussi.

Mais, là, attention,
STOP CONTEMPLATION
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Étonnante nature. Regarde qui poursuit son existence alors que ses racines semblent si éloignées de la terre nourricière.

MAIS HOP,
SUR NOTRE GAUCHE,
UNE ÉTRANGETÉ !
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Comment cet empilement de pierres tient-il en suspend ? Les cailloux sont-ils collés les uns aux autres ? Pourquoi avoir fait cela ? Et pourquoi ici ? Cela me fait penser à cette information tombée hier, en direct de Dunbar en Écosse où eut lieu le premier championnat d'Europe d'empillement de pierres...

championnat

Ça fait du bien au moral une bonne nouvelle comme celle-ci dans ce monde dévasté par les épidémies, les incendies, les luttes, les combats, les maladies,...

 

MAIS OH QUE NE VOIT-ON PAS DERRIÈRE NOUS
FACE À CE GAVE ET CETTE PLAGE DE GALETS ?
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Oui, c'est bien une nouvelle poubelle avec un nouveau poème dessus. Cette fois, ce sont des mots d'Edmond Rostand qui sont mis à l'honneur sur ce récipient servant à récolter les déchets (oui, ben j'ai pas trouvé de synonyme plus court au mot "Poubelle" afin d'éviter une répétition). Edmond Rostand, oui, bien sûr, tout le monde connaît son oeuvre la plus connue... n'est-ce pas... "Cyrano de Bergerac". Ici, quelques mots simples : "Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles." Bon, Ok, très bien. J'ai pas tout compris, mais d'accord.

Continuons d'avancer, d'errer sur ce beau petit sentier bucolique. Quelques mètres à peine plus loin, un panneau avec des pierres dessus...

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 ...et juste derrière... suspense... Eh oui, une poubelle !

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Alors qui don' qu'c'est c'coup-ci ? Eh bien, Mesdames, Messieurs, ce sont les mots d'Aragon qui sont venus se poser sur cette nouvelle poubelle bien mise en valeur par la verdure ambiante de cette herbe grasse et fraîche sur laquelle, peut être, aimeraient à paître quelques troupeaux de brebis ou autres vaches pourquoi pas limousines qui possèdent de ces regards envoûtants survenant du fin fond de leur iris noir contrastant aisément avec le beau poil marron luisant de leur corps ensorcelant.
Oulalalala, ça commence à me monter au cerveau ce sentier des poètes là ?!
Que nous dit Aragon ? Louis de son prénom, né  le 3 octobre 1897 à Paris, puis mort le 24 décembre 1982 à Paris aussi, sans avoir ue le temps d'ouvrir ses cadeaux. Animateur du dadaisme et du surréalisme avec quelques-uns de ses collègues (Breton, Tzara, Eluard, Soupault,...) avant de s'en dégager en 1931 afin de se concentrer sur des activités communistes, Louis Aragon  nous livre ses quelques vers tirés du poème "Les yeux d'Elsa" :
"Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire, J'ai vu tous les soleils y venir se mirer, S'y jeter à mourir tous les désespérés, Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire."
Bien sûr, quand Louis nous parle des Yeux d'Elsa, il s'agit d'Elsa Triollet qu'il a rencontré en 1928 au Café La Coupole, à MontparnasseIl devient l'homme de sa vie, celui par qui elle peut enfin s'enraciner dans la société française. Elle devient sa muse.

C'est en relevant la tête de la poubelle que nous pouvons à présent remarquer une magnifique vue sur les hauts de Sauveterre.

Sauveterre-de-Béarn, vue du sentier des poètes (64)

L'église Saint-André exhibe fièrement ses tuiles rouges, son clocher quadrangulaire et sa façade blanche fortifiée. Bâtie entre les XIIème et XIIIème siècles, elle mélange allègrement styles roman et gothique. À ses côtés, grise et austère, c'est la tour Monréal. Rien à voir avec la ville canadienne de tabernacle de tabernacle ou avec la chanson de Robert Charlebois v'là t'y pas d'non d'là.Et tout de suite, pour fêter ça, des chiffres !
La tour Monréal de Sauveterre-de-Béarn, c'est une construction datant des XIIème et XIIIème siècles. Aussi ! Haute de 37 mètres sur sa partie sud, cette tour rectangulaire fait 10,5 mètres de largeur et 14,8 mètres de profondeur. Ses murs ont une épaisseur d'environ 90 cm, sauf à la base de la tour où l'épaisseur du mur est renforcée. Voilà pour les chiffres ! Elle participa largement à la défense de la ville lors du siège des impériaux de Charles Quint, mais là n'est pas le sujet. Nous sommes sur le sentier des poètes et je n'ai aucune envie de parler guerre-religions et tout ça. La Tour Monréal me donne d'avanatge envie de parler du Québec et de ses expressions parfois poétiques, justement.
Alors, des expressions québécoises ? OK, d'ac, pas de problème !

LE SAVAIS-TU
Avoir la danse de Saint-Guy = avoir la bougeotte
Tu branles dans le manche = Tu n'arrives pas à prendre une décision
Ambitionner su'l'pain béni = abuser d'une situation avantageuse
Chanter la pomme = Draguer une personne
Se poigner le moine = Ne rien faire
Avoir la chienne veut dire avoir peur

Ah ben tiens, justement, quand on parle de chienne, voici Nisca qui passe devant une nouvelle poubelle poétique...

Sauveterre-De-Béarn, sentier des poètes et Nisca (64)

Eh ben, qu'est-ce qui s'est passé là ? T'as vu Nisca ? On dirait la bête du Gévaudan ou un truc dans le genre. Qui était la bête du Gévaudan, cet animal à l'origine d'une série d'attaques contre des humains survenues entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767 ? Rumeurs, loup, animal exotique, loup-garou, tueur en série, Xavier Dupont-de-Ligonesse ? Nous ne le saurons jamais, même si après qu'un gros loup fut abattu dans la région par un certain Jean Chastel, plus aucun crime ne fut commis...
Mais quel est donc ce poème écrit sur cette poubelle du Gévaudan ? Ce sont les mots d'Albert Samain qui sont retranscris ici par Les amis du bord du Gave (comme pour tous les autres poèmes présents sur ce sentier).
Albert Samain était un poète symboliste français, né à Lille en 1858 et mort en août 1900 à Magny-Les-Hameaux. Et là, d'emblée, tu me dis : "Mais où se trouve Magny-les-Hameaux ?"
Eh bien, sache que Magny-les-Hameaux est une petite bourgade des Yvelines, située à 27 kilomètres de Paris parce qu'on le sait tous : tout tourne autour de Paris ! Sinon, que te dire de plus sur Magny-les-Hameaux ? Il y a la maison des "Bonheur", siège du service culturel de la commune et lieu dédié aux arts plastiques. Baptisée ainsi car elle a appartenu entre autres à Auguste Bonheur, frère de Rosa Bonheur.
Et là, tu me dis : "Mais qui était Rosa Bonheur ?"
Bonne question, très bien. Alors Rosa Bonheur était une peintre et sculptrice française du XIXème siècle parce qu'on ne va pas à chaque fois citer le jour, le mois, l'année et le;lieu de naissance et de mort ! Elle a mené une vie très libre, ce qui fait d'elle l'une des premières féministes.
BON, on a bien avancé là, mais nous n'avons pas répondu à la question qui ne s'est posée concernant Albert Samain.

MAIS, AH, TROP TARD,
NOUS VOICI DÉJÀ
À LA POUBELLE SUIVANTE !
Sauveterre-De-Béarn, sentier des poètes (64)

Alors là, attention, parce que le poète représenté ici par quelques vers n'est pas l'un des moindres. On peut même dire que c'est un peu la crème de la crème de la poésie. Généralement, dans les forums ou autres discussions bien engagées poésies, on n'hésite pas le citer à tout-va en disant "Ah oui, mais si BIP était là, il aurait pu dire..."
Alors qui est ce poète ? Hein ? Mais non, c'set pas Murray Head ! Pourquoi tu dis Murray Head ? Aaaah parce qu'il y a un BIP de censure. Oui, mais non, ça n'a rien à voir. Tout à l'heure, c'était pour masquer le nom du village où réside le chanteur anglais. Là, le BIP cache le nom du poète maintenant à l'honneur. Et il s'agit de... oui, ben, je sais, tu as pu lire le nom, c'set écrit en gros !
Oui, il s'agit bel et bien de Rimbaud, Arthur de son prénom. Le gars de Charleville ! L'homme aux semelles de vent ! Le moderne ! Le marginal ! L'écorché ! Le trafiquant d'armes ! On pourrait en parler des heures de cette vie d'Arthur Rimbaud, mais préférons plutôt relire ces quelques mots présents sur le Sentier des poètes : "Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les chemins picoté par les blés, fouler l'herbe menue, rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds."
Et si la poubelle avait été assez haute, peut être aurions-nous eu la suite de ce poème extrait de "Sensations" :
"Je laisserai le vent baigner ma tête nue. Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l'amour infini me montera dans l'âme, Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, - heureux comme avec une femme."

Cette balade va bientôt prendre fin. Nous arrivons maintenant à hauteur d'un autre monument de la ville. Il s'agit du pont de la Légende.
Ah, ah, ah ! Que tout ceci est bien mystérieux ! Un pont ! Une légende ? Non ! Pas une légende : LA légende !

Sauveterre-De-Béarn, pont de la Légende (64)

De prime abord, il ne semble pas terminé puisque le principe d'un pont, à la base, c'est de passer d'une rive à une autre. ici, le pont de la Légende s'arrete en plein milieu du Gave. Peut être est-ce le pont d'Avignon et que, finalement, le pont d'Avignon ne se trouve pas en Avignon, mais à Sauveterre-de-Béarn. Mais alors pourquoi ne pas avoir appelé le pont d'Avignon le pont -de Sauveterre-de-Béarn ? Peut être parce qu c'était trop long à écrire ?
Non, bon, oublions toutes ces fabulations et reconcentrons-nous sur la base et l'origine du nom de ce pont qui a l'air bien encré sur ses fondations.
Lisons ce que nous dit David sur un de ces lieux mythiques béarnais.

PONT DE LA LÉGENDE
"(...)Il s'agit de l'un des plus ancien pont du Béarn, dont la construction initiale remonte au XI ou XIIe siècle. Malheureusement, les tumultes du passé dans cette région, nous le rendent en état de ruine partielle.
Ce pont faisait partie à l'époque, d'un ensemble de trois ponts qui formaient le point d'entrée vers la province de Navarre. Ces ponts ont commencé à être fortifiés, à partir du XIIIe siècle sous Gaston VII. Au fur et à mesure des siècles, ils ont grandement contribué au rayonnement et à la prospérité de la ville mais aussi la sécurité de la cité.
C'est au XIIIe siècle sous Gaston VII, que ce pont commença à être fortifié. L'aspect actuel cassé net, juste après une fortification est lié à une forte crue du gave d'Oloron, il ne fut jamais remis en l'état d'origine." ONVQF

 Ah ! Déjà, nous avons là une explication sur cette impression de pont non fini, comme en Avignon. Mais la Légende, alors David, quelle est-elle ?

"La Légende de ce pont remonte à 1170, lorsque la reine Sancie, accusée d'infanticide, fut condamnée par son propre frère à être jetée de ce pont, sous les yeux d'une foule réunie. Une fois sous l'eau, elle fit miraculeuse surface et flotta sur l'eau avant de se poser sur la rive de l'île de la Glère, saine et sauve.(...)" ONVQF

Encore quelques pas avant que la boucle de l'île de la Glère ne soit terminée, comme cette balade sur le sentier des poètes. Mais, AH, dernière poubelle, dernier poème avant la fuite...

Sauveterre-De-Béarn, sentier des poètes

Des mots de Théophile Gautier illustre l'objet.
"Qu'il fait bon ne rien faire, libre de toute affaire, libre de tous soucis, et sur la mousse tendre nonchalamment s'étendre, où demeurer assis,... Et puis s'écouter vivre, et feuilleter un livre... Et rêver au passé en invoquant les ombres.", extrait de Ballade "quand à peine un nuage".

C'est la fin du Sentier des poubelles... des poètes. Ou presque. Suite à ces nombreuses poubelles... à ces nombreux poèmes posés sur des poubelles, ne voilà-t-il pas que ce sont d'autres petits panneaux qui prennent la relève pour nous parler de la nature, de l'environnement et d'Histoire.
C'est au sortir du sentier que je fais cette étonnante rencontre.

Voilà.

 

Un dernier regard sur la belle vue que propose l'île de la Glère sur les hauts de Sauveterre-de-Béarn...

Sauveterre-De-Béarn, pont de la Légende et fils kayac

...et il est grand temps à présent de rejoindre un autre sentier : le sentier de la bière belge.
Pour le retrouver, il suffit de s'aventurer dans la ville, de longer le camping, mais de l'autre côté cette fois-ci, puis de remonter vers le haut de la ville par une petite ruelle, rejoindre la rue Pleguignou, puis la rue des Innocents, puis tourner à droite pour emprunter la rue Léon Bérard et, enfin, rejoindre le sympathique bar-restaurant La Terrasse du Gave.

Nous entrons. Chaleureusement accueilli par le tenancier, nous sommes de suite interpellés par les trois frigos jouxtant le comptoir.

Sauveterre-De-Béarn, la Terrasse du Gave, bières (64)

Une fois le breuvage choisi, nous n'avons plus qu'à poursuivre ce sentier de la bière jusqu'à l'impressionnante terrasse du bar, située tout à fait à l'arrière.

Sauveterre-De-Béarn, apéro depuis la Terrasse du Gave (64)

Devant, une petite bière des Hauts de France... du Nord quoi, qu'est-ce qu'y nous font chier avec leurs hauts-de-France !? Le Nord ! Voilà ! La Chtouille !
Derrière, une vue magnifique sur le gave d'Oloron, le pont de la Légende et les Pyrénées au loin.

 

SANTÉ !