Ben ouais, tiens ! En voilà une bonne idée ?!
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

 

Comme nous l'avons vu (ou pas) dans notre précédent épisode qui avait pour titre "Et si on passait par Laàs au mois d'avril ?!", la route qui mène de Bayonne à la vallée d'Aspe réserve parfois quelques belles surprises avec ce village dynamique et original qu'est Laàs.
Après être passé à l'as... passé à Laàs, je reprends la direction d'Oloron-Sainte-Marie en passant par Narp, petit village dont le nom me fait penser au cri que poussent les Schtroumpfs noirs dans le premier album de la série des Schtroumpfs, en 1963.

les-schtroumpfs-noirs
Dessin : Peyo

Ouais bon, c'est Gnap qu'ils disent, pas Narp, mais c'est pas loin. Et puis je n'ai pas trouvé de village portant le nom de Gnap.
La seconde question que l'on peut se poser en progressant dans la lecture de ce billet est : "Mais qu'est-ce qui est passé par la tête de Peyo de donner un tel nom à ces petits lutins bleus ?"
La réponse est simple :
"Peyo invente le langage Schtroumpfs, aujourd’hui parlé et compris dans le monde entier, lors d’une virée dans le sud avec son ami Franquin. Lui désignant la salière, il dit en éternuant : "Passe-moi le... schtroumpf ! ?".
Après avoir bien ri, les deux ludiques compères schtroumpfent le schtroumpf à qui mieux mieux, remplaçant dans la phrase tous les mots clefs par schtroumpf ou schtroumpfer et, chose surprenante, ce langage s’avère parfaitement compréhensible et d’une très grande souplesse sémantique.
C’est l’aurore d’une formidable aventure...." VBG

Et poursuivons la notre qui doit nous mener au lac d'Estaens, si je ne m'arrête pas sur chaque nom de ville ou village traversé.
Laàs → Narp → Navarrenx, et ses ronds-points → Gurs, et son ancien camp d'internement → Moumour, et ses Mourmourais → Oloron-Sainte-Marie, et sa légende de Saint-Crat → Gurmençon, et sa porte d'Aspe → Asasp-Arros, et son ancienne route royale → Escot, et son église de l'Assomption-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie → Sarrance, et son cloitre à étage → Bedous, et sa stèle des évadés de France → Accous, et son Intermarché où il y a des beaux patins → Cette-Eygun, et son ancienne usine de fabrication d'obus → Borce, et son Communal → Urdos, et sa gare fermée.
J'attaque l'ascension du col du Somport. 1632 mètres d'altitude si tu passes par le vrai col. 1150 mètres si tu passes par le tunnel qui, rappelons-le pour ceux qui n'étaient pas là, mesure 8,5 km et a coûté la modique somme de 251 millions d'euros ; soit l'équivalent de quatre cachets pour l'acteur américain Dwayne Johnson que l'on a pu voir dans des films mémoraux comme "Fast and furious 1", "Fast and Furious 2", "Fast and Furious 3", "Fast and Furious 4", "Fast and Furious 5", "Fast and Furious 6", "Fast and Furious 7", ou encore le fabuleux "Fast and Furious 8".
En même temps -et tu as raison de le souligner-  qu'aurait-il fait d'un tunnel du Somport dans son jardin ?!

Pour le coup, je vais soigneusement éviter de prendre le tunnel car le début de la randonnée pour le lac d'Estaens se trouve :
     - soit avant le tunnel en tournant à droite en direction des Forges d'Abel pour ensuite prendre la direction du parking d'Espélunguère (2h30 A/R)
     - soit en tournant à gauche avant le tunnel pour prendre la direction du col du Somport et s'arrêter un peu plus loin sur le parking du Sansanet.
Je choisis la seconde solution. Je roule, ça monte, ça tourne, ooooh un joli petit lac artificiel...

STOP !
Parking du Sansanet !

Je gare la voiture. Il y a un peu de monde. Surtout des Espagnols, venus en famille ou en groupe. Ils parlent fort. Déjà ! Et TIATIATYATATATATA !!! Ooooh, y'm'cassent déjà la tête. Je ne traîne pas trop. Chaussures, sac à dos, crème solaire. Je pars.
D'après les guides touristiques et autres sites de randonnées, le trajet possède un dénivelé de 500 mètres ; me faisant passer de 1500 à 1754 mètres d'altitude très précisément en 1h36. Ce qui en fait une randonnée familiale pas trop difficile et pas trop longue pour rejoindre assez facilement un superbe endroit, en pleine nature.

C'EST PARTI !!!!

Première étape au bout de 50 mètres, passer la petite passerelle qui enjambe le gave d'Aspe. Celle-ci sépare également le randonneur de la civilisation pour le faire entrer dans un recueillement avec la nature. Quelques oiseaux de passage, le son d'un torrent, le vent dans les arbres florissant.

Lac d'Estaens, départ, panneau (64)            Lac d'Estaens, départ (64)

Lac d'Estaens, départ, rivière (64)

Une belle montée en sous-bois commence. Quelques virages en lacets pour donner l'impression d'une pente plus douce.
Une quinzaine de minutes plus tard, j'arrive à un croisement de sentier. Sur la droite, un chemin s'en va vers la cabane d'Escouret. Bien équipée en panneaux solaires, elle fait également de la vente de fromages. Nous sommes alors à 1413 mètres d'altitude. Il est possible de passer par la cabane pour rejoindre l'échelle de fer qui mène également au lac d'Estaens avec une arrivée par le nord. Mais je continue par la gauche.
La montée est plus douce et me fait parvenir à la frontière du parc national des Pyrénées, marquant également la frontière entre la France et l'Espagne.

Lac d'Estaens, parc national (64)

Derrière le panneau, au loin, j'aperçois la route du col du Somport.

Lac d'Estaens, vue sur le pico de la Raca, Astun (64)

Un peu plus haut sur la droite, le sommet enneigé surmonté d'une arrivée de télésiège, c'est le Pic de la Raca. qui domine les pistes de ski de la station espagnole d'Astun. 
J'y suis allé il y a deux ans et voici la vue que l'on a depuis ce sommet...

Astun, vague de nuages (Espagne)

Ouais bon ok, d'accord, on ne voit pas très bien car il y a eu une grosse et rapide montée de brouillard d'un seul coup alors que je prenais la photo.

BREF : je continue ma progression.
Quelques mètres plus loin, un panorama très complet, du pic de la Raca au Pic d'Aspe apparaît.

Lac d'Estaens, montée avec vue sur l'Aspe, panorama (64)

Lac d'Estaens, montée avec vue sur l'Aspe

Le Pic d'Aspe (2645 m)
dominant un étroit vallon et des crêtes acérées.

Lac d'Estaens, montée avec vue sur l'Aspe

C'est beau. D'autant plus beau que cela faisait plusieurs minutes que je marchais dans un sous-bois alors forcément, quand la vue se dégage, tout parait plus beau.

Je continue de monter. Une fois le panorama sur le pic d'Aspe passé, je passe un premier faux-col qui m'amène dans un étroit vallon au milieu duquel coule un petit torrent qui vient d'hériter de la fonte des neige d'altitude.

Lac d'Estaens, montée avec vue sur le pico de Olibon (64)
Torrent, neige et Pico de Olibon

Je constate également que, même à cette faible altitude (peut être 1500m) la neige n'a pas complètement fondue. Elle ne recouvre pas complètement le sentier... pour l'instant.
Je traverse le torrent qui écoule ses eaux froides jusque dans le gave d'Aspe que j'ai traversé par la passerelle un peu plus bas, tout à l'heure. Plus haut, le torrent disparaît sous le manteau de neige encore épais.
Je marche à droite du torrent en suivant une des dernières sentes dégagée.
Le second petit col séparant le vallon du lac est proche, mais semble copieusement enneigé au fur et à mesure que j'approche...

Lac d'Estaens, montée dans le vallon ici (64)

Lac d'Estaens, montée avec vue sur le Visaurin (64)

Lac d'Estaens, le sentier devient neige (64)

Effectivement !
Jénorme monte au lac d'Estaens dans la neige (Espagne)

De la neige, comme s'il en pleuvait ! Faut-il continuer ? Faut-il faire demi-tour ? Est-ce bien prudent ? Faut-il des raquettes pour continuer ? Pourquoi les mers et les océans restent-ils salés alors que les fleuves y déversent de l'eau douce depuis des millions d'années ? Hein ? Hein ?

À cette dernière question, j'ai une réponse.
"Le problème que vous soulevez est relativement simple, pris dans sa globalité : en effet, les eaux qui arrivent en mer, après ruissellement sur les continents, se sont chargées de sel de dissolution, et, bien entendu, elles ne sont douces qu'en apparence : elles sont toujours plus ou moins salées.", nous dit le professeur F. Doumenge, directeur de l'Institut océanique de Monaco.
Ce à quoi Maxence Revault d'Alonnes, professeur au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, ajoute :
"Les océans occupent 71% de la surface de la planète, avec une profondeur moyenne de 3800 mètres. Cela représente un volume total de 1 370 000 km3. L'eau, d'ailleurs légèrement salée par les sels dissous dans le sol, que déversent les fleuves, représente une quantité insignifiante par rapport à cette énorme masse d'eau, salée depuis qu'elle a jailli de l'intérieur de la terre où elle était contenue dans les roches." (CF : Le livre des questions bizarres, de Mina et André Guillois)

Allez, je me lance à l'assaut de cette petite butte enneigée. De toute façon, si ça ne passe pas ou si je m'enfonce, je ferai demi-tour.
En même temps, j'espère que le lac d'Estaens n'est pas complètement recouvert de neige lui aussi car, alors, il sera difficile de le voir. Secrètement, je souhaite que la neige ne soit présente que sur les bords de l'étendue d'eau et pas sur le dessus afin de découvrir le bleu de l'eau telle une tâche naturelle au milieu du blanc immaculé.

Je monte la butte, ou petit col. Un autre vallon apparaît alors. Plus large, il est complètement recouvert de neige. Mais un petit sentier éphémère, créé par les pas humains, permet de suivre un itinéraire.

Lac d'Estaens, montée dans le vallon

Dans ma tête alors, lac... lac... lac des cygnes... EZ3kiel... lac des cygnes...

Lac d'Estaens, montée dans le vallon, le Visaurin en fond (64)

 Lac d'Estaens, montée dans le vallon


Sur ma gauche, la neige est marquée

par des centaines
de petites empreintes animales.
Certainement des isards.
Lac d'Estaens, montée, empreintes dans la neige (64)

Un peu plus loin
d'autres empreintes
plus humaines...
Lac d'Estaens, arrivée vers le lac (64)

Et après plusieurs mètres de progression dans cette étendue blanche, j'arrive face au lac d'Estaens... enfin, je crois... C'est pas évident... Mais cela doit être lui, là, sous la neige et encore pris dans les glaces...

Lac d'Estaens, première vision, panoramique, avril (Espagne)

Faisons un petit comparatif facile lac d'Estaens en juillet et lac d'Estaens en juillet.

Lac d'Estaens, première vision, avril (Espagne)Lac d'Estaens, général

 

Lac d'Estaens, première vision, avrilLac d'Estaens (64)_1

Lac d'Estaens, seconde vision, avril (Espagne) Lac d'Estaens

 

Bon, ben, c'est pas aujourd'hui que je ferai du ski nautique sur le lac ou que j'irai piquer une tête comme je l'avais fait la première fois que j'étais venu.
Mais alors que faire ?
Eh bien se poser et boire l'apéro tranquillement en savourant le silence blanc du lieu... si on excepte la présence de quelques Espagnols qui ne peuvent décidément pas s'empêcher de parler fort. Putain, en marchant, en bouffant, en buvant, dans les descentes, dans les montées : il faut qu'ils parlent !!!! Tout le temps !!!! TOUJOURS !!!!
En ce jour de Pâques (oui parce que quand j'ai fait cette petite randonnée, c'était le jour de Pâques), les cloches ne m'ont pas apporté des oeufs ou des lapins en chocolat...

APÉÉÉÉÉÉÉÉÉRRRROOOOOO !!!!
Lac d'Estaens, apéro bien frais, avril

Et PIQUE-NIQUE !!!!!
Jénorme pique-nique au lac d'Estaens en avril (Espagne)

 Avec une vue imprenable
(dans tous les sens du terme)
sur le lac !

Lac d'Estaens, panorama pique-nique, avril (Espagne)

Tout à fait pile poil en face, derrière les montagnes et à quelques minutes de marche d'ici, il est possible de rejoindre un autre petit lac espagnol : le lac d'Orna, ou Ibon d'Orna. Bon, bien sûr, aujourd'hui, trop de neige, impossible, mais l'aventure sera à tenter un autre jour. Enfin, faut faire gaffe quand même car, vu que c'est un petit lac, il arrive très souvent qu'il soit à sec. Et voir un lac à sec, c'est encore moins intéressant qu'un lac sous la neige.

Après cette petite pause, je décide de faire le tour du lac en prenant la direction de ce qui me semble être une petite butte. L'idée est d'avoir un autre panorama sur ce lieu encaissé. Le lac d'Estaens est en effet bien blotti dans les montagnes.
Pour commencer, je m'approche du barrage, ou plutôt de l'ancien barrage. Enfin, je ne sais pas si cela fonctionne ou pas. Toujours est-il que plus bas, dans la vallée d'Espélunguère, il y aurait une centrale qui récupérerait les eaux du lac d'Estaens.

Lac d'Estaens, barrage et Monte Campanil (Espagne)

Lac d'Estaens, barrage, avril (Espagne)

Lac d'Estaens, barrage, rives du lac, avril

 

Je traverse des étendues de neige presque vierges. Seules quelques empreintes de sabots d'isards apparaissent par ci par là.

Lac d'Estaens, empreinte isard, avril (Espagne)

Derrière moi, tout est blanc. Il n'y a plus personne. Il n'est pas loin de 15 heures et les gens sont déjà redescendus dans la vallée. Tant mieux. Que du silence !
Je suis seul au milieu de cette belle étendue neigeuse.

Lac d'Estaens, pic d'Aspe, Olibon, avril


Je continue pour arriver au pied de la petite butte que j'avais remarqué plus bas.
Comme je ne peux pas l'attaquer de face car elle est trop pentue et rocailleuse, je la contourne pour l'attquer de profil.

Lac d'Estaens, Visaurin et crête frontière (Espagne)Cette approche m'amène sur une crête
faisant également office de frontière
entre la France et l'Espagne.
Elle sépare également deux vallées,
deux parcs naturels.

 

 

 

 

 

 

 

En dessous,
c'est le vide !


La vallée d'Aspe au Nord-Est.
Lac d'Estaens, vue sur la vallée d'Aspe (Espagne)
On voit la route du Col du Somport.

 

 

La vallée d'Espélunguère au nord-Ouest...
Lac d'Estaens, vue sur vallée de l'Espelunguère (Espagne)
On voit les chemins de randonnée conduisant
soit à Aguas Tuertas, soit au lac d'Arlet.

Lac d'Estaens, vue sur l'escalès d'Aigues TorteD'ailleurs, lorsque le regard continue
un peu plus loin vers l'Ouest,
je distingue le col de l'Escalès
qui sépare la vallée d'Espélunguère
du vallon d'Aguas Tuertas
(ou Aigues Tortes, en français).

 

 

 

 

 

 

Aaaah Aguas Tuertas !
Voici un autre lieu de randonnée magnifique de la vallée d'Aspe.
Je m'y suis rendu à plusieurs reprises. C'est toujours aussi captivant et reposant de voir cette rivière, le Rio Aragon Subordan, serpenter dans sur son plateau d'altitude.

Aguas Tuertas, panorama



Mais revenons au lac d'Estaens en avril !

J'ai attaqué l'ascension rapide de la petite butte. Derrière moi, une silhouette familière apparaît au loin. Enfin, il me semble...
Il s'agit du sommet du Pic du Midi de Jean-Pierre d'Ossau.

Lac d'Estaens, vue sur le pic du Midi d'Ossau 1 (Espagne)

Zoom !
Lac d'Estaens, vue sur le pic du Midi d'Ossau 2 (Espagne)

Zoom !!!!
Lac d'Estaens, vue sur le pic du Midi d'Ossau 3 (Espagne)

Sacré Jean-Pierre !
Toujours là à observer sournoisement ce qu'il se passe sur la chaîne des Pyrénées.

 

J'arrive au sommet de la petite butte dominant l'étendue d'eau glacée.
Un beau et reposant silence règne. La vue à 360° est magnifique.

Lac d'Estaens, vue générale et Visaurin (Espagne)

Lac d'Estaens, pic d'olibon et lac, avril (Espagne)           Lac d'Estaens, rives du lac, avril

Lac d'Estaens, pic d'olibon, Visaurin, barrage, avril (Espagne)

Lac d'Estaens, panoramique, avril (Espagne)

On est bien là... Peinard. Sans bruit, juste quelques oiseaux? Un peu de vent. Quelques glissements de neige fondante. Je n'ai pas trop envie de redescendre, mais il va falloir y penser. Il est bientôt 17 heures. Il me faut retraverser toute l'étendue neigeuse... avant de rejoindre le Communal de Borce afin d'y boire une bonne bière belge en compagnie de Sido et Malins.

Allez, pour finir ce billet, un petit résumé en vidéo de l'ascension vers le lac d'Estaens en avril.