Ah ben nous revoilà en Russie pour parler de la Coupe du Monde de football puisque quelques matchs ont lieu à Kaliningrad, chose incroyable et impensable il y a encore trois siècles.
Non eh oh : je déconne ! On ne va surtout pas parler de la coupe du monde des milliardaires en short ici ! On recommence.
Ah ben nous revoilà en Russie pour retrouver cet incroyable voyage entrepris par Maître Arnaud et Jénorme en juillet-août 2013... Oh putain, la vache, ça file quand mêêêêêêêême !!!! 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 !!! SIX ANS ?!!!

Quand soudain, ne voilà-t-il pas...


Souvenons-nous : le précédent billet à retracer cette aventure extraordinairement pas banale a été écrit en janvier 2018. Nous y parlions de soeurs jumelles, Kaliningrad, Lenine, Woody Allen, Hoffmann, collectionneur de balles de golf, port de commerce, char d'assaut, mer Baltique, envies de pisser, façade, professeur Rollin, coucher de soleil et fabrication de vodka. Et si tout ceci ne te semble pas très clair, tu peux toujours te rendre sur le billet originel en cliquant ici : KALININGRAD TOUR : de Kaliningrad à Zelenogradsk.

Si tu n'en as pas le courage, ni l'envie ou si tout simplement, tu te souviens parfaitement de tout ce qu'il s'était passé, nous pouvons continuer notre périple ; non sans avoir évoqué le pourquoi-du-comment-du-qu'est-ce-que-c'est-que-cette-idée-d'aller-à-Kaliningrad-c'est-où-d'abord ?

 

RÉSUMÉ !

C'était en février 2013. Le temps était à la neige dans la vallée d'Aspe, Pyrénées-Atlantiques, France. Avec Maître Arnaud, ami de routes et de chemins lointains, nous avions rejoint le Bar Communal de Borce pour boire quelques bières belges aux sons d'une musique tranquille ; le tout devant un bon feu de bois aménagé dans cette belle cheminée dominant la salle. (...)
Maître Arnaud avait soudainement lâché ses fléchettes pour lancer quelques mots surprenants et inattendus :
MAÎTRE ARNAUD : "- Mais moi, il y a un endroit qui m'énerve dans ce monde là, je ne comprends pas ce que c'est, je ne sais pas ce que ça veut dire ni ce qu'il s 'y passe, c'est ce truc là !!!! Au milieu de la mer Baltique !!! Une route ou je sais-pas quoi lààààà !!!!! Regarde !!!!"
Pour illustrer ses paroles soudainement violentes, il se saisit de son I-Phone et me montra en deux temps trois mouvements une carte. (...)
Je lui répondassâsses alors :
JENORME : "- Le mieux c'est d'aller y voir nous-mêmes !"
Et voilà ! Le projet était lancé ! A ce moment précis, dans le bar communal de Borce où crépitait le feu de cheminée devant lequel s'était posé ce magnifique chien aux yeux de vairon comme David Bowie, nous ne savions pas ce qui allait nous attendre, combien de kilomètres il allait nous falloir parcourir, quelles villes et quels pays nous allions traverser, quelles personnes nous parviendront à rencontrer pour nous indique le bon chemin... Non, nous ne savions rien et c'était tant mieux (...)

Quelques mois plus tard, un itinéraire était plus ou moins dressé. Jetons un petit coup d'oeil sur la carte pour mieux comprendre de quoi il retourne.

la carte
Carte : Google maps

L'objectif principal étant d'atteindre l'Isthme de Courlande,
ce banc de terre au milieu de la mer Baltique.
Isthme de Courande
Carte : Google maps

FIN DU RÉSUMÉ

 


Voilà ! C'est clair, concis, compréhensible. Si, si, si.
Dans les précédents épisodes, nous avons donc traversé la France (de Nevers à Strasbourg), l'Allemagne (d'Offenbourg à Luckow en passant par Berlin, Ravensbrück et Prora), la Pologne (de Szczecin à Gdansk en passant par Kolobrzeg, Slupsk et Sopot). Et nous voici maintenant à Kaliningrad !
De là, lectrice, lecteur, tu pourrais te dire : "Bon ben voilà, Kaliningrad Tour, ils sont à Kaliningrad DONC c'est fini !"
Ooooooooooh que non ! Attends ! C'est pas tout ! On a continué après puisque, comme tu as pu le voir dans le résumé ci-haut, notre objectif ultime était surtout d'atteindre l'Isthme de Courlande.
Tiens, d'ailleurs, pourquoi n'ai-je pas appelé cette série de billets "Isthme de Courlande Tour" ? Boh... C'est moins bien que Kaliningrad Tour. Ça  pète Kaliningrad Tour ! Ça en jette ! Ça  crache, ça pulse, ça vouine, ça... OK j'arrête !

 

Nous sommes le jeudi 32 juillet 2013. Ah non, pas possible, il n'y a que 31 jours dans le mois de juillet. Tiens, d'ailleurs, et pourquoi ? Et à ce moement là, pourquoi que 28 ou 29 jours en février ? Pourquoi pas 24 ou 18 ? Et le mois de mars, on en parle du mois de mars ? 31 jours ! Eh oui, comme ça, tu sais pas ! Y'a quelqu'un qui a dit un jour, peut être en janvier : "Oh ben, moi perso, le mois de mars, je lui mets 31 jours." Di coup, d'autres ont peut être suivis en se disant : "Ah ouais, pas mal. Pas con ! 31 jours en mars." On ne sait pas ! On ne sait pas qui est cette personne qui a décrété cela, on ne sait pas qui a suivi, mais voilà, les faits sont là : mars a 31 jours. Tout comme juillet puisque nous parlions de juillet. Du coup, après juillet, qu'est-ce qui arrive ? V'lan : le mois d'août. a, c'est pareil : qui a décidé qu'après juillet, ce serait août ? Pourquoi août ? Pourquoi pas octobre, par exemple ? Ou un autre mot genre Chbeb ? Ou Sboub ? Hein ? Ah ben oui, alors on est en 2018, et les gens disent : "Ah on a eu un beau mois d'août cette année." Oui peut être, mais cela ne nous explique pas pourquoi août se prénomme août. Y'a-t-il un rapport avec le Out anglais qui, rappelons-le pour les moins anglicistes d'entre nous (mais si, ça se dit !), veut dire "Dehors". Et c'est vrai qu'au mois d'août, nous sommes souvent dehors. En tout cas, plus souvent qu'en décembre. Encore que, s'il neige beaucoup, c'est agréable d'aller se promener dans les montagnes ou les... Mais ce n'est pas le sujet.
Nous sommes donc le jeudi 1er août 2018. Ça m'énerve ce mot, août ! Le jour se lève très lentement sur Zelenogradsk, petite station balnéaire située au nord de l'excalve de Kaliningrad, sur les bords de la mer Baltique. Voilà, là, géographiquement, on est bien. Si tu veux plus de précision, on fait péter la carte Google map avec flèche, pas de problème :

carte Zelenogradsk

On voit rien ?
Plus près ?
Ok !

carte Zelenogradsk 2
Cartes : Google maps

Nous sommes donc ici, à Zelenogradsk, dans un chouette petit hôtel tenus par une gérante (que nous avons prénommée Catherine) et un personnel fort sympathiques au demeurant. Si sympathiques que le serveur-cuisinier (que nous avons appelé FrühstückMan) s'est levé exprès pour nous concocter un petit déjeuner de champions. Normalement, le petit déjeuner est ici servi à 8h30 du mat, mais vu que nous sommes un peu pressés de partir pour des raisons administratives, nous avons d'abord dit dans un premier temps que nous n'en prendrons pas car nous devions partir à 8 heures, mais devant l'insistance de Catherine et de FrühstückMan à vouloir nous faire un petit déj' dès 7 heures, nous avons finalement opiné du chef.

PAUSE !

Comme tu as pu le lire dans cette phrase interminable ci-haut, il y a beaucoup d'informations en peu de place. Nous allons revenir plus en détails sur chacune d'entre elles.
1) Nous devons partir à 8 heures car nous devons nous rendre à la frontière russo-lituanienne avant 18 heures d'après le papier qui nous a été fait à la frontière polono-russe. Pour rappel, quand tu entres dans l'exclave de Kaliningrad, tu dois fournir le lieu par où tu vas en sortir, ainsi que le jour et l'heure. Si tu te plantes... eh ben... on ne sait pas et on ne veut pas savoir. Un petit stress s'ajoute à cette imposition d'horaire : nous ne savons pas si nous pourrons ressortir avec la voiture car nous ne savons pas si elle a été bien en enregistrée par les douaniers russes. Toujours est-il que le poste de douane à atteindre se trouve à environ 50 kilomètres de l'hôtel. Ce n'est pas très loin, mais nous aimerions bien nous promener un peu sur l'Isthme de Courlande qui est, rappelons-le, un peu le but de notre périple.
2) FrühstückMan va se lever exprès pour nous faire le petit déjeuner. J'insiste sur le mot "exprès".

 

Nous sommes à Zelenogradsk, Lituanie. Le petit hôtel, portant le nom de Ресторан отеля Ренессанс ; plus connu sous le nom anglais de Renesance Hotel que nous appellerons en français l'Hôtel Renaissance, s'éveille doucement.
Il est 7 heures lorsque nous sortons de la chambre spacieuse pour rejoindre la salle à manger faisant office ce matin de salle de petit déjeuner. Nous sommes seuls, les volets ne sont pas encore ouverts, mais FrühstückMan est déjà en cuisine, comme promis. Apparemment, il est en train de préparer quelque chose de consistance. Il nous salue par un sourire retenu, mais sincère, afféré qu'il est par cette tâche matinale. Entre deux poêles qui gueurchient qui veut dire "crépitent" en morvandiau... Quoi ? C'est pas parce qu'on est en Russie qu'on n'a pas le droit de parler morvandiau. Je n'ai vu aucun panneau dans ce pays qui interdisait l'usage de cette langue régionale !
BREF : entre deux poêles qui gueurchient, il vient nous serrer la main et ouvrir les volets afin de faire entrer la lumière naturelle dans la salle. Nous nous asseyons. Maître Arnaud n'est pas bien causant ce matin, mais cela lui arrive aussi l'après-midi et le soir.
FrühstückMan vient nous demander si nous voulons du café, du thé ou une autre boisson. La commande prise, il arrive quelques secondes plus tard avec les tasses et quelques viennoiseries. Nous parlons un peu des quelques kilomètres à parcourir avant de rejoindre la frontière. Pendant cette brève discussion, Maître Arnaud boit son café cul-sec. FrühstückMan retourne aux fourneaux. Je ne sais pas ce qu'il prépare, mais ça a l'air consistant et abondant. Je le regarde faire, il y met du coeur à l'ouvrage et... tiens... mais qu'est-ce qu'il se passe ?...
MAÎTRE ARNAUD : "- Je vais dans la chambre."
Hein ? Maître Arnaud se lève soudainement et s'en va. Oh le con ! Il me laisse là, seul à table, avec FrühstückMan en cuisine qui ne me quitte pas du regard entre deux poêles comme pour me dire "Eh les gars, vous allez voir le petit déj' de champions que je vous ai préparé ! Je ne me suis pas levé à 5h30 du mat' pour rien, bordel !"
Qu'est-ce qu'il se passe ?!

Deux minutes plus tard, FrühstückMan arrive avec deux grandes assiettes pleines de charcuteries (saucisses, jambon, fromage). Il pose les assiettes, me regarde, regarde la place vide de Maître Arnaud. "Er kommt zuruck !" ("Il revient !") lui dis-je. Mais pourquoi je parle en allemand, moi ? FrühstückMan retourne en cuisine. Je regarde si Maître Arnaud n'aurait tout de même pas l'intention de revenir, mais la salle reste désespérément vide. Je commence à manger mon assiette, puis j'attaque celle de Maître Arnaud sous le regard interrogatif de FrühstückMan. Une fois les deux assiettes terminées, FrühstückMan revient avec deux grandes assiettes. Cette fois-ci, il y a des oeufs au plat avec du bacon. Il regarde à nouveau la place vide de Maître Arnaud. Cette fois-ci, je lui renvoie un haussement d'épaules qui veut tout simplement dire "Ben écoute mon gars, je suis comme toi : j'en sais rien !".
Je mange mon assiette, puis j'attaque celle de l'éternel absent ; toujours sous le regard interrogatif de FrühstückMan.
Que peut-il se dire :
1) C'est vraiment des cons ces Français, je me lève exprès pour leur gueule à 5h30 pour leur faire leurs petits déj' et voilà !
2) Mais où il est passé le grand avec les lunettes là ? Il 'est barré sans son acolyte ? Il est malade ? Il est allé se promener sur la plage ?
3) Il a vraiment faim le petit maigrichon pour s'enfiler les deux assiettes.
Quelques minutes plus tard, FrühstückMan arrive avec deux assiettes de fromages. Là, ce n'est pas possible : je suis obligé de lui dire que je pense que Maître Arnaud ne reviendra pas à table. "Ah ?", me répond-t-il. "Ben oui. C'est nul.", lui répond-je. "Ah ?", ajoute-t-il. Et il repart avec une des deux assiettes, ne sachant pas que, pour ma part, je n'en peux plus et que je vais me forcer à manger ces fromages pour lui rendre hommage et honneur. Putain, c'est le petit déjeuner le plus long et le plus difficile qu'il m'ait été donné de manger depuis que je fais la route. C'était très bon, mais putain : qu'est-ce qu'il y avait à bouffer !!! Ohla, et c'est pas fini : voilà qu'il m'amène un bol de salade de fruits. Bon, ça, ça va, ça glisse tout seul.

Apparemment, le défilé des plats est terminé. Je quitte la table un peu groggy en saluant le cuistot, puis je m'en vais retourner dans la chambre pour demander quelques explications à Maître Arnaud sur ce départ anticipé.
JENORME : "- BEN ALORS, MERDE ?!
MAÎTRE ARNAUD : "- C'était rigolo ?
JENORME : "- Ah ben non, eh. J'ai eu l'air con moi avec toutes les assiettes qui arrivaient et le pauvre FrühstückMan qui s'était levé exprès.
MAÎTRE ARNAUD : "- Ooooh, c'est sympa. Bon allez, faut qu'on y aille là, ça suffit maintenant."

Bon, ben on y va.
Nous quittons la chambre, passons par l'accueil, réglons dîner, nuité et petit déjeuner. C'est FrühstückMan qui nous encaisse. Il ne lâche pas Maître Arnaud du regard comme pour tenter de comprendre ce qui a pu le faire fuir. Nous remercions tout le monde pour ce formidable accueil, puis nous retrouvons la voiture, admirablement bien garée sur le parking privé. C'est parti !

Comme tu as pu le voir sur les cartes ci-haut, Zelenogradsk est pratiquement située à l'entrée de l'Isthme de Courlande.
Nous sortons de la ville sans trop nous en rendre compte pour rejoindre la seule et unique route qui parcourt les 98 kilomètres de ce cordon littoral sablonneux. Émotion, grand frisson, oui oui oui ! La route en question porte les chiffres et lettres 27A-015. Elle passe de la Russie à la Lituanie, de Zelenogradsk (Russie) à Klaipeda (Lituanie).

carte isthme

 Il est grand temps de parler un peu de cette curiosité géographique.

 

L'ISTHME DE COURLANDE
A) Lesnoy, isthme de Courlande

Et déjà, la première chose que l'on remarque, c'est que ce n'est pas facile de photographier l'isthme de Courlande, comme le prouve l'illustration ci-haut. On peut peut être d'avantage préférer un croquis ou un schéma ou un extrait de carte pour être plus pertinent, mais bon, là, c'est fait DONC continuons avec le site de l'Unesco qui nous parle de cette particularité géographique puisque l'isthme est inscrite au patrimoine depuis 2000.

"L'occupation humaine de cette étroite péninsule de dunes de sable, longue de 98 km et large de 0,4 à 4 km, remonte aux temps préhistoriques. Depuis cette période, elle a été sous la menace des forces naturelles du vent et des vagues. Elle ne doit sa préservation actuelle qu'aux efforts incessants des habitants pour combattre l'érosion de l'isthme, efforts remarquablement illustrés par les projets continus de stabilisation et de reboisement. (...)
L’histoire de l’Isthme de Courlande est extraordinaire : il y a 5 000 ans, une étroite péninsule (98 km de long et 0,4-3,8 km de large), la grande crête de dunes séparant la mer Baltique du lagon de Courlande, se forma sur des îles morainiques avec du sable véhiculé par des courants et, plus tard, se couvrit de forêts. Après une exploitation forestière intensive aux XVIIe et XVIIIe siècles, les dunes commencèrent à se déplacer vers le lagon de Courlande, enterrant les plus anciens établissements. Au tournant du XIXe siècle, il est apparu évident qu’à défaut d’une action immédiate, l’habitation humaine ne serait plus possible dans cette zone. Les travaux de stabilisation des dunes commencèrent et ont continué depuis lors. À la fin du XIXe siècle, une crête de dunes de protection était formée le long du littoral pour empêcher la migration du sable vers l’intérieur des terres, et la grande crête de dunes fut renforcée à l’aide d’arbres et de haies de broussailles. Actuellement, les forêts et le sable sont les éléments dominants de l’Isthme de Courlande. Les zones urbanisées (huit établissements de petite taille) couvrent seulement à peu près 6% des terres.
Les éléments et qualités les plus précieux du paysage culturel de l’Isthme de Courlande sont les dimensions uniques et sa structure spatiale générale, attestant la coexistence harmonieuse des hommes et de la nature (...)." UNESCO

C'est à Lesnoy que nous nous arrêtons une première fois pour marcher sur l'isthme. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre, nous ne savons pas ce que nous allons voir. Juste du sable et la mer Baltique ? Des dunes ? Des arbres ? Des animaux ? Une grosse centrale nucléaire non déclarée ? Des chars russes en manoeuvres ?

A) Lesnoy, isthme de Courlande (Russie)

A) Lesnoy, isthme de Courlande

Non. Juste du sable et des dunes. Le calme. Les allers-et-venues des vagues.
Parlons un peu de la géologie et de la géographie de l'isthme.
Cordon littoral sablonneux, d'orientation nord-est à sud-ouest, séparant la rive orientale de la mer Baltique et la lagune de Courlande, l'isthme de Courlande s’étire en arc étroit (400 mètres à 3,8 km de large) légèrement concave, sur 98 kilomètres de long de la péninsule de Sambie jusqu'au port de Klaipėda.
Nous évoluons sur la partie russe du cordon, dite partie sud-ouest, faisant 46 kilomètres de long, de Zelenogradsk à la frontière russo-litunanienne.
L’isthme de Courlande abrite certaines des plus hautes dunes d’Europe. La hauteur moyenne est de 35 mètres, mais, à certains endroits, les dunes dépassent 60 mètres.
L'érosion, les coupes de bois, le surpâturage du bétail et la construction de navires au cours du siège de Königsberg en 1757 ont conduit à des mouvements de dunes qui changèrent la configuration de l'isthme, provoquant la submersion de villages entiers. Les efforts de revégétalisation et de reforestation commencèrent en 1825, sous l'impulsion opiniâtre d'un employé des postes, Georg Kuwert, et de son père Gottlieb. Sur plus d'un siècle des centaines de personnes se sont relayées pour d'abord fixer les dunes avec une variété d'herbe des sables aux racines profondes. Ils ont ensuite planté plusieurs sortes de pins et de bouleaux sur des milliers d'hectares et la plus grande partie (70 %) de l'isthme est désormais couverte de forêts (pins à 75%, épicéa, bouleau, chêne, aulne)
Pour la faune, on retrouve plus de 338 espèces dont 251 espèces d'oiseaux et 35 espèces de mammifères, en particulier le renne, le chevreuil, le sanglier, le renard, la martre des pins, l’hermine, le putois, le castor et le lynx. L'isthme est également un refuge pour 10 à 20 millions d'oiseaux migrateurs qui y transitent chaque année.
Ses ressources naturelles sont l'ambre que la mer rejette par morceaux sur les plages. La pêche est également une pratique importante.

 

Nous reprenons la route, la seule et unique la 27A-015.
Direction le Nord. Nous ne parlons pas de la frontière qui se rapproche et de ce suspense quant à savoir si nous allons pouvoir passer avec la voiture ou à pied.

Quelques quatre kilomètres après la sortie de Lesnoy, nous passons à hauteur d'un panneau. "MY3EN" est écrit dessus. Nous sommes très méfiants. Difficile de savoir de quoi il retourne.Que veut dire ce mot écrit en cyrillique ? Est-ce une première douane ? Faut-il s'arrêter ? Faut-il posséder quelque chose de particulier pour pouvoir continuer plus loin ?
Après quelques recherches rapides, nous apprenons que "MY3EN" veut dire "Museum", tout simplement. En l'occurrence, ici, il s'agit du Музей русских суеверий ;en anglais Muzey Russkikh Suyeveriy ; et plus précisément en français "le musée des superstitions".
Difficile d'en savoir plus. Toujours est-il que pour s'y rendre, il faut quitter la route pour emprunter un intrigant chemin qui s'enfonce dans la forêt. Pas de risque ! N'oublions pas qu'il faut passer la frontière avant 18 heures et il est déjà 10h14. Un peu plus tard, nous découvrirons via les voies du net que ce musée se trouve ne pleine forêt, qu'il se compose de plusieurs petites cabanes en bois et d'une plus grande, ressemblant un peu à celle du film Psychose d'Alfred Hitchcock. Dans ces différentes bâtisses, moult sculptures en bois d'animaux et trolls étranges sont exposées, ainsi que des petits objets, des peintures, des vêtements,...
"Ce musée vous proposera de faire un voyage dans le monde des rituels et des célébrations folkloriques russes, de découvrir d'anciens dieux et croyances, d'en savoir plus sur les chamans, les rois mages et les pratiques ésotériques du monde slave, d'écouter des contes et des légendes, de voir des amulettes et des talismans, d'acquérir des connaissances sur des superstitions et des méthodes curatives, ainsi que sur les méthodes de divination. Parmi les exposés figurent des statues de cire de nombreux monstres folkloriques, reconstituées selon des légendes, des livres des manuscrits et des récits oraux, collectés par des ethnographes." RUSSIA BEYOND

Il y a d'autres musées originaux de ce type en Russie, comme le musée des Rêves de Sigmund Freud à Saint Petersbourg, le musée de la satire et de l'humour Ostap Bender à Kozmodemiansk, le musée des Pêchés à Tambov, le musée de la culture funéraire à Novossibirsk, le musée des jeux d'arcades soviétiques,...
intrigant tous ces musées, notamment celui du pêché qui se trouve dans la ville de Tambov, où, durant la Seconde Guerre Mondiale, les Malgré-nous de Moselle et d'Alsace incorporés de force à partir du mois d'août 1942 dans l'armée allemande, prisonniers des armées soviétiques furent (en grande partie) internés dans le camp 188 de la ville.
C'est aujourd'hui une des villes qui compte le plus de musées par rapport à sa superficie (régional, art gallery, du Loup, de la Poste, de la Médecine, Lodygina,...).


Nous continuons.
Huit kilomètres plus tard, c'est un panneau marqué "Ornitologicheskaya Stantsiya" qui nous interpelle.
Bien sûr, nous sommes curieux, mais nous sommes aussi inquiets. C'est à dire que nous sommes en Russie, non loin d'une frontière, donc nous ne voulons pas nous mettre en infraction sous prétexte que nous n'avons pas vu un panneau. Du coup, nous sommes très attentifs. En même temps, cela ne sert pas grand chose car tout est écrit en cyrillique et on ne comprend rien. Toujours est-il que le "Ornitologicheskaya Stantsiya" est une sorte de petite cabane en bois dans laquelle on peut se réfugier pour écouter les chants des oiseaux, expliqués par un grand panneau juste à côté.

Nous continuons.
La route est longue et finalement assez monotone. On ne va pas se plaindre, c'est la nature. En fait, si en consultant une carte, nous pouvons avoir l'impression d'évoluer sur une route ente deux mers, ce sont surtout les arbres qui bordent la seule route.

Isthme de courlande, route
Photo : Google view

"Dans l’après-guerre, les arboriculteurs soviétiques ont poursuivi l’activité visant à maintenir les versants de sable. Ils en ont même fait un peu trop, a poursuivi Lioudmila Poplavkaïa : les sables librement dispersés par le vent n’occupent plus aujourd’hui que 2% de la superficie de l’isthme, et le chiffre continue de diminuer. Si avant il fallait sauver la forêt, actuellement il faut sauver les dunes .
Les sables blancs qui n’ont pas subi les effets de l’aménagement des espaces verts sont proclamés aire protégée au sein de la réserve naturelle et sont entièrement fermés à la visite. Toutefois, leur hauteur se réduit comme peau de chagrin."
  RUSSIA BEYOND

Quelques kilomètres plus tard, la route "se dégarnie" un peu, -mais pas trop-,  à l'approche de Рыбачий, autrement dit Rybachy. Posée là aux côtés du lac de Chaika, elle possède une église et un vieux cimetière en pleine forêt, datant du Moyen-Âge. C'est ici que reposent l'ornithologue allemand Johannes Thienemann et le légendaire inspecteur des dunes Franz Epha, dont nous avons parlé plus haut.
Eh oui, même sur l'isthme de Courlande, il y a un lac, malgré l'étroitesse de cette bande sableuse qui ne fait que, rappelons-le, 400 mètres à 3,8 kilomètres de large. Rybachy est d'ailleurs un des endroits les plus large de l'isthme. C'est également ici que l'on peut se recueillir devant le Памятник советским воинам, traduisible par les mots "Monument aux soldats soviétiques", ou encore se rendre au Музей и выставочный павильон орнитологической станции "Фогельварте Росситен. Eh ouais !


Nous continuons.

Nous arrivons à Морское, ou Morskoe, ou Morskoïe. C'est la dernière ville russe avant la frontière russo-lituanienne.
Comme lors de notre passa ge de la Pologne à la Russie, nous nous attardons un peu alors qu'il ne semble pas y avoir beaucoup d'intéret à le faire. Il y a une église orthodoxe, quatre hôtels, un magasin, un bus stop, un bar. Il faut dire que cet endroit de l'Isthme de Courlande a connu de nombreuses perturbations naturelles.Au XIXème siècle, treize villages de pêcheurs ont été ensevelis sous le sable. Morskoïe, qui portait alors l’appellation de Pillkoppen, serait devenu le quatorzième sans l’arboriculteur Franz Efa qui, sans relâche, plantait dans les années 1880 des arbres dans le sable.

 

Nous continuons.
La frontière approche à grand pas.
J'ai lu que par ici, à la frontière russe de l'isthme il y avait anciennement un camp de prisonniers, entre 1870 et 1872. Après la défaite de Napoléon III, des prisonniers de guerre français ont été employés par les Prussiens pour planter des pins sur les dunes ainsi que pour creuser le canal qui relie aujourd'hui Klapeida à Minija.
C'est pas qu'on y aille à reculons à la frontière, mais la vitesse n'est pas notre alliée. En même temps, il va bien falloir s'y rendre. Quand on regarde la carte, on a l'impression qu'il y a plein de petits chemins par lesquels on pourrait se barrer en douce...Mais, en fait, lorsque nous arrivons à leur hauteur, ces sentiers sont barrés par des petites cahutes qui ressemblent à des douanes...

chemins de traverse          zone controle
Photo-carte : Google

chemins de traverse aDis don', tu trouves pas que la configuration des sentiers sur la carte ci-haut fait penser à un mec qui pisse ?
Hein ? Hein ? Hein ? Un hasard ? Je ne pense pas. On distingue bien la tête, le menton et le jet.

 

 

 

 

 

 Enfin bref : nous ne pouvons pas penser emprunter un de ces chemins pour rejoindre la côte et ensuite aller en Lituanie en supposant que la 207 soit amphibie. Nous sommes dans une zone dite de "border control" avec visa obligatoire ; un peu comme si nous ne pouvions même plus faire demi tour. Il faut dire que nous ne sommes plus qu'à 500 mètres de la frontière.
Le suspense est à son comble. Passerons-nous ? Passerons-nous avec la voiture ? Est-ce qu'entrer en Lituanie est aussi chiant que d'entrer en Lituanie sachant que la Lituanie fait tout de même partie de l'Union européenne depuis 2004 ?
Ça y est, nous sommes en très grande approche.

frontièreLa vitesse est à présent limitée à 20 km/h.
Nous ne pouvons plus faire marche arrière.
Le douanier russe nous a vu et nous fait signe d'avancer...

 

 

 

 

 

ON SE RETROUVE APRÈS UN PETIT MOMENT
DE BONHEUR MUSICAL


Bon ben écoute : tout s'est très bien passé ! Pas de problème ! Y'a pas de quoi flippé sa race ! Qu'est-ce qu'il avait Maître Arnaud à même pas vouloir manger le bon petit déjeuner de FrüstückMan ce matin ? Du calme ! Oh eh, c'est l'Europe, là, hein !
Aucun problème à la douane russe, ils n'ont même pas regarder les papiers... Non, je déconne.
Et puis la frontière lituanienne, sympa ! Le douanier nous a fait garer sur le côté, nous a fait ouvrir le coffre, a vu la bouteille de vodka que je ramenais de Kaliningrad, il n'a rien dit et on est parti. Voilà !

Cinquante mètres plus tard, nous sommes de retour en Europe, en Lituanie.

bord de routeNous nous garons sur la première aire de repos du pays, situé quelques dix mètres après la douane, pour aller pisser un bol dans ces petites cabanes bleues qui servent apparemment de toilettes. Comme tu peux le voir sur la photo ci-contre fournie par Google view, les aires de repos lituaniennes sont différemment aménagées des aires de repos françaises. On remarque les cabanes bleues comme toilettes, une poubelle et un bateau pour se reposer...
Et là, tu vois, c'est ça aussi le voyage : découvrir de nouvelles aires de repos... de nouveaux pays et de nouvelles habitudes.

 

 

Et nous continuons !

Nouveau pays, nouvelles règles de circulation... pas très différentes des règles françaises, sauf pour les autoroutes sur lesquelles il faut rouler à 90 km/h.

C) Isthme de Courlande, frontière russo-lituanienne (Lituanie)        C) Isthme de Courlande, frontière russo-lituanienne (Russie)

Notre prochain objectif est de rejoindre Klapeida où nous attend le ferry qui doit ensuite nous ramener par la mer à Sassnitz. Pour cela, il nous faut être au port d'embarquement vers 18 heures.
Klapeida est à 50 kilomètres, il est 14 heures, c'est complètement jouable. Ça laisse même le temps d'errer un peu sur l'Isthme de Courlande, côté lituanien.

 D) Isthme de Courlande, panneau (Lituanie)

Mais la première mission à laquelle nous attachons beaucoup d'importance est d'aller se baigner enfin dans la mer Baltique !!! Pour cela, nous roulons sur quatre kilomètres pour atteindre Nida.
Il faut savoir que la première plage lituanienne qui se présente après la frontière russo-lituanienne est une plage réservée aux nudistes. C'est donc un peu plus loin que nous nous rendons pour aller se poser sur la Nida Beach.
Après avoir posé la voiture sur un parking sécurisé, nous empruntons un petit chemin à travers une rangée de pins qui, une fois traversée, nous fait découvrir une belle et interminable plage de sable blanc.

B) Morskoe plage (Russie)

B) Morskoe plage

Sable blanc, ciel bleu avec quelques nuages moutonneux, de l'écume sur la mer d'un bleu profond.

ALLEZ !!!!!!

Voilà, ça, c'est fait ! Et je peux te dire qu'elle n'est pas bien chaude la Baltique.

Après cette pause nécessaire et cette première mission remplie, nous nous dirigeons à présent sur Nida.

 

NIDA
E) Nida, lagune et bateaux (Lituanie)

Ici, les dunes de sable sont plus présentes. C'est au nord de Nida que se trouve d'ailleurs la seconde plus haute dune d'Europe (après celle du Pilat en France) : la dune de Parnidis, 52 mètres de hauteur, dernière dune mouvante de l'isthme. De son sommet, on peut voir le soleil se lever et se coucher sur la mer Baltique. Mais tu n'es pas obligé de rester toute la journée les fesses dans le sable à attendre les deux évènements solaires. Une terrasse d'observation est installée sur son sommet et permet une vue à 360° sur la mer Baltique, la ville de Nida, le "désert lituanien" et la lagune de Courlande. Comme tu peux le voir, je n'ai fait aucune photo pour te montrer ce superbe endroit puisque nous n'y sommes pas allés.
Nous préférons marcher au hasard dans les rues de Nida, le long du port et de la lagune.

E) Nida lagune (Lituanie)

E) Nida, lagune et phare (Lituanie)          E) Nida, port (Lituanie)

E) Nida, première vision (Lituanie)
          E) Nida, promenade le long de la lagune (Lituanie)

Nida est la localité la plus importante de l'isthme de Courlande, côté lituanien.
D'un point de vue historique et de part sa situation géographique, Nida a connu plusieurs identités. Mentionnée dans un document de l'ordre Teutonique datant de 1385, elle fait partie de la Prusse-Orientale jusqu'en 1919 avant de faire partie du territoire de Memel par le Traité de Versailles en 1919. En 1923, le territoire de Memel est saisi par la Lituanie indépendante. Puis le Reich d'Hitler reprend Nida en 1939 avant d'être réassignée à la Lituanie (à ce moment République socialiste soviétique de Lituanie) par le traité de Potsdam en 1945. Après la Seconde Guerre Mondiale, Nida est resté un simple village de pêchuers.
Mais, dans les années 1970, le pouvoir soviétique la transforme en station balnéaire réservée à la Nomenklatura. Avec Juodkrante, Preila et Pervalka, elle forme le district de Neringa. Grâce à une politique très stricte en matière de développement immobilier ainsi que l'interdiction de toute industrie, ce territoire est resté quasiment vierge de toute pollution.
Depuis 1990, Nida et son territoire font partie de la Lituanie nouvellement indépendante. C'est une destination de villégiature très prisée, essentiellement fréquentée par des touristes allemands et lituaniens. Le nombre de visiteurs est limité par une offre hôtelière restreinte et des prix élevés.

E) Nida, lagune et bateaux         E) Nida, lagune et canards (Lituanie)


C'est calme, hein ?
Parmi ses hôtes ou touristes de passage célèbres, notons les séjours de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre durant l'été 1965.
"C'est comme dans les tableaux de Ciurlionis. Nulle part au monde, je n'ai vu un tel paysage. (...) Il est peu probable que le Créateur soit à l'origine de la beauté de Nida : il n'a pas assez d'imagination. Dans notre monde imparfait, si la beauté existe, c'est sûrement une œuvre du diable ; mais, dans leur ignorance, les humains vénèrent le Très-Haut." Jean-Paul Sartre (d'après les notes de Mykolas Sluckis).

L'écrivain allemand et prix Nobel de littérature en 1929 Thomas Mann est venu ici passer ses étés 1930 et 1932 en famille dans une maison de vacances qui lui fut interdite après son expulsion d'Allemagne en 1933. Elle est aujourd'hui un centre culturel portant son nom.
Notons également que chaque année se tient ici un important festival de Jazz et que l'on peut visiter toute l'année le musée de l'Ambre.

Et maintenant,
petite visite improvisée de la ville.

F) Nida, cimetière (Lituanie)Pour bien commencer, nous passons devant le cimetière qui se trouve juste en face du musée de l'Ambre. Ombragé, chaque tombe est marquée par un "Krikstai", monument funéraire typique de la région rappelant l’arbre mythique du monde, élément fort du paganisme. Sur le panneau d'entrée, un écrit : "Ich bin die auferstehung und das Leben" ; ce qui veut dire "Je suis la résurrection et la vie".

 

 

 

F) Nida, Église des évangélistes luthériens (Lituanie)L'église luthérienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

F) Nida, girouettes (Lituanie)
Les girouettes, objets que l'on ne trouve que sur l'isthme de Courlande.
Datant du XIXème siècle, elles sont à l'origine un symbole
de marquage et de contrôle des voiliers des pêcheurs.

Elles représentent les écussons des villages :
noir et blanc côté isthme ; rouge et blanc côté delta.

Des symboles tels que l'élan pour la force, l'église pour la foi,
des croix et des ronds y sont ajoutés.

Aujourd'hui, elles ont quitté les bateaux pour se retrouver sur les toitures des maisons.

F) Nida, maison (Lituanie)Maison typique de Nida.
Ancienne maison de pêcheur.
Couleurs, bois, gazon impeccable
et sculpture d'animal à l'arrêt.

 

 

 

 

 

F) Nida, maisonAutre maison de Nida.
Toujours en couleurs, en bois.
Fleurs et girouette.

 

 

 

 

 

 

F) Nida, statue de Vytautas Kernagis (Lituanie)Statue de Vytautas Kernagis (1951-2008)
Chef d'orchestre et auteur de musique lituanienne, chanteur de poésie , directeur des événements de divertissement, directeur des émissions télévisées, il est le pionnier de la poésie chantante en Lituanie. Il a composé plus de 200 chansons.

 

Mussssiiiiqqqquuueee !!!!

Et nous, on reprend la route.

Il n'est pas loin de 15 heures. Nous sommes dans les temps pour récupérer le ferry à Klapeida. Maître Arnaud a faim. Ouais ben, tiens, voilà, eh oh, c'est facile maintenant ! S'il avait bouffé le p'tit dej' de FrüstückMan, il en serait pas là à piquer du bec.
Bon... On va chercher un truc. Pour cela, nous quittons la route principale de l'isthme pour prendre une petite route sur la droite, direction la lagune, quelques 18 kilomètres après Nida. Cet endroit s'appelle Pervalka.

PERVALKA
G) Pervalka, au passage (Lituanie)

Je ne suis pas convaincu par la photo illustrant le nom de ce village retiré de toute urbanisation et polution, mais c'est la seule que j'ai. Certains pourront dire : "Oh eh tu te fous de notre gueule là ! Cette photo, tu l'as prise au bois de la Brosse à Varennes-Vauzelles ?!"
Eh ben non, elle a bien été prise à Prevalka, en Lituanie. Comme quoi, hein, les plus belles photos que l'on puisse faire, des fois, eh bien ce n'est pas forcément en allant à l'autre bout de l'Europe.
Et d'ailleurs, nous pourrions débattre sur ce sujet : qu'est-ce qu'une belle photo ? Qu'est-ce qu'une photo réussie ?


DÉBAT

Voici une série de photos.
À toi de voir si elles sont loupées ou réussies ?

coucou toi             IMG_20160519_204530
                      Cheval au loin ou Couleurs basques                                   Première photo prise avec mon nouveau smartphone

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Lac Genteau et panneau                                          Lac Genteau sans panneau

Qui a tort ? Qui a raison ? Tout est dans tout et réciproquement.
Comme le diraient les sujets de bac de philo de cette année 2018 : Peut-on renoncer à la vérité si la culture nous rend plus humain à condition que le désir ne soit pas une marque de notre imperfection après avoir éprouvé une injustice pour savoir ce qui est juste ? Eh oui, eh oui ! Mais finalement, si toute vérité est définitive, peut-on être insensible à l'art ? Hein ? Non, mais... alors, tu y penses ? Allez, on se tient au courant, on s'appelle.

 

Et à part ça, Pervalka ?
Eh bien, tu as des chalets des XIXème et XXème siècles, un port de plaisance et une piste cyclable, des dunes et un phare. Je te rassure tout de suite : je n'ai pris aucune photo de ces lieux. Les installations et autres logements semblent plus récents. Il n'y a pas le même cachet qu'à Nida. En clair, peut être que Pervalka n'est surtout pas touristique malgré son orientation vers la lagune.
Nous avançons au hasard en suivant une petite route parallèle à la côte, quand soudain....

Pervalka
Une poubelle, un tas de gravier et un panneau de basket.

Nous faisons demi-tour. C'est marrant de se perdre en Lituanie et sur un isthme où il n'y a pourtant pas beaucoup de possibilités.
Après avoir un peu tourné dans le village, puis en prenant un chemin obscure à travers les pins, nous avons finalement trouvé un petit restaurant bien planqué, comme si celui-ci ne voulait pas que les touristes le trouvent. Manque de bol : nous, on l'a trouvé !

G) Pervalka, bar-restaurant (Lituanie)

Nous aimerions bien mangé du poisson mariné et il y en a. Ils font également des soupes, des crudités et d'autres choses dont nous ne parvenons pas à disserner l'origine.
Une fois la commande passée, nous nous installons sur l'une des tables dehors. C'est bon, c'est frais, c'est tranquille, Maître Arnaud a faim.
De mon côté, je suis interpellé par une marque de... je sais pas quoi... dont la publicité se trouve juste derrière nous.

Jénorme est à Pervalka (Lituanie)

De prime abord, tu peux ne pas comprendre où je veux en venir et tu as bien raison. Je m'explique.
Quand j'étais enfant, et même très jeune, j'habitais à Varennes-Vauzelles dans le quartier de Florenville. Entre voisins, on se fréquentait, on se parlait aisément. Il faut dire qu'à cette époque  -en 1980-  il n'y avait pas les réseaux sociaux et il était donc beaucoup plus facile de parler avec ses voisins.
Bref : entre enfants de voisins, nous jouions ensemble aux playmobils, au foot, au tennis, tout ça. Un de ces voisins s'appelait Denis. Il avait l'habitude de dire une seule et même phrase lorsqu'il était surpris. Et cette phrase était : "Eh ben mon Dadu !"
Je n'ai jamais compris pourquoi. Je ne lui ai jamais demandé non plus. Qui ou que pouvait être ce dadu ? Un animal ? Un homme ? Un rite ? Un objet ? Une habitude ? Une légende ?
J'ai fait des recherches dans de nombreuses bibliothèques du monde entier et j'ai trouvé quelques réponses après des décennies d'errance dans les méandres encyclopédiques à boire des hectolitres de café lyophilisé. Voici le résultat de mes recherches.

DADU : Joueur moldave né en 1981. La date de naissance coïncide avec l'année où Denis disait cette phrase, mais bon.
DADU : Homme politique français mort en 1971.
DADU : Nom de Pékin sous la dynastie Yang. Ouais, pourquoi pas.
DADU : Ville du Pakistan.
DADU : Rivière chinoise, affluent du Yangzi Jiang
Apparemment, on dirait plus facilement : "Eh ben mon colon".

Tout ceci n'étant pas concluant et afin de passer à autre chose parce qu'on va pas faire l'été là-dessus, saches que si tu aimes la photo (et que tu veux continuer de débattre sur "qu'est-ce qu'une belle photo, pourquoi, comment, qui ?"), tu peux te rendre sur ce site Instagram : Eh ben mon Dadu.

Nous continuons !
On parle, on parle, mais l'heure du ferry approche. Il nous faut une heure pour rejoindre Klaipeda. Ajoute à cela le fait que l'on ne trouve pas, que l'on se perde, que l'on trainaille, que l'on se trompe de file d'embarquement. On y va !
Les villes et villages défilent... Ah ben non, il n'y a que des arbres. Toujours est-il qu'une heure plus tard, nous arrivons à Klaipeda. Enfin presque parce que pour rejoindre la ville, il faut cette longue langue de sable qu'est l'isthme de Courlande. Pour cela, il faut prendre un premier ferry pour traverser ce que l'on appelle une passe maritime séparant l'isthme de la ville. Le stress monte. À quelle heure arrive ce ferry pour prendre l'autre ferry ? Combien de temps va durer la traversée ? Saurons-nous nous faire comprendre ?
Décidément, ces vacances sont trop fatigantes. Entre la frontière polono-russe, la frontière russo-lituanienne et maintenant le ferry, jamais on ne se repose.

Finalement, aucun problème et quelques minutes plus tard, nous arrivons au port. Enfin presque puisque dans un premier temps, nous sommes allés au Sud-Est alors qu'il fallait aller au Nord-Ouest. Mais c'est pas grave. Nous y sommes ! Là, devant notre ferry qui va nous mener de la Lituanie à l'Allemagne par la mer Baltique sur une distance de 493 kilomètres environ pour une durée de voyage de 17 heures au milieu des eaux.

Soit ceci :
carte ferry a

Et là, tu me dis : "Mais c'est pas ça qui était prévu quand on regarde la carte du périple prévu ?!"

Carte du périple initial prévu :
la carte b
On voit bien que, normalement, nous devions rejoindre la Suède,
puis le Danemark en empruntant moult grands ponts,
puis passer par Hambourg et terminer  Nevers.
Eh ben non !

Souvenons-nous : alors que nous venions de passer la frontière polono-russe, Maître Arnaud venait de recevoir un message l'invitant à se rendre au plus vite à Laruns afin d'avoir un entretien pour un emploi qui lui tenait à coeur. DONC changement de programme. Finie la Suède, fini le Danemark, Hambourg, tout ça. Il fallait rentrer au plus vite à Nevers pour qu'il puisse récupérer sa voiture à Château-Chinon afin de se rendre promptement dans son Béarn natal.
C'est la vie, c'est ainsi, mais nous n'avons toujours pas compris comment se faisait-il que cet appel soit intervenu au moment où nous étions le plus éloigné de notre point de départ et d'arrivée.

BREF ! Nous sommes à Klaipeda et nous avons pas le temps de visiter cette ville qui s'avère être la troisième plus grande ville de Lituanie après Vilnius et Kaunas.
DONC je sais : la photo représentative de Klaipeda n'est pas des plus adéquate pour se faire un idée de l'ambiance, de la beauté et de l'attrait touristique du lieu.

 

KLAIPEDA
H) Klaipeda, le ferry (Lituanie)

Mais il ne faut pas que cela nous empêche de parler un peu de la ville.
Alors : Klaipeda est la troisième ville de Lituanie. Ah oui, je l'ai déjà dit.
C'est un pôle d'activités national essentiel. D'ailleurs, on l'a tout de suite ressenti en arrivant. C'est même la première chose que nous nous sommes dites avec Maître Arnaud.
JENORME : "- Eh mais dis don' Maître Arnaud, tu n'as pas un l'impression que Klaipeda serait un peu un pôle d'activités national essentiel ?
MAÎTRE ARNAUD : "- Aaaah oui, j'en ai bien l'impression Jénorme."

"Le port de Klapeida est le plus important du pays. Il bénéficie d'une activité commerciale internationale. Basé sur la Mer Baltique avec 15% du fret mondial (en 2006), il représente une ouverture considérable sur les pays de l'Union européenne.
Les zones franches de la ville attirent de nombreux investisseurs étrangers, venus notamment de Suisse, du Danemark ou encore des Etats-Unis. Centre industriel majeur de... (...)" ÉDITIONS ATLAS

Ohlalala, c'est chiant tout ça !
Retournons à des choses un peu plus basiques.
La ville historique fut fondée en 1252 par les chevaliers teutoniques, c’est la plus vieille ville de Lituanie. Elle fut détruite par les russes et les nazis à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Il y règne ainsi une ambiance particulière ; un peu comme Berlin.
Situé sur la rive gauche de la Dane  -qui sépare la ville en deux- , le coeur historique de Klaipeda est célèbre pour ses rues pavées, ses maisons à colombages, les places du marché et du théâtre. C'est sur cette dernière que trône la fontaine du poète allemand du XVIIème siècle, Simon Dach, représenté avec une de ses héroïnes. Klaipeda recense, par ailleurs, quelques musées dignes d'intéret, comme celui de l'Horlogerie.

JENORME : "- Et aurons-nous le temps d'aller visiter tout cela Maître Arnaud ?
MAITRE ARNAUD : "- Oooh que non Jénorme. Regarde : le ferry a déjà quitté le port de Klaipeda."

Ah oui, tiens.

I) Klaipeda, vue sur la ville depuis le ferry

 

DANS NOTRE PROCHAIN ÉPISODE

Nous traversons la Baltique sur ce ferry nous amenant de Klaipeda, troisième ville de Lituanie, à Sassnitz, où nous étions déjà passés il y a quelques jours. Quelle aventure statique nous attend sur ce bateau ? Qu'allons-nous voir ? Qui allons-nous rencontrer ? Que de suspense, c'est insoutenable !