Hélicoptère en reconnaissance dans les arbres, kiwi entrouvert vert, gros escargot mirant son reflet, chaise géante en bois au soleil, hydravion en reconnaissante tournante, dauphin avec bonnet rouge sautant dans un parterre, pompier géant en tôle séchée, sécheuse de morue suspendue au piquet,...
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

 

Non, il ne s'agit pas d'un de ces poèmes surréalistes dont Colette Peignot, Joyce Mansour, Philippe Soupault, Benjamin Péret ou encore Robert Desnos avaient le secret.
Tiens, récitons Le pélican. 1, 2, 3 !

LE PÉLICAN
Le Capitaine Jonathan,

Étant âgé de dix-huit ans,
Capture un jour un pélican
Dans une île d’Extrême-orient.

Le pélican de Jonathan,
Au matin, pond un œuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.

Et ce deuxième pélican
Pond à son tour, un œuf tout blanc
D’où sort, inévitablement
Un autre qui en fait autant.

Cela peut durer pendant très longtemps
Si l’on ne fait pas d’omelette avant.
ROBERT DESNOS

Je ne savais pas que Robert Desnos (1900-1945) était mort du typhus au camps de concentration de Theresienstadt, juste après que le camps soit libéré du joug nazi.

Desnos"Le 3 mai 1945, les SS prennent la fuite ; le 8 mai, l'Armée rouge et les partisans tchèques pénètrent dans le camp. Les libérateurs traînent avec eux quelques médecins et infirmiers afin de sauver qui peut l'être encore. Sur une paillasse, vêtu de l'habit rayé de déporté, tremblant de fièvre, Desnos n'est plus qu'un matricule.
Plusieurs semaines après la libération, un étudiant tchèque, Joseph Stuna, est affecté par hasard à la baraque n°1. En consultant la liste des malades, il lit : Robert Desnos, né en 1900, nationalité française. Stuna sait très bien qui est ce Desnos. Il connaît l'aventure surréaliste ; il a lu Breton, Éluard… Au lever du jour, l'étudiant se met à la recherche du poète au milieu de deux cent-quarante « squelettes vivants » et le trouve. Appelant à l'aide l'infirmière Aléna Tesarova, qui parle mieux le français que lui, Stuna veille et tente de rassurer le moribond au péril de sa vie. Desnos a tout juste eu la force de se relever en entendant son nom et de souffler "Oui, oui, Robert Desnos, le poète, c'est moi." Ainsi Robert Desnos sort-il de l'anonymat… Leur a-t-il laissé un dernier poème, comme on le croira ? Rien n'est moins sûr.
Au bout de trois jours, il entre dans le coma. Le 8 juin 1945, à cinq heures du matin, Robert Desnos meurt.
Paul Éluard, dans le discours qu'il prononce lors de la remise des cendres du poète, en octobre 1945 écrit :
"Jusqu'à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues."
Robert Desnos est enterré au cimetière du Montparnasse, à Paris."
WIKIPEDIA


Ces quelques mots contenus dans le titre de ce billet ne sont pas là non plus pour composer un haïku, petit poème d'inspiration japonaise, extrêmement bref visant à dire l'évanescence des choses.

Quand le jardin                                                   Fût-ce en mille éclats
fut balayé de frais                                             Elle est toujours là -
tombèrent des fleurs de camélia                La lune dans l'eau.
Yaha (Munier)                                                                            Ueda Chôshû

Après le tonnerre -                                   Point final
Les nuages de la nuit                              De l'escargot
Ont le teint frais.                                      Au milieu de sa coquille.
Hara Sekitei                                                                  Seishi Yamaguchi


Par ces quelques mots bleus posés en haut de page, tu as en fait un résumé succinct des quelques ronds-points que nous avons pu croisés lors des deux précédents épisodes de cette incroyable périple appelée "Tournée de ronds-points !" Enfin, "incroyable", faut pas exagérer non plus... hein... bon... On n'est pas non plus en train de traverser le grand Nord en chiens de traîneau comme Nicolas Vannier, ni en train de boire un thé en terrasse du monastère de Taktshang, ni en train de tenter de pêcher des saumons dans les eaux gelées de Ittoqqortoormiit, au Groenland.
Non, non, non. Avec Maître Arnaud, nous, nous avons décidé de suivre un itinéraire susceptible de passer à proximité des plus intrigants ronds-points des Landes, de Gironde, de Charente et de Charente-Maritime.

PETIT RÉSUMÉ
EN IMAGES

Bègles, rond-point sécheuse morue (33)
Biscarrosse, rond-point (40) Hagetmau, rond-point (40) Lacq, rond-point (64) Lorignac, rond-point (17)Mourenx, rond-point (64) Peyrehorade, rond-point (64) Saint-André-de-Cubzac, rond-point (33) Saint-Pée-sur-Nivelle, rond-point (64) Villenave d'Abon, pompier (33)dax, rond-point (40) Virollet, rond-point (17)

VOILÀ !

 

Maintenant, revenons à nos moutons ; expression française datant de 1864, fort usitée et que l'on doit à Rabelais. En allemand, tu peux la traduire de cette façon : "Kommen wir zur Sache !", ou en espagnol par : "Volvamos a lo nuestro", ou encore en russe : "Вернёмся к нашим баранам!" ; sans oublier le belge qui dirait plus volontiers : "Riv'nans à nos moutons !".

Dans l'épisode précédent, nous marquions une pause à Saint-Georges-de-Didonne, face à la plage de la ville qui est, rappelons-le, la plus grande plage intra muros de toute la Charente-Maritime.
Mais, attention : Saint-Georges-de-Didonne, ce n'est pas que ça ! Oooooh que non : si nous sommes passés par ici   - alors que ce n'est pas vraiment la route la plus courte qui mène de Bayonne à La Roche-sur-Yon,-   c'est parce que dans cette station balnéaire charentaise, il y a des ronds-points. Certes, ce ne sont pas les plus grands ronds-points intra muros de Charente-Maritime, mais cela vaut le coup d'aller y jeter un oeil, comme l'auraient si bien dit Peter Kalk, Raoul Walsh ou Fritz Lang.

 

SAINT-GEORGES-DE-DIDONNE
Saint-Georges-de-Didonne, rond-point des parasols

Dès que tu arrives par la D730, tu ne peux pas les louper. Là, poser entre campagne marécageuse et ville contournée, sur le tracé de l'Avenue du Maréchal Juin, voici les parasols et chaises longues de la ville.
Ils ne sont pas là pour rappeler qu'une entreprise régionale fabrique ces outils essentiels de l'été. Non, ce rond-point est décoré de cette façon pour rappeler au touriste de passage que Saint-Georges-de-Didonne est une importante station balnéaire et climatique de la Côte de Beauté.
Autre exemple de rond-point local ? Fastoche.

VOICI :
Saint-Georges-de-Didonne, rond-point des noeuds (17)

Ah ben oui ! C'est le rond-point des noeuds marins. Il se trouve dans l'avenue du Lieutenant Colonel Tourtet. sache que le site est sous-vidéo-surveillance au cas où il te prendrait l'envie d'apprendre comment l'on fait de tels noeuds. En même temps, ce n'est pas trop de saison. Les noeuds marins comme cadeau de Noël, c'est pas terrible. Les gens préfèrent un cadeau original, sincère et chouette, comme... comme...comme une boule à neige.



prout cochonAh ben ouais.
Bon, après,
tu peux aussi préférer
offrir des jeux,
comme...

 

 

 

 

 

 

 

Ou... EH OH, c'est pas le sujet là !
Revenons à nos ronds-points !
Un autre exemple de carrefour giratoire (c'est pour éviter de répéter "rond-point") saint-georges-didonnois ? Tranquiiiillleeee.

RE-VOICI :
Saint-Georges-de-Didonne, rond-point des pommes de pin (17)
Photo : les points de croix de Céline

Oui alors, comme tu peux le voir, la photo n'est pas de moi parce qu'on n'a pas trouvé ce putain de rond-point pas banal. Pourtant, les cartes et les gens nous disaient bien de suivre la D25 en direction de Meschers, mais que dalle ! Pas une pomme de pin géante en vue ! Nous nous sommes d'abord posés des questions en nous demandant s'il n'y avait pas un complot contre nous afin que nous ne puissions pas rencontrer ce rond-point. Puis nous avons pensé que quelq'un avait dérobé les énormes pommes de pins pendant la nuit et que les ronds-points vierges de toute décoration que nous croisions sur la D25 étaient l'un d'entre eux. Puis peut être qu'il y avait eu un grave accident de circulation quelques jours auparavant et qu'une voiture s'était encastrée dans les pommes de pins géantes qui, du coup, avaient du être retirées... Et puis, finalement, quelques heures plus tard, nous nous sommes rendus compte que nous nous étions plantés de route : au lieu de suivre la direction de la plage de Meschers, il aurait fallu à proximité de la ville pour remarquer que le rond-point-pommes-de-pins-géantes se trouvait sur une route parallèle à celle qui longe la conche de Saint-Georges.


Tu l'as compris : Saint-Georges-de-Didonne sait mettre en valeur ses carrefours giratoires. Nous aurions également pu parler du rond-point-avec-des-gros-vases-dessus ou encore du rond-point char-à-voile, mais préférons nous concentrer sur l'auteur de ces sculptures gigantesques qui parsèment les départements de Charente et Charente-Maritime, j'ai nommé...

JEAN-LUC PLÉ
jean luc plé photo

Les trois ronds-points que nous venons de voir ici à Saint-Georges-de-Didonne sont l'oeuvre de cet homme, Jean-Luc Plé, né en 1958 au Mans.
C'est à lui également que nous devons les cagouilles de Lorignac, la scène de vendange de Virollet et bien d'autres réalisations que nous verrons plus tard. Autoproclamé l'artiste des ronds-points, Jean-Luc Plé a lui même une carrière à l'allure giratoire. Dès sa tendre enfance au Havre, ses parents le mettent en garde contre une vocation d'artistes qui ne paiera pas les factures. Ils le poussent alors à suivre les pas de son père, ouvrier à la chaine chez Renault. Contestataire, il se plaint du gris et rouge carmin des murs de l'usine.

"Moi, je voulais faire les Beaux-Arts. Je faisais toutes les affiches pour Force Ouvrière et la CGT."
Son chef de département lui permet de donner libre cours à ses aspirations en lui octroyant quelques jours de congès pour repeindre un coin grisatre de l'usine aux couleurs de la plage, en jaune et bleu ciel.
Ensuite, pour les 24 heures du Mans, Renault recherche trois pilotes dans le personnel sur 4186 inscrits. Après un premier tirage au sort, il fait parti des 100 sélectionnables avant de rester dans le dernier tiercé. Il se retrouve alors pilote de course avant de décrocher un poste de designer en suivant des cours de géométrie descriptive, de thermoformage, de ferraille,... Il quitte Renault en 1984 car le travail est trop répétitif. Faire des voitures, faire des voitures, toujouyrs des voitures. Il se lance alors à son compte dans la conception et la sculpture de statues publicitaires.
"J'ai rencontré une faune de personnes, des écrivains, des types du cinéma. J'avais envie de tout avaler. J'ai eu l'idée de fabriquer des énormes enseignes en polystyrène pour les boutiques de mon quartier : crayons, etc. Ça marchait bien. Le 16 octobre 1985, j'ai même présenté mes objets devant toute la France dans "Au nom de l'amour", chez Pierre Bellemare. En 1986, Christian, un gros cadre CGT du service style Renault, est venu me voir. La régie arrêtait la production de la 4L; Il m'a dit : "On va faire une révolution, on va proposer une nouvelle 4L. Il faut que tu me la fasses." J'ai livré la 4L et c'est Krasucki lui-même qui l'a présentée sur le podium, au congrès de la CGT, à Paris. Le même jour, je livrais aussi des croix de Lorraine en 3D au RPR." (Jean-Luc Plé, Le nouvel Observateur)
En 1998, il passe une semaine de vacances à La Rochelle chez des amis. Séduit par la lumière, la beauté des paysages et la couleur des pierres, il décide de rester plus longtemps. Son hôte lui offre alors un bout de bureau dans son agence ; bureau sur lequel il va griffonner les côtes charentaises en 3D. Cela finit par attirer l'attention d'un homme, directeur général des services régionaux de Charente-Maritime, qui lui propose de relever un défi : créer une oeuvre qui pourrait être soumise au Conseil Général de Charente-Maritime.
L'année d'après, ses passions (la voiture, la route, l'art) se croisent enfin : le premier rond-point de sa création sera celui d'Archiac, sur lequel repose à présent un tonneau de 12 mètres de haut, célébrant le vignoble charentais et le Cognac.
Ses oeuvres sont construites en mousse polyuréthane, matériau solide et léger qui permet une installation rapide de ses productions.
Certains soutiennent son travail comme une manifestation du terroir (vendange dans la région de Cognac, huitre du côté de Marenne, cagouille en Charente,...). D'autres, plus circonspects, critiquent l'aspect monumental des oeuvres : des statues de trois mètres, un escargot d'1,80m qui se regarde dans un miroir... "Et alors ?", rétorque le maire de Lorignac qui soutient l'artiste, "Qui a dit qu'un escargot n'avait pas le droit de se trouver beau ?"
Pour Jean-Luc Plé, quelques mots simples afin de vendre son travail : "Le rond-point permet à une commune de transmettre son identité de façon artistique. Chaque pièce est unique et fiable. Oui, cela ressemble à de l'art, et de l'art populaire, accessible à tous sans débourser un centime. La population adore, même s'il y a toujours des détracteurs."
Son entreprise, Art Giratoires, emploie près de 17 personnes. À ce jour, il existe une bonne trentaine de ronds-points habillés par les oeuvres de Jean-Luc Plé. Ses sculptures sont "garanties sans entretien" et représentent un investissement pour les communes "amorti sur trois ans" (d'après la plaquette commercial du groupe). Côut de l'opération : entre 35 000 et 100 000 euros selon la taille du rond-point et de la sculpture.
Jean-Luc Plé ajoute qu'en France, on construirait de 600 à 800 ronds-points par an. À l'heure actuelle, il y aurait environ 40 000 carrefours giratoires répartis sur le territoire.
Références : Le Courrier International, Le Littoral, Le Point, Le Nouvel Observateur

 

REPRENONS NOTRE ROUTE !


Nous quittons Saint-Georges-de-Didonne, sa plage, ses ronds-points, son phare, son port, son église Saint-Georges, son estuaire de la Gironde, ses pistes cyclables, son Leader Price, et tout ça et tout ça.
À partir de là, nous aurions très bien pu longer la Côte de Beauté et...

Passer par Royan
pour visiter l'intrigante église Notre-Dame,
toute de béton vêtue...
Royan, église Notre Dame (17)
       Royan, église Notre Dame, intérieur (17)

 

Puis se rendre à Saint-Palais-sur-Mer
pour apercevoir les défilés de carrelets
posés sur les rochers...

Saint-Palais-sur-Mer, carrelet
       Saint-Palais-sur-Mer, carreletSaint-Palais-sur-Mer, carrelets       Saint-Palais-sur-Mer, carrelets (17)

 

Et ensuite aller visiter l'extravagant zoo de la Palmyre
pour saluer ses 1600 animaux !
La Palmyre, zoo, animal (17) La Palmyre, zoo, animal (17)_1 La Palmyre, zoo, autruche (17) La Palmyre, zoo, calaos (17) La Palmyre, zoo, fennecs 1 (17)La Palmyre, zoo, gibbon 1(17) La Palmyre, zoo, girafe, gros plan (17) La Palmyre, zoo, lémur yeux turquoises (17) La Palmyre, zoo, maki catta (17)La Palmyre, zoo, oiseau La Palmyre, zoo, panda (17) La Palmyre, zoo, suricate (17)


Avant de rejoindre la Coubre et son phare...

La Coubre, phare 1 (17)
puis Ronces-les-Bains et ses cartes postales.
carte ronce 1

 

Oui, nous aurions pu suivre ce trajet touristique majeur, mais, rappelons-le, le but de ce périple, soutenu par le titre de ce billet, est de voir un maximum de ronds-points originaux dans la région.

Bon, OK, certes, à Saint-Palais-sur-Mer,
il y a celui-ci :
Saint-Palais-sur-Mer, rond-point (17)

 


Mais si nous étions passés par là, nous n'aurions pas pu approcher le carrefour giratoire, se trouvant sur Départementale 733, en plein milieu des parcs à huîtres et de quelques marais salants. Rond-point interpellant l'attention de tous les routiers et touristes de passage.

 

L'ÉGUILLE-SUR-SEUDRE
L'Eguille, rond-point de l'huitre

Deux grosses mains géantes qui ouvrent une huître de 2,40 mètres ; le tout posé sur un tapis de coquilles d'huîtres ouvertes. PAF ! Jean-Luc Plé a encore frappé.
Ce rond-point et l'oeuvre qui le domine, sont là pour nous rappeler que nous sommes dans la région des huîtres Marennes-Oléron ; tout près de l'estuaire de ce beau fleuve côtier qu'est la Seudre.
"L'Éguille-sur-Seudre est un territoire gagné sur la mer, entre terre salée et eau saumâtre, au cœur d'anciens marais salants réhabilités en claires ostréicoles il y a bientôt un siècle. Alimentant ces claires, un vaste réseau de canaux quadrille la campagne éguillaise et cet ensemble forme un écosystème spécifique où l'élément central est l'eau. Vous pourrez observer facilement les échassiers et autres oiseaux migrateurs (aigrettes, hérons, cygnes, cigognes, etc...)." L'EGUILLE.FR


Nous pourrions également parler de l'évolution de l'huître, de sa naissance à la vente en passant par la mise en poche dans les parcs et le détroquage avec cette spécificité de la région d'élever ces mollusques en claires ; c'est à dire dans des anciens marais salants.
Nous pourrions également évoquer l'histoire du sel dans cette partie du département, mais vu que ce n'est pas une énorme salière qui est représentée sur ce rond-point,, nous allons continuer.

Demi-tour ; ou plutôt tour du rond-point de L'Eguille.
L'Eguille, rond-point de l'huitre (17)
         L'Eguille, rond-point de l'huitre

 

Départementale 733, nous tournons à droite pour récupérer la Départementale 14. Nous roulons, nous roulons aux sons mixés de The Avener qui se sont accaparés la radio.

 

Le paysage se compose essentiellement de marais salants sur lesquels viennent se déposer quelques oiseaux du cru, comme l'échasse blanche, le héron gardeboeuf, le vanneau huppé ou encore l'aigrette avinée, le pluvier argenté, la spatule des hautes fontes,... Par contre, pas un pipitte farlouse, ni un hypolaïs polyglote, ni une linotte mélodieuse, ni un gobemouche noir ou un pouillot véloce en vue !
Un peu plus loin, sur notre droite, un panneau indiquant la direction de Mornac-Sur-Seudre apparaît.
C'est très beau Mornac-Sur-Seudre. J'y étais passé il y a quelques années. Bien que ce charmant village de pêcheurs soit encore éloigné de l'océan, il n'empêche que son port arborait ce jour-là un visage de marée basse, ornée de quelques maisons blanches bordées de roses trémières.

Mornac-sur-Seudre, port 3 (17)            Mornac-sur-Seudre, rue (17)

Village reculé, de bout du monde, de bout de marais... mais non, nous ne passerons pas à Mornac-sur-Seudre. Nous continuons sur la Départementale 14 pour atteindre un rond-point, enfin !

CHAILLEVETTE
Chaillevette, rond-point maison (17)

Beau petit rond-point sur lequel repose une maison traditionnelle de la région avec sa barque. Pour un peu, avec ce soleil de novembre-décembre, on serait prêt à s'y arrêter pour y boire une vieille Troussepinette où un vieux Pineau sur sa terrasse en bois. Tiens, et pourquoi pas y passer la nuit aussi ? Après tout, ça a l'air bien construit, solide, vivable. Il suffit peut être juste d'ouvrir un peu pour aérer. C'est peut être un peu bruyant avec les voitures qui passent, mais bon...

Allez, on continue pour arriver quelques kilomètres plus tard à un autre rond-point, sur lequel trône une sculpture de... de... de... Ouuuuaaaaaaiiisss gagné : Jean-Luc Plé !

LA TREMBLADE
La Tremblade, rond-point (17)

Bateaux géants en papier sur gravier blanc. Nous passons La Tremblade. Nous passons Ronces-les-Bains. Quels noms étranges ?! On croierait passer à proximité d'un hôpital soignant des maladies rares. Pourtant, ces deux stations balnéaires sont très prisées l'été. Offrant un grand choix de campings avec mobil-home, tippy, chalets, les vacanciers sont nombreux à débouler chaque été pour profiter des nombreux atouts de la région.

IMG_4114Il y a quelques années, j'y étais venu avec ma soeur et mes nièces. Nous avions passés quelques jours en mobil-home dans un des campings de Ronces-les-Bains. Un soir, nous avons même vu... si, si, si... je t'assure, c'est pas des conneries... nous avons vu le sosie de Johnny Hallyday venu donner un concert sur la scène du camping.
Bon, OK, y'avait pas grand monde, mais quand même, eh oh : le sosie de Johnny Hallyday.

 

 

 

 

Tiens, d'ailleurs, je me demande combien de sosie de Johnny Hallyday il existe en France. Et que faut-il pour être sosie officiel ? Et qui décide ? Et pourquoi ? Et comment ? Combien il est payé ? Qu'est-ce que ça mange ? Y'a-t-il des femmes sosies de Johnny ? Est-ce qu'il y a un tribunal pour élire le meilleur sosie de Johnny ?
J'ai fait quelques recherches et, apparemment, il est très difficile de répétorier le nombre de sosies de Johnny. Citons quelques exempls tout de même avec Johnny Rock, Johnny Success, Johnny Vegas, Richy (?), Johnny Junior, Johnny Hapache, Johnny Star, Johnny Dems, Johnny Lyn, Johnny Halloway, Johnny Love, Johnny Mirador, Johnny Davidson, Christ-Jhonny,...

 

À peine le temps de répondre à toutes ces questions que, déjà, nous approchons de Marennes. Et Marennes aussi est la ville de l'huître. Ici, pas de mains géantes ouvrant le mollusque acéphale (sans tête), mais...

 

MARENNESMarennes, rond-point (17)

Un jeune baigneur de cinq mètres de haut tire un petit bateau avec une huître sous le bras gauche. Mais attention, ce rond-point de Jean-Luc Plé (le second qu'il réalisa à l'époque) a une histoire qu'il a raconté à Sud-Ouest.
JEAN-LUC PLÉ : "À l'époque, j'entretenais des relations plus ou moins cordiales avec mon banquier. Et voilà que surgit Roger Hattabe, alors maire de Marennes (jusqu'en 2008). Il souhaitait que l'on décore ce rond-point avec une idée très précise. Il me sort une photo de son petit-fils. Oh là là, je me suis dit : "Il va peut-être aussi me demander de faire son buste !" Mais j'avais vraiment besoin d'argent et je réfléchis à la question. Dans la journée, je lui propose une idée : un petit garçon qui tire son bateau de pêcheur. Roger Hattabe accepte et ajoute : "Mais le petit garçon aura la tête de mon petit-fils." J'étais très embêté, mais il a proposé de me payer très rapidement, j'ai accepté et j'ai pu aller voir mon banquier. Depuis, on appelle ce rond-point, le P'tit Roger." SUD-OUEST


Alors, quand on parle "huître", on pense très souvent "huître Marennes-Oléron". Si, si, si. Enfin, personnellement, ça m'arrange que l'on pense cela aujourd'hui. Si j'avais été en Normandie ou en Bretagne ou à Arcachon ou à Sète, j'aurais dit autre chose, mais vu que nous sommes à Marennes, voilà !
Des questions se pressent alors à notre esprit : qui eut l'idée de cultiver et de manger les huîtres ? Depuis quand, où, comment ?

L'HUITRE
Huitres_1"La France est le premier producteur, consommateur et exportateur d'huîtres en Europe, avec 150 000 tonnes produites par an en moyenne (plus de 4,7 kilos chaque seconde). Appelée "callibléphares" ("belles paupières") par les romains en raison des bords de son manteau, l'huître est connue depuis l'Antiquité. Mais c'est au XVIIème siècle qu'une première culture d'huîtres se développe dans les réservoirs des marais salants de la côte atlantique, puis dans des bassins spécialement aménagés dans la région de Marennes-Oléron. La méthode consistait à récolter les naissains d'huîtres sur des rochers ou en draguant sur des gisements naturels, pour ensuite les élever dans les bassins.
Au XVIIIème siècle, le sel perd son rôle primordial de monnaie qu'il avait acquis au Moyen-Âge. Cette perte d'importance sociale et commerciale du sel entraîne la disparition de sa production, conduisant à la libération de nombreuses zones de marais salants. Le littoral Atlantique, particulièrement impacté par cette décision, dispose à présent de dizaines de milliers d'hectares de marais. La conchyliculture, et plus particulièrement l'ostréiculture, va ainsi se développer par le biais de ces différents marais qui ne vont ainsi pas être abandonnés. L'ostréiculture connaît toutefois une dépendance importante des naissains récoltés en mer sur les rochers ou par dragage. Les gisements naturels sont ainsi surexploités et s'épuisent. Dans les années 1850, tous les gisements français sont plus ou moins touchés par des interdictions d'exploitation.
À partir de 1860 et pour faire face à la pénurie d'huître plate, les Arcachonnais importent des huîtres portugaises. Cette espèce viendra peupler les côtes charentaises suite au naufrage d'un navire portugais. Devant livrer ses huîtres à Arcachon, il dut faire face à une tempête qui le contraignait à décharger sa cargaison dans l'estuaire de la Gironde. Très vite, l'espèce se reproduit et supplante l'huître plate qui disparaît presque totalement dans les années 1920.
Cependant, dans les années 1970, l'huître portugaise connaît une epizootie qui la décime et fait disparaître l'espèce des côtes françaises. L'introduction de l'huître creuse japonaise (Crassostrea Gigas) originaire du pacifique, à la suite de cette épidémie a permis la reprise de l'élevage d'huîtres creuses en France. Cette espèce est aujourd'hui l'espèce d'huîtres la plus cultivée en France et dans le monde."  FRANCENAISSAIN

 

AAaaah le temps passe !
Je ne dis pas ça que pour l'évolution de l'élevage d'huîtres, je dis cela aussi parce que nous avons encore quelques centaines de kilomètres à faire pour rejoindre notre but ultime : le rond-point de La Haie-Fouassière... et il est tard. Nous continuons pourtant notre évolution, comme si de rien n'était.
La Départementale 123 traverse les nombreuses marais salants de la région. Entre terre, eau et sel.

d123
Photo : Google map

Difficile d'imaginer qu'il y a plusieurs siècles, la seule monnaie existante était le sel. Cette même D123 nous mène directement à notre prochain rond-point...

 

TRIZAY
Trizay, rond-point

Le moine et le vitrail... Le moine est grand, gris, obscure. Le vitrail qu'il tient est composé de lignes noires avec des taches orange et rouge. Vu comme ça, là, on se dit : "Ouais d'accord !"
Et puis, nous nous rapprochons un peu et ce moine a une allure inquiétante, rappelant  -pourquoi pas-  le moine Jorge de Burgos du "Nom de la rose" (1986), film réalisé par Jean-Jacques Annaud, adapté du roman éponyme d'Umberto Ecco. Ou encore Sith Palpatine dans "Le retour du Jedi" (1983).

Jorge de Burgos        Sith Palpatine

Mais non ! Rien à voir !
Si un moine tenant un vitrail se retrouvent sur ce rond-point situé à l'extérieur de la ville, c'est parce que non loin de là se trouve également l'abbaye Saint-Jean-l'évangéliste de Trizay. Fondée vers la fin du XIème siècle, les moines y menaient une existence paisible, défrichant la région et accueillant les pèlerins du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Longtemps restée en ruine par la suite, elle est classée monument historique en 1920 avant de devenir propriété de la commune en 1989. Sa restauration durera 14 ans pour s'achever en 2004 par la pose de huit vitraux dessinés par Richard Texier, peintre-plasticien, et réalisés par Gilles de Rousvoal, maître-verrier. Aujourd'hui, cette abbaye est également un centre d'art contemporain, accueillant toute l'année peintres et sculpteurs de renommée mondiale.

Trizay, rond-point (17)            Trizay, rond-point

 

Le jour tombe lentement. Nous décidons d'arrêter là notre périple rond-point afin de rejoindre au plus vite le lieu de rendez-vous vers La Roche-sur-Yon. Nous ne passerons donc pas par Surgères et son rond-point hommage au recueil de poèmes que l'écrivain composa pour Hélène de Surgères, protégée de la reine Catherine de Médicis, sous le titre "Sonnets pour Hélène", en 1578.

surgères, rond-point (17)"Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle ! »

Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie."

 

 

 

 

Et nous n'irons pas non plus jusqu'à notre objectif : le rond-point de La Haie-Fouassière. Je te laisse, lectrice/teur, la liberté d'aller voir pourquoi nous voulions nous y rendre...