20 avril 2008
La Baie de Somme
Résumé des épisodes précédents
Nous sommes à Saint-Valéry-sur-Somme. En plein mois d 'avril, hier soir, il neigeait. La question se pose : et demain ?
De nos jours, avant l 'apocalypse
Matin. 8 heures environ. Muni d 'une bonne casquette en plomb à base de bières de la veille, j 'ouvre... j 'appuis sur le bouton qui ouvre le store métallique de la chambre d 'hôtel. Et voici qu 'apparait face à mon regard embué cette vision sommaire... sommenante... sommeillante... Comment nomme-t-on un truc qui est relatif à la Somme ? Ouais bon... Le store se lève tel un rideau de théâtre pour laisser apparaitre à mon regard embué ceci :
"Cora et Bertrand contemplaient la Baie soumise au reflux, alors que réapparaissaient les frontières des prés salés et l 'avant-garde des bancs de sable. Le paysage se modifiait très vite, et sa modification s 'accompagnait de celle des nuages qui déferlaient vers l 'horizon où les rais d 'un soleil intermittent les éclairaient par saccades. Une lueur opalescente conquérait l 'espace. Le ciel et la mer se rejoignaient et s 'uinissaient en une seule teinte."
Robert Mallet, Les rives incertaines
Je me dirige vers la salle de bain au sol décoré de galets. Un coup de gant sur la tronche. J 'enfile un slip, un fute, un_T-Shirt_adéquate et je descends retrouver Sophie et Nick au petit déj' dans une salle où de grandes vitres nous laissent apercevoir cela...
Edgar Degas est né le 19 juillet 1834 à Paris. Dès 129 ans, il exécute des copies de dessins et de tableaux qu 'il étudie au Louvre. Il fera plusieurs voyages en Italie dans les années 1850. Dans les années 1860, il fait la connaissance de peintres impressionnistes, tels que Cézanne, Renoir, Sisley, Monet et Pissarro. En 1872, en fréquantant les coulisses de l 'Opéra, il peint de nombreuses toiles.
Après un séjour en Nouvelle-Orléans, il est de retour à Paris en 1874 où il participe à la première exposition des Impressionnistes. En 1881, il modèle sa première figure en cire, "La jeune danseuse". Il souffre de problèmes de vue, mais continue à peindre selon des techniques diverses. Lorsqu 'il se rend à Montauban en 1887 pour voir les oeuvres d 'Ingres, il est presqu 'aveugle ; mais décide
d 'entamer une collection des oeuvres du peintre ainsi que certaines de Courbet et Delacroix.
Edgar Degas finira ses jours à Saint-Valéry-sur-Somme dans une totale solitude le 27 décembre 1917.
Ben ouais ! Mine de rien, tout m 'intéresse ce matin, mais je mélange un peu tout : cette femme seule et boitillante, le peintre Degas, le sable, la mer, la confiture, le jambon, le café, la baie, Picon, neige,...
Je regagne ma chambre pour un lavage de dents. Mon regard se pose à nouveau sur le paysage qui fait face à l 'hôtel.
Ben dis don', c 'est t 'y pas qu 'on aurait l 'beau temps en plus de ça ?!
Allez hop : on s 'casse de là ! Dans le hall, je fais le plein de prospectus (avec une petite préférence pour celui-ci) et nous allons harpenter les rues déneigées de Saint-Valéry-sur-Somme.
SAINT-VALERY-SUR-SOMME
Le long des quais
par Jénorme et Gamain

C 'est par ici que, prisonnière des Anglais, Jeanne d 'Arc (eh ouais encore !) traverse la ville pour rejoindre Rouen en 1430.
La digue au loin
et ses "rives incertaines"
par Jénorme et Boudin

Comme les nommait le poète Robert Mallet.
Egalement essayiste, on lui doit quelques citations, notamment celle-ci :
"Les bonnes idées n 'ont pas d 'âge, elles ont seulement de l 'avenir".
Le port et ses "sauterelliers"
par Jénorme et Mozin

Ici, on pêche la "sauterelle" (une crevette grise savoureuse), la coquille Sain-Jacques, l 'encornet et de nombreux poissons plats, comme la sole, le carrelet, la raie, la lotte. On peut également pêcher des anguilles et ramasser des coques.
La gare du train à vapeur de la Baie de Somme
Ce train circule à 20 km/h entre le Crotoy, Noyelles-sur-Mer, Cayeux-sur-Mer et Saint-Valéry-sur-Somme, permettant de découvrir toute la baie. Tu as également la possibilité d 'assister au coucher du soleil tout en mangeant un repas typiquement picard à bord du train.
Comme cela fait longtemps que le soleil est levé et que, de toute façon , le train à vapeur ne roule pas, nous privilégions la visite d 'un bureau de presse pour acheter les journaux (qui expliquent tout l 'élan_de_liberté sportive_ qui accompagnera la flamme olympique de passage à Paris) et quelques_cartes postales du_cru.
C 'est par celles-ci que j 'apprends que la Baie de Somme acceuille des phoques. Eh ben ouais, mon gars !

Ben merde !
Cela mérite quelques explications.
Au large de la Baie de Somme, on peut admirer quelques bancs de phoques veaux marins. Leur présence est attestée depuis la première moitié du XIXème siècle. Mais la chasse intensive, le développement de la navigation et les destructions occasionnés par les pêcheurs ont fait chuter leur effectif au début du XXème siècle.
Entre 1979 et 1983, 6 à 8 phoques sont de nouveau observés, mais il faudra attendre 1986 pour pouvoir comptabliser une petite colonie de 10 à 15 individus. Reproductrice depuis 1994, celle-ci compte aujourd 'hui 100 à 150 individus (veaux marins et phoques gris), vivant en permance sur la côte picarde.
On peut observer les phoques depuis la côte, en particulier depuis la pointe du Hourdel. Ils se vautrent à marée basse sur les 'reposoirs' et les 'microfalaises' de sable qui bordent l 'estuaire.
C 'est au printemps, après une gestation de sept mois, que naissent les jeunes phoques veaux marins : deux bébés par an. L 'animal, qui atteint 2 mètres au maximum pour un poids de 150 kg, possède un museau très court et un pelage gris clair semé de taches sombres. Il nage avec les pattes arrières et se déplace au sol en rampant sur le ventre. Une recommandation importante : ne jamais les approcher à moins de 300 mètres, leur survie en dépend.
PETITS COMPARATIFS
censés te permettre de reconnaitre un phoque
Ca,bébé phoque
Ca, pas bébé-phoque
Forts de ces instructions, nous arrivons à la pointe du Hourdel.
La Baie de Somme apparait ici dans son intégralité. Nous sommes à l 'endroit même où la Somme vient se fondre définitivement dans la Manche après s 'être prélasser dans cette baie, classée parmi les plus belles baies du Monde.
La météo est instable, ce qui rend la lumière étrangement changeante.
En errant sur le sable, je comprends mieux l 'attrait des peintres pour cette région.
La baie de Somme, par Daubigny
Oui, bon, c 'est vrai, sur ces photos, on ne retrouve pas cette lumière "teintée de rose, d 'opale, de gris ou d 'or" dont parle le Guide Vert Michelin, mais
c 'est marée basse. Et puis, il y a beaucoup de vent, ça caille et le ciel est gris des restes de neige de la veille.
Ce n 'est donc pas aujourd 'hui que nous verrons la mer se confondre au ciel.
On n 'aura vu des galets, on n 'aura vu du sable ; mais pas un seul phoque, malgré les recommandations d 'un panneau à l 'entrée de la plage. Nous nous consolerons en regardant les superbes photos de Philippe Thiery qui
s' opposent littéralement à la sauvagerie de la chasse canadienne.
Poursuivons notre chemin sur la côte_d_'Opale en passant par Cayeux-sur-Mer, qui tient son nom des galets ("cailloux" en picard). Une sculpture étrange face aux plages semble vouloir le rappeler.

"Leur ramassage est une activité ancienne. ils sont principalement utilisés dans l 'industrie, où ils sont broyés pour des usages divers : émeri, filtrants... Le galet bleu, le plus rare, ets utilisé pour la fabrication de la porcelaine." Le Guide Vert Michelin
Il est vrai que l 'on remarque des tonnes de galets un peu partout, encerclant littéralement la petite cité et la séparant de la mer. La raison est simple : les_grandes_marées s 'annoncent fortes dans les heures à venir.
Le doute et la solitude des cette cité en hors saison propose ainsi un tableau gris inquiétant, dominé par la silhouette glauque du phare de Brighton...

...sur lequel de grands coups de vent s 'abattent pour soulever quelques filets de poussières, dignes des villes de western américain.
Hein ? Oui, je sais, il n 'y a pas de phare dans les western américains, mais je
m 'en fous, j 'avais envie d 'écrire ça.
Et puis de toute façon, je mélange tout aujourd 'hui. Je te l 'ai dit lors du petit déjeuner au début de ce billet.
Il est grand temps de quitter la Côte d 'Opale
pour rejoindre les falaises normandes.
OUIIIII PARTIIIRRRR !
25 mai 2007
Ascension 3, le défi !
Aujourd 'hui, samedi 19 mai 2007,
Jésus n 'est toujours pas redescendu !
On va encore faire sans lui pour ce coup-ci,
même si tu le sais, je le sais, nous le sachons :
Jésus, il est dans nos coeurs, tu vois...
Mais qu 'est-ce que j 'raconte moi ?!
Bon, allez, c 'est la saint Yves et pour fêter ça, nous (Sophie, François, Yannick_et_moi_même) avons décidé d 'aller en Picardie ! Aaaahhh oui ! Quand j 'entends ce mot, "Picardie", je pense de suite à la chanson des VRP. Mais, faut pas croire, sont comme nous autres les Picards... Oui, j 'te vois venir avec tes surgelés.. Et puis y 'a des trucs à voir en Picardie !
Tiens, Amiens, ville de Jules_Verne ! Et Chateau-Thierry, ville de La_Fontaine! Et Villers_Cotterets, ville de Dumas ! Et la Ferté-Millon, ville de Racine ! ! Et la baie_de_Somme! Et la forêt de Compiègne ! Hein ?! Hein ?! Bon, après ça, il est vrai que la Picardie n 'a pas eu trop de bol en étant le terrain privilégié des deux dernières Guerres_Mondiales :
Tiens, le Chemin_des_Dames ! Et Thiepval, village du mémorial britannique ! Et Beaumont-Hamel, village du mémorial terre_neuvien ! Et La Boisselle, village du Lochnagar_Crater! Et Compiègne, ville des deux Armistices !
Eh ouais, la Picardie : ça vous gagne... ou pas ! Notre objectif du jour : aller à Beauvais... La ville, hein... Rien à voir avec José ! Ben oui... José Bové... Tu piges... Drôle non ?...
Bon, bref : c 'est François qui tenait absolument à voir la cathédrale. Mais avant d 'atteindre la préfecture de l 'Oise, il nous fallait traverser des villages aux noms sympathiques, comme...
et 
T 'as vu : on voit ma bagnole sur le côté de la route. Elle est belle, hein ?
Bon , nous approchons de Beauvais et pas moyen de voir la flèche de cette saloperie de cathédrale ! François nous explique que c 'est normal car celle-ci s 'est écroulée en 1573. En fait, y 'a pas grand chose qui a tenu debout lors et depuis la construction de l 'édifice. Le guide du Routard nous fait un inventaire des différentes difficultés rencontrées. Ecoutons :
"Sa construction commença en 1225. Les architectes de l 'époque la voulurent grandiose et prirent un maximum de risques du point de vue technique. Résultat : le choeur achevé en 1272, sa voûte s 'écroula 12 ans plus tard, les pilliers n 'ayant pas supporté sa formidable poussée. On reconstruisit les pilliers et on renforça les arcs-boutants. Le choeur fut enfin achevé à nouveau vers 1350 et reste en l 'état, structure béante ouverte à tous les vents, pendant toute la durée de la Guerre de Cent Ans. Les travaux du transept ne reprirent qu 'en 1500. (...) La cathédrale semble encore très fragile aujourd 'hui, si l 'on ne juge par les étais en bois énormes qui ont été posés récemment à l 'intérieur du bâtiment et qui sont censés soutenir l 'ensemble.(...)
Vers 1550, le transept achevé, au lieu de commencer les travaux de la nef,
l 'architecte, complètement mégalo, se lança dans l 'édification d 'une tour en pierre qui devait dépasser toutes celles de l 'époque. Sa flèche, mesurant 150 m,
s 'effondra en 1573, endommageant gravement le transept. Après les travaux de restauration, les plans de la construction de la nef furent complètement abandonnés et, en 1605, un mur ferma définitivement l 'église. Comme l 'écrit
Z. Oldenbourg : "Elle semble comme arrêtée en plein élan, immense navire brisé en deux dont il ne restait que la proue." (...)
A l 'intérieur, quand on lève les yeux vers les voûtes du choeur, on a la sensation
d 'être aspiré vers le ciel. Avec ses 48 mètres, ce choeur est le plus haut du monde."
Bref : nous arrivons à Beauvais même avec une seule obsession : trouver la cathédrale ! Et la voilà, la garce !

C 'est sûr : il manque des trucs ! On sent bien qu 'elle est pas finie la machine, là ! On s 'approche pour la reluquer sous toutes ses coutures...

... et Sophie nous fait remarquer une autre chose étrange. Sur les différentes représentations taillées dans le bois, les personnages
n 'ont pas de têtes... Même ça, c 'est pas fini ?! Ou alors, y 'a quelqu 'un qui collectionne des bouts de têtes dans la région... Ceci n 'étant pas près d 'être tiré au clair, nous décidons d 'entrer dans la cathédrale. Effectivement, c 'est haut ! Très haut !
Mesdames, Messieurs, voici le plus haut choeur du Monde ! 
On tourne un peu pour remarquer ce que disait le Guide du Routard sur la fragilité de l 'édifice :
C 'est vrai que ça n 'inspire pas confiance. Un petit coup d 'oeil sur les différents vitraux...


... et nous nous dirigeons vers la seconde curiosité de la cathédrale de Beauvais que François voulait voir : l 'horloge astronomique.
" Elle date de 1865. De la taille
d 'une petite maison, elle illustre sur plusieurs niveaux la mesure du temps avec une symbolique du jeu qu 'un montage audiovisuel vous permettra d 'apprécier, la cité terrestre, et enfin la cité céleste toute dorée, dominée par le Christ. Pas moins de 90 000 pièces et 52 cadrans indiquent les mouvements des astres, des marées, l 'heure dans de nombreuses villes du monde, etc. Mise en marche de l 'horloge et de ses automates représentant le Jugement dernier, son et lumière durant 25 mn."
Le guide du routard
Avec Yannick, ça nous laisse le temps d 'aller acheter quelques cartes et de se boire une mousse ou deux en centre ville pendant que Sophie et son oncle vont assister au spectacle. C 'est bizarre : même la ville ne semble pas être finie. Tout est en travaux. On a
l 'impression que les gars commencent quelque chose et qu 'à un moment, ils se disent : "Oh, bof, tiens, j 'ai plus envie d 'y faire..." Preuve que Beauvais a un rapport permanent avec le temps, regarde un peu ce qui est écrit sur ce ticket de caisse du bar où on a bu une bière... Finalement, Sophie et François revieennent sans avoir vu le spectacle de l 'horloge astronomique puisqu 'il y a eu un problème technique qui a interrompu la séance. Je te l 'dis : ils commencent tout et ils ne finissent rien dans cette ville. Ah si, peut être le monument des Maréchaux ; ça, ça a l 'air terminé :
Mouaip ! Alors que nous quittons Beauvais, François nous lit une dernière fois quelques infos sur la ville, cete fois-ci au rayon "fêtes" : "les fêtes Jeanne Hachette ont lieu le dernier week-end de juin. Il s 'agit d ' une reconstitution historique dédiée à Jeanne Hachette (de son vrai nom Laisné), qui parvint, avec l 'aide de nombreuses autres femmes et de sa hachette (si,si !), à repousser en 1472 les troupes de Charles le Téméraire qui tentaient
d 'assiéger Beauvais." Va savoir, peut être que ça vient de là les têtes tranchées sur les représentations de tout à l 'heure. Quand on y pense, ces Jeanne quand même ! Quels sacrés bouts de femmes !
C 'est sur ces belles paroles que nous atteignons Gerberoy, classé parmi les plus beaux villages de France. Après Effectivement, ça a d 'la gueule :
Le village est rempli
de couleurs et de parfums,
notamment
dans les arrières-cours
possédant des roseraies...
Et puis Gerberoy est également le village où vécut Jeanne d 'Arc... Euh non... c 'est le village où vécut le peintre Henri Le Sidaner... Eh oui ! Le Sidaner, on dirait pas comme ça, mais il nous a notamment pondu ceci :
C 'est sa maison... vers 1930. Que dire rapidement sur Le Sidaner sachant que, de toute façon si tu veux en savoir d 'avantage en allant surfer sur le web...
Eh bien, il est né en 1862 à l 'île Maurice avant que sa famille ne retourne s 'installer à Dunkerque. Il se passionne très vite pour la peinture et se rend à Etaples, petit port de la mer du Nord où il côtoie les malades envoyés dans les sanatoriums de la côte. Puis il est si mécontent de son travail qu 'il détruit presque toutes ses toiles, une soixantaine en tout, de 1890 à 1897.Le succès viendra après 1898. Il visite Bruges qui l 'inspirera à tel point qu 'il y vivra pendant un an, puis il commencera la seconde partie de son oeuvre à Gerberoy où il se rend la première fois le 3 mars 1901 avant de s 'y installer dès juin. Il y restera jusqu 'à sa mort et pendant 35 ans, il peindra sans relâche le monde clos et protégé que représentent sa maison et son jardin.
Aujourd 'hui, la maison de Le Sidaner, c 'est plus ça :
Et il y a toujours son nom sur la sonnette, bien qu 'il soit mort en 1939. De toute façon, la maison ne se visite pas.
La journée tire sur sa fin, mais on voudrait quand bien allé voir à quoi ressemble Lyons-la-Forêt ; et vu que c 'est sur la route du retour, pourquoi se priver ! Nous arrivons et nous remarquons que ça ressemble un peu pas mal à Gerberoy :
Ici, pas de peintre, pas de Jeanne d 'Arc, mais un musicien ! Ravel, qui composa un machin dans la maison avec de la pelouse (que tu peux voir ci-dessus).
Ravel ou pas, j 'achetais quand même quelques_cartes du cru pendant que François s 'occupait de renverser la superbe tarte au citron meringuée achetée deux minutes auparavant.
Bref, tu l 'as compris : ça sentait la fin de journée !




































