Ah bah tiens, ça faisait longtemps que je n'étais pas revenu sur ce fabuleux tour d'Europe du Nord que nous avions fait avec Maître Arnaud en juillet 2013. Quatre ans déjà, ehla, que ça passe ! Ehla que ça file !
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...


On ne va déroger à la règle.
Kaliningrad Tour, qu'est-ce que c'est ?
Eh bien c'est un voyage.
Mais quel voyage ?
Un voyage en voiture.
D'accord, mais on ne va pas y passer la nuit des quatre jeudis, allons à l'essentiel s'il te plait.

ET POUR CELA :

RÉSUMÉ !

C'était en février 2013. Le temps était à la neige dans la vallée d'Aspe, Pyrénées-Atlantiques, France. Avec Maître Arnaud, ami de routes et de chemins lointains, nous avions rejoint le Bar Communal de Borce pour boire quelques bières belges aux sons d'une musique tranquille ; le tout devant un bon feu de bois aménagé dans cette belle cheminée dominant la salle. (...)
Maître Arnaud avait soudainement lâché ses fléchettes pour lancer quelques mots surprenants et inattendus :
MAÎTRE ARNAUD : "- Mais moi, il y a un endroit qui m'énerve dans ce monde là, je ne comprends pas ce que c'est, je ne sais pas ce que ça veut dire ni ce qu'il s 'y passe, c'est ce truc là !!!! Au milieu de la mer Baltique !!! Une route ou je sais-pas quoi lààààà !!!!! Regarde !!!!"
Pour illustrer ses paroles soudainement violentes, il se saisit de son I-Phone et me montra en deux temps trois mouvements une carte. (...)
Je lui répondassâsses alors :
JENORME : "- Le mieux c'est d'aller y voir nous-mêmes !"
Et voilà ! Le projet était lancé ! A ce moment précis, dans le bar communal de Borce où crépitait le feu de cheminée devant lequel s'était posé ce magnifique chien aux yeux de vairon comme David Bowie, nous ne savions pas ce qui allait nous attendre, combien de kilomètres il allait nous falloir parcourir, quelles villes et quels pays nous allions traverser, quelles personnes nous parviendront à rencontrer pour nous indique le bon chemin... Non, nous ne savions rien et c'était tant mieux (...)

Quelques mois plus tard, un itinéraire était plus ou moins dressé. Jetons un petit coup d'oeil sur la carte pour mieux comprendre de quoi il retourne.

la carte
Carte : Google maps

L'objectif principal étant d'atteindre l'Isthme de Courande,
ce banc de terre au milieu de la mer Baltique.
Isthme de Courande
Carte : Google maps

FIN DU RÉSUMÉ

 


Voilà ! C'est clair, concis, compréhensible. Si, si, si.
Dans les précédents épisodes, nous avons donc traversé la France (de Nevers à Strasbourg), l'Allemagne (d'Offenbourg à Luckow en passant par Berlin, Ravensbrück et Prora), la Pologne (de Szczecin à Gdansk en passant par Kolobrzeg, Slupsk et Sopot).
Là, présentement (comme dirait Michel Leeb), nous sommes toujours stationnés à Sopot, mais nous nous préparons à passer la frontière russe... ou pas.
Eh oui, il y a un petit problème qui emplit ce voyage d'un suspense insoutenable à la limite de la rigolade, mais pas trop quand même parce que merde, on n'a pas fait tous ces kilomètres et réservé les visas pour se faire refouler si près de l'Isthme de Courande qui est notre but ultime.
Je t'explique. Maître Arnaud s'est occupé de tout ce qui était papier car ce n'était pas simple avec les Russes et que Maître Arnaud est un habitué des voyages à l'autre bout du monde avec ce qu'il faut comme autorisation, permis, vaccins et toutikouenti... C'est bizarre ce mot... Toutikouenti... C'est du breton ? Du turc ? Du suisse ?... Bon bref. Maître Arnaud s'est occupé de tout cela car c'est un grand voyageur du bout du monde alors que moi, j'aime bien conduire mais je reste un grand voyageur du bout de... de la Nièvre. Si, si, si, je connais très bien la Nièvre.
BREF ! Nous sommes donc partis de Nevers pour aller récupérer les visas à Paris. Ah oui, oui (comme dirait Michel Leeb), on a tout fait dans la foulée. Ne pouvant pas avoir mon permis international car j'étais à Nevers au lieu de Bayonne (? ouais ben moi non plus, je n'ai rien compris sur ce coup là), c'est Maitre Arnaud qui a réussi à se faire faire le sien car, il faut le savoir, en Russie, il te faut un permis international. Et les Russes ne déconnent pas avec ça !
DONC le Visa, c'est bon ! Le permis international, c'est bon. Nous récupérons tout cela à Paris... Oui ben je ne sais pas pourquoi non plus, mais ça, ce sont les affaires de Maître Arnaud qui n'a pas trouvé d'autres agences pouvant le faire aussi vite pour la Russie.
ET ALORS : nous quittons le bureau de la gentille dame qui nous a fait les visas et là, alors que nous nous apprêtons à passer la porte, elle nous demande, comme ça pour déconner : "Et vous partez comment ?" Nous lui répondons : "Ben, en voiture !" De là, nous la voyons changer de visage. Elle passe littéralement d'un grand sourire à une bouche pincée. Aïe !
ELLE : "- Eh oui, si vous allez en Russie en voiture, il est impératif que votre véhicule soit déclaré à la douane.
NOUS : "- Mais cela ne se fait pas automatiquement avec les papiers ?
ELLE : "- Eh non, il vous faut un papier spécial avec certificat de vente à votre nom ainsi que les relevés des numéros de moteur.
NOUS : "- Ah...
ELLE : "- Après vous pouvez toujours tenté de passer... Voyez s'ils vous laissent passer... Ou s'il faut que vous leur donniez un bakchiche... Mais, depuis que Poutine est au pouvoir, il vaut mieux éviter car si les douaniers ont l'impression de se faire corrompre, là, vous allez passer un sale moment !"

Bon... Ben... On abandonne, on continue, on décide de tout plaquer et d'aller à Saint-Raphael comme tout le monde.
Non, on y va, on avisera sur le coup.

ET VOILA !

C'est aujourd'hui mardi 30 juillet 2013 que cela va se jouer.

Plusieurs possibilités.
1) Nous passons sans problème bien que nous n'ayons pas déclaré la voiture

2) Nous ne pouvons pas passer avec la voiture et nous ferons un autre voyage.
Le but étant d'atteindre l'Isthme de Courande et de rouler en voiture dessus, il est possible de contourner cette parcelle de la Russie en passant par Elk, Kaunas et Klapeida, soient 700 kilomètres au lieu des 200 prévus.

CARTE sans passer par la russie A

 

3) Si nous ne pouvons pas passer à hauteur de la grande frontière, peut être pourrons-nous tenter de passer par une douane plus petite.
Il y en deux autres le long de la frontière polonaise.

carte frontières a

Nous jetons un oeil sur nos téléphone respectifs afin de regarder via Google view à quoi elles ressemblent.

fontière polono russe A     fontière polono russe, 2 possibilité Afontière polono russe, 2 possibilité     fontière polono russe
Photos : Google street view

Sécurité oblige, on ne peut pas en voir plus, ni s'approcher plus près, ni divulguer des infos plus précises sur ce lieu.

 

Bon, allez, on va passer notre 30 juillet 2013 à regarder des cartes et des photos de Google.

Il est 8 heures du matin. Il fait frais et nuageux sur Gdansk. La ville est silencieuse.
Nous quittons l'accueillante auberge de jeunesse de La Guitarra pour retrouver la voiture garée à deux pas dans une impasse. Ah, c'est pas bon signe dès le matin : la voiture dans une impasse.
Nous sortons de Gdansk. Nous aurions bien pris la direction de Krynica Morska en longeant la baie, mais finalement, nous privilégions un itinéraire plus simple pour atteindre au plus vite la fameuse frontière russe.
Gdansk, Koswaly, Nowy Dwór Gdański, Elblag... Finalement, on retarde notre passage en Russie en allant sur les bords de la baie à hauteur de Frombork.

FROMBORK
Frombork, vue sur la baie de Gdansk (Pologne)

Maître Arnaud aime bien ces villes ou villages ou stations balnéaires de bord de frontière où le temps semble s'être arrêté. La population est mixe, les langues se mélangent, les règles semblent aléatoires entre deux pays. Qui plus est ici, nous sommes encore en Pologne et en Europe, à quelques mètres de la Russie indépendante.
La météo ajoute à cette sensation de territoire de transition. De gros nuages gris passent mollement au-dessus de nos têtes.
Nous ne savons pas trop quoi faire. Se promener en ville, boire un café ou une bière... non pas une bière car le taux d'alcolémie au volant en Russie est de 0 gramme !
Nous nous dirigeons vers le bord de la mer que l'on appelle ici la lagune de la Vistule.

Frombork, vue sur la baie de Gdansk

À l'origine, le Vistule est un fleuve qui prend sa source dans les Beskides occidentales en haute Silésie à 1106 mètres d'altitude. Il parcourt ensuite 1047 kilomètres à travers la Pologne pour se jeter dans la mer Baltique non loin de Gdansk. Il forme la frontière historique entre peuples slaves et baltes.
Le Vistule a également donné son nom à une période glaciaire : la glaciation de la Vistule. Ici, à Frombork, nous faisons face à sa lagune, c'est à dire que le fleuve s'est jeté dans la mer Baltique, mais il se retrouve "retenue" par une presqu'île situé au large, la presqu'île de la Vistule sur laquelle on trouve, notamment la ville de Baltiisk, ville située le plus à l'ouest de la Russie. Peut être que nous y passerons si nous arrivons à traverser la frontière polono-russe.
Mais revenons sur Frombork. 2500 habitants. Ville touristique, nous sommes interpellés par sa cathédrale, très bel édifice qui fut gravement endommagé pendant la Seconde Guerre Mondiale avant d'être méticuleusement reconstruite après le conflit.
Frombork est également connue pour avoir été le lieu de résidence de Nicolas Copernic, ainsi que son lieu de sépulture. La cathédrale recélait en effet de nombreux ossements, dont le crâne de l'humaniste. Alors pour les plus jeunes d'entre nous, il faut savoir que Copernic n'est seulement le chien du Dic dans le film "Retour vers le futur 2". NON !

Nicolas CopernicNICOLAS COPERNIC
Né en 1453 à Torun et décédé en 1543 à Frombork, Nicolas Copernic était un chanoine, médecin et astronome polonais.
"Il est célèbre pour avoir développé et défendu la théorie de l'héliocentrisme selon laquelle le Soleil se trouve au centre de l'Univers et la Terre tourne autour de lui contre la croyance répandue que cette dernière était centrale et immobile. Les conséquences de cette théorie dans le changement profond des points de vue scientifique, philosophique et religieux qu'elle impose sont baptisées révolution copernicienne."  WIKIPEDIA

Frombork est un petit village tranquille avec son petit port et quelques commerces. Nous en faisons un peu le tour, comme pour retarder encore d'avantage notre affrontement avec les douaniers russes et puis... Bon, faut y aller maintenant !

 

 

Allez, c'est la dernière ligne droite avant de quitter la Pologne et l'Europe... Peut être...
Frombork, Braniewo... Nous décidons de passer par la grande douane de la Route E28. C'est une deux fois deux voies, assez large, roulante et rassurante. Il n'y a pas beaucoup de voiture dans notre sens, ni dans l'autre. Sur les bas côtés, pas de maisons, pas de commerces, pas d'urbanisation. Juste des champs. Et puis, des panneaux de plus en plus présents. Et puis des guérites. C'est la douane. Le moment fatidique.

Voilà à quoi cela ressemble...


L'endroit est bien indiqué, bien aéré, bien renseigné. Vert. Nous entrons sous un portique de contrôle. un douanier en habit vert nous accueille avec le sourire. C'est bon signe.
LUI : "- Witam, proszę papiery"
NOUS : " ? "
LUI : "- Papers please."
Nous nous exécutons. Le douanier continue de sourire. Cache-t-il quelque chose ? Va-t-il nous dire de faire demi-tour ? Va-t-il ordonner la fouille complète de la voiture ? Va-t-il refuser notre passage car nous n'avons pas l'autorisation de passage du véhicule ?
Il prend le temps de regarder nos passeports, nous regarde.
LUI : "- Gdzie jesteś ?
NOUS : "- ?
LUI : "- Where are you going ?
NOUS : "- Kaliningrad..."
Il sourit, nous redonne nos passeports et nous fait signe de passer.

Eh ben : tout va bien !!!! On est passé. Nos visages s'illuminent d'un grand sourire. À nous la Russie !!!! Ah, ah, ah !!!! Bien sûr, bien sûr ! Nous roulons sur une belle route, propre, soignée. Mais comme à chaque fois, nous oublions que le passage d'un pays à un autre, qui plus est d'un pays de la communauté européenne à un pays qui n'en fait pas partie, se fait en deux temps, deux douanes. Et là, un kilomètre plus loin, la silhouette d'un autre établissement apparaît. Plus sombre, plus grand, plus reclus. Des barbelés autour. Nous avançons. Il y a également plus de militaires armés. Les indications routières sont moins claires qu'à la douane polonaise. On nous fait de suite de grands signes pour approcher au plus près d'un des postes de contrôle. Très vite, nous observons la scène et les personnes en présence. Il y a un homme, militaire, assis sur une chaise tenant en laisse un chien. Mais attention : pas un berger allemand ou un bas-rouge ou un rottweiler ! Non, un cocker. Tout simplement. L'homme ne bouge pas, regarde les voiture pendant que son chien tire la langue. On irait bien le caresser, mais première ment nous ne sommes pas invités à descendre de voiture et secondement, nous ne voulons pas être victime de soudoiement de fonctionnaire. Nous avançons un peu... mais apparemment pas suffisamment aux yeux de cette douanière russe. Oui, elle ! C'est elle qui va nous faire chier ! C'est elle qui va nous mettre la pression ! C'est elle qui nous a vu et qui ne va plus nous lâcher ! Nous les deux gars venant de Pologne et de France, suffisamment jeunes pour faire des conneries, suffisamment vieux pour faire du trafic !
Cette douanière nous parle, ou plutôt nous gueule dessus. Elle porte un mascara épais sur les yeux renforçant l'agressivité. Une queue de cheval soigneusement durement tirée en arrière pour accentuer l'intransigeance. L'habit militaire impeccable, pas un plis. Elle nous lance des éclairs avec ses yeux tout en vociférant des mots en russe. Que du russe ! Si tu ne comprends pas, retourne dans ton pays. Sans panique, nous la regardons d'un air latent pour bien lui faire comprendre que nous entravons que dale à ce qu'elle dit, mais déjà, la tension monte. Nous posons la voiture à hauteur d'un guichet. Pas de visage en vue. Juste un bras qui sort en disant "Passeports !" Maître Arbaud sort de la voiture, donne nos passeports. La petite fenêtre se referme brutalement. La douanière revient nous voir en gueulant. Apparemment, elle veut que Maître Arnaud remonte dans la voiture et n'en bouge pas. Bon... Nous attendons dans la voiture. L'homme au chien n'a pas bougé. Un autre douanier vient nous voir avec les passeports, nous parle quelques mots d'anglais en nous montrant un tableau sous lequel se trouvent des formulaires à remplir.
Le but est de remplir ses formulaires (nom, prénoms, état civil, adresse, date de naissance, lieu de provenance, lieu d'arrivée, date, temps de séjour, numéros de passeport, de visa...). Tout ceci prend un peu de temps. Nous donnons ensuite les formulaires au bras qui dit "Passeports !", puis nous attendons. Nous attendons. 5 minutes. 10 minutes. 15 minutes. Que se passe-t-il ? Nous n'avons plus de passeports, nous ne comprenons aucun mot qui est dit dans ce lieu de transition. La douanière continue de gueuler sur d'autres personnes, de préférence des étrangers. Le douanier des passeports et des formulaires revient avec d'autres papiers et nous demandent en anglais si nous avons une autorisation pour passer la voiture en Russie. AH ?! Merde, c'est là que ça va chier dans la colle ! Nous lui répondons que non. Il nous regarde. Il repart avec nos passeports et nos formulaires. 5 minutes. 10 minutes. 15 minutes. Il revient avec nos passeports et nos formulaires.
LUI : "- You have the engine number of the car ?
NOUS : "- Non.
Il repart avec nos passeports et nos formulaires. 5 minutes. 10 minutes. Il revient avec nos passeports et d'autres papiers. Il demande à Maitre Arnaud de sortir de la voiture, lui donne nos passeports et d'autres papiers.
LUI : "- Good Bye.
MAÎTRE ARNAUD : "-Thank you."

En fait, tout ceci a pris du temps, mais il fallait au douanier établir des papiers d'entrée sur le territoire russe et des papiers de sortie ; le tout à nos noms. En ce qui concerne la voiture, eh ben... on n'a pas intérêt à se la faire piquer. Mais nous n'avons pas trop bien compris si elle avait été enregistrée ; c'est à dire qu'ils nous ont laissé passer, mais nous ne savons pas si nous pouvons rouler avec elle et, pire encore, nous ne savons pas si nous pourrons quitter le pays avec elle.
En ce qui concerne les papiers de sortie du territoire russe, nous devons quitter le territoire le 1er août 2013 par la frontière Lituanienne au poste frontière de Nida avant 18 heures. Tout ceci est précis et ne supporte aucun manquement.

Nous démarrons, nous partons, nous quittons les douanes. Voilà, nous sommes en Russie.
Normalement, je ne devrais pas conduire car je n'ai pas mon permis international, mais voyant que Maître Arnaud n'a pas l'air motivé pour prendre le volant, je continue. Peut être craint-il les autres conducteurs russes ? Il faut dire qu'en organisant ce voyage, nous sommes allés voir quelques sites informatifs sur la conduite, la vie, ce qu'il faut et ce qu'il ne faut surtout pas faire en Russie. Et apparemment, ce qu'il se passe sur les routes russes est assez surréalistes, même si, ici, nous ne sommes que dans une exclave de la Russie...

La route est droite, large et impeccable. Le premier élément urbain que nous croisons est une station service. Quelques kilomètres plus tard, un premier panneau indiquant la première ville, Novoselovo (Mamohobo), située à 8 kilomètres de la route E28. Nous continuons tout droit. La route rétrécit. Pas grand chose à signaler. C'est la campagne. Une de ces campagnes étrangères où toutes les rencontres semblent possible sur le bord de la route.

Un peu comme ces images que l'on peut voir
sur Google street view.
Google-Street-View-2
      Google-Street-View-insoliteGoogle-Street-View-insolite-3       Google-Street-View-insolite-6

Ou encore de ces histoires de route que l'on se plaît à inventer. Dramatiques ou comiques. Insolites ou constructives. Isolées ou groupées.

Un peu plus loin, d'autres panneaux routiers. Ce n'est pas que ça se complique, mais, maintenant, tout est écrit en alphabet russe ; cet alphabet cyrillique bicaméral créé à la fin du IXème siècle en Bulgarie par des disciples du frère Cyrille (peut-être Clément d'Ohrid, premier archevêque de la Bulgarie), à partir du grec dans sa graphie onciale et de l’alphabet glagolitique. Cet alphabet qui te fait écrire :
              - Comment ça va ? Как (ваши) дела?
              - Je m'appelle Jénorme ↦ Меня зовут ЙЕНОРМЕ
              - Où puis-je boire un mojito ? ↦ ОУ ПУИС ЙЕ БОИРЕ УН МОЙИТО
Dans un premier temps, nous nous demandons comment nous allons reconnaître une enseigne de restaurant d'une enseigne de pharmacie, un hôtel d'une station service. Et puis, on avisera avec l'architecture.
Après, bien entendu, il y a aussi la barrière de la langue. Le Russe est une langue à part entière et il n'est pas sûr que les habitants de Kaliningrad et son exclave aient envie de nous parler en français, allemand ou anglais. Je nous ai composé un petit dictionnaire avec les mots utiles russes et leurs prononciations. Par exemple...

PETIT DICTIONNAIRE RUSSE PRONONCIATION
Je m'appelle... ↦  Menya zavout...
Comment ça va ? ↦   Kak diela ?
Je n’ai pas compris ↦  ya nie ponial
Bonjour ! ↦  dobriï dien
Merci Spasibo
Santé! ↦  na zdarovia
Excusez-moi Izvinite !
Votre fille est très mignonne Vasha doch' ochen' milo

Et puisque nous sommes dans la traduction russe, saches que le mot français bistrot vient du russe bystro, qui signifie vite. Cet emprunt date de l’occupation russe à Paris au début du siècle dernier (vers 1814). Il semblerait en effet que les soldats russes, voulant obtenir rapidement leur consommation dans les cafés de Paris, s’écriaient : "bystro !".

Quelques 50 kilomètres après avoir passé la frontière, nous arrivons à Kaliningrad. Et là, beaucoup de choses changent. Fini le calme de la campagne ! Finies les routes sans voitures ! Finie la tranquillité ! Nous entrons dans une ville qui, de suite, se caractérise par ses bruits et ses mouvements.

 

 
KALININGRAD
Калининград

Kaliningrad, Cathédrale orthodoxe du Christ-Sauveur, et fontaine (Russie)

Oui, nous y sommes. Il doit être aux environs de 16 heures. Notre premier objectif est de trouver un hôtel, histoire de poser les affaires et d'être sûrs de ne pas dormir dehors cette nuit. Nous roulons un peu dans la ville qui se compose de grands axes avec beaucoup de voitures, de klaxons. Un peu comme dans la vidéo avec les accidents sur les routes russes, vois-tu. J'ai bien l'intention de ne pas trop traîner longtemps au volant !
Nous longeons une grande avenue qui semble portée le nom de Lénine, la Ленинский пр ; autrement dit la Lenine Avenue. D'ailleurs, tiens, il m'a semblé voir une grosse statue de Lénine en fonte, comme au bon vieux temps du communisme. Mais Maître Arnaud me soutient le contraire.
MAÎTRE ARNAUD : "- Mais non, ça n'existe plus ça !!!"
Nous continuons de descendre cette très longue avenue lorsque nous remarquons une enseigne qui semble être celle indiquant un hôtel. Je me gare. Maître Arnaud descend de la voiture pour aller aux renseignements. Y'a-t-il une chambre disponible pour deux personnes ?
Quelques secondes plus tard, il revient pour donner des nouvelles.
MAÎTRE ARNAUD : "- Laisse tomber, ça n'a rien à voir, c'est un garage !"

Ben oui, l'inconvénient ici, c'est que les commerces ne mettent pas forcément des dessins pour illustrer leurs fonctions et vu que tout est écrit en cyrillique, on ne comprend rien.
L'avenue Lénine passe au-dessus d'un grand cours d'eau. Depuis le pont qui enjambe ce qui ressemble à un fleuve (mais ce n'est pas marqué dessus, et de toute façon, même si c'était marqué, on pige que dalle !), j'aperçois une enseigne Ibis. Aaah ? Ibis ? J'ai encore rêvé ? 
MAÎTRE ARNAUD : "- Ibis ? Et pourquoi pas une statue de Lénine aussi ?"
Je décide de quitter le pont pour que nous nous approchions du cours d'eau-fleuve, puis de l'enseigne. Et, quelques mètres plus loin, effectivement, j'avais raison : il s'agit bien d'un bâtiment avec une enseigne Ibis ! Merde alors ! C'est bien ça, ce sont des hôtels que nous connaissons et c'est parfois rassurant quand tu es dans un pays où tu entraves que dalle de retrouver un peu de chez soi. Hein ? Mais si ? J'aime bien le dépaysement, mais en Russie, c'est pas pareil. Allons voir cet Ibis ! Et puis souvent, ce genre d'hôtels possède un parking gardé, ce qui n'est pas mal pour ma voiture.
Nous entrons dans une sorte de cour fermée. Maître Arnaud descend de la voiture pour aller aux renseignements. Y'a-t-il une chambre disponible pour deux personnes ?
Quelques minutes plus tard, il revient pour donner des nouvelles.
MAÎTRE ARNAUD : "- C'est pas ouvert, ils sont en construction."
Ah bon, ok.

Nous repartons en suivant le cours d'eau qui ressemble de plus en plus à un fleuve. direction plein Est. Un peu plus loin, après avoir tourné sur la droite, un ensemble très propre de bâtiments colorés apparaît, non loin d'un bâtiment religieux imposant. Dans le tas, une enseigne se dégage de ce qui nous semble être un hôtel. Je m'arrête sur le bas côté. Il n'y a pas plus d'indications que cela, mais l'endroit a l'air pas mal et en sécurité. Maître Arnaud descend de la voiture pour aller aux renseignements. Y'a-t-il une chambre disponible pour deux personnes ?
Quelle va être la réponse ce coup-ci ? "Laisse tomber, c'est un restaurant végétarien." ou "Ils viennent de fermer définitivement." ou "C'set un aéroport" ou...
Quelques minutes plus tard, il revient pour donner des nouvelles.
MAÎTRE ARNAUD : "- C'est bon, j'ai pris une chambre pour deux. Par contre, c'est un peu la classe, y'a même un spa !"

Ah ouais. Nous garons la voiture dans le parking jouxtant l'hôtel. Nous sortons les sacs, puis prenons la direction de l'entrée de l'hôtel qui, effectivement, a l'air très classe.

HÔTEL KAISERHOF
Kaliningrad, hôtel Kaiserhof, hall (Russie)

On peut payer avec la carte bleue. Pour le liquide, c'est à dire la monnaie russe qui est le rouble. Et cent roubles sont à peu près égaux à 1,43 euro. Oh putain, mais ça va faire des chiffres astronomiques ça !!!! Et on n'a pas de calculatrice !!!! Comment on dit calculatrice en russe ? La chambre est à 7000 roubles ; ce qui nous fait 4, 8 et je retiens 3 multiplié par 15 et retranché de 6 : environ 100 euros, petit déjeuner et accès au Spa compris. Très bien, bravo, merci. Sur ce, nous rejoignons notre chambre. Spacieuse, confortable, deux grands lits, une grande télé avec toutes les chaînes russes. Très bien, bravo, merci. Par contre, pas moyen de savoir ce qu'il y a à bouffer et à boire en lisant la carte du restaurant de l'hôtel...

Jénorme ne parvient pas à lire la carte des menus de l'hôtel, Kaliningrad (Russie)

 Pareil pour les accessoires dans la salle de bain. Pas moyen de savoir qui est à quoi et ça coûte combien ?!

Kaliningrad, hôtel Kaiserhof, salle de bain (Russie)        Kaliningrad, hôtel Kaiserhof, salle de bain

La télé, c'est pas mieux. je vois bien qui est ce monsieur qui parle, mais j'entrave que dalle à c'qu'y dit, surtout avec les sous-titres.

Kaliningrad, hôtel Kaiserhof, télé (Russie)

Chose un peu plus gênante, nous ne comprenons rien du tout au plan d'évacuation de l'hôtel en cas d'incendie ou d'attentat à la bombe chimique.

Kaliningrad, hôtel Kaiserhof, plan d'évacuation (Russie)


BREF :
tout ça, ça me fait penser au Docteur Yann Miodek.

 

Pendant que je tente de déchiffrer quelque chose, Maître Arnaud reçoit un coup de téléphone qui lui annonce qu'il doit passer un entretiens d'embauche à Oloron-Sainte-Marie le lundi 5 août. Ah ouais, putain, c'est le bordel !!!! Du coup, il faut de suite réagir et changer nos projets de prendre le temps de traverser la Lituanie et de revenir par la Suède, le Danemark et Hambourg. Maitre Arnaud regarde s'il y a des avions qui décollent de Vilnius pour Biarritz ou Pau sachant que sa voiture est restée à Château-Chinon, que nous ne pouvons pas sortir de la Russie avant le 1er août uniquement par KJlapeida et que Vilnius se trouve à 300 kilomètres de Klapeida et qu'il me faudra ensuite rejoindre seul en voiture Nevers depuis Vilius, soient 2166 kilomètres en traversant la Pologne par Varsovie et Lodz, puis l'Allemagne par Dresde et Nuremberg, puis la France... OUAIS BEN !!!!!!
Maître Arnaud décide d'annuler l'idée de prendre l'avion depuis Vilnius. Nous irons jusqu'à Klapeida, puis de là, nous prendrons un ferry qui reliera la Lituanie à l'Allemagne à Sassnitz, puis nous traverserons l'Allemagne au plus vite pour rejoindre la France, puis passer par Château-Chinon pour récupérer la voiture de Maître Arnaud afin qu'il parte ensuite à Oloron-Sainte-Marie. Si tout se passe bien, il devrait être dans les temps. Mais juste. Mais dans les temps. Mais juste !

En attendant, nous enfilons nos peignoirs et nos pantoufles de l'hôtel pour aller se détendre dans le Spa.

Kaliningrad, hôtel Kaiserhof, le spa (Russie)

Kaliningrad, hôtel Kaiserhof, le spa

 Et comme tu peux le voir, c'est bien foutu car il y a un bar dans la piscine à bulles.

Après ce moment de panique, puis de détente, puis de re-panique, puis de re-détente, nous décidons d'aller faire un petit tour dans Kaliningrad afin de savoir si oui ou non, cette ville est intéressante. Pour cela, il est d'abord nécessaire de dresser un petit historique.

 

KALININGRAD,
UN PEU D'HISTOIRE
Jénorme à Kaliningrad (Russie)

Kaliningrad est un territoire russe situé à plus de 300 kilomètres du reste du pays. Cet isolement remonte à l'indépendance acquise en 1991 par les Pays Baltes, qui séparent depuis Kaliningrad du reste de la Fédération. Pour autant, l'oblast n'est pas tenu à l'écart de l'économie fédérale ; au contraire, c'est un important centre industriel et commercial, et un port puissant ouvert sur la Baltique. La ville de Kaliningrad est au coeur de cette activité : elle abrite environ 400 000 âmes, soit près de la moitié de la population de la région qui compte 70% d'habitants dans les villes. Autre spécificité, elle est une enclave russe au milieu de l'UE depuis 2004 avec l'adhésion des dix pays de l'Est à l'Union Européenne (Slovaquie, Pologne, Lituanie, République Tchèque, Lettonie, Estonie, Slovénie, Hongrie, Malte, Chypre).

DANS L'ANCIENNE PRUSSE-ORIENTALE
Jusqu'en 1255, Kaliningrad s'appelait Twangste. Puis, avec l'arrivée des Chevaliers Teutoniques qui occupèrent la région dès le XIIIème siècle, la ville fut rebaptisée Königsberg. Une forteresse fut alors élevée au coeur de la cité.
À la suite des défaites des Chevaliers teutoniques contre la Pologne et après la chute du château de Marienburg en 1457, Königsberg devint la capitale de l'Ordre teutonique. Les peuplades autochtones sont contraintes à l'exil par l'arrivée de ces chevaliers.
En 1525, la ville devient la capitale du nouveau duché de Prusse qu'il venait de créer après sa conversion au luthéranisme.
Située à l'endroit où la Pregolia se déverse dans la mer Baltique, à l'extrémité orientale de la Prusse, Konigsberg devient un refuge pour les protestants victimes de persécutions religieuses dans leur pays d'origine. Une cathédrale est érigée au milieu du XVème siècle, puis une université au XVIème siècle. Frédéric III de Brandebourg y est couronné roi de Prusse en 1701. Königsberg devient alors vice-capitale royale avec Berlin.
Le philosophe allemand Emmanuel Kant voit le jour dans la capitale de la Prusse-Orientale en 1724. La ville restera à l'écart des tumultes européens jusqu'au XXème siècle.
La ville est alors très majoritairement peuplée d'Allemands, et ce jusqu'en 1945. Elle fait partie du royaume de Prusse, puis de l'Empire allemand en 1871.

LES RAVAGES DU XXème SIECLE
"Fondée en 1255 par les Chevaliers teutoniques, la ville alors appelée Königsberg se bâtit autour du château les protégeant des Prussiens et des Polonais. Mais dès le XVème siècle, elle devint la capitale de la Prusse puis en 1701 vice-capitale royale avec Berlin, à 650 km. Il faut dire que la ville garnison n’eut de cesse de construire forteresses, portes et remparts. Tous les 4 km sur double ceinture dissuasive, on voit encore aujourd’hui ces massives constructions de briques rouges dont certaines se visitent, à l’instar des kilomètres de souterrains du fortin n°5 ou de la porte Friedman." RUSSIE INFO
Point de rencontre entre l'Allemagne et la Russie, la ville est le théâtre de terribles combats qui opposent les troupes russes et allemandes pendant le premier conflit mondial.
Après la Première Guerre mondiale et la défaite allemande, elle est intégrée à l'État libre de Prusse. Comme l'ensemble de la province de Prusse-Orientale, elle est séparée de l'Allemagne par le corridor de Dantzig, établi en 1919.
La Seconde Guerre Mondiale est encore plus tragique. Pourtant, pour l'armée allemande, la ville semblait imprenable avec ses forteresses et remparts. Et pourtant, le 9 avril 1945 l’Armée rouge entre à Berlin, et dans le bunker central de Königsberg, le général allemand Otto Von Lasch préfère capituler après trois jours de combats acharnés (du 6 au 9 avril 1945), préservant ainsi la vie de ses soldats face aux troupes soviétiques du maréchal Vassilievski.
La ville est partiellement détruite et compte un nombre important de victimes. Konisberg a subi des bombardements anglo-américains sévères. De cette prise témoignent encore des monuments ou des tombes communes (en russe "fraternelles") des soldats tombés lors de la prise de la ville. Le plus grand d'entre eux est le monument à la mémoire des 1 200 combattants de la garde tombés à cet endroit.
Un peu moins d'un an après les accords de Yalta (février 1945) et la Conférence de Potsdam (juillet-août 1945), Königsberg est offerte à Staline en compensation des pertes subies. Il la renomme aussitôt -du nom du président du Praesidium du Soviet suprême et membre du Comité central du Parti, Mikhaïl Kalinine, mort en 1946 -et en chasse la population allemande, remplacée par des militaires et leurs familles venus de toute la Russie. Toutes les autres villes historiques allemandes de la région ont reçu de nouveaux noms soviétiques.
L'URSS reçoit ce territoire (oblast de Kaliningrad) en compensation des destructions et des pertes humaines (entre 17 et 20 millions de morts) subies lors de la Seconde Guerre mondiale. Le reste de la Prusse-Orientale est rattaché à la Pologne.
Certains habitants considèrent 1945 comme la date de naissance de la ville, d'autres, comme celle de sa destruction.

DES POPULATIONS
La population allemande subsistante reçoit l'ordre de quitter ce territoire sous quelques jours avec le droit d'emporter seulement quelques affaires personnelles. Entre juin 1945 et 1948, ce sont plus de 500 000 Prussiens qui sont déportés à l'ouest vers la future RDA après avoir servi de main d'oeuvre au démarrage de l'économie locale et surtout à l'approvisionnement en produits agricoles de l'Armée Rouge. Aujourd’hui, sur les 440 000 habitants (324 000 juste avant la guerre) 90 % sont des Russes.
La population implantée par l'URSS est alors constituée des peuples composant l'URSS, et pas exclusivement des Russes. Les survivants de plusieurs villages biélorusses détruits par les nazis sont déplacés dans la région de Kaliningrad. Plusieurs villages de l'oblast en témoignent actuellement, dont le Novobobrouïsk (littéralement « Nouveau Bobrouïsk »), fondé par les rescapés de la région biélorusse de Bobruisk, ou bien Mozyri, fondé par les rescapés de Mozyr.
La région demeurent fermée aux étrangers, hormis pour de rares "visites de courtoisie" du voisin polonais.
Deux projets de région autonome dans l'oblast de Kaliningrad ont été suggérés par des groupes ethniques, au moyen de lettres adressées au Comité central et rejetés.
En 1956, lors de la réhabilitation des victimes de Staline, des Juifs d'URSS ont suggéré le transfert à Kaliningrad de l'oblast autonome juif, jusque-là établi au Birobidjan, en Sibérie orientale.
En 1989-1995, ce fut au tour des Allemands de la Volga, déportés par Staline au Kazakhstan, de réclamer le rétablissement de leur république autonome (supprimée en 1941) au sein de l'oblast de Kaliningrad.
Un troisième projet, économique cette fois et réclamé par les habitants actuels de l'oblast de Kaliningrad, a été rejeté par le gouvernement russe et l'Union européenne : celui d'une zone franche en union douanière avec les pays voisins.

UNE TRANSITION DIFFICILE
Le régime communiste remodèle la région à sa guise : une partie du patrimoine prussien, dont la forteresse teutonne, est détruite. L'indépendance des Pays Baltes après la chute de l'URSS sépare géographiquement Kaliningrad du reste de la Russie.
À l'aube du XXIème siècle, la région est promise à un développement rapide. La corruption et la persistance de la misère ont fortement compromis cet essor.
Si elle a ouvert la porte de l'Europe à l'économie russe, la transition vers l'économie de marché n'a pas libéré la région de Kaliningrad de son carcan d'insécurité et de misère.
La région de Kaliningrad apparteint à une subdivision administrative russe (oblast). C'est d'ailleurs l'Oblast le plus petit, le plus occidental et le plus récent de l'immense Fédération de Russie.
La ville est encore de nos jours associée à la mémoire d'un dignitaire soviétique, tandis que Stalingrad (renommée Volgograd après la mort de Staline), Léningrad, Gorki, Kalinine, Kirov ou Sverdlovsk ne sont plus employés. L'emploi du nom allemand originel Königsberg ayant été massivement rejeté par l'opinion locale et par la municipalité.
De nombreuses propositions pour rebaptiser la ville ont été faites dans les années 1991-1995, sans qu'aucune ne soit adoptée.
Longtemps symbole de ville détruite et d'architecture soviétique typique, Kaliningrad a vu son centre historique réhabilité à partir de la fin des années 2000, des travaux de reconstruction des anciens bâtiments ayant commencé. Un projet de reconstruction du château de Königsberg est régulièrement évoqué, soutenu par Vladimir Poutine.

DES POINTS DE CONTROVERSE
D'un point de vue économique, la transition vers une économie "à l'occidentale" entreprise depuis l'explosion de l'URSS n'a pas profité à toute cette population. En effet, une grande partie des habitants vit dans la pauvreté, laissés pour compte du capitalisme.
"Bien que le niveau de vie au sein de l'enclave soit supérieur à la moyenne russe, il reste nettement inférieur à celui de ses voisins polonais et lituaniens; la tentation de filer “à l’ouest” est aussi grande que proche." RUSSIE INFO

D'un point de vue militaire et stratégique, il semble aussi que Dimitri Medvedev ait fait le choix d'installer à Kaliningrad une base de missiles Iskander. Il souhaite aussi y installer des brouilleurs destinés à troubler la possible installation du bouclier anti-missile américain.
"Pour neutraliser en cas de nécessité le système de défense antimissile, on va déployer dans la région de Kaliningrad le complexe de missiles Iskander. (...) Depuis la même région, on va brouiller les nouveaux éléments du système de défense antimissile que les États-Unis ont l'intention de déployer."
Le 9 décembre 2015, le commandant des forces américaines en Europe a confirmé que la Russie a transféré à Kaliningrad des missiles balistiques et y a mené des exercices de frappe nucléaire, et qu'il y a des armes anti-navires, des défenses aériennes et des équipements de guerre électronique.

 

Mais en ce qui concerne ce dernier point, nous ne sommes pas encore au courant puisque nous sommes en juillet 2013, rappelons-le. Toutefois, Maitre Arnaud était allé voir quelques informations sur les activités qui pouvaient régner à Kaliningrad et dans son exclave. Il avait trouvé cette vidéo.

 

Eh oui, tout ceci est un peu trouble, n'est-ce pas. Nous avons la bonne impression qu'il ne faut pas trop s'égarer à faire les couillons.
Malgré ce poids, nous décidons d'aller faire un tour. Pas d'itinéraire prévu. Nous allons errer au hasard dans Kaliningrad.
Dans un premier temps, notre idée est d'aller voir les commerces pour acheter des bières et des cadeaux pour la famille et les amis.
Nous sortons de l'hôtel pour emprunter un pont qui enjambe le fleuve, la Pregolia (Prégel en français). Ce même fleuve traverse la ville d'Est en Ouest avant d'aller se jeter dans la lagune de la Vistule.

Kaliningrad, rives de la Pregolia (Russie)

Il y a un truc que je n'ai pas trop compris et qui concerne les ponts de Kaliningrad. Il s'agit du problème des sept ponts de Könisberg, à l'origine de la topologie et de la théorie des graphes. Résolu par Leonhard Euler en 1736. Voici l'énoncé et le schéma qui va avec.

LE PROBLEME DES SEPT PONTS DE KÖNIGSBERG
problème 1
   problème 2   problème 3

La ville de Königsberg (aujourd'hui Kaliningrad) est construite autour de deux îles situées sur le Pregel et reliées entre elles par un pont. Six autres ponts relient les rives de la rivière à l'une ou l'autre des deux îles, comme représentés sur le plan ci-dessus. Le problème consiste à déterminer s'il existe ou non une promenade dans les rues de Königsberg permettant, à partir d'un point de départ au choix, de passer une et une seule fois par chaque pont, et de revenir à son point de départ, étant entendu qu'on ne peut traverser le Pregel qu'en passant sur les ponts.

Une telle promenade n'existe pas, et c'est Euler qui donna la solution de ce problème en caractérisant les graphes que l'on appelle aujourd'hui « eulériens » en référence à l'illustre mathématicien, à l'aide d'un théorème dont la démonstration rigoureuse ne fut en fait publiée qu'en 1873, par Carl Hierholzer.


VOILÀ !
J'ai rien compris, on continue.

Sur ce pont, nous découvrons une vue sur les rives du fleuve avec un ensemble d'immeubles colorés, dont notre hôtel. Un peu plus loin, l'île de Kant (anciennement île de Kneiphof) se remarque par la présence de l'imposante cathédrale de Königsberg (en allemand : Königsberger Dom ; en russe : Кафедральный собор Кёнигсберга).

Kaliningrad, hôtel Kaiserhof (Russie)

Kaliningrad, rives de la Pregolia, cathédrale de Königsberg (Russie)

Sur le pont,
il y a des cadenas accrochés aux balustrades.

Kaliningrad, rives de la Pregolia, pont cadenas (Russie)           Kaliningrad, rives de la Pregolia, pont cadenas, hôtel (Russie)

Elle m'énerve cette coutume. D'où ça vient ? Qui a décidé un jour, comme ça, d'accrocher le premier cadenas sur un pan de pont ?


L'HISTOIRE DES CADENAS SUR PONTS
Nous connaissons surtout les cadenas sur le Pont des Arts à Paris, mais cette pratique est présente dans plusieurs villes d'Europe et du monde : Paris, Rome, Moscou, Alger, Seoul, Singapour, Taïwan, Ottawa,... Difficile de trouver une origine datée à cette pratique consistant à acheter un cadenas sur lequel sont écrits les noms et la date de rencontre des amoureux, puis l'accrocher à la balustrade d'un pont pour ensuite jeter la clé dans le cours d'eau passant en dessous afin de "sceller" l'union. Ceci n'est pas sans rappeler la ceinture de chasteté, qui préservait les femmes de l'infidélité pendant que leurs époux partaient en croisade. Non ? Hein ? Quoi ? J'exagère. Oh eh oh ! Bon, voyons un peu rapidement d'où pourrait provenir cette pseudo coutume qui fait le bonheur des marchands de cadenas et des graveurs.

Certains disent qu'elle a vu le jour en Serbie, sur le pont Most Ljubavi lors de la Première Guerre mondiale.
Pour d'autres, les cadenas d'amour remontent aux années 1980 : à Pécs en Hongrie, sur une grille en fer forgé reliant la mosquée et la cathédrale.
Une autre hypothèse en ferait une tradition plus ancienne provenant de Cologne, en Allemagne, où des cadenas sont accrochés à la grille du pont Hohenzollern près de la gare, les amoureux jetant la clef du cadenas dans le Rhin enjambé par le pont.
En Europe de l'ouest, les premiers cadenas sont accrochés dans les années 2000 en Italie, à Rome. Mais cette pratique est interdite à partir de 2007 (50 euros d'amende). Des poteaux ont depuis été installés pour que les gens accrochent leurs cadenas.
Paris et son Pont des Arts arrive bien après, en 2008. Très vite, le phénomène se développe et le pont des Arts recense plus de 2000 cadenas accrochés en avril 2010. La mairie se dit inquiète de la présence de ces multiples objets métalliques sur des structures fragilisées par le poids ajouté. Ils seront retirés le 1er juin 2015 pour des questions de sécurité et d'esthétisme.
À Alger, "des cadenas ont été accrochés trois fois en septembre 2013, deux fois sur le pont de Télemly et une fois sur le pont des suicides, pour transmettre un message de paix et d'amour, marquer l'"espoir d'un avenir meilleur" et lutter "contre l'intolérance notamment religieuse". Bien qu'initialement soutenus par le maire d'Alger, les cadenas ont été enlevés par des intégristes après l'appel d'un imam, mais sont aussi dénoncés par d'autres religieux qui voient dans ces cadenas de la "sorcellerie"." (WIKIPEDIA)
À Taïwan, des cadenas sont apparus au milieu des années 2000 sur la rambarde d'une passerelle enjambant les rails à la gare de Fengyuan, Taichung. Ils sont appelés "cadenas votifs" et portent des vœux écrits au feutre pour conserver ou trouver l'amour, mais aussi pour réussir aux examens ou faire fortune. Selon le chef de gare, la croyance locale est que les trains génèrent un champ magnétique qui imprègne les cadenas et facilite la réalisation des souhaits.

 

Une fois le pont franchis, nous traversons un petit parc pas très fleuri, pas très vert, un peu sombre... Ouais ben d'ailleurs, ce n'est même pas un parc. Dans un pâté d'immeubles, nous voyons à leur pied une sorte de supermarché. Enfin, c'est ce qui nous semble être un supermarché car ce n'est toujours pas évident de déchiffrer le cyrillique. Juste à côté, un distributeur bancaire pour retirer quelques roubles en liquide. Enfin, c'est ce qui nous semble être un distributeur de billet car ce n'est toujours pas évident de déchiffrer le cyrillique. Une fois le liquide empoché, nous entrons dans le supermarché pour acheter quelques objets, bouffes et autres souvenirs russes. Pour ma part, je choisis une bouteille de vodka de Kaliningrad pour mes parents et un magazine de mots fléchés en cyrillique pour Mélanie. C'est un beau cadeau ça. Je prends également quelques bières locales... enfin je crois.

Vodka de Kaliningrad
Il n'y aura pas de photos du magazine de mots fléchés en cyrillique
puisque Mélanie l'a foutu à la poubelle. C'est à te dégouter de faire des cadeaux, tiens !

Nous reprenons notre marche aléatoire dans Kaliningrad en passant devant la Bourse, puis en empruntant un grand pont routier duquel nous avons une vue sur différents sites et immeubles.

Kaliningrad, rives de la Pregolia, monument Saint Nicholas (Russie)

MONUMENT AUX PÉCHEURS ET
MONUMENT SAINT NICHOLAS

Le Monument aux Pêcheurs (mémorial "Pionniers du chalutage de l'océan")
et le monument Saint Nicolas le Thaumaturge forment un ensemble unique.
Le premier a été installé ici en 1978 et se compose d'une structure en béton ressemblant à la forme de deux voiles de goélette de pêche. Sur le côté, une inscription: «Le monument est consacré aux pionniers du chalutage de l'océan»; Sur le côté est, il y en a un autre: «Dans la mémoire chérie des pêcheurs perdus en mer». L'épitaphe est complétée par une mouette en bronze - un éternel compagnon d'un pêcheur.
En 2009, une statue de Saint Nicolas a été dressée juste devant le mémorial. Saint Nicolas, patron des Voyageurs, est également, surtout en Russie, un symbole éternel de l'amour chrétien, de la patience et du service.

 

 

Kaliningrad, rives de la Pregolia, batiment (Russie)UN IMMEUBLE
SUR LES RIVES
DE LA PREGOLIA

Kaliningrad, rives de la Pregolia, complexe sportif (Russie)

 

 

 

 

 

 

 

 

 COMPLEXE SPORTIF

 

 

 

 

 

 

 

Kaliningrad, rives de la Pregolia, musée maritime (Russie)MUSÉE DE L'OCEAN
Музей Мирового океана,

Mouzeï Mirovogo okeana

 

 

 

 

 

 

 

Créé en 1990, il attire près de 400 000 visiteurs par an.
Du pont, nous voyons surtout le quai de la flotte historique.

"Le quai de la flotte historique a commencé à être formé avec notre première pièce qui est le bateau de recherche scientifique Vitiaz, amarré en 1994. C'est le principal objet du musée, nous y racontons l'histoire de l'étude de l'océan. On a refait des laboratoires scientifiques, on montre les cabines pour voir comment l'équipage travaillait et vivait. Les visiteurs peuvent voir plus de 50 locaux, voir quelles découvertes ce bateau et les gens travaillant à son bord ont faites, comprendre pourquoi toute une période de l'histoire de la science a reçu le nom de +l'époque+ du Vitiaz ».", nous dit Julia Stepantchouk, employée au musée.
Le légendaire Vitiaz a effectué sa première expédition scientifique en 1948. En 30 ans, il en a effectué au total 65, avec près de 8 000 stationnements scientifiques dans les océans - pacifique, indien et atlantique. À propos, le record du monde du mouillage en eau profonde – 9,6 kilomètres - appartient aussi à Vitiaz. Grâce à lui, toutes les lacunes sur la carte du relief sous-marin de l'océan mondial ont été comblées. Ont été découvertes près de 1 200 nouvelles espèces animales et végétales, et un nouveau domaine de la science est apparu : l'océanologie synoptique."
SPUTNIKNEW

Kaliningrad, maison des SovietsLA MAISON DES SOVIETS
Dom Sovetov

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ce dernier bâtiment nous intrigue fortement de part son architecture et par le fait que tout autour, une immense place vidée domine. Nous décidons d'aller y voir d'un peu plus près.

LA MAISON DES SOVIETS
Dom Sovetov

Kaliningrad, maison des Soviets (Russie)

"La Maison des Soviets (en russe : Дом советов, Dom sovetov) a été construite dans les années 1960. Elle est située sur le site de l'ancien château de Königsberg.
Après le bombardement de Königsberg par la Royal Air Force lors de la Seconde Guerre mondiale en 1944, le château est complètement détruit. Toutefois, étant donné l'épaisseur de ses murs, les ruines étaient en mesure de résister à la fois à des bombardements aériens et d'artillerie soviétiques. Les combats urbains d'avril 1945 laissent ainsi certains pans du château debout.

Kaliningrad, maison des Soviets et mur (Russie)

La construction de la Maison des Soviets débute en 1960 après que les ruines du château aient été complètement rasées. Construit tout en béton, l'immeuble était destiné à être le bâtiment de l'administration centrale de l'Oblast de Kaliningrad. La poursuite du développement est arrêtée dans les années 1980 en raison de l'incapacité des Soviétiques à réunir suffisamment de fonds pour la construction.
Le bâtiment a été laissé inachevé pendant de nombreuses années et a gagné une certaine notoriété en tant que l'un des pires exemples de l'architecture soviétique d'après-guerre.
En 2005, lors d'une visite par le président russe Vladimir Poutine, l'extérieur est peint en bleu clair et des fenêtres sont installées. Toutefois, l'intérieur reste inachevé et inutilisable. Un consultant allemand recommande la démolition de toute la structure et la construction d'un nouveau bâtiment."  WIKIPEDIA
Il est surnommé "le monstre" par la population.

Kaliningrad, maison des Soviets

Nous poursuivons notre errance en remontant vers le nord de la ville par la Leninskiy Pr, une grande avenue sur laquelle on trouve des appartements, des immeubles, des publicités et des commerces divers.

Kaliningrad, batimentHÔTEL KALININGRAD
qui ressemble d'avantage
à un immeuble de l'administration
qu'à un hôtel

Kaliningrad, dans les rues, pub avec Kass (Russie)

 

 

 

 

 

 

 

PUBLICITÉ RUSSE
avec Patricia Kaas

 

 

 

 

 

 

 

 

Kaliningrad, publicité et Emmanuel Kant (Russie)         Kaliningrad, publicité et Emmanuel Kant
Publicité russe et plaque commémorative à Emmanuel Kant

Kaliningrad, sculpture (Russie)SCULPTURE ÉTRANGE
devant une boutique de... de... de...
je sais pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kaliningrad, sculptureSCULPTURE MIGNONNE
devant une boutique de... de...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un peu plus loin, à la croisée de l'avenue Lenine et de la rue du Théâtre se trouve cette fois-ci une sculpture beaucoup plus imposante, dans un petit parc. Il s'agit d'une statue de la Mère Russie.

LA MÈRE RUSSIE
отчизна
Kaliningrad, statue de la Mère Russie (Russie)

Assez imposante, mais pas autant que celle qui se trouve à Volgograd (qui mesure 85 mètres de hauteur) et qui se prénomme plutôt Mère Patrie, la Mère Russie de Kaliningrad se trouve en plein centre-ville, juste à côté d'un grand supermarché européen ; ce qui n'est pas forcément du goût de la population locale. Son regard est pointé en direction de Moscou, situé à quelques 1250 kilomètres de là..
Aupravant, ce piédestal avait été utilisé pour une statue de Staline puisque la place, actuellement Place , était la place Staline.
La statue actuelle a été érigée en 1974 sous l'ère soviétique, correspondant à une vision et une architecture courante à l'époque. La Mère Patrie (ou Mère Russie) est la personnification nationale de la Russie. Certains voient encore en cette représentation le symbole d'une Russie forte et belle. La statue de Kaliningrad a été reconnue comme objet du patrimoine culturel en 2007.

Kaliningrad, statue de la Mère Russie, profil (Russie)             Kaliningrad, statue de la Mère Russie

Quelques mètres plus au nord, nous atteignons la Place de la Victoire.

PLACE DE LA VICTOIRE
Plochad Pobedy
Площадь победы

Kaliningrad, place de la Victoire (Russie)

Belle, imposante et aérée; On peut même dire qu'elle détonne par rapport au reste de la ville.
Pour le comprendre, il faut revenir à l'année 2005 et se reporter à l'excellent livre de Frank Tétart, Géopolitique de Kaliningrad : Une "île"russe au sein de l'Union européenne élargie, éditions Pu Paris-Sorbonne, 2007.

LES FESTIVITÉS DE 2005
En 2005, Kaliningrad fête ses 750 ans d'existence (700 ans d'histoire allemande, 50 ans d'histoire russe).
Les autorités entendent bien profiter de cet anniversaire pour favoriser la rénovation de la ville et promouvoir une image plus attractive afin de développer contacts et ouvertures avec le reste de l'Europe.
Pour l'occassion, les façades des immeubles sont ravalées. La Maison des Soviets est recouverte d'une grande affiche blanche d'un côté et repeinte de l'autre, ce qui lui donne un nouvel attrait, passant de l'état de ruine à l'éventuel lieu d'implantation de bureaux. Un nouveau pont est construit sur les ruines de l'ancien Kaiserbrücke. Voitures et piétons peuvent l'emprunter. C'est d'ailleurs celui-ci que nous avons pris avec Maître Arnaud pour venir jusqu'ici.
Ce pont permettra surtout de développer le tourisme à proximité de l'île de Kneiphof (ou île de Kant). Ce nouveau centre touristique est appelé le Fischerdorf (Village des pêcheurs). Une fois terminé (prévu en 2008), ce lieu doit comprendre trois hôtels, , des restaurants, des cafés, une voie piétonne bordée de boutiques et un quai pour accueillir les bateaux de plaisance. Ce complexe devrait permettre d'attirer bon nombre de touristes, notamment allemands qui ne font que passer par Kaliningrad, sans s'arrêter, pour rejoindre Klapeida. C'est dans ce quartier que nous nous sommes arrêtés avec Maître Arnaud pour trouver un hôtel... qui n'était pas fini d'être construit. Apparemment, les travaux ont pris du retard par manque d'investisseurs étrangers

Si ce quartier a pâti de ce manque de rentrée d'argent, ce ne fut pas le cas pour la Place de la Victoire, Plochad Pobedy.
Cette place où se trouve également l'Hôtel de Ville, a complètement été réaménagée, comme pour donner à la ville un véritable centre russe.
"À l'époque allemande, le centre de la ville et le coeur de son centre de développement était le château, l'île de Kneiphof et le fleuve Pregel. En aménageant un nouveau centre et surtout en l'officialisant durant les festivités des 750 ans de la ville, les autorités ont sans doute chercher à rappeler le caractère russe de la ville. En flanquant la place d'une église orthodoxe d'une part, et en faisant table rase du passé soviétique d'autre part, puisque la statue de Lénine qui s'y tenait jusqu'au début de l'année 2005, a été écartée dans le cadre des travaux, le symbole semble clair :il souligne la supériorité de la "russité" de Kaliningrad sur les passés allemand et soviétique de la ville, dont l'acte fondateur reste la victoire sur le nazisme.
Cette symbolique se traduit toute entière par les choix urbanistiques et architecturaux, puisque, pour l'anecdote, l'église orthodoxe dépasse de dix mètres celle de Königsberg et la disparition de la statue de Lénine souligne le poids retrouvé de l'orthodoxie dans la Russie post-communiste.
Les festivités se sont tenues du 1er au 3 juillet 2005. La première journée était intitulée "Journée historique : une ville, une histoire" sans que ne soit mentionné du moins dans la formulation ni Köenigsberg, ni l'Allemagne. Le deuxième jour : "Une ville russe au centre de l'Europe", puis, le troisième jour, "Kaliningrad, lieu de rencontres entre la Russie et l'Europe". Un tel programme permettait de contenter les habitants de Kaliningrad, en donnant des perspectives d'avenir à la région par la coopération russo-européenne (...).
D'ailleurs, afin de consacrer le caractère européen à ces célébrations, le président Vladimir Poutine a décidé de convier à cette occasion le président Jacques Chirac et le chancelier allemand Gerhardt Schröder pour un sommet informel. En revanche, les voisins directs de l'exclave, le président lituanien et son homologue polonais, pourtant principaux commerciaux et investisseurs de Kaliningrad, n'ont pas été invités."
FRANK TETART, "Géopolitique de Kaliningrad: une "île" russe au sein de l'Union européenne ...", 2007, Pu Paris-Sorbonne.

         

La place de la Victoire eut plusieurs noms au fil des décennies et des évènements. Tour à tour Hansaplatz, puis Adolf Hitler Platz en 1934, puis place de la Victoire après 1945.
Deux monuments s'imposent à notre regard. D'un côté, la colonne triomphale. De l'autre, l'église orthodoxe du Christ Sauveur.

Kaliningrad, Cathédrale orthodoxe du Christ-Sauveur, colonne triomphaleLA COLONNE TRIOMPHALE
28 mètres de haut, elle commémore la victoire au cours de la Seconde guerre mondiale et les soldats russes tombés pendant la prise de Königsberg. Dans un message adressé par le gouverneur  et le bourgmestre aux générations à venir, enfermé dans une boîte et  muré dans les fondations de la colonne triomphale, il est dit ceci : "Nous, vos descendants, nous consacrons toutes nos forces et nos talents à la prospérité de notre région dite d’ambre. L’espoir vit en nous que la richesse et la beauté de la terre russe grandissent au cœur de l’Europe !"

 

 

 

 

 

 Second monument bien visible sur cette place de la Victoire : l'église orthodoxe du Christ sauveur.

Kaliningrad, Cathédrale orthodoxe du Christ-Sauveur, contre-plongée (Russie)L'EGLISE ORTHODOXE DU CHRIST SAUVEUR
Храм Христа Спасителя

"C'est l'édifice orthodoxe le plus important de Kaliningrad en Russie. Construite sur le modèle de la cathédrale Vladimir à Souzdal et selon les plans de l'architecte Oleg Kopylov, elle a été consacrée le 10 septembre 2006 par le patriarche Alexis II de Moscou en présence du président Vladimir Poutine. Elle peut accueillir trois mille fidèles et mesure soixante-treize mètres de haut, jusqu'à la croix centrale.
La première pierre fut posée en 1995 par le président russe Boris Eltsine. L'année d'après, le président russe  et le métropolite de Smolensk et de Kaliningrad Cyrille (Goundiaïev) apportent une capsule contenant de la terre provenant de Moscou et plus particulièrement de la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou."  WIKIPEDIA

Elle s'organise autour d'une nef carré de 31 mètres sur 31 recouverte d'une coupole de 10 mètres de diamètre et encadré de quatre tours hautes de 60 mètres surplombées de coupoles dorées.
Susceptible d'acceuillir plus de 3000 fidèles, elle est la plus grande église de Russie après celle du Saint Sauveur à Moscou.

Kaliningrad, Cathédrale orthodoxe du Christ-Sauveur, profil (Russie)

Très bel ouvrage devant lequel nous restons quelques minutes, non pas par convictions religieuses, mais parce que nous nous trouvons devant un édifice "typiquement" russe à nos yeux.

Le temps passe. Il n'est pas loin de 19 heures et, ici, le soleil se couche plus vite qu'en France. Je veux dire par là que nous sommes à l'Est DONC le soleil se couche plus tôt qu'en France. Voilà, c'est plus juste. Nous décidions de reprendre le chemin de l'hôtel, mais en passant par les petites rues parallèles à la grande avenue Lénine. Tiens, en parlant de Lénine, je retiens qu'il m'a bien semblé voir une statue du révolutionnaire en arrivant à Kaliningrad tout à l'heure et qu'apparemment, celle-ci se trouvait sur la place de la Victoire avant d'être déplacée quelque part en 2005.
Nous traversons donc la ville du nord au sud par de petites rues aux pavillons et maisons éclectiques. Après quelques minutes de marche, nous arrivons sur les rives de la Pregolia, et plus précisément à hauteur de l'île de Kneiphof (ou île de Kant) sur laquelle repose un des monuments incontournables de la ville : la cathédrale de Königsberg.
Pour l'attteindre, nous empruntons un petit pont sur lequel (aussi) des cadenas sont accrochés aux balustrades.

Kaliningrad, Pont de Medovy et rives de la Pregolia (Russie)

Bel endroit de verdure, assez rare dans Kaliningrad. Des arbres, une pelouse, des fleurs et un peu de silence, loin de l'agitation routière. Quelques mètres plus loin, nous arrivons à hauteur de la cathédrale.

 

CATHÉDRALE DE KÖENISBERG
Кафедральный собор Кёнигсберга
Kaliningrad, cathédrale de Königsberg (Russie)

Tout ce qui est fait de vieilles briques rouges ici est allemand. Les églises luthériennes ont disparu sous les bombes sauf une. Miraculeusement, l’immense cathédrale de Königsberg se dresse ici depuis le XIVème siècle. Son style gothique rappelle le glorieux passé prussien de la ville.
On pense que la construction de la cathédrale sur l'île de Kneiphof a commencé en 1333. Le sol sur lequel a été construite la cathédrale était marécageux, donc des centaines de poteaux de chêne ont été mis dans le sol avant le début de la construction de la cathédrale. La date de « naissance » de la cathédrale est généralement datée du 13 septembre 1333. Après une période relativement courte, (de près de 50 ans), la cathédrale a été construite vers 1380. Les travaux sur les fresques intérieures ont duré jusqu'à la fin de XIVème siècle.

Kaliningrad, cathédrale de Königsberg, façade (Russie)           Kaliningrad, cathédrale de Königsberg, façade

Avant la Seconde Guerre mondiale, la cathédrale avait les dimensions suivantes :
  - Longueur : 88,5 mètres
  - Hauteur au sommet de la tour sud :50,75 mètres.
  - Hauteur de la nef : 32,14 mètres.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, tous les bâtiments et les maisons situés sur l'île de Kneiphof ont été détruits, seule la cathédrale partiellement détruite en 1944 par les raids aériens alliés lors de la Seconde Guerre mondiale est restée après guerre en ruine comme une coquille vide et brulée. Durant la période communiste, en 1960 la cathédrale a reçu le statut de monument culturel, mais faute de volonté politique ou de moyens financiers aucun effort n'a été fait pour arrêter le déclin des ruines ou pour restaurer la cathédrale et la tombe du philosophe Kant.
Peu de temps après la fin de l'URSS, la ville de Kaliningrad a été ouverte aux étrangers au début des années 1990. La cathédrale a été le premier bâtiment historique de la ville à être reconstruit. Le travail a commencé en 1990 sous l'autorité de l'ingénieur de constructions Igor Odincow. En 1994, un nouveau clocher a été mis en place à l'aide d'un hélicoptère. Celui-ci possède quatre cloches, toutes coulées en 1995, (1 180 kg, 700 kg, 500 kg et 200 kg) et sonnent tous les quarts d'heure en jouant les premières notes de la symphonie nº 5 de Beethoven suivis par un carillon monotone qui indique l'heure. En 1995, une nouvelle horloge a été installée sur le clocher. Entre 1996 et 1998, le toit est reconstruit ainsi que les vitraux.

Kaliningrad, cathédrale de Königsberg, tombeau de Kant            Kaliningrad, stèle Julius Rupp (Russie)
Stèle euh... euh...                                                et                                                  Stèle Julius Rupp

Nous continuons de faire le tour de ce grand édifice religieux. Sur la façade nord, nous nous arrêtons devant la "tombe" du philosophe Emmanuel Kant.
Le grand philosophe allemand originaire de Königsberg n'a jamais voulu s’en éloigner et consacra sa vie à étudier toutes les formes de la critique phénoménologique.

Kaliningrad, cathédrale de Königsberg, tombeau de Kant (Russie)

À l'origine, Kant avait été enterré dans la cathédrale, mais en 1880 ses restes ont été déplacés à l'extérieur de la cathédrale pour être placés dans une chapelle de style néo-gothique attenante au coin nord-est de la cathédrale. Au fil des ans, la chapelle s'est délabrée, a été démolie et remplacée par un mausolée construit au même l'endroit. Ce mausolée est aujourd'hui la tombe d'Emmanuel Kant. Un musée lui est également consacré au sein de la cathédrale.
En 1995-1996, l'épitaphe inscrite sur la tombe de Kant a été restaurée. On peut y lire cette citation :
"Deux choses remplissent mon âme avec émerveillement et une admiration nouvelle et croissante ; surtout penser à elles : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi".
Kaliningrad a vu la naissance de quelques éminentes personnalités, tels que l'écrivain allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, les philosophes Johann Gottfried Herder et Johann Gottfried Fichte, l'astronome Friedrich Bessel, le naturaliste Carl Baer, le composituer Richard Wagner, les mathématiciens David Hilbert et Hermann Minkowski, l'artiste Käthe Kollwitz, le sculpteur Hermann Brachert, la poilitologue Hannah Arendt et bien d'autres. 
Notons également que c'est à Kaliningrad que sont nées l'ex-épouse de Vladimir Poutine Lyudmila et leurs deux filles, Maria et Katerina.
"Quand il n'était personne, Poutine venait souvent dans la région manger des crêpes chez sa belle-mère, comme l'on dit chez nous, confie Igor Roudnikov, un député indépendant. Il a continué à venir comme président, autant qu'à Saint-Pétersbourg où il est né." 
C'est à l'occasion d'un week-end dans l'ex-Leningrad, en 1980, que Lyudmila a rencontré son futur mari, alors au KGB. Après trente ans de mariage, le couple a divorcé en 2013. Quand Poutine se rend à Kaliningrad, ce n'est plus que pour les affaires publiques." L'EXPRESS

Après avoir fait le tour de la cathédrale, nous entrons en son sein. Entrée payante. Intérieur chargé.
Nous découvrons les vitraux restaurés, une stèle à la mémoire de Richard Wagner, la chapelle orthodoxe, la chapelle protestante, le musée Kant et les orgues.

Kaliningrad, cathédrale de Königsberg, intérieur, stèle Wagner (Russie)           Kaliningrad, cathédrale de Königsberg, intérieur, orgues (Russie)

Nous ressortons de la cathédrale.
Ça sera tout pour aujourd'hui en ce qui concerne la visite de Kaliningrad. Nous rejoignons l'hôtel à la nuit tombante.
Demain, nous reprendrons la route pour aller explorer les côtes russes de la mer baltique qui offrent, parait-il, de superbes paysages. D'immenses plages se succèdent le long de chacune des deux péninsules qui forment les golfes de Kurshsk et de Kaliningrad.