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LE VOYAGE DE JéNORME
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29 juillet 2009

Serge Gainsbourg et Vézelay

D'Ouroux-en-Morvan à Vézelay, il n'y a pas énormément de kilomètres. Après avoir lu un texte dans un magazine que gardait précieusement ma grand-mère depuis dix ans, j'avais envie d 'aller faire un tour du côté de ce village...

  

   

"Vézelay est un gros bourg perché sur une hauteur de sommet de laquelle s'érige une basilique romane. Il y règne une atmosphère étrange, envoûtante.
Jules Roy écrivit, un jour de fulgurances, qu'aucun lieu n 'est à la fois plus léger et plus pesant,
car quelque chose d 'indéfinissable, peut être l 'infini, y vibre dans les replis de l 'âme. (...)

    
Je logeais à La Renommée, établissement modeste qui jouxte L 'Espérance, restaurant prestigieux, lui, dont les graviers du parking ne crissent qu'au passage des berlines allemandes et de voitures de sport italiennes.


La patronne de La Renommée avait l'habitude, dès mon arrivée, de m'apprendre, avec l'œil brillant de ceux qui savent, le nom des personnalités qui logeaient au palace voisin.
Ce jour-là, elle m 'informa que Serge Gainsbourg séjournait à L'Espérance depuis plusieurs semaines, qu'il avait fait tirer un feu d'artifice à Noël, et elle ajouta même qu'il venait chaque jour dans son établissement acheter des cigarettes, n'hésitant pas à converser avec elle en consommant des boissons anisées.
Pour justifier ses propos, elle me montra une photo polaroïd. On la voyait, vêtue d'un chemisier trop étroit laissant apparaitre entre chaque bouton des ovales de chair blanchâtre, aux côté de Gainsbarre qui, la cigarette aux lèvres, levait en riant un verre d'alcool qui le tuait un peu plus.


                                              
En reposant sa photo sur une étagère contre une coupe sportive de pilier de bistrot, la buraliste ajouta :
"Dans l'hôtel à côté, y a aussi un violoniste polonais ou peut être qu'il est pianiste, chai plus, il s'appelle Markovich, un nom comme ça, mais il doit être connu car M. Serge m'a dit qu'il n 'osait pas lui parler."


L'après-midi, je montais la rue principale de Vézelay pour une visite traditionnelle à la basilique où, malgré le froid de janvier, j'arrivai en nage. (...)
 

En entrant dans la basilique, j'entendis jouer du violoncelle.
J'avançai dans la nef et je vis, sous la croix, un musicien qui répétait. deux grandes enceintes acoustiques anachroniques montaient sur les côtés du Christ à la place des larrons.
Près d'un pilier, une femme souriait en regardant le violoncelliste.
 

Lorsqu'il cessa de jouer pour enduire son archet d'une substance étrange, elle me murmura : "C'est Rostropovitch, il travaille le prélude de la cinq."
Il se remit à jouer. Je ne savais pas de quelle cinq elle parlait mais c'était beau à pleurer.

D'ailleurs, tout près de moi, à demi caché par un confessionnal, un homme pleurait. C'était Serge Gainsbourg.
Alors, j'écoutai Rostropovitch et je regardai Gainsbourg.
Il savait qu'il allait bientôt mourir et, soudain, c'était comme si cet homme qui jouait du Bach lui démontrait l'existence de Dieu.
Il croisa mon regard et, honteux qu'on puisse le voir pleurer, essuya furtivement sa joue, renifla ses larmes à venir en relevant la tête d'un coup de menton et s'approcha de moi en murmurant :
"Pas dégueux le père Rostro."

Puis, toujours en chuchotant, il m'expliqua que le violoncelliste n'avait jamais voulu enregistrer ces Suites de Bach jusqu'au jour où, en montant les marches de la basilique de Vézelay, il s'exclama : "C'est Bach !"

  
Un mois plus tard, en même temps que les derniers feux de la guerre du Golfe, Serge Gainsbourg s'éteignit à Paris où il venait de rentrer, comme s'il eût été indécent de mourir à Vézelay."

GUY CARLIER,
"Je vous ai apporté mes radios"
Editions Robert Laffont, 2002

      

  

Commentaires
N
eT bEN mON cADET...!
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J
Merci mon gamin !<br /> Ma chère Azoula, euh ben... voilà... mais avec plein de trucs dedans !
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A
Dommage que ce soit Guy Carlier qui ait écrit ce texte...Que fais-tu jénorme?
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E
Vache ! Gamin, c'est pour ce genre de choses que je reviendrai toujours visiter ton blog.
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