Il n'est pas rare que les gens se rendent en Charente-Maritime pour profiter des nombreux atouts de ce département aux charmes éclectiques. Citons pèle-mêle les belles plages de sable fin, les étonnants carrelets, le zoo de la Palmyre, les huîtres de Marennes, les îles multiples, le Fort Boyard en bateau, le Marais Poitevin en barque, le Cognac au goulot et tutti quanti.
Mais tout cela ne doit en aucun cas faire oublier l'autre spécificité de ce département : ses ronds-points.
Quand soudain, ne voilà-t-il pas...

                                         PETIT RAPPEL
Avec Maître Arnaud, nous sommes partis pour une grande tournée des ronds-points selon un itinéraire précis, allant de Bayonne à La Haye-Fouassière pour ensuite rejoindre Minouche, Nath, Nick Canon, Grégo et deux invités surprises du côté de La Roche-sur-Yon.

Voici l'itinéraire :
(susceptible d'être modifié toutes les deux minutes)
itinéraire global
Carte : Google Maps

Revenons là où nous étions dans l'épisode précédent, c'est à dire dans les Landes, et plus précisément à Dax, et plus précisément au pied de cet hélicoptère sur rond-point.

Dax, rond-point )(

Voilà, très bien, maintenant reprenons la route, veux tu !

                                            FIN DU PETIT RAPPEL

 


Lançons-nous à l'assaut de cette A63 allant de la frontière franco-espagnole, connue pour ses nombreuses ventas où les clops sont pas chères, à Bordeaux, préfecture girondine connue pour ses grands vins.

Comme ceci :
itinéraire 1


Avec un peu de musique,
comme ça :

 

STOP !

Nous arrivons à Bordeaux et comme tu as pu le voir, nous ne sommes absolument pas passés, par exemple, par Biscarrosse, ville de l'Hydravion, comme le prouve fièrement ce rond-point à l'entrée de la commune landaise...

 

BISCARROSSE
Biscarosse, rond-point (33)

Avec ce nom, nous aurions pourtant pu penser que la ville était plutôt spécialisée dans la fabrication de carrosse... Carrosse... Bis-carrosse... Hein, ouais, pourquoi pas, et puis non finalement. En même temps, il faut bien le dire : qui se déplace en carrosse de nos jours ? Hein ? Hein ? Eh ouais.Toi, par exemple qui lis ces mots, tu ne te déplaces pas en carrosse ? Hein ? Eh ben non. Voilà, tu vois. Et puis, est-ce que tu as vu des places réservées aux carrosses dans les parkings d'hypermarché avec des abreuvoirs et des mangeoirs pour les chevaux devant ? Non. Bien sûr. Par contre, les places pour handicapés, ça, y'en a ! Tu vois pas un seul handicapé dans les magasins, mais des places, ça, ils en ont ! Et elles sont larges ! Et elles sont bleues ! Et elles sont devant les portes d'entrées !
BREF : l'idée géniale de Biscarrosse a été de promotionner l'hydravion ; ce moyen de transport qui a la capacité de se poser et de décoller sur l'eau... Hein ? Quoi ? Mais si, il y a plein de gens qui se déplacent en hydravion ! En tout cas, il y a plus de gens qui se utilisent l'hydravion que de personnes qui voyagent en carrosse. Bon, pour faire tes courses au supermarché, il faut s"assurer qu'il y a un lac ou un étang à proximité, mais c'est sympa. Et puis, de toi à moi, si on faisait moins de places pour handicapés et un peu plus d'étang pour hydravions, peut être qu'il y aurait plus de monde dans les hypermarchés ! Hein ! Alors !

Toutefois cependant sûrement encore que, ne crois pas, ma/mon jeune ami/e que cette idée "Biscarrosse, ville de l'hydravion" s'est faite comme ça en claquant des doigts. Eh ouais ! T'arrives pas dans une ville landaise en disant : "Tiens, ben moi, je dis que Biscarrosse, c'est la ville de l'hydravion, voilà ! Pas d'objection ? OK, vendu ! Allez, on fout un engin sur le rond-point !"
Non. Pour comprendre, allons voir le site du Musée de l'Hydravion qui, lui aussi ô coïncidence pas si troublante que ça - se trouve aussi à Biscarrosse.

"Un jour... Biscarrosse, village de résiniers que rien ne désignait pour un destin aéronautique, fut choisi par Pierre-Georges Latécoère pour devenir le lieu de montage et d'essais des plus grands hydravions français. C'était en 1930 ; le lac de Biscarrosse vit ainsi partir plus de 120 hydravions gigantesques.
On les appelait les "paquebots des airs", à destination de New-York ou Fort de France. Aux commandes de ces prestigieux appareils, des aviateurs comme Mermoz, Guillaumet ou Saint-Exupéry ont marqué de leur empreinte l’histoire de l’aéronautique. Leurs exploits ont dépassé le simple fait de voler, ils ont créé la légende…
Aujourd’hui, le musée nous rappelle que les hydravions n'ont pas totalement disparu même si les fameux " paquebots du ciel " n'ont plus leur place sur les lignes aériennes actuelles. Les hydravions sont encore nombreux à assurer des missions particulières telles que la lutte contre les incendies, la surveillance des côtes et le secours en mer, le transport de personnel et l'exploration dans les zones jugées inaccessibles. Et devant l'augmentation du trafic aérien aujourd'hui, certains constructeurs envisagent le retour d'hydravion comme porteur de fret et même de véhicule de loisirs.
L'aventure continue..." MUSÉE DE L'HYDRAVION

 

Nous ne sommes pas non plus passés par Portets qui possède, pourtant, un rond-point de belle facture.

PORTETS
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Cela nous aurait fait faire un petit détour de 50 bornes de la route initiale. Et une fois arrivés là-bas, nous n'aurions pu nous empêcher ensuite d'aller jusqu'à cette commune au nom charmant qu'est Le Pout afin de nous faire photographier la tronche devant le panneau de cette petite localité girondine...

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Mais là, ça nous fait 16 kilomètres de plus sans compter le fait qu'en suite il faut reprendre notre route initiale qui se trouverait alors à 40 bornes du Pout...

 

BON EH OH BREF !


Pendant que certains continuent d'arborer fièrement le drapeau français
que le gouvernement avait demandé de poser
lors de la commémoration des attentats parisiens
du 13 novembre 2015...
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...nous arrivons à l'entrée du périph' bordelais.

Bordeaux, lampadaire périph'

Et c'est d'ailleurs là qu'elle se termine, l'A63 :
dans ce grand "rond-point" effectuant le tour de la préfecture girondine ; le tout sous le regard de bien étranges lampadaires.
C'est zarb, hein ? On dirait des machins venus d'une autre planète et qui sourit en te regardant aller te poser dans les bouchons de la rocade.

 

 

 

Mais rassures-toi : si ces lampadaires te font peur, tu peux toujours, et à n'importe quel moment, sortir du périph'. Oui, oui, oui. Et tu peux prendre alors la direction de  -pourquoi pas-  Villenave-d'Ornon.

 

VILLENAVE-D'ORNON
DSCN7247DSCN7248               IMG_8538

De prime abord, ça peut faire peur. Et puis, après que le regard se soit habitué, on distingue que ce grand truc en tôle est un pompier, muni d'une lance raccordé à une bouche d'incendie. Cette statue rend hommage à la caserne des pompiers toute proche. Ni plus, ni moins.

 

Nous reprenons le périphérique pour emprunter la sortie n°20 en direction de Bègles, commune de la banlieue bordelaise dont Noël Mamère est le maire depuis 1989.

 

BÈGLES
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Situé entre l'usine de traitements des eaux et l'usine de traitement des déchets, voici un rond-point tout en hauteur, placée non loin des quais de la Garonne.
De prime abord, ce n'est pas évident de savoir ce que cela représente, même en se rapprochant.
Si nous analysons rapidement l'oeuvre, nous pouvons voir deux statues d'hommes en tôle tenant une sorte de sphère avec un truc dedans. Au-dessus de l'ensemble, une femme suspendue sur un piquet domine le tout. Surréaliste !
Nous avons tourné autour du rond-point, on ne comprend pas trop où cette sculpture veut en venir. Elle interroge, elle met le doute, elle questionne.
Et c'est en s'intéressant au passé industriel de la ville, nous apprenons que Bègles était au XIXème siècle le second centre morutier de France après Fécamps. La ville possédait alors un grand nombre d'industrie de sécherie de morues.

DSCN7262"Bègles est restée la capitale française de la Morue durant près d’un siècle. Un statut original pour un port en eau douce, implanté bien loin des côtes atlantiques.
Si ce n’est la proximité de sa grande sœur bordelaise, un des poumons du négoce au XIXème siècle, rien ne semblait alors prédisposer la ville à devenir en quelques années le grand centre morutier de l’hexagone.
La première des sécheries - Varet et Cie - ouvre le 30 juin 1843. Leur nombre ne cessera de croître durant la seconde moitié du XIXème siècle : dix-neuf en 1876, trente-quatre en 1892. Elles reçoivent et travaillent près de 70% de la Morue verte nationale. Cette intense activité positionne Bègles et ses installations fluviales loin devant le port normand de Fécamp, ou le port basque de Bayonne, pourtant exposés aux embruns du grand large.
Les effluves entêtants de Morue enveloppent Bègles. Au point que les Bordelais la surnomment avec une pointe de mépris le faubourg des odeurs." CUISINE À LA FRANÇAISE

Pourquoi Bègles est-elle devenue la "capitale" de la morue ? 
Au XIXème siècle, elle n'est alors qu’un petit port fluvial, mais la commune dispose de nombreuses prairies marécageuses libres et bon marché. Le climat est doux et humide, idéal pour sécher le poisson en plein air sur ces poteaux portant des lattes pour pendre les morues, appelés pe
ndrilles. Bègles possède également de l'eau douce en abondance pour le lavage des poissons et une main d’œuvre féminine nombreuse et courageuse. Le métier de sécheuse était difficile : dehors ou dans les hangars en bois, les mains dans l’eau froide, les pieds dans la boue pour étendre les lourds filets. Et l'odeur omniprésente et entêtante de la morue.

 

DSCN7263Le petit Port et le grand Port connaissent une impressionnante effervescence. Comme le note un chroniqueur de ce temps, "les morues sont transportées des voiliers ancrés en rade de rivière, en aval du pont Saint-Pierre (actuel Pont de Pierre). Elles y sont déchargées sur les épaules des Sangdious (portefaix), puis roulées en charrettes jusqu’aux sécheries.
L’activité annuelle connaît deux grandes périodes de déchargement. En mai, les bateaux chasseurs - qui ravitaillent les goélettes en sel et apportent leur courrier - débarquent le fruit des premiers mois de campagne. En automne, les navires morutiers rapportent ce qu’ils ont pêché au cours des semaines précédentes.
Durant le pic d’activité hivernal, le personnel dans les sécheries triple pour crever la barre des trois cents employés. Ouvriers, petits paysans béglais reçoivent le renfort de saisonniers originaires du Pays Basque ou de l’Auvergne. Les journées de travail sont longues, douze heures quotidiennes, dimanche compris, mais le salaire reste correct pour l’époque."
CUISINE À LA FRANÇAISE


Forts de cette apport historique, nous pouvons donc maintenant remarquer que cette sculpture de tôle et de rouille présente deux pêcheurs ayant pris dans leur filet une grosse morue sous le regard d'une sécheuse ; plus correctement analyser toujours par Cuisine à la française :
"Digne dans son habit de fer, la Sécheuse de Morue culmine à six mètres de haut, offrant son visage aux rayons de soleil comme aux coups de vent. A ses pieds, deux marins en cuivre semblent la soutenir. Elle trône au centre d’un rond-point, sur le chemin d’une zone d’activités. Mariage heureux du passé et du présent. La Sécheuse de morue est née en 2002, sous les outils du sculpteur béglais Michel Lecoeur."

 

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Fière de ce passé, Bègles organise chaque année au mois de mai la Fête de la morue. Durant trois jours, la fête est rythmée par des concerts, des animations, des expositions, des spectacles de rue, un feu d'artifices, une omelette géante, une dictée maritime, des ateliers de cuisine, l'apéro du marin, etc.

fête de la morue 1fête de la morue 3fête de la morue 4fête de la morue 5


Nous faisons le tour du rond-point
pour voir si nous n'avons rien oublié...
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Et on repart !

 

Nous terminons la boucle de la rocade pour reprendre l'A10 qui enjambe la Dordogne par un pont, certes quelconque, mais qui fait face à un autre pont métallique situé un peu plus loin.

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Ce pont original a été construit par Gustave Eiffel entre 1879 et 1883, avant d'être détruit par les Allemands lors de la Seconde Guerre Mondiale, puis rebâti en 1946-1947 par Jacques Eiffel, le petit-fils de Gustave Eiffel. Nous pourrions en parler pendant des heures, mais vu que ce billet a pour titre "Tournée de ronds-points" et non "Tournée de ponts", eh bien nous continuons notre route... Bon eh allez, faisons un petit détour par Cubzac-les-Ponts pour passer sur ce pont métallique.

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Nous arrivons à Saint-André-de-Cubzac, de suite accueilli par un beau rond-point.

SAINT-ANDRÉ-DE-CUBZAC
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Eh oui, c'est bel et bien un dauphin posé sur un pic qui tient dans son bec, non pas un fromage, mais un bonnet rouge.
Alors, bon, soyons clairs, n'ayons pas peur des mots et allons-y franco, comme ils disaient en Espagne dans les années 1930 à 1970 : qu'est-ce que ça veut dire ?
Est-ce une oeuvre surréaliste de Magritte ? Est-ce ici que l'on fabrique les fameux bonnets rouges bretons alors que nous sommes en Gironde ? Ce dauphin a-t-il été retrouvé dans la Dordogne avec un bonnet et est ainsi devenu héros régional ?

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Oh que non ! S'il y a, non pas anguille sous roche, mais dauphin avec bonnet rouge sur rond-point, c'est parce que nous sommes dans la ville natale de Jacques-Yves Cousteau.

cousteauNé ici en 1910 au 83 de la rue Nationale, il est mondialement connu pour ce bonnet rouge qu'il portait en permanence lorsqu'il était en mer.
Mais ce n'est pas tout ! Jacques-Yves Cousteau est également reconnu pour avoir perfectionné, avec Émile Gagnan, le principe du scaphandre autonome, ou détendeur, pierre fondatrice de la plongée sous-marine moderne.
On lui doit également ces nombreuses explorations sous-marines en tant que commandant de la Calypso, ainsi que des films et documentaires télévisés qui ont permis au grand public de découvrir le monde de la mer et ses mystères.

 

Saint-André-de-Cubzac, tombe Cousteau (33)Homme charismatique au caractère bien trempé, défenseur de la nature, populaire aux États-Unis et au Canada, parfois polémiste, entrepreneur, aventurier, inventeur, il décède à Paris en 1997 et repose depuis dans le cimetière communal.

 

 

 


 

 

 

Continuons !
Nous reprenons l'A10 pour aller au plus vite à la prochaine sortie qui se situe à hauteur de la ville de Mirambeau. Rien à voir avec cet autre pont portant presque le même nom et dont Apollinaire évoque la présence douloureuse dans un de ses poèmes prenants, mais ô combien emplis de tristesse amoureuse, extrait de son recueil "Alcools", paru en 1913.

LE PONT MIRABEAU

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
       Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
 
     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure
 
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
       Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
 
     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure
 
L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
 
     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure
 
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
       Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
 
     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

APOLLINAIRE, 1913


Tu peux préférer la version de Marc Lavoine
qui reprit ce poème en 2001
avec ce clip absolument pas mégalo :

Oui donc non : ce n'est pas la sortie Mirabeau... Attends, ce n'est pas qu'un pont parisien Mirabeau !!! C'est aussi et surtout un révolutionnaire, écrivain, diplomate, franc-maçon, journaliste et politicien français que l'on surnommait l'Orateur du peuple et la Torche de Provence. Il est quand même le premier symbole de l’éloquence parlementaire en France, merde alors !
BREF : nous prenons la sortie n°37 de l'A10, c'est à dire la sortie Mirambeau. Mais tout ceci n'set qu'un leurre car nous n'allons absolument pas à Mirambeau. Non, nous prenons la direction complètement opposée pour suivre la Départementale 730 nous amenant normalement du côté de Lorignac en passant par Saint-Ciers-du-Taillon où ils ont une pharmacie qui sert de très bons Dolipran.
Dix minutes à peine plus tard, nous arrivons au lieu tant convoité. Car oui je te l'avoue, ce qui se passe à Lorignac est exceptionnel. Maître Arnaud et moi-même ne sommes jamais venus ici, mais nous avons vu des photos des lieux et... ben... ouais !

LORIGNACDSCN7157

Ah oui... Eh oui... Ben oui. Ça vaut le coup ! On ne peut pas simplement rester dans la voiture et faire des photos par la fenêtre en roulant. Il faut s'arrêter, il faut voir de plus près, il faut comprendre.

Passons sur l'intervention de la police que nous voyons passer juste derrière, et concentrons-nous sur cette oeuvre rond-pouinesque réalisée en 2012 par Jean-Luc Plé.
Tout d'abord, les animaux sculptés en présence ne sont pas des escargots, mais des cagouilles. C'est confirmé au recto du miroir dans lequel l'un de ces deux animaux se regarde.

DSCN7158La cagouille est une variété d'escargots de Charente, plus communément appelée dans d'autres régions le petit-gris ou encore Helix Aspersa aspersa. Mesurant entre 28 et 35 mm pour un poids adulte de 7 à 15 grammes, il porte une coquille calcaire à motifs variables mais le plus souvent brune rayée de noir. Sa spirale (Helix en latin) tourne généralement dans le sens des aiguilles d'une montre (on rencontre un sénestre sur environ 20 000 escargots).

 

 

Sourd et quasiment aveugle, ses tentacules sont équipés de deux «nez» (épithéliums olfactifs) très puissants. Simplement en balançant celles-ci pour détecter les odeurs qui l’entourent, il peut repérer une cible à plus d’une centaine de mètres.
Le petit-gris est adulte à 2 ans mais peut vivre plus de 5 ans s'il n'est pas dévoré par un prédateur.

Le petit-gris est l'animal fétiche des Charentes (Charente et Charente-Maritime) où on le préfère à l'escargot de Bourgogne, tant pour une raison de proximité que de préférence gastronomique.
Cet escargot est associé proverbialement aux Charentais, appelés familièrement les « cagouillards ». Le Charentais et le petit-gris seraient aussi lents. Le Charentais aimerait le confort intérieur, comme le petit-gris qui se replie souvent confortablement au fond de sa coquille.
La production de l'héliciculture de Charente-Maritime atteint 400 tonnes, soit la moitié de la production annuelle française, ce qui fait de ce département le premier producteur de ce pays qui en consomme 45 000 tonnes en équivalent escargot par an. La production a lieu d'avril à septembre le long de la côte atlantique.

Ceci étant dit, nos comprenons mieux à présent pourquoi il y a des sculptures de cagouilles sur ce rond-point de Lorignac. Maintenant, reste encore à définir la disposition du site. Reprenons : une cagouille posée sur une feuille de salade se regarde dans le miroir pendant qu'une autre cagouille, située derrière et posée sur un pied de vigne en hauteur, la regarde.

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Poétique, surréaliste, artistique, absurde... Le mieux est encore d'écouter le concepteur de ce rond-point : Jean-Luc Plé.
"Ici, nous sommes à Lorignac et lorsque j'ai appris que cette commune faisait partie de la haute-Saintonge, premier producteur européen de cagouilles. Puisqu'ils me disaient que leurs cagouilles étaient les plus belles, l'idée était toute trouvée : une jolie princesse en train de se regarder dans le miroir et le prince charmant qui arrive derrière cette fille..."

Depuis le printemps 2000, cet homme a sculpté plus de 36 ronds-points, dont 22 rien qu'en Charente-Maritime. Des oeuvres uniques composées de mousse polyuréthane, puis stratifiées sur le modèle des coques de bateaux avant une ou plusieurs touches de couleurs. Ce procédé permet de les installer assez rapidement sur leur lieu d'exposition gratuite.

L'idée de Jean-Luc Plé est également de refléter par ses oeuvres une identité locale : une tortue luth, un ibis et des toucans en Guyane, une arche romane à Corme Royal en Charente-Maritime, un banc de sardines sous la vigne à Saint Pierre d’Oléron... et, donc, ces deux "cagouilles" à Lorignac.
Nous aurons l'occasion, un peu plus tard, de parler à nouveau de Jean-Luc Plé. Pour l'instant restons un peu sur ce rond-point local...

 
 

IMG_8426           Lorignac couleurs

 

Hein, bon eh allez, on y va !

Reprenons la route en direction de Saint-Georges-de-Didonne, mais pas complètement.
Non, nous passons tout d'abord à Brie-sous-Mortagne ; un nom qui me fait penser à ce fromage de Seine-et-Marne et aux Alpes. Pourtant, ça n'a rien à voir. D'ailleurs, Brie-sous-Mortagne ne propose ni de fromages locaux, ni d'excursions en haute montagne. Par contre, elle est le lieu où s'est développée la première entreprise de fabrication de filet pêche français.
En effet, la famille Roudier fabrique ses épuisettes et ses filets de pêche depuis 1948 ici même. Dans les années 1960, elle employait une centaine de personnes et représentait 80 % de la production française d'épuisettes. En 2015, elle fait travailler 25 personnes. Peut être que cela donnera des idées à certains pour la conception d'un futur rond-point sur cette départementale D730.
Et pourquoi ne pas en faire LA Départementale des ronds-points, Hein ? De Montpon-Ménestrol  -point de départ de cette route-  à Saint-Georges-de-Didonne, chaque rond-point serait "décoré" par une sculpture atypique. 140 kilomètres !!!! Notre Route 66 française !!!
Bon, en attendant, nous quittons la D730 pour prendre emprunter, non pas la route 66, mais la département D6. Très étroite, elle nous fait traverser la campagne charentaise, composée ici de vignes et de champs arables. Quelques minutes plus tard, nous arrivons dans un petit village isolé.


VIROLLET
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Non, pas Vérollé : Virollet ! Ooooh ! Dans la langue d'oïl, Virolet signifie "tourniquet, petit moulin à vent (jouets)". Mais ce n'est ni un énorme tourniquet ni un moulin qui nous attendent dans le village.
Tout d'abord, peut être comme Maître Arnaud en voyant cette oeuvre, tu as envie de faire cette réflexion :
TOI : "- Eh mais oh, c'est pas un rond-point là oh ?!"
Et moi de te répondre :
MOI : "- Eh hein, bon, c'est presque un rond-point donc fais pas chier !"

Effectivement, ce n'est pas vraiment un rond-point, mais cela participe au sens de la circulation dans ce petit village au charme discret de bout de route campagnarde. Qu'est-ce donc que nous avons ici et pourquoi ?
Il s'agit d'une scène de vendange monumentale, également réalisée par Jean-Luc Plé en 2007. Lorsque nous remontons dans les archives de la commune, nous trouvons d'avantage d'allusions :
1) à la guerre de religion. En 1568, les protestants détruisirent complètement le village, brûlant les archives et massacrant les religieux de l'abbaye de Madion située non loin de là à l'époque. Aujourd'hui, on peut en apercevoir quelques ruines sur le bord de la Seudre.
2) au tabac puisque les premiers pieds de tabac importés en France furent plantés ici au XVIème siècle par le diplomate Jean Nicot.
3) au carrière de sable et de pierres à chaux, exploitées aux XIXème et XXème sicles par les réfugiés italiens pour préparer la bouillie bordelaise servant au traitement de la vigne (éradiquer le mildiou) et au blanchissement des façades des maisons locales.
4) aux mares, très nombreuses dans ce coin et révélatrice d'un terrain qui garde les eaux de pluie.
5) Ah si, enfin : les terrains sablonneux environnants facilitent l’activité polyculturelle à prédominance viticole pour le cognac, pineau, vin de pays et production de plants de vigne greffés vendus en France et à l’étranger.
Voilà l'explication ! Pour aller un peu plus loin, on peut également parler de cette crise du phylloxéra qui toucha toute la région de Saintes à la fin des années 1800. Il avait fallu arracher la quasi-totalité des vignes, faisant chuter la production de 7 millions d’hectolitres en 1872 à seulement 70 000 en 1880.
"Il faudra deux décennies pour reconstituer le vignoble en greffant des plans américains sur les ceps français. Les conséquences sont un découragement généralisé suivi d’un exode rural massif et de l’effondrement du prix des terres."  VIROLLET BLOG
Beaucoup de locaux ont alors changé d'activité, passant de la vigne à la culture de céréales et à l'élevage.

Je vais faire un tour au milieu de la sculpture
afin de constater si, oui ou non,
les fûts sont vides.
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Bon, ils sont vides,
on s'casse !


On repart.

La D244 nous emmène plein Nord afin de récupérer la D732. Sur ces bords de route, nous croisons quelques cabanes à pineau et Cognac abandonnées en cette saison hivernale pas très touristique.

Pas terrible les affaires du jour !
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Ligne droite. Au loin, le beau clocher de l'église Saint-Pierre de Cozes, dont les cloches furent descendues et emportées au château de Royan en 1548, afin de punir les habitants d'avoir sonné le tocsin de la révolte lors de la jacquerie des Pitauds.

cozes église
Photo : Wikipedia

Les cloches actuelles datent de 1877 et sont au nombre de cinq. Elle donnent le fa, la, do, fa et la. Le bourdon, du nom de Claire-Louise pèse plus d'une tonne, viennent ensuite Marie-Thérèse (500 kg), Marie-Louise (300 kg) et deux plus petites, Louise-Georgette (75 kg) et Marie-Madeleine (50 kg).

Quelques kilomètres plus loin, nous voyons enfin l'océan. Nous arrivons sur la côte dite Côte de Beauté, s'étendant de la Pointe de la Courbe au nord à la ville de Meschers-sur-Gironde au sud. C'est à Saint-Georges-de-Didonne que nous décidons de faire halte.

 

SAINT-GEORGES-DE-DIDONNE
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Ah oui, non, là sur la photo ci-haut, ce n'est pas un rond-point, mais une plage. Saches que Saint-Georges-de-Didonne possède la plus grande plage urbaine du département avec plus de trois kilomètres de sable fin répandue sur une surface en croissant de lune, très bien exposée sur cette partie de la Côte dite de Beauté.
Sur ce qu'on appelle ici la Conche de Saint-Georges, il y a de l'espace, il y a de l'iode, il y a des gens qui viennent y faire du sport ; d'autres pour se promener, ou encore pour pêcher.

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"Les deux plages demi-circulaires, de Royan et de Saint-Georges, sur leur sable fin, donnent aux pieds les plus délicats la plus douce promenade qu’on prolonge sans se lasser dans la senteur des pins qui égayent la dune de leur jeune verdure. Les beaux promontoires qui séparent ces plages, et les landes de l’intérieur vous envoient, même de loin, des salubres émanations (...) C’est l’odeur miellée des immortelles, où semblent se concentrer tout le soleil et la chaleur des sables (...) C’est le thym et le serpolet, c’est la marjolaine amoureuse, c’est la sauge bénie de nos pères pour ses grandes vertus. La menthe poivrée, et surtout le petit œillet sauvage, ont les parfums les plus fins des épices de l’Orient."  JULES MICHELET, La mer, 1861

DSCN7176      DSCN7173

 

IMG_8430Quelques jours après la commémoration des attentats, les gens ont laissé quelques drapeaux français sur leurs balcons ou leurs fenêtres...

 

 

 

 

 

DSCN7174En tout cas, c'est ici à Saint-Georges-de-Didonne que nous décidons de marquer une nouvelle pause dans ce périple ronpouinesque en allant déjeuner face à l'océan, au café des bains.
Derrière ces baies vitrées donnant sur la grande plage, il fait une chaleur incroyable pour un mois de novembre.
Nous découvrons également une belle vue sur le phare de Vallières, dominant l'estuaire de la Gironde du haut de ses 36 mètres.

 

 

 

Car l'une des spécificités de Saint-Georges-de-Didonne est de situer sur la rive droite de l'embouchure de l'estuaire de la Gironde ; cet endroit où le fleuve s'en va se jeter dans l'Océan Atlantique. Peut être est-ce cette particularité géologique qui donne à cette station balnéaire ce calme ambiant.
Peut être aussi est-ce cette particularité qui a séduit quelques peintres (Odilon Redon, Gustave Courbet, Corot, Utrillo,...).

 

Profitons de cette douceur hivernale ambiante avant de reprendre la route car l'autre particularité de la ville est de posséder quelques beaux spécimens de ronds-points extravagants.

 

 

DANS NOTRE PROCHAIN ÉPISODE

Il reste encore pas mal de chemin à parcourir et d'étrangetés à découvrir. À tel point que Maître Arnaud et Jénorme se demandent même s'ils vont, un jour, arriver à leur objectif initial qui est... qui est... Merde, c'est quoi déjà ?