Quand tu fais des recherches pour trouver des sites touristiques à visiter dans le Pays Basque, il y en a un qui ressort souvent : la Villa Arnaga, à Cambo-les-Bains.
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

 

Eh oui, le Pays Basque, c'est le piment d'Espelette, c'est la Rhune, ce sont les pottoks, le Petit Bayonne, le jambon de Bayonne, les fêtes de Bayonne, le port de Bayonne, l'équipe de rugby de Bayonne, l'aquarium de Biarritz, le port de Saint-Jean-de-Luz, la Villa Arnaga... TÉ ! Qu'est-ce que c'est qu'ça ?! Villa, Arnaga. Cela me fait penser à un nom de planète dans "Goldorak".
Allons voir cela de plus près. Il faut alors se rendre à Cambo-les-Bains.

 

BAYONNE
(Baiona en basque, Baiona en gascon, prononce Bayoune)
Bayonne, jour de fête (64)
     Bayonne, vue sur les quais de Nive

BORDS D'ADOUR
Quai Resplendy
Bayonne, festival Street art Point de vue 2018, Mantra    Bayonne, Street Art point de vue, fresque Sismikazot

SAINT-PIERRE D'IRUBE
(Hiriburu en basque)
Saint-Pierre d'Irube, panneau (64)
     Saint-Pierre d'Irube, rond-point

ROUTE DES CIMES
Route des Cimes (64)

 

CAMBO-LES-BAINS
(Kanbo en basque)
cambo carte

22 KM


Comme son nom l'indique, Cambo-les-Bains est une ville thermale.. Bains = thermale, comme Saint-Honoré-les-Bains où fut tourné Le souffle au coeur (1971) de Louis Malle, ou Uriage-les-Bains et son eau unique au monde (elle possède une concentration moléculaire semblable à celle du sérum sanguin humain), ou encore Bains-les-Bains (double ration !), mais aussi Dax qui, étrangement, bien que ville thermale, ne se prénomme pas Dax-les-Bains.

Mais Cambo-les-Bains ne s'est pas toujours appelée ainsi puisqu'en 1790, la commune se prénommait La Montagne ; ce qui rendait alors difficile de savoir que cette commune était une station thermale... il aurait fallu rajouter Les-Bains... La Montagne-les-Bains... Ouais, c'est pas mal. La Montagne-les-Bains dans les Pyrénées-Atlantiques, que de contrastes !
C'est le 4 mars 1790 que la loi du 4 mars 1790 (coïncidence ? Je ne crois pas) créée des départements et des districts tout en décidant de la naissance du département des Basses-Pyrénées qui réunit le Béarn, les terres gasconnes de Bayonne et de Bidache, ainsi que les trois provinces basques françaises. Voilà comment le premier nom de Cambo-les-Bains devient La Montagne alors qu'Ainhoa se prénomme Mendiarte, Ustaritz Marat-sur-Nive, Itxassou Union, Arbonne Constante, Saint-Étienne-de-Baïgorry Thermopyles, Saint-Palais Mont-Bidouze, Louhossoa Montagne-sur-Nive, Saint-Jean-Pied-de-Port Nive-Franche, Saint-Jean-de-Luz Chauvin-Dragon, du nom d'un jeune soldat mort au combat et Souraïde Mendialde. Voilà, voilà.
Et puis les années passent, les décennies aussi, sans oublier les siècles. La Montagne change, redevient Cambo-les-Bains.
Deux Cambo existent : le bas et le haut, deux quartiers distincts ; le bas-Cambo étant le coeur de la ville, notamment grâce à son port sur la Nive. C'est le développement des cures et des établissements de soins qui sera à l'origine du développement de la ville haute. L'activité économique est fortement marquée par cette vocation thermale. Un millier d'emplois directs en dépend et dix sept établissements de santé s'ajoutent à l'établissement thermal.

Mais pourquoi Cambo-les-Bains est-elle une ville thermale ?
C'est vrai ça : on ne se décrète pas ville thermale comme ça ! Il y a bien une raison !
La ville de 6724 habitants -tous appelés les Camboards- bénéficie d'un air océanique réchauffé par le Gulf Stream qui n'est qu'à 15 kilomètres et sert de régulateur thermique. Soleil et douceur. Cambo-les-Bains s'élève sur une terrasse qui domine la Nive. De sa colline surgit un eau curative ; une source thermale qui jaillit à 22°. Puisée à la source Honorine, elle agit sur les rhumatismes et les maladies des voies respiratoires. La croyance populaire soutient que Cambo existait déjà au temps des Romains. La légende dit que les soldats de César auraient déjà profité des vertus thermales de ses eaux. La seule certitude est que sur les deux versants des Pyrénées, le terme de Camb signifie source minérale d'eau chaude. C'est fascinant de voir comment un si petit mot peut dire autant de choses alors qu'anticonstitutionnellement veut simplement sire contraire aux lois constitutionnelles. Tiens, pendant qu'on y est, sais-tu comment se prénomme la peur des mots trop longs ? Non ? Eh bien, il s'agit de la hippopotomonstrosesquipédaliophobie. Voilà, voilà.

De quoi on parlait déjà ?
Ah oui, Cambo, douceur, cure.
Cambo-les-Bains est aussi la ville natale de Chiquito de Cambo, célèbre pelotari de son vrai nom Joseph Aspeteguy (1881-1950).
"Durant la guerre 1914-18, il se fait remarquer comme lanceur de grenade dans les tranchées (où la légende veut qu'il utilise sa chistera pour lancer ses grenades, rendant ainsi sa distance de lancé bien plus importante qu'à main nue), où il est blessé, cité plusieurs fois à l'ordre de l'armée et décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze. En mars et avril 1919, il effectue plusieurs matches exhibition devant les troupes américaines cantonnées à Biarritz avant leur retour aux États-Unis impressionnant les spectateurs par sa puissance et sa dextérité." WIKIPEDIA
Le champion du monde de chistera repose aujourd'hui dans le cimetière communale.

Mais revenons à nos cures.
L'activité économique est fortement marquée par cette vocation thermale. Un millier d'emplois directs en dépend et dix sept établissements de santé s'ajoutent à l'établissement thermal. Ah oui, non, je l'ai déjà dit ça. Enchaînement ! C'est environ 12000 curistes qui se rendent chaque année aux thermes situés dans le sud-est de la ville, pratiquement en face du magasin "Incontinence Sud Ouest 64".
"Magnifique parc arboré de 10 hectares autour des thermes et le long de la Nive dans lequel on peut se balader. Quant aux thermes, les bâtiments ont été rénovés dans un esprit art déco et leur accès n'est autorisé qu'aux personnes qui y suivent des soins. L'exploitation des sources ferrugineuse et sulfureuse permet de traiter les rhumatismes et voies respiratoires." HUNZA PRO

Et c'est sur les conseils du professeur Grancher, disciple de Charcot, qu'un certain Edmond Rostand, écrivain, atteint de pleurésie, vient faire une cure à Cambo-les-Bains durant l'année 1900.
Il s'y sent tellement bien qu'il décide d'y construire un palace grâce aux droits d'auteur de ses célèbres pièces de théâtre Cyrano de Bergerac (1887) et de L'aiglon (1900). Et c'est ainsi que naquit la Villa Arnaga, lieu de pierre en basque... Enfin, lieu de pierre se dit Arraga en basque, mais, comme d'hab', il a fallu que Rostand modifie l'orthographe pour des questions de sonorité. Ça m'énerve ça ! Et si Edmond Rostand pour des questions de sonorités, on l'appelait finalement Victor Hugo, hein ? Alors, bon. C'est Arraga, lieu de pierre, pas Arnaga !
Si j'avais une maison, je ne sais pas si je lui donnerai un nom. Cela me rappelle les noms de ces maisons que j'avais croisées sur l'île d'Yeu...

Ile d'Yeu, une maison un nom (85)          Ile d'Yeu, une maison un nom

Ou encore ces noms d'établissements vus à Biarritz et à Lourdes.

Biarritz, chez ta mère         Lourdes, la solitude

Jamais vu le mot "solitude" écrit autant de fois au mètre carré ! "♫La solitude, ça n'existe pas !!!! Chez moi il n'y a plus que moi, ♫ Et pourtant ça ne me fait pas peur, ♫ La radio, la télé sont là !!!!! ♫" (Gilbert Bécaud, 1970). Solitude qui, en basque, se dit bakardadea.
Bon, ben, on a bien avancé là.
DONC : aujourd'hui, avec Flavie, nous allons visiter Arnaga.

 


VILLA ARNAGA
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, jardin français, insta (64)

Ah, ah, t'as vu : j'ai choisi une photo où on ne voit pas du tout la Villa Arnaga. Rigolo, non ? Non ? Bon. Allez, une autre photo...

VILLA ARNAGA
Arnaga vue du ciel
Photo : Google map

Ah, ah, t'as vu : j'ai choisi une photo où on ne voit pas du tout la Villa Arnaga. Rigolo, non ? Non ? Bon. Allez, une autre photo... Non, bon, eh, on n'a pas que ça à faire !!!
Le site touristique se trouve à la sortie nord-ouest de la ville. Un parking pour garer la voiture, puis nous passons la grande porte d'entrée du parc. Sur la gauche, une grande maison faisant office de conciergerie. Un peu plus loin, une petite cahute fait office de guichet pour débuter la visite.
Une fois les billets achetés, nous remontons une belle route composée d'un goudron de belle facture, bordée par de grands arbres et quelques rododindrons... rododaindronts... rodo... merde, comment ça s'écrit ce mot là ?...rhododendrons ! Voilà ! Mais qui a l'idée d'inventer les noms pour les fleurs ? Enfin, bref, il y a beaucoup d'arbres aussi. Le domaine d'Arnaga comporte plus d'une trentaine d'espèces d'arbres.
Après une légère pente bien ombragée, nous arrivons sur une petite place en terre. Juste à côté du domaine d'Arnaga, il y a un club de vacances, mais c'est vers les anciennes écuries que nous commençons vraiment la visite. de toute façon, le club de vacances Vacanciel ne se visite pas et il est séparé d'Arnaga par des grillages.
Avant de se lancer dans la visite du site, un peu d'histoire s'impose pour comprendre de quoi il retourne. Des questions : quand Arnaga a-t-il été construit, pourquoi, pour qui et par qui ?


UN PEU D'HISTOIRE
"Je ne m'étais jamais attaché à un endroit. C'est là pour moi du nouveau. Pourquoi donc le pays basque où je n'ai vécu que peu de mois m'a t'il donné cette sourde envie d'y revenir, alors que d'autres endroits où j'ai passé des années, m'ont laissé indifférent ? J'ai voulu prendre l'air de ce pays....et maintenant c'est le pays qui m'a pris" Edmond Rostand
"La gloire qui fut celle de mon père, on ne peut l’imaginer aujourd’hui. On ne se rend plus compte de ce qu’a été sa célébrité. C’était une sorte de fétichisme", Jean Rostand.

Et c'est pour échapper à cette célébrité que le poète-écrivain décide de s'installer à Cambo-les-Bains. Charmé par la ville et sa douceur, Edmond Rostand peut également y suivre les soins nécessaires contre la pleurésie dont il est atteint et les conséquences qui en ont découlé. En 1901, c'est au cour d'une promenade lors de sa convalescence qu'il s'éprend d'un vaste terrain sur une colline près de laquelle coule le ruisseau Arraga - "eau qui coule sur les pierres", en français. Dès octobre, l'auteur achète le terrain.
"Grâce à la fortune qu’il acquiert avec Cyrano, il construit la maison de ses rêves. Pour l'extérieur de la demeure, il s'inspire des fermes traditionnelles basques à façade blanche, pans de bois rouges et toiture à deux pentes inégales. Il traite l'intérieur comme un somptueux décor de théâtre.
Autour de cette vaste maison, Edmond Rostand crée un ensemble de jardins sur plus de 15 hectares. Coté Soleil levant, il implante un jardin "à la Française" doté de bassins, de miroirs d'eau et d'une pergola. Coté couchant, il conçoit un jardin "à l'Anglaise" alliant verdure et courbes minérales.
La construction d'Arnaga frappe par sa rapidité. Il n'aura fallu que trois ans, de 1903 à 1906, pour que les idées se transforment en oeuvre de pierre. Edmond Rostand fait appel à l'architecte niçois Albert Tournaire. Tous les moyens sont à sa disposition pour réaliser les désirs du Maître. L'architecte coordonne une armée d’ouvriers pour niveler le terrain, apporter la terre végétale pour les massifs, transplanter des arbres vieux de 30 ans. De grandes quantités de matériaux sont acheminées de Bordeaux, Paris, Toulouse, et même d’Angleterre. Edmond Rostand et sa femme, Rosemonde Gérard, commandent le décor des pièces à des artistes renommés. Le mobilier est soigné jusqu'au plus infime détail.
Le domaine d'Arnaga symbolise à lui seul les deux facettes de l'homme. La grandeur et la magnificence s'affichent dans le jardin français et dans les salles de réception. La pudeur et la simplicité se devinent dans le jardin anglais et les pièces où il vivait." VILLA ARNAGA


Ceci étant dit : commençons la visite en nous rendant dans les écuries. Ben oui.


LES ÉCURIES
Cambo-les-Bains, villa Arnaga, les écuries, Chantecler (64)
            Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, les écuries, paon (64)

Un grand hall sépare deux bâtiments. D'un côté, une maison style basque avec plusieurs pièces proposant plusieurs expositions : historique et évolution de la construction d'Arnaga avec des plans, des photos, des écrits d'Edmond Rostand et un documentaire vidéo. À l'époque, il y avait là un logement de service, une sellerie, une remise, un atelier mécanique, une fosse et une forge.
Juste en face, ce sont les écuries proprement dites avec huit boxes à chevaux aujourd'hui remplacés par des figurines extraites de la pièce Chanteclerc. Un petit panneau nous rappelle la précision littéraire de Rostand.
"Une documentation rigoureuse.
Le poète a choisi des animaux pour héros. En perfectionniste, il les veut au plus près de la réalité. Il veut tout connaître d'eux, leurs modes de vie, leur aspect, leurs démarches, leurs attitudes. Il multiplie les sources de documentation. Pendant de longues heures, il observe et écoute la nature. Il crée une basse-cour pour examiner ses personnages en chair et en os. Il fait venir de Paris une collection d'oieaux empaillés : faisans multicolores, ibis, chats-huants, logopèdes, coq de bruyère... Il se plonge dans les ouvrages littéraires qui mettent en scène des animaux, Le Roman de Renard, les ouvrages d'Aristophane et Rudyard Kipling. Il étudie les travaux de naturalistes, les traités, les guides, les atlas scientifiques."

Et puisque nous parlons d'animaux, passons les écuries pour atteindre un autre petit coin de nature aménagé.

 

LES SERRES ET LA BASSE-COUR
Cambo-les-Bains, villa Arnaga, fleurs

Une petite serre tout en longueur abrite quelques spécimens de plantes et de fleurs. Semi-enterrée, elle disposait à l'époque d'Edmond Rostand d'un système de chauffage.
Juste à côté, une petite basse-cour encerclée de grillage retient quelques coqs et poules divers.

basse courEdmond Rostand l'avait installée pour étudier les moeurs des volatiles en vue de l'écriture de la pièce "Chanteclerc", mise en scène en 1910. Il n'a choisi de parler des animaux que pour mieux parler des hommes avec un regard critique, caustique et parfois cruel.

 

Juste en face, un beau et grand massif de fleurs dégage de multiples odeurs toutes en couleurs.

Cambo-les-Bains, villa Arnaga, fleurs (64)

Cambo-les-Bains, villa Arnaga, fleurs et basse-cour (64)          Cambo-les-Bains, villa Arnaga, fleurs

On découvre ainsi les lollipop, les fairy queen, les Inferno white, les lime time, white improved,... Bon, pour quelqu'un qui aimait la langue française, il y a surtout des fleurs à nom anglophone.

Au centre de ce beau parterre, une petite volière avec quelques oiseaux colorés.

Cambo-les-Bains, villa Arnaga, fleurs

Cambo-les-Bains, villa Arnaga, oiseau (64)           Cambo-les-Bains, villa Arnaga, oiseaux (64)

Nous quittons basse-cour, serres et parterre de fleurs pour rejoindre la terrasse de la grande pergola après être passés à hauteur de cyprès de Provence.


LA GRANDE PERGOLA
Cambo-les-Bains, villa Arnaga, la grande pergola (64)

"Cette colonnade fut dressée en 1912, à la place du pigeonnier, donnant au jardin un formidable élan vertical. Flanquée de deux pavillons octogonaux ornés de mascarons et coiffés d'une pomme de pin, elle longe un bassin en mécicycle, dont les abords étaient autrefois agrémentés de broderies de buis. Par un jeu astucieux de niveaux, elle cache les communs du domaine. Ses traverses en béton témoignent de la modernité dont se pare alors l'architecture des jardins. En son centre prend place une sorte de patio pourvu d'une table en pierre d'où s'échappent quelques notes. Pour cela, il faut tapoter la table de plat de la main pour l'entendre résonner." DÉPLIANT GUIDE JARDIN ARNAGA

Tout ceci est très chouette, mais, pour nous, l'intéret de la grande pergola, c'est le panorama sur le jardin à la française qu'elle propose.

Cambo-les-Bains, villa Arnaga, jet d'eau et villa (64)
Ah, attends, il y a un jet d'eau devant la perspective.

Éloignons-nous un peu...
Cambo-les-Bains, villa Arnaga, jet d'eau (64)
On ne voit toujours pas très bien.


Éloignons-nous encore...
Cambo-les-Bains, villa Arnaga, la grande pergola, vue sur le canal (64)
Voilà !

Force est de constater qu'on n'a pas le beau temps. Le ciel est nuageux. Mais ce n'est pas là l'intéret.
Longues allées étroites bordées de petits arbustes. Une pelouse taillée impeccable. Le canal bordé de fleurs débouchant sur ce grand bassin ouvert en éventail, tel que le bassin de Neptune à Versailles. Trois jardiniers s'occupent à l'année de l'entretiens de ces 13 hectares de terrain : 7 hectares de jardin, 5 hectares de bois et 1 hectare pour la Villa.

Nous quittons la terrasse de la grande Pergola pour aller arpenter les allées du Jardin à la Française. Marcher le long de cet étroit cours d'eau appelé canal.

Cambo-les-Bains, villa Arnaga, canal et villa (64)          Cambo-les-Bains, villa Arnaga, canal et fleurs (64)

C'est un feu d'artifices de couleurs.
Cambo-les-Bains, villa Arnaga, fleurs, canal et villa (64)

 "C'est dans ce grand jardin qu'il laissa traîner tant de rêves... Et de rires aussi parfois, si frais parce qu'ils venaient de l'âme. Il s'amusait de tout dans ce jardin, de l'air qui changeait les couleurs, des fleurs qui changeaient de parfum, des oiseaux qui changeaient de chansons..." ROSEMONDE ROSTAND

Le canal bordé de fleurs multiples est un long trait d'eau soulignant l'axe de la perspective jusqu'à la villa. Edmond Rostand y canotait souvent avec ses amis. Les jets d'eau ont été installés par la municipalité de cambo dans les années 1960.
"Leur interruption tous les quarts d'heure, telle un entracte, rend au lieu sa quiétude d'antan." DÉPLIANT GUIDE JARDIN ARNAGA

 

Nous arrivons à hauteur du miroir d'eau.

LE MIROIR D'EAU
Cambo-les-Bains, villa Arnaga, villa et grand bassin (64)

"Long de 70 mètres, le miroir a été profondément encaissé dans le sol afin que la façade de la demeure puisse s'y refléter dans sa totalité. La bordure particulièrement saillante de cette pièce d'eau lui confère un véritable cadre au centre du jardin à la française." DÉPLIANT GUIDE JARDIN ARNAGA

C'est en marchant autour de ce grand bassin-miroir que nous décidions de faire un point-histoire-vidéo.

Dans la continuité du grand bassin, et après avoir loupé la Roseraie et sa ruine végétale, les tonnelles de charmilles et le coin des poètes, nous entrons dans un autre "petit parc" appelé le Rondeau.

 

LE RONDEAU
Cambo-les-Bains, villa Arnaga, villa et fleurs (64)

 Là encore, beaucoup de fleurs, de parfums et de couleurs.
"Le bassin du Rondeau, dont la forme circulaire est soulignée par une bande de gazon, prend place au sein du grand parterre fleuri. Il est agrémenté en son centre de deux angelots sculptés, offerts par l'architecte Tournaire, d'où montait une colonne d'eau qui tout en animant l'espace faisait écho à la verticalité des colombages de la façade de la Villa et des colonnes de la Grande Pergola." DÉPLIANT GUIDE JARDIN ARNAGA

Les fleurs semblent avoir des couleurs plus prononcées que celles croisées auparavant. Une petite explication nous est apportée par Jean-François Oxarango, jardinier en chef du domaine.
"Dans le jardin à la française de la Villa Arnaga, plus vous vous approchez de la demeure d'Edmond Rostand, plus le fleurissement des massifs présente des couleurs chaudes. Cela permet notamment d'allonger la perspective du jardin."

Au sortir du rondeau Vénéziano... Tiens, qu'est donc devenu ce groupe original des années 1980, Rondo Veneziano ?

Souvenons-nous !

Créé en 1979 par Gian Piero Reverberi, compositeur et chef d'orchestre, le groupe Rondo Veneziano est un ensemble musical italien qui s'est inspiré de la musique baroque et classique afin de produire une variété pop rock. Après avoir vendu plus de 25 millions d'albums dans le monde, nous n'avons plus trop de nouvelles d'eux depuis 2003, date à laquelle ils ont donné un concert à Las Vegas.

 

Bon, ok, d'accord. Reprenons.
Au sortir du rondeau, nous arrivons au pied de la villa Arnaga. Il y a là la terrasse du Levant, lieu de dîners où Edmond Rostand aimait aussi venir se prélasser en appréciant la perspective sur le parterre français et les monts Ursuya et Baïgura. Juste à côté, le petit parterre où l'on découvre des parties gazonnées ornées de broderies de buis formant des arabesques d'avantage appréciables depuis une certaine hauteur.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, cadran solaire (64)Dominant le tout, posé sur la façade sud-est,
le cadran solaire inspiré d'un modèle italien
et dessiné par Edmond Rostand affiche
un sourire tout en retenu avec cette phrase :
"Je ne mesure que les beaux jours."

 

 

 

Nous contournons la villa pour nous retrouver dans le jardin à l'anglaise.

 

JARDIN À L'ANGLAISE
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, jardin à l'anglaise (64)
          Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, jardin à l'anglaise, vue sur la villa (64)

Alors là, si tu veux, c'est très différent du jardin à la française. C'set à croire qu'Edmond Rostand a voulu montrer la différence flagrante d'élégance entre les savoir-faire français et le non-faire anglais. Un terrain vallonné, un chemin de dalles glissantes, le tout un peu en bordel de prime abord.
Pourtant, tout n'est peut être pas aussi désordonné qu'il n'y parait. Les parfums qui se dégagent des plantes ce lieu sont forts et intrigants. La 'simplicité' des arrangements des espaces invitent spontanément à l'errance aléatoire. Le petit sentier de dalle descend très bas dans le fond du jardin où se trouve une fontaine dite grotesque.
"En y regardant de plus près, cette fantaisie de pierre dévoile deux yeux et une bouche béante dans laquelle s'écoulait autrefois de petits filets d'eau. Rostand dira de cet 'accident naturel' qu'il comblait de joie 'ses enfants et les amateurs de contes de fées que nous sommes dans la famille'. Plus loin, on distingue les méandres de la Nive." DÉPLIANT GUIDE JARDIN ARNAGA

Nous avons un peu la flemme de descendre DONC nous faisons demi-tour pour nous diriger vers l'entrée de la Villa Arnaga.

Et à l'entrée,
il y a ceci :
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, entrée (64)
Sois prévenu !
Et ensuite, ne tente pas de passer par la petite fenêtre,
il y a une grande porte ouverte en-dessous de la plaque marbrée.

Et nous entrons dans la Villa Arnaga en passant un portique de sécurité qui nous amène tout droit dans la boutique de souvenirs. Dans la continuité, nous accédons à la première pièce de la Villa : le grand hall.

LE GRAND HALL
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, le grand hall (64)

Entrée impressionnante. Nous sommes surpris par la surface et la grandeur de cette première pièce. De plus, elle est très claire. Cela est due en partie aux baies vitrées ouvertes sur les jardins. Beaucoup de bois, des lambris de chêne, comblent la pièce. Nous avons presque l'impression de pouvoir sentier la cire. Dans le fond de la pièce, on remarque un escalier auquel les visiteurs n'ont pas accès. Autrefois, il donnait accès à un balcon relié directement à la chambre d'Edmond Rostand. Un poème de Victor Hugo, "La fête chez Thérèse", a été peint sur une frise par Gaston Latouche.
Plusieurs objets fournissent ce grand hall : des peintures d'Eugen Pascau et de Clémentine-Hélène Dufau, des photos et du mobilier (meubles, tables, sièges, lustres). Des vitrines exposent également plusieurs petits objets, commedes étuis à cigarettes luxueux, des sculptures en bronze, l'épée d'académicien de Rostand,... Au fond de la salle, d'autres vitrines conservent sous verre des photos et des manuscrits originaux, comme la pièce inachevée "La maison des amants". Le piano quant à lui a été offert à Rosmenonde Rostand par le compositeur Jules Massenet à l’occasion de son mariage avec Edmond Rostand.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, le grand hall, frise et piano (64)         Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, le grand hall, piano (64)

Au fond de la salle, on découvre une autre petite pièce tout en rondeur. Il s'agit du salon chinois. J'ai oublié de faire des photos...
"Petit salon fumoir qui fut entièrement décoré de panneaux de laques de Coromandel en provenance de Chine. Deux médaillons témoignent de ce décor, au-dessus de la cheminée et de la porte." VILLA ARNAGA

 

Une autre pièce s'ouvre dans le fond du grand hall.

LA BIBLIOTHÈQUE
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la bibliothèque, bureau d'Edmond Rostand (64)

Impressionnante "petite salle" ! On ne sait où poser les yeux. Le bois est toujours aussi dominant, mais les livres sont ici très présents.
"La bibliothèque d’Edmond Rostand contenait plus de 15 000 volumes. À sa mort, la famille l’a mise en vente. Le musée la reconstitue progressivement grâce aux dons des proches et des amis.
Récemment la Ville de Cambo-les-Bains a racheté une partie de cette collection, dont plus d’une centaine marquée au monogramme d’Edmond Rostand. Beaucoup de ces ouvrages portent une dédicace destinée à l’auteur de Cyrano." VILLA ARNAGA

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la bibliothèque (64)           Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la bibliothèque et le grand hall (64)

Mais la bibliothèque est également consacrée à l'une des pièces  -sinon LA pièce-  la plus célèbre d'Edmond Rostand : Cyrano de Bergerac. On peut même dire qu'elle est un petit musée dans le musée.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la bibliothèque

DSCN4951Écrite entre 1896 et 1897, elle est représentée pour la première fois le 28 décembre 1897 au théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris. Elle s'inspire librement de la vie et de l'oeuvre de l'écrivain libertin Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655). Même si Edmond Rostand est fasciné depuis longtemps par ce personnage, l'idée de la pièce lui vient d'en faire un personnage de théâtre, lorsqu'il l'associe à un épisode de sa propre vie où, pour aider un ami à séduire une jeune femme snob, il l'aide à trouver les phrases susceptibles de produire l'effet voulu.
La difformité du personnage lui est inspirée d'une part par Les Grotesques, une œuvre de Théophile Gautier qui, fasciné par la grosseur du nez de Cyrano observée sur une gravure, contribua à créer cette légende.
Alors qu'il commence l'écriture de la pièce, Edmond Rostand en présente les grandes lignes à l'acteur en vogue du moment, Constant Coquelin, qui, enthousiasmé, participe à la création de l'oeuvre et encourage l'auteur à créer un personnage à sa mesure.
Le jour de la première approche. Tout semble réuni pour que cela soit un fiasco : héros inconnu, écrite en vers, très longue, profusion de figurants,... Mais la pièce fait un triomphe.
Cyrano de Bergerac est une pièce en 5 actes écrite en vers, et presque entièrement en alexandrins. De la comédie héroïque, la pièce reprend le sens de l'épique et la description d'un héros dont la vie s'organise autour de l'amour et de l'honneur. Sur les 2 600 vers qui la composent, plus de la moitié sont prononcés par Cyrano lui-même.
La pièce sera jouée quatre cents fois de décembre 1897 à mars 1899, et atteindra la millième en 1913. Elle rapporte également beaucoup d'argent.
Un an après la création de son second succès, le drame L'Aiglon qu'il met en scène pour Sarah Bernhardt en 1900, Edmond Rostand est élu à l'Académie française.

Reprenons la visite de cette belle pièce.
Dès que nous entrons dans la pièce, nous ne pouvons les manquer : le bureau et le fauteuil d'Edmond Rostand sur lesquels l'écrivain a écrit sa plus célèbre pièce. Juste à côté du fauteuil de Rostand, un autre fauteuil à oreillette de style Régence. C'est celui que Coquelin avait sur scène dans le dernier acte.
juste au-dessus, on remarque une gravure, un balcon sur lequel sont disposées deux silhouettes en carton et un vitrail.
Continuons à promener notre regard.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la bibliothèque, robe de Roxanne (64)Un grand tableau attire également l'attention au milieu de la bibliothèque ainsi que la robe de Roxanne dessiné par Christian Lacroix.
"Robe de style Empire en mousseline blanche sur fond en Bemberg blanc. Manches ballons, corsage avec application de guipure blanche. Création des ateliers de la Comédie française.
En 2006, la Comédie française a créé un nouveau Cyrano mis en scène par Denis Podalydès. La robe est placée dans sa situation de scène. Roxane, interprétée par Françoise Gillard, vole à plusieurs mètres au-dessus de la scène. Elle écoute les paroles d’amour de Christian-Cyrano." VILLA ARNAGA

 

Juste à côté de la robe de Roxanne, dans une autre vitrine, deux faux nez sont exposés. Il s'agit de ceux que les acteurs Michel Vuillermoz et Pierre Santini ont arboré durant leurs prestations.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la bibliothèque, nez de Vuillermoz et Santini (64)

Juste au-dessus, on découvre le César du meilleur acteur que Gérard Depardieu a obtenu en 1990 en interprétant le rôle de Cyrano pour le film de Jean-Paul Rappeneau.

"Quand je suis tombé sur Cyrano, c'était de la musique. Moi qui ne savait pas parlé, j'ai été servi.
Et puis, parler c'est une autre chose, mais comprendre, savoir, traduire une émotion, un ressenti.
Y'a tout dans Cyrano. "Ne pas monter bien haut certes, mais tout seul."." GÉRARD DEPARDIEU

 Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la bibliothèque, César de Gégé          Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la bibliothèque, César de Gégé (64)

Allez,
petite révision de la fameuse tirade du nez.
tirade du nez

 

Nous sortons de la bibliothèque pour traverser le Grand Hall afin d'atteindre la salle suivante.


LA SALLE À MANGER

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la salle à manger (64)
        
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la salle à manger

Aaaaah très jolie charmante cette salle à manger ! Il me tarde de voir les chiottes. OUPS PARDON !
Alors oui, voilà, nous errons de salle en salle, de pièce en pièce, "de chrysanthèmes en chrysanthèmes, Nos amitiés sont en partance, De chrysanthèmes en chrysanthèmes, La mort potence nos dulcinées, De chrysanthèmes en chrysanthèmes, Les autres fleurs font ce qu'elles peuvent..." Jacques Brel. Tiens, est-ce qu'elle se visite la maison de Jacques Brel ?

"Quand on évoque Jacques Brel, les lieux auxquels on pense spontanément sont la Belgique, bien sûr, le plat pays qui était le sien et qu'il aimait tant, Paris et la salle mythique de l'Olympia, ou encore les îles Marquises où il a passé les dernières années de sa vie et où il repose. 
Pourtant, l'artiste a vécu dix ans sur la Côte d'Azur, de 1961 à 1971. A l'âge de 34 ans, il s'installe clandestinement avec sa maîtresse, Sylvie Rivet, ancienne attachée de presse de chez Philips, dans une maison de Roquebrune-Cap-Martin située au bord de la plage. Fasciné par la grande bleue, il fait même rabaisser la fenêtre de sa chambre pour admirer la mer depuis son lit !
La modeste demeure devient son refuge, loin des tournées et des affres de la vie parisienne. Ce petit coin de paradis et ses habitants l'inspirent : il y écrit quelques-uns de ses plus beaux titres, comme "Amsterdam", "Le plat pays", "Jef", "Mathilde" ou encore "Les bonbons" qu'il compose pour une voisine. Celle-ci venait régulièrement lui apporter du Limoncello qu'elle avait concocté. Brel n'en était pas très friand mais pour la remercier, il lui dédia la fameuse chanson : "Je vous ai apporté des bonbons"... (...)" FRANCE INFO
Tu peux également retrouver un beau reportage sur cette maison en cliquant sur ce lien : UNE MAISON, UN ARTISTE : Jacques Brel.

Bon bref : nous sommes dans la salle à manger, d'inspiration Louis XVI, de la Villa Arnaga où, d'emblée, notre regard ne peut éviter ce grand et haut tableau représentant Rosemond en pied, peint par Caro Delvaille entre 1904 et 1906. Juste en dessous, on remarque l'imposant calorifère électrique choisi à la place d'une cheminée. Cet objet montre également la modernité de la Villa Arnaga.
"En 1906, Edmond Rostand dîne à la lumière électrique. Cela nous parait naturel aujourd'hui. Mais en réalité, seul l'auteur de Cyrano a les moyens et l'ambition de mettre en oeuvre la "Fée électricité". Des équipements inouïs sont installés dans la Villa et les écuries : trois circuits électriques indépendants, des kilomètres de câbles encastrés, une puissance d’1/2 mégawatts !" VILLA ARNAGA

Les couleurs de cette pièce apporte beaucoup de luminosité ajouté aux grandes fenêtres et aux miroirs disposés sur les volets intérieurs, donnant encore plus de volume à la pièce. Un rafraichissoir est posé sur un dressoir en marbre des Pyrénées.

Autre pièce.

 

LE BUREAU EMPIRE
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, le bureau empire (64)

Petite pièce en arc de cercle dominé par un imposant bureau. L'installation de cette pièce se trouvait à l'origine dans l'hôtel prisien d'Edmond Rostand. Démonté en 1904, il fut remonté ici avec quelques ajustements. Le bois est toujours présent avec des parois et des meubles en citronnier. Ils sont décorés d’ornements en bronze qui reprennent les thèmes chers au style Empire : la référence à l’art antique, la structure rectiligne, les arêtes vives, la symétrie absolue.
Là aussi, on découvre une bibliothèque dans laquelle se trouvent principalement des ouvrages écrits par des amis, tels que Pierre Loti, Louis de Robert, Anna de Noailles,...
L'autre particularité de cette "petite pièce" est qu'elle contient beaucoup d'informations sur la pièce "L'aiglon". Il s'agit d'un drame en six actes et en alexandrin, joué pour la première fois au théâtre Sarah Bernhardt le 15 mars 1900. La pièce fut jouée sans interruption du 15 mars au 30 octobre 1900, puis partit en tournée en France et à l'étranger.

L'HISTOIRE
L’action débute  en septembre 1830, au palais de Schoenbrünn en Autriche. L’Aiglon est le fils de Napoléon Ier et de Marie-Louise d’Autriche, appelé à sa naissance roi de Rome et maintenant duc de Reichstadt. Il a été élevé à la cour de son grand-père autrichien, l’Empereur Frantz, après l’abdication de Napoléon en 1815. L’Aiglon a 19 ans.  Autour de lui, et malgré la vigilance du Prince de Metternich, des alliances se nouent, des complots s’organisent pour le ramener en France afin qu’il succède à son père. Mais le spectre héroïque de Napoléon hante et écrase le jeune homme, idéaliste et rêveur. Il a une santé fragile et ne se sent pas prêt : il craint de ne pas être à la hauteur. Quand il est enfin convaincu par Flambeau, un ancien grognard de l’armée napoléonienne, de fuir l’Autriche pour rejoindre Paris, il est arrêté. Malade et affaibli par l’échec, il meurt à vingt-et-un ans, au Palais de Schönbrunn.

C'est Sarah Bernhardt, déguisée en homme, qui interprète le rôle de l'aiglon. À propos de cette pièce, Edmond Rostand explique :
"Je raconte les deux dernières années de sa vie, de sa vie triste et courte – telle une rose qui s’effeuille avant d’être épanouie… Mon premier acte se passe en 1830 aux eaux de Baden. Je n’ai rien ajouté… Pas d’amour dans mon drame. Des femmes l’aiment. Lui s’absorbe dans une idée plus haute, une idée trop lourde, comme une couronne de géant pour une tête d’éphèbe. Et puis j’ai montré le mélange et la lutte – en lui-même – du sang des Bonaparte et du sang des Habsbourg… Sarah est extraordinaire, vous verrez." VILLA ARNAGA

 Interdite sous l’Occupation, la pièce fut jouée pendant deux ans consécutifs au théâtre du Châtelet devant des salles combles à partir d'août 1945.
Dans la pièce où nous nous trouvons, des photos de l'actrice, des dessins, des peintures, des manuscrits, des brouillons, des sculptures et un lien internet nous invitent à nous plonger dans l'univers théâtral de cet aiglon.

Nous continuons la visite du rez-de-chaussée.

 

L'OFFICE
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, l'office (64)

C'est le lieu se situant entre la cuisine qui se trouve au sous-sol (et que l'on a loupé ou qui était fermée ou je sais pas, mais on ne l'a pas vu) et la salle à manger. Au premier regard, tout semble consacré à la volaille : des poules, des poulets et des coqs sur la vaisselle, sur les murs, sur des flacons, sur des tableaux,... Cette décoration rappelle en mémoire la pièce "Chantecler" écrite par Edmond Rostand en 1910, et dont nous avons déjà parlé plus haut.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, l'office, vaisselle (64)            DSCN4958

D'autres objets et détails attirent l'attention : les flacons d'alcool et les couverts Christofle Louis XVI Trianon portant le monogramme des Rostand, un filtre à pasteuriser l'eau et un tableau d'appel permettant au Rostand d'appeler les domestiques.

 

Nous sortons de l'office pour se retrouver à nouveau dans l'entrée. C'est maintenant vers les étages que nous nous dirigeons. Nous empruntons un grand escalier pour accéder à la salle d'hydrothérapie, dans un premier temps.


LA SALLE D'HYDROTHERAPIE
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, la salle d’hydrothérapie (64)

Dans cette salle aménagée, Edmond Rostand pouvait se faire donner des douches avec de grands jets massant. L'évacuation des grandes quantités d'eau se faisaient par le sol surélevé de caillebotis en tek de Birmanie sous lesquels se trouve un sol en plomb, en pente douce vers la gauche, permettant l'évacuation des eaux. À l'époque, il y avait également deux baignoires en émail dans cette salle, servant à donner deux bains à températures différentes, froide et chaude. Un chauffe-bain était également présent, permettant les douches à vapeur.
"L’eau du réservoir, chargée de principes médicamenteux, la douche devient fumigatoire et peut agir sur les voies respiratoires, particulièrement fragiles chez Edmond Rostand." Chauffe-bain extrait du catalogue Jacob Delafon 1901

Tous ces procédés mis en place dans cette salle permettait de créer une réaction sur deux grandes fonctions de l'organisme humain : la circulation et la respiration. Autre objet présent dans cette salle : la table de massage de Sarah Bernhardt.

 

Au sortir de la salle d'hydrauthérapie,
nous avançons dans un petit couloir
séparant des chambres, appelées "appartements du poète".
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, les studios (64)

Au bout de ce couloir,
les fenêtres laissent apparaître une belle vue sur le jardin à la Française.
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, jardin vue des studios (64)

Sur la droite, nous entrons dans la chambre d'Emond Rostand.


CHAMBRE D'EDMOND ROSTAND
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, les studios, chambre de Rostand

On dirait une chambre d'enfant, très étroite, épurée, petite.
"Après avoir essayé presque toutes les salles, Edmond Rostand choisit ces petites pièces comme chambre et lieu de travail.
Son confident, Paul Faure raconte : "Pressé par Chantecler, il inaugura un système de travail dont il devait se trouver si bien qu’il l’adopta tout à fait. Il ne travailla plus désormais, comme il l’avait fait jusqu’alors, quelques heures chaque jour, assis à sa table. Il s’enferma dans sa chambre et, couché, écrivit au lit, ses papiers sur les genoux, travaillant tout le jour, de onze heures du matin à six heures sans vouloir, pendant ces sept heures, être distrait de rien"." VILLA ARNAGA

C'est là que tu te dis : c'est fascinant d'avoir une grande maison pour, finalement, s'enfermer ici. bon, ce n'était que quelques heures par jour, mais quand même.
C'est ici qu'Edmond Rostand rédigea les principales pages de Chanteclerc... dont nous avons déjà parlé plus haut... Hein ? Non ? Mais si, quand on était dans la basse-cour et les écuries ? Non ? Ah bon.
Alors, de quoi parle Chantecler ? Tout de suite, le pitch.

                                   chantecler
"Chantecler, un fier coq règne sur la basse-cour. Son chant est tellement puissant qu’il est persuadé qu’il fait se lever le soleil chaque jour. Il est détesté des animaux nocturnes et subit les jalousies des autres animaux de la basse-cour. Chantecler tombe amoureux d’une faisane. Il se rend dans le salon littéraire de la Pintade où il tombe dans un guet-apens : il est contraint de se battre jusqu’à la mort avec un autre coq. Il sort vainqueur de cette épreuve et défend la basse-cour contre les menaces d’un épervier. Il part avec la faisane pour la forêt ; jalouse, elle lui demande de ne plus chanter, mais elle se sacrifiera par amour lorsqu’un chasseur arrivera ; mais c’est le rossignol à la voix d’or qui sera touché par les balles. Le chant rauque du coq continuera seul à célébrer l'aube."
LIBRE THEATRE

Très attendue en 1910 après les succès de L'aiglon et de Cyrano de Bergerac, la pièce disperse le public venu nombreux du monde entier assister à la première le 7 février 1910 au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Les rôles principaux étaient interprétés par Lucien Guitry, Jean Coquelin, Félix Galipaux et Madame Simone. Le prix des places officielles est doublé.
Il faut dire que cette oeuvre est démesurée : un nombre considérable d’acteurs, plus de 70 personnages, 195 costumes ayant demandé 35 000 heures de travail… Ces prouesses techniques l'amèneront à être rarement reprise vu les moyens extraordinaires mis en oeuvre.
Dès le début de l'écriture, Edmond Rostand s'est mis la pression. Il avait alors 34 ans et mettra plus de huit ans à écrire la pièce. Il conçoit lui-même les costumes et les maquettes des décors. C'est Alfredo Eidel, costumier italien, qui réalisera "plus de 200 esquisses à travers lesquelles il fera revivre toute une basse-cour." (Villa Arnaga). Les costumes seront fabriqués dans les ateliers du théâtre de la Porte Saint Martin.
Mais l'achèvement d'une pièce aussi colossale lui est pénible. Il cumule les problèmes de santé et les crises d'angoisse. L'obligation de finir le monstre Chantecler devenait pesante.
Même si Chantecler est une très belle fable poétique, lyrique et allégorique où par le truchement des animaux, tous les défauts humains sont raillés : la vanité, l’ambition, la jalousie, le cynisme, la prétention, c'est sa forme qui semble avoir surpris et déconcerté le public.
Après ce semi-échec critique, Edmond Rostand ne fera plus jouer de nouvelles pièces, préférant s'impliquer dès 1914 dans le soutien aux soldats français.
Personnellement, j'aime bien l'idée de départ et l'ouverture de la pièce avec la venue du coq se croyant maître du jour. Il imagine que son cocorico lancé aux quatre coins du ciel fait l’aurore et que tout le travail humain attend le signal auquel il donne un envol lyrique. Il porte en lui le soleil, il en est sûr et il en reste illuminé. Il lance avec conviction l’hymne du premier acte (Acte I scène II) :

" C'est que j'ose,
Avoir peur que sans moi l'Orient se repose!
Je ne fais pas "Cocorico !" Pour que l'écho
Répète un peu moins fort, au loin "Cocorico !"
Je pense à la lumière et non pas à la gloire.
Chanter, c'est ma façon de me battre et de croire,
Et si de tous les chants mon chant est le plus fier,
C'est que je chante clair, afin qu'il fasse clair !
"


le brun

le brunCette idée me rappelle l'approche du peintre Charles le Brun au XVIIème siècle. Lorsqu'il donne une conférence  sur les liens entre l'apparence humaine et animale, à Paris en 1671, le public découvre des dessins reprenant des visages humains aux visages étranges, voire monstrueux : des nez en forme de bec, des mentons devenant des museaux,... Comme pour le expressions "Regard de bovin" ou "fier comme un coq", le peintre tente le rapprochement animal-humain avec des traits de caractère. Le lapin serait craintif, le lion courageux, le renard rusé. Un homme ressemblant à l'un de ces animaux aurait peut être alors le même caractère. C'est ce que l'on appelle la physiognomonie ; en outre on pourrait reconnaître le caractère d'un humain rien qu'en regardant son visage.
C'est une théorie très populaire alors et qui perdurera longtemps. Ainsi, à la fin du XIXème siècle, un criminologue s'en sert pour expliquer que des bras très longs, comme ceux des singes, annoncent des tendances criminelles... bien que je ne vois pas trop le rapport entre un singe et un criminel.

la gèvela grèvePlus près de nous, en 1924  -et donc après le Chantecler de Rostand-  le cinéaste russe Eisenstein utilise ce procédé dans son film La grève. Au béut du film, il présente une galerie de mouchards, chargés de dénoncer les grévistes. En référence à Le Brun, il superpose des visages d'hommes à des faces d"animaux. Un renard, un singe, ou encore un hibou. Des bêtes qui, de prime abord, n'ont pas bonne réputation, de quoi montrer de suite leur caractère perfide.

Nous quittons la petite chambre pour rejoindre le palier du premier étage, donnant accès aux autres chambres et pièces.

Nous commençons par la visite des chambres des enfants, Maurice et Jean. Il y a là le pupitre d'écolier sur lequel les deux enfants ont étudié ; leurs parents, n'ayant pas voulu qu'ils aillent en internat, faisaient venir les enseignants à Arnaga. Si Maurice se passionne pour l'écriture, Jean est d'avantage porté sur l'étude des insectes et des batraciens. Nous découvrons ainsi beaucoup de papillons mis sous verre sur les murs et posés sur quelques meubles de la pièce. Ce sont des fac-similés ; les boites de Jean Rostand étant trop fragiles pour être exposées.
Dans la continuité, nous accédons à l'unvers de Rosemonde, la femme d'Edmond Rostand.

 

LA GARDE ROBE ET LA CHAMBRE
DE ROSEMONDE
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, garde-robe de Rosemonde

La présence du camaïeu rouge sur les murs interpelle de suite avec ces décors originaux inspirés des chinoiseries du XVIIIème siècle. Des personnages, des animaux fantastiques, des plantes,... s'entrelacent. Rosemonde était-elle inspirée ou passionnée par l'Orient ? Mais qui était Rosemonde Rostand, née Louise-Rose Gérard le 5 avril 1866 à Paris ?

ROSEMONDE GÉRARD
"Petite-fille du comte maréchal Étienne Maurice Gérard, héros de Wagram, et de Louise-Rose-Aimée de Timbrune-Thiembrone de Valence, dite Rosemonde, elle adopte le surnom de sa grand-mère pour jouer et écrire. Elle a eu pour parrain le poète Leconte de Lisle. Son père, le comte Gérard, meurt jeune et Alexandre Dumas fils devient son tuteur. Dodette, de son surnom familier, s'installe avec sa mère au 107 boulevard Malesherbes à Paris." WIKIPEDIA

Rosemonde Gérard, belle, fortunée et intelligente, rencontre Edmond Rostand, jeune étudiant cultivé, lors d'un séjour à Luchon en 1887. Amitié, correspondances, échanges de poésie, amour. En 1889, Rosemonde signe Les Pipeaux, célèbre, notamment, pour Le dernier rendez-vous ou L'éternelle chanson avec ce célèbre vers "Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain" :

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,
Et je te sourirai tout en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer,
Nous aurons une joie attendrie et très douce,
La phrase finissant toujours par un baiser.
Combien de fois jadis j’ai pu dire  » Je t’aime  » ?
Alors avec grand soin nous le recompterons.
Nous nous ressouviendrons de mille choses, même
De petits riens exquis dont nous radoterons.
Un rayon descendra, d’une caresse douce,
Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser,
Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse,
Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer.

Et comme chaque jour je t’aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain,
Qu’importeront alors les rides du visage ?
Mon amour se fera plus grave – et serein.
Songe que tous les jours des souvenirs s’entassent,
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent d’autres liens.
C’est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l’âge,
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
Car vois-tu chaque jour je t’aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain.

Et de ce cher amour qui passe comme un rêve,
Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur,
Retenir s’il se peut l’impression trop brève
Pour la ressavourer plus tard avec lenteur.
J’enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare,
Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours ;
Je serai riche alors d’une richesse rare
J’aurai gardé tout l’or de mes jeunes amours !
Ainsi de ce passé de bonheur qui s’achève,
Ma mémoire parfois me rendra la douceur ;
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve
J’aurai tout conservé dans le fond de mon coeur.

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore aux jours heureux d’antan,
Et je te sourirai tout en branlant la tête
Et tu me parleras d’amour en chevrotant.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

Le 8 avril 1890, elle épouse Edmond Rostand à Paris en l'église Saint-Augustin, avec Jules Massenet comme témoin. La même année, elle reçoit le prix Archon-Despérouses (qu'elle gagnera à nouveau en 1926). Le jeune couple habitent différents lieux entre 1891 et 1900 avant de déménager pour se fixer
Le jeune ménage vient tout d'abord habiter au 107 boulevard Malesherbes et, peu après, au 2 rue Fortuny où naissent leurs fils Maurice Rostand, puis Jean à Cambo-les-Bains dans la luxueuse Villa Arnaga ; une des volontés de son mari.
Rosemonde est fascinée par le talent d'Edmond, mettant entre parenthèses ses écrits afin de ne pas faire d'ombre à la carrière de ce dernier. Leur Maurice dira plus tard : "Il lui semblait que le temps et l’attention qu’elle vouerait à son œuvre personnelle risqueraient de nuire à celle d’Edmond Rostand."

Habituée à la vie parisienne, l'installation au Pays Basque est difficile. Elle écrit notamment :

"N’est-ce pas la nature seule qui retient Edmond Rostand dans ce Pays basque où il n’y avait pas une seule des choses qui amusent les gens de Paris : pas un plaisir, pas une distraction, pas un théâtre…"
Le couple se sépare en 1913. Elle se remet alors à écrire : L'arc-en-ciel (1926) lui vaut les honneurs de l'Académie française, puis Fééries (1933), Rien que des chansons (1939), Les muses françaises (1943). Elle travaille également avec son fils Maurice à l'élaboration de certaines pièces de théâtre (Un bon petit diable, La marchande d'allumettes, La forêt enchantée). En 1935, elle rédige également une biographie de son ex-mari, "Edmond Rostand" dans laquelle elle lui rend un vibrant hommage.
Elle s'éteint le 8 juillet 1953 à Paris à l'âge de 87 ans.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, chambre de Rosemonde (64)


Dans les différents arrondis des parois, de multiples placards servaient à accueillir les multiples habits de Rosemonde.
"Rosemonde est une femme de son temps, à l’écoute des évolutions de la mode. Le milieu théâtral dans lequel elle évolue la met en relation directe avec les grands couturiers. Elle s’habille chez Worth, Doucet, Fortuny, porte des chapeaux de Caroline Reboux." VILLA ARNAGA

Divers peintures, oeuvres manuscrites, photos et objets comblent ces pièces, comme son alliance, des médaillons, son contrat de mariage,...

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, garde-robe de Rosemonde, photos de Rostand (64)                Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, garde-robe de Rosemonde

L'autre particularité de ces pièces est qu'elles proposent une des plus belles vues sur le jardin à la Française.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, garde-robe de Rosemonde, vue sur le jardin (64)

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, garde-robe de Rosemonde, vue sur le jardin         Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, garde-robe de Rosemonde, vue sur le jardin

Nous sortons des appartements de Rosemonde en passant devant la "petite" salle de bain, fermée au public, pour accéder au Bureau Louis Labat.

BUREAU LOUIS LABAT
Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, bureau Louis Labat, meubles Jean Veber (64)

Louis Labat était le secrétaire d'Edmond Rostand. Habituellement, cette pièce est plus épurée, mais, actuellement, la Villa Arnaga expose "le petit salon des contes de fées" de Jean Veber, un ensemble de meubles portant des décors de tapisseries réalisées par la manufacture de Beauvais.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, bureau Louis Labat, meubles Jean Veber         Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, bureau Louis Labat, meubles Jean Veber

"L’imagination débridée de Jean Veber a été remarquée par Edmond Rostand qui lui confia la décoration du Boudoir de Rosemonde, au premier étage de la Villa. A l’occasion du retour de ce grand décor, disparu dans les années 1930, le musée Edmond Rostand organise une grande rétrospective de l’ensemble de l’oeuvre de Jean Veber, plus de 100 oeuvres exposées, la première depuis celle qui lui fut consacrée en 1930 au Petit Palais à Paris. Une occasion de découvrir l’ampleur et la diversité de son talent : son univers féérique rempli de nains, de fées, de géants au milieu d’ombres inquiétantes et de maisons au visage humain, ses portraits délicats, ses dessins polémiques dans le Rire ou l'assiette au beurre qui créèrent des incidents diplomatiques, ses lithographies tendres ou acides sur la société…" VILLA ARNAGA

Le plancher craque, ça sent la cire. Les visiteurs semblent se presser d'avantage devant cette machine à écrire d'un autre temps posée là sur une petite table.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, bureau Louis Labat, machine à écrire (64)Aucune mention faite sur l'appartenance de ce bel objet. Était-ce la machine à écrire d'Edmond Rostand ou de son secrétaire ? Est-elle d'époque ? Est-ce une reconstitution ? Le seul indice : la feuille dactylographiée enclenchée sur laquelle sont posés ces quelques mots :
"Cher Monsieur Tournaire, je vous ai laissé tranquille quelque temps ; je pense que le moment est venu de vous ennuyer un peu. Les travaux marchent tout dou-
dés,mandez-le-moi de deux mots, en style télégraphique."

Voilà ! Démerdes-toi avec ça ! La seule chose que l'on peut retrouver, c'est que ce fameux M. Tournaire n'était autre que l'architecte de la Villa Arnaga, entre autres. On lui doit bien d'autres réalisations, comme l'Hotel Winter-palace à Menton, le musée archéologique de Delphes, l'hôtel de la Caisse d'Epargne à Marseille,...

 

 

Nous quittons le bureau pour suivre un étroit couloir navigant devant les portes de différentes autres pièces.

La première d'entre elles est le boudoir de Rosemonde. Il y a peu, la frise réalisée en 1905 par Jean Veber est revenue à la Villa Arnaga, 80 ans après son départ et après un an de restauration aux ateliers du C2RMF à Versailles. Longue de 20 mètres, elle se déroule tout autour de la pièce. Elle reprend différentes scènes des Contes de Perrault au moment proche du dénouement. Nous découvrons ainsi Cendrillon s'enfuyant du palais, le prince délivrant la Belle au bois dormant,...

Juste après le boudoir, une chambre d'amis garde sa porte ouverte à la visite. Elle fut surtout occupée par le père d'Edmond Rostand, alité. Le papier peint attire mon attention. Il fourmille de dessins et de petits détails. Un tableau étrange est également aposé sur un mur.

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, chambre des invités, papier peint (64)             Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, chambre des invités, tableau (64)

Et nous arrivons dans la dernière petite pièce visitable du premier étage où se tient une exposition de dessins et affiches de Jean Veber

Cambo-les-Bains, Villa Arnaga, salle exposition, peinture Jean Veber (64)

On découvre des oeuvres de ce dessinateur de presse et peintre français avec une satire de la bourgeoisie et des scènes villageoises. Né en 1864 et décédé en 1928 à Paris, c'est en 1897 que son dessin montrant Otto von Bismarck comme un boucher de son peuple cause une polémique.
"Certains de ses dessins font scandale, comme ceux du numéro 26 daté de 1901, consacrés aux camps de reconcentration du Transvaal. Y sont dénoncées les atrocités des Britanniques en Afrique du Sud durant leur guerre contre les Boers. Ce qui suscite les foudres de la censure : Edward VII, dont le visage est situé par l'artiste sur les fesses de Britannia. (...)
Ses dessins des camps de reconcentration du Transvaal, malgré certaines outrances anglophobes, apparaissent comme des visions prophétiques de tous les grands crimes de masse du XXème siècle. Les dessins fantastiques et morbides de Jean Veber constituent certainement la part la plus saisissante de son œuvre. Bien avant les surréalistes et le développement de la science-fiction, et tout en prenant racine chez Goya, Daumier et les Hollandais, il explore un univers d'une puissance et d'une étrangeté incomparable au cœur de la condition humaine." WIKIPEDIA

 

Nous redescendons à présent par le grand escalier pour le rejoindre le grand hall. Avant de sortir de la villa, nous faisons un petit tour dans le studio des enfants. Il s'agit d'une salle d'études et de jeu destinée à l'origine aux enfants des Rostand, Maurice et Jean. Mais en 1906, ils ont déjà 15 et 11 ans. C'est une pièce tout en bois dont les murs son recouverts de lambris de chêne du Canada. Beaucoup de peintures, composées par Georges Delaw, ornent le lieu en reprenant les chansons traditionnelles françaises.

La visite se termine après plus d'une heure de promenade et de découverte dans cette grande propriété. Jardins, grandes pièces, mobilier luxueux, la Villa Arnaga est tout de même une sacrée demeure. Toute cette place, tous ces objets, tout ce faste.
Pourtant, le fils d'Edmond Rostand, Jean, disait de ce lieu :
"Tout cela, encore aujourd’hui, m’étonne et me déconcerte. Une si grande dissonance me parait exister entre ce faste et la simplicité profonde de mon père (…) La vie que menait mon père à Cambo était la plus simple qui soit. Elle était d’une austérité presque monacale. Il recherchait la solitude."

Ah bon. Imaginée et dessinée pièce par pièce par l'écrivain, elle est l'oeuvre de Rostand, attentif au moindre détail. Chaque chambre, chaque espace est singulier, possédant sa propre légitimité : culture, voyage, décor de théâtre, rêve, référence,... Les styles se mélangent, de l'anglais au pékinois en passant par le Premier Empire et Louis XVI.
Disons que la Villa Arnaga était une hétérotopie, un monde imaginaire inscrit dans le réel pour l'écrivain.