Rando de Pâques : l'Ernio ! .................... Episode 2
C'est Pâques !
Bien décidés à ne pas bouffer les traditionnels agneau-oeufs-en-gelée, Fred et Jénorme sont partis pour l'Espagne et le mont Ernio. Cela faisait trois heures qu'ils marchaient sur cette montagne basque presque sacrée, quand tout à coup, ne voilà-t-il pas...
Qu'est-ce que j'avais écrit comme dernière phrase dans le billet précédent ?
Gnagnagna... résurrection... blabla...ferme, moutons, arbres... ouais... Météo Espagne... Afrique... "Soudain ce fut Londres !"...
Ah ouais OK d'accord !
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SOUDAIN :
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LE BROUILLARD !
Épais, dense, blanc, impénétrable, et plein d'autres mots du même genre qui font penser à la maigritude de la vision que tu peux avoir d'un paysage lorsqu'il est empêtré dans un tel phénomène météorologique... Oui, le brouillard avait investi les lieux.
De suite, les photos prenaient une autre dimension, une autre allure, une autre signification, un autre sens, et plein d'autres mots du même acabit qui peuvent exprimer le fait que sur les photos qui vont suivre, on ne verra pas grand chose.
Mais finalement, n'est-ce pas là tout l'intérét du brouillard ? Hein ? Non, parce qu'entre nous, quand on y réfléchit bien, à quoi sert le brouillard à part à ne pas y voir grand chose ? Hein ?
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Allez, photos !
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Attention, ça fout les boules !
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Tout à coup,
le chemin disparaissait
dans une sorte de tunnel végétal
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Hein, t'as peur là ?!
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Un animal statique,
solitaire et inconnu
dégageait une allure fantomatique,
trouble et inquiétante.
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Ohlalalala,
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tu flippes ta race
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un peu quand même
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hein ?!
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Etait-ce là la fameuse bête cornue
dont parlait David Lynch dans son colloque
sur la méditation transcendantale ?
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T'en peux plus lààà ?!
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T'as les fesses qui font bravo !
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Tu voudrais que ça cesse,
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heeeeiiiiiiinnnn ?????
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Des directions à suivre
mais pour aller où ?
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Bref !
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Que fallait-il faire à présent ?
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Se lancer dans une danse impromptue et mélancolique comme ces gens dans le film de Frederico Fellini, Amarcord ?
Continuer d'avancer jusqu'à disparaitre, tel Rick Blaine et le capitaine Renault dans Casablancade Michael Curtiz ?
Errer sans vision sur cette montagne mystérieuse au risque, peut être, de croiser une bête étrange enfouie dans cette blancheur épaisse, comme dans The mist de Frank Darabont ?
Et ce brouillard n'allait-il pas prendre soudainement la forme d'un être démoniaque et agressif, tel que celui présent dans le film Fog de Rupert Wainwright ?
Ou encore s'arrêter là et attendre de devenir fou, comme Ash dans le film de Sam Raimi, Evil Dead 2...
Ou tout simplement, boire un bon café en attendant que ça passe...
Oui, cela faisait plus de trois heures que nous marchions sur cette pente escarpée du mont Ernio et le doute nous envahissait. Un vieux et sale doute dont nous n'osions pas parler, mais qui, pourtant, était bien là.
Et si nous étions allés trop loin ? Et si nous ne pouvions plus faire demi-tour ? Est-ce que tout ceci en valait la chandelle ? N'allait-on pas être en retard pour voir Stade 2 qui, une nouvelle fois, annonçait un programme chargé avec un parterre de champions ?
Aucun de nous parlait, ce qui laissait un silence indigeste planer dans ce périmètre invisible d'où se dégageait une moiteur céleste... Bordel, mais qu'est-ce que j'raconte, moi ?!
Il était grand temps de se reporter à ce que disait le guide.
Alors... Il est où ce putain de magazine ? Ah oui, dans mon sac à dos !
Putain, mais il est où mon sac à dos, meeeerrrddeee ????
Ah oui, dans mon dos ! Mon dos ? Mon dos ? Mon dos ?
Oui, il est là, derrière moi, OK, ça va, cool, souffle, souffle et...
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LISONS :
"Des éclaircies dans les frondaisons ménagent de belles perspectives sur l'Ernio, que l'on repère aisément grâce à la grande croix qui identifie le sommet..."
PAYS BASQUE MAGAZINE
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Aaaah...
Prenons alors cinq minutes pour faire un rapide brife !
VOYONS :
Un sandwich au jambon plus tard, nous reprenons notre marche. Il faut avancer. Il faut continuer, coûte que coûte. C'est aussi là une grande leçon de vie. Continuer à avancer malgré les épreuves, malgré les difficultés, malgré... ouais tout ça quoi !
Putain, qu'est-ce qu'il dit le guide maintenant ?
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LISONS :
"Nous arrivons dans une zone de pâturage où de nombreux troupeaux paissent... Bel endroit herbeux où affleure déjà le calcaire. En face de nous se détachent les flancs de l'Aketegi (1003 m), vers lequel nous nous dirigeons en passant entre deux cabanes de berger sur la pelouse de Sagain." PAYS BASQUE MAGAZINE
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En images, cela donne ceci et là, vois-tu, c'est un peu le second brife !
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VOYONS :
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On continue. Le brouillard se fait plus épais encore, accompagné de pluie fine. On n'y voit pas à deux mètres. Il semble que nous suivions un sentier à flanc de falaise. Il y a peut être du danger. Nous ne nous parlons plus jusqu'à ce que je me mettes à chanter du Noir Désir pour je ne sais quelle raison...
Au loin, dans la blancheur, au-dessus de nos têtes, des cloches de troupeau s'agitait soudainement. J'ai peut être chanté un peu trop fort.
Mais ce chemin lààààà que l'on suit, il va bien nous amener quelque part, merde !
Et cet saloperie de guide qui continue son exposé...
"Vous croisez le dolmen de Sagaingo Ordeka."
Prrrrrt ! Pas vu !
"Le chemin bien tracé..."
On les voit même pas les traits jaunes et blancs !
"...va obliquer vers la gauche en longeant la base de l'Aketegi."
Que dalle !
"Le beau piton de l'Ernio se détache au-dessus du col de Zelatun."
Où ça ?????
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C'est en tout cas ici que nous décidons de faire une pause, dans une petite venta perdue. Les Espagnols adorent ces endroits où tu te retrouves entre amis ou en famille pour partager une omelette, une bouteille de rosé et quelques piments piquants sur de longues tables en bois, parfois recouvertes de nappes improbables.
Feux de bois dans une cheminée. Chaud. Odeur de bouffe. Et... ouh putain une photo de chien au mur !
Quelques discussions légères sur la montée du cynisme, la baisse du prix des sicav, l'invention d'un vrai shampoing antipelliculaire, un vélo à huit roues oui mais pourquoi ?, faut-il prier le Seigneur avant de manger MacDo ?, alors ça fait quoi d'être aveugle ?, notre corps est notre jardin et notre volonté en est le jardinier... Merde, j'ai cité du Shakespeare, bordel !
Bon, eh, c'est pas que je suis pressé mais on est en retard...
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Et nous reprenons la route du chemin brumeux !
Le sommet de l'Ernio avec ses cent croix ne devait plus être très loin.
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Par contre, une saloperie de doute réflexif m'envahit à nouveau.
Nous avons marché pendant quatre heures dans un brouillard à couper aux couteaux, à se demander si cela était bien raisonnable de continuer, vu le danger présent ; et... dans cette Venta magique de bout du monde, il y avait des enfants, des chiens, des personnes âgées,... qui n'étaient pas du tout équipés pour faire ce genre de rando et donc marcher pendant quatre heures dans la boue et la brume...
Oui, là, à ce moment précis, je me disais : "Il doit y avoir une route pas loin qui a permis à tous ces gens de se retrouver au pied même du sommet de l'Ernio sans n'avoir fait aucun effort et sans n'avoir jamais douté un seul instant qu'ils puissent être perdus au milieu de la montagne..."
Je ne vais pas dire que c'est dégueulasse... Non, non, non ! Mais c'est énervant de voir que, finalement, des gens quelconques... si, si, si... sans avoir fait d'effort ni n'avoir mis leur vie en péril à chaque pas, parviennent finalement à atteindre le même objectif que nous ! Merde ! En plus, nous, il va falloir que l'on refasse le chemin en sens inverse !
Bon, allez ! C'est génial la rando ! On sera bien fatigué ce soir ! Et puis, c'est du sport ! Ouuuaaaiiiss, le sport, c'est génial ! Et puis cela restera une expérience unique et incroyable ! Bon, qu'est-ce qu'il dit le guide ?
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LISONS :
"Beaux pâturages, cabanes et ermitage. Bien indiqué, le sentier s'élève en passant par le versant sud et en empruntant un superbe cheminement en balcon. Remarquable vue sur Azpeitia et la vallée d'Errezil." PAYS BASQUE MAGAZINE
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Tout ceci donnait des idées.
Et si nous écrivions un autre guide afin de donner aux gens le goût de faire de la randonnée autrement. Hein ?
Et si nous rédigions Le guide des plus belles randonnées à faire par temps de brouillard.
Les textes pourraient ressembler à ceci...
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LISONS :
"A présent, vous allez quitter les odeurs de graillon de la Venta magique, qui ont sur vous guider jusqu'au col de Zelatun. Saluez tout le monde en leur disant bien que si vous n'êtes pas revenu dans une heure, il faut qu'ils appellent les secours. Si vous ne parlez pas espagnol, c'est bien dommage car personne ne vous comprendra alors, mais ça les fera bien rire quand même.
A présent, vous allez devoir une fois de plus ne vous fier qu'à votre instinct. Le brouillard est dense. Ne vous trompez pas de panneau directionnel car là, vous alliez aller dans la mauvaise direction.
Accroupissez-vous et toucher le sol à l'aide de votre main droite afin de bien vous assurer que le chemin sur lequel vous vous trouvez est en terre glaise. Continuer à progresser en rampant. Passer une barrière qui se situe à deux mètres de la Venta. Aventurez-vous maintenant sur un petit chemin bien raide. Admirez sur votre droite le splendide néant brouillasseux et continuer de suivre les bouses de vaches et autres merdes de mouton qui parsèment cet abrupte montée.
Au loin, bien dissimulé dans la blancheur, peut être aurez-vous la chance d'entendre quelques cris de vautours qui attendent patiemment au-dessus de votre tête que vous vous viandez la tronche dans le précipice que vous longez sans le voir. N'ayez pas d'inquiétude : tout ceci vous échappe, même avec de bonnes jumelles."
LE GUIDE DES PLUS BELLES RANDONNEES A FAIRE PAR TEMPS DE BROUILLARD
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Continuons ! Là, je crois que je vois un truc. Vite le guide !
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LISONS :
"On ne manquera de s'arrêter à la plaque scellée dans le rocher. C'est un poème, en basque, qui célèbre le souvenir, par ses enfants, d'un père Mendizale." PAYS BASQUE MAGAZINE
Avec tout ce brouillard, c'est surtout quelques initiales qui ressortent de ce rocher...
Mais en s'approchant un peu plus près, nous pouvons lire les mots suivants :
"Zure zainetatik sortu ginen
Gu arreba eta anai
Biziaren legea jarraituz
Ni ere joango naiz
Itxaron mendian aita
Ikusiko gara maiz
Nere aitaren etxea"
Voilà... Vu que je ne captais pas internet pour aller sur le site Reverso et traduire ce poème, c'est en poussant un "Ah ben alors !" que nous avons continuer notre chemin.
Mais, là, en direct, depuis l'ordinateur que je viens de rejoindre, voici la traduction de ce poème :
«Nous étions en attente pour vous de créer
Nous sommes frères et sœurs
Suite à la loi de la vie
Je vais aussi
Attendez que le père de la montagne
Nous voyons souvent des
My Father's House "
Merci Lexilogos ! Il devait peut être y avoir beaucoup de brouillard ce jour là, et le poète a eu du mal à écrire son message en mettant les mots dans un ordre expressif et compréhensible.
Après avoir péniblement traversé un hypothétique environnement calcaire, nous atteignons le petit refuge Erniozaleak ("Ceux qui aiment Ernio")...

d'où nous pouvons (entraperce)voir une des premières croix...
Et là, qu'est-ce qu'on fait ?
Nous nous étions promis d'atteindre le sommet parcouru de ces croix marquées de poèmes, souvenirs laissés par les nombreux pèlerins qui célèbrent ici les romerias de septembre par 1075 mètres d'altitude.
Parait-il que de là-haut, nous pouvons avoir une magnifique vue sur les montagnes d'Euskal Herria, depuis l'Aralar jusqu'au Gorbeia, en passant par l'Anboto.
Vers l'ouest, parait-il aussi qu'un magnifique panorama sur la côte s'offre à nous, en particulier sur le port d'Orio...
Oui, parait-il...
Eh bien, tu me croieras si tu veux, mais, même après ces cinq heures de marche difficiles et périlleuses, nous avons fait demi-tour sans atteindre le sommet.
Juste comme ça pour déconner !
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